Phil Hall

Phil Hall, poète, enseignant, directeur littéraire et éditeur (né le 18 septembre 1953 à Lindsay, en Ontario).

Phil Hall grandit au sein d’une famille d’agriculteurs dans la région ontarienne de Kawarthas. Après une enfance et une adolescence marquées par une certaine aliénation intellectuelle et par des relations familiales sources d’émotions conflictuelles, il quitte le milieu rural qui est le sien pour entreprendre des études à l’Université de Windsor où il obtient une maîtrise en anglais et en création littéraire. Il a commencé à publier dans les années 1970 et, depuis, son succès auprès de la critique n’a cessé de croître régulièrement. Il est aujourd’hui reconnu comme l’une des voix les plus importantes de la poésie lyrique canadienne.

La poésie de Phil Hall a évolué au fil des ans. Ses premières œuvres évoquent sensuellement les côtés violents et grotesques de l’enfance : « mignon, mignon / erreur d’aiguillage dès le départ » [traduction libre]. Ultérieurement, sa poésie interroge les capacités du langage à véhiculer avec intégrité des vérités dont il espère qu’elles pourraient adoucir des éclairs mémoriels de « déjà‑vu / atrocités » [traduction libre]. Bien que ces poèmes plus tardifs continuent de baigner dans une tonalité élégiaque, l’urgence qui presse le poète d’affronter le passé le conduit à une vision plus apaisée et à un élargissement du champ des significations.

Les ouvrages antérieurs de Phil Hall publiés dans les années 1980 et 1990, comme Why I Haven’t Written (1985), Old Enemy Juice (1988) et The Unsaid (1992), s’inscrivent, sur le ton de la confession, dans la tradition de la poésie autobiographique. S’appuyant sur les souvenirs douloureux d’une famille dysfonctionnelle (voir aussi Violence familiale), le poète explore l’identité de genre, la violence sexuelle, les relations amoureuses et l’alcoolisme dans sa famille ainsi que la mort de ses parents et sa vie d’écrivain en devenir. Il tente d’accepter et de dépasser les cicatrices psychologiques de son passé en s’y confrontant dans des poèmes d’un réalisme cru. Cette démarche artistique lui vaut d’être étiqueté comme poète « gothique de l’Ontario ». Les années qu’il passe à Windsor comme aide‑soignant dans une maison de retraite vont également lui fournir un matériau poétique. Les poèmes autour de ce thème rendent compte des soins qu’il fournit aux résidents pendant qu’il les écoute évoquer des souvenirs qui leur échappent lentement, et de l’affection feinte dont font preuve les familles en visite; il y décrit stoïquement la lente détérioration et la mort solitaire des personnes âgées qu’il côtoie (voir aussi Vieillissement).

Au cours des années 1980, Phil Hall déménage à Vancouver, où il s’investit activement au sein du Vancouver Industrial Writers’ Union et du Vancouver Men Against Rape Collective. Ses contributions à la « poésie ouvrière et sociale » à Windsor et à Vancouver traduisent son engagement autour des enjeux du travail et de l’égalité entre les sexes. Plusieurs de ses poèmes ont été publiés dans une anthologie thématique autour de la vie de la classe ouvrière parue en 1985 sous le titre Shop Talk. Il existe toutefois de nombreux points communs, aussi bien sur le fond que sur la forme, entre ses œuvres poétiques sociales et celles explorant un matériau intime; en effet, sur le fond, les unes comme les autres naissent d’un désir de dire, sans fard, les vérités de l’humaine condition et, sur la forme, elles constituent des récits s’appuyant sur une langue familière. Dans un essai de 2009 intitulé « A Blunt Garde : the False Politics of Honesty », Phil Hall évoque ainsi son œuvre : « Je ne voulais rien mettre dans ma poésie que mon père qui n’avait pas fait d’études (aujourd’hui décédé) n’aurait pas pu comprendre […] Je voulais être authentique et me considérer comme un homme du peuple pour que mes poèmes servent la cause du progrès » [traduction libre].

Hearthedral: A Folk‑Hermetic, un recueil de 1996 occupant une place pivot dans l’œuvre de Phil Hall, donne à voir encore plus clairement sa mue poétique. Cet ouvrage marque la transition d’une poésie accessible et réaliste, usant d’une langue familière, à une écriture plus complexe, rappelant la façon dont James Joyce joue avec les mots dans Finnegans Wake et la langue extrêmement riche sur laquelle s’appuie Gerard Manley Hopkins dans sa poésie descriptive. Cet ensemble démontre un profond infléchissement de la manière d’écrire de l’artiste qui passe de poèmes conçus comme des unités organiques à un flux poétique de séquences sans titre mettant en valeur le processus créatif au détriment du produit. Dans ses ouvrages suivants comme White Porcupine en 2007, The Little Seamstress en 2010 et Killdeer en 2011, il poursuit dans cette veine stylistique, tout en continuant à exploiter le matériau autobiographique.

La poésie de Phil Hall lui a valu de multiples récompenses de premier plan témoignant du niveau atteint dans sa pratique littéraire : Trouble Sleeping, paru en 2000, a été sélectionné pour les ​prix littéraires du Gouverneur général​ dans la catégorie Poésie; An Oak Hunch, un ouvrage de 2005, a été finaliste du prix Griffin pour la poésie; enfin, Killdeer, un recueil de 2011, a été finaliste du prix Griffin pour la poésie et a obtenu un prix littéraire du Gouverneur général dans la catégorie Poésie ainsi qu’un prix littéraire Trillium.


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