Parcs urbains

Quatre facteurs dominants des années 1880 à 1914 expliquent l'apparition de nombreux parcs. Le premier repose sur une opinion fort répandue : le citadin, en s'éloignant de la nature, subit des torts aux plans physique, psychologique et moral.

Assiniboine, parc
Ouvert en 1909, le parc Assiniboine de Winnipeg est un exemple d'aménagement paysager qui reflète l'influence du célèbre architecte-paysagiste américain, Frederick Law Olmsted (avec la permission de la Commission canadienne du tourisme).
Parc Mont-Royal
Le Mont-Royal est une petite montagne d'origine volcanique qui domine le paysage de Montréal. Le concepteur du parc est Frederick Law Olmsted (avec la permission de la Commission canadienne du tourisme).
High Park (Toronto)
Le parc fut légué à la ville par l'architecte John Howard (Corel Professional Photos).

Parcs urbains

  À l'origine, le parc (de style britannique) se définit comme le domaine d'un gentilhomme. Le parc public n'est pas intégré dans l'aménagement des premiers villages et des premières villes du Canada. Tel que nous le connaissons, il apparaît en Amérique du Nord dans les années 1830 sous la forme du « cimetière rural » : cette tendance d'alors consistait à aménager le cimetière en oasis propice à la promenade et aux pique-niques en famille. Le cimetière Mount Pleasant, de Toronto, conçu par H.A. Engelhardt en 1874, en est un bel exemple.

Quatre facteurs dominants des années 1880 à 1914 expliquent l'apparition de nombreux parcs. Le premier repose sur une opinion fort répandue : le citadin, en s'éloignant de la nature, subit des torts aux plans physique, psychologique et moral. Les parcs apparaissent comme les parfaits antidotes à ce malaise urbain. Le deuxième facteur, inspiré de la popularité grandissante du « MOUVEMENT CITY BEAUTIFUL », une philosophie mal intégrée de l'amélioration du milieu urbain, encourage les travaux d'embellissement, les grands centres municipaux, les magnifiques paysages urbains et les parcs. Le troisième facteur met l'emphase sur les avantages économiques des parcs et sert à la promotion agressive pour les cités et les villes. Les parcs augmentent la valeur des propriétés adjacentes et sont vantés par les agences immobilières comme étant la preuve d'un quartier prospère, d'une collectivité « soucieuse » du bien-être de ses résidents.

 Le quatrième facteur étant la création, en 1874, du parc du Mont-Royal, à Montréal par Frederick Law Olmsted (1822-1903), prééminent architecte-paysagiste nord-américain. La philosophie d'Omlsted en matière d'aménagement des parcs et des espaces verts en milieu urbain influence fortement l'essor des parc canadiens : il préconise une planification unifiée, évocation de paysages naturels. Il est lui-même fortement influencé par le concept du paysage anglais idéal : collines aux pentes douces, pelouses vertes étendues, bosquets d'arbustes et d'arbres, massifs de fleurs au détour de sentiers sinueux, un endroit idéal pour les pique-niques en famille, les promenades et les concerts du dimanche. Le parc du Mont-Assiniboine de Winnipeg, conçu par l'architecte-paysagiste canadien, Frederick Todd, et ouvert au public en 1909, est un autre bel exemple d'aménagement britannique. Selon Olmsted, c'est le style le plus efficace pour contrer les effets nocifs de la vie urbaine. Il maintient aussi que les parcs doivent être ouverts à toutes les classes sociales. Ces divers arguments se voient plus tard entérinés par la Loi sur les parcs publics adoptée en 1876 par la Colombie-Britannique, en 1883, par l'Ontario et, en 1892, par le Manitoba.

Au début du siècle, la création de vastes parcs conçus et aménagés, tels que le Mont-Royal, ne constitue cependant pas une priorité en planification urbaine. On encourage surtout la création de petits parcs urbains, de jardins publics décorés ou de minuscules « aires de repos » disséminés dans la ville. Dans les années 1880, le Queen Square de Charlottetown, à l'Île-du-Prince-Édouard, voit le jour en grande partie aménagé grâce à la générosité des citoyens. Plusieurs parcs sont alors réalisés, non seulement par des experts, mais aussi par des petits groupes d'amateurs, des sociétés horticoles, de nouvelles associations vouées à l'embellissement du milieu et même des Chambres de commerce. Les parcs se multiplient alors dans les plus petites villes et dans les villages. Privés du financement public, les citoyens intéressés consacrent leurs fins de semaine à la planification et à la plantation. Galt, en Ontario, est citée en exemple pour sa politique avant-gardiste et dynamique : les parcs et les terrains de jeux occupent 50 de ses 567 ha.

De nombreux promoteurs se préoccupent surtout de l'embellissement des parcs tandis que d'autres veulent les utiliser à des fins de réforme sociale. Ces réformateurs horticoles sont persuadés que les villes nécessitent plus d'espace pour favoriser les activités de loisirs et de sports, de l'espace où les travailleurs à majorité locataires pourront dépenser leur trop-plein d'énergie car, non contrôlée, elle pourrait conduire au bolchevisme, au syndicalisme ou à l'intempérance. Jusque vers les années 20, adeptes de l'esthétique et adeptes de l'athlétisme continuent de s'affronter.

Finalement, les parcs deviennent lieux de loisirs publics, et on y offre de plus en plus de services à la population. Au parc Beacon Hill, à Victoria, en Colombie-Britannique, on s'enorgueillit de posséder un champ de cricket, une pelouse pour le boulingrin, une piste de course, un kiosque à musique, un zoo, un lac pour les promenades en bateau, des jardins de fleurs et des sentiers bordés d'arbres.

À cette époque, les parcs sont en quelque sorte le livre d'histoire de la ville. En 1898, par exemple, les écoliers plantent des arbres dans les jardins publics de Halifax, et les identifient à la mémoire des soldats morts pendant les campagnes sud-africaines. Dans les parcs plus importants, des membres de la famille royale plantent des arbres pour commémorer leur visite, et les entreprises plantent arbres et arbustes pour marquer certains anniversaires. On fait don de fontaines et de statues en l'honneur de personnes ou pour commémorer des événements locaux ou nationaux. Les parcs servent aussi de livres vivants aux écoliers qui y étudient la végétation, scientifiquement identifiée.

Suite à l'effondrement du prospère secteur immobilier et au début de la Deuxième Guerre mondiale, de nombreuses villes se voient incapables de financer leurs projets d'embellissement. Les associations vouées à ces projets disparaissent, car leurs membres épousent d'autres causes. On ne crée donc plus de parcs. À la fin de la guerre, on dresse plutôt des monuments à la mémoire des soldats. L'intérêt pour les parcs renaît cependant, et on débloque à nouveau des fonds publics. Au cours des années 20, l'aménagement et l'entretien de parcs deviennent une entreprise bureaucratisée, confiée aux mains d'experts et non plus d'amateurs.

Une fois de plus, la crise des années 30 met un frein à la création de parcs, mais l'idée de conserver de beaux espaces pour les loisirs subsiste. Au cours des années 60, on note un regain d'intérêt et de nombreux parcs voient le jour, en grande partie pour commémorer l'année du CENTENAIRE . Aujourd'hui on n'a plus à justifier les parcs comme outils de réforme sociale ou comme « poumons de la ville ». Ils font tout naturellement partie du paysage urbain.


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