Pierre Perrault

Pierre Perrault, OQ, réalisateur, poète et écrivain (né le 29 juin 1927 à Montréal, QC; décédé le 23 juin 1999 à Montréal).

Pour la suite du monde
Pierre Perrault (deuxième à partir de la gauche) sur le plateau de tournage de son film, Pour la suite du monde (avec la permission du Toronto International Film Festival Group).
Perrault, Pierre
Le metteur en scène et poète, Pierre Perrault (avec la permission du Toronto International Film Festival Group).\r\n \r\n

Pierre Perrault, OQ, réalisateur, poète et écrivain (né le 29 juin 1927 à Montréal, QC; décédé le 23 juin 1999 à Montréal). Pierre Perrault est l’un des plus grands artistes québécois, un homme de lettres d’envergure et un des cinéastes canadien les plus importants. Son œuvre dans les domaines de la radio, du cinéma, de la télévision et de l’écriture explore la genèse et la nature de la culture et de l’identité des Canadiens francophones. Figure de proue du cinéma direct, son documentaire élégiaque de 1963, Pour la suite du monde, coréalisé avec Michel Brault, est un classique du cinéma canadien. Ses écrits lui ont valu de nombreux grands prix, dont trois prix littéraires du Gouverneur général dans les catégories poésie, théâtre et essai. Membre de l’Ordre national du Québec, il a reçu les prix Ludger-Duvernay, Albert-Tessier, Victor-Barbeau et la Médaille des Arts et des Lettres du gouvernement français. Le gouvernement du Québec lui a décerné à titre posthume la Médaille de la Révolution tranquille pour sa contribution à la culture québécoise durant les années 1960.

Jeunesse et éducation

Fils d’un marchand de bois, Perrault était un jeune homme rebelle qui, selon ses propres mots, était « allergique à l’autorité ». Il suit une éducation classique au sein de trois écoles privées de l’élite montréalaise, se fait renvoyer du Collège de Montréal et du Collège Grasset puis obtient finalement son diplôme de fin d’études au Collège Sainte-Marie. C’est dans ce collège qu’il fonde, avec Hubert Aquin et Marcel Dubé, le journal étudiant Cahiers d’Arlequin, dans lequel il publie sa première pièce de théâtre, Pierre en vrac.

En 1948, il s’inscrit à la faculté de Droit de l’Université de Montréal, où il est rédacteur en chef du journal étudiant, Quartier latin (1949 – 1950). Il gagne par ailleurs trois championnats au sein de l’équipe de hockey de la faculté. Il étudie l’histoire du droit à l’Université de Paris et le droit international à l’Université de Toronto avant d’exercer comme avocat de 1954 à 1956.

Début de carrière

En 1955, il commence à travailler comme scénariste pour une émission de radio hebdomadaire de Radio-Canada. Il abandonne ensuite définitivement le droit et se met à écrire des scénarios pour la série de Radio-Canada Le chant des hommes, une émission de radio quotidienne consacrée aux chansons populaires et à la musique traditionnelle. En compagnie du chanteur folk français Jacques Douai, Perrault passe l’été 1956 à parcourir le comté de Charlevoix, au Québec, sur la rive nord du Saint-Laurent, le pays natal de son épouse, Yolande Simard. Il y enregistre la musique locale et interview les résidents.

De nombreux personnages rencontrés durant ce voyage et plusieurs des anecdotes qui l’étoffèrent se retrouveront à maintes reprises dans ses œuvres à venir. Les enregistrements ont eux-mêmes servi de base pour sa série hebdomadaire radiodiffusée, Au pays de Neufve-France (1956 – 1957), qui inspira la série télévisée de Radio-Canada portant le même nom (1958 – 1960), produite par Budge Crawley, scénarisée par Perrault et incluant treize documentaires d’une demi-heure chacun.

Les films de l’île aux Coudres

Après avoir présenté à l’Office national du film une idée de scénario pour un docu-fiction sur la chasse au béluga par les habitants de l’île aux Coudres, Perrault est présenté à Michel Brault, qui suggère de tourner le documentaire dans le style du cinéma direct. C’est ainsi qu’ils réalisent Pour la suite du monde (1963), un classique du cinéma direct qui allait devenir le premier film canadien à être projeté au Festival de Cannes et qui gagna deux prix au Palmarès du film canadien, notamment le prix du Film de l’année.

Perrault revient travailler dans les studios de radio, comme il le fera durant toute sa carrière, jusqu’à ce qu’il accepte le poste de directeur de l’ONF en 1965. Il réalise ensuite un court-métrage et deux longs-métrages documentaires qui, avec Pour la suite du monde, forment un cycle de films sur l’île aux Coudres : Le Beau plaisir (1968), un court-métrage qui décrit en détail les pièges à béluga utilisés dans Pour la suite du monde; Le Règne du jour (1967), qui suit les traces d’Alexis Tremblay et d’autres villageois qui apparaissent dans Pour la suite du monde alors qu’ils se rendent sur leurs terres ancestrales, en France et Les Voitures d'eau (1968), sur le sort des vieilles goélettes de l’île aux Coudres et la construction d’une nouvelle.

Films engagés politiquement

Perrault réalise ensuite deux films très puissants sur le nationalisme et le combat politique. Il tourne Un Pays sans bon sens (1970), un essai visant à explorer le nouveau nationalisme qui surgit au Québec et la viabilité du séparatisme québécois en laissant de côté la technique du cinéma direct qu’il reprend pour L'Acadie, l'Acadie?!? (1971), qu’il coréalise avec Brault, un reportage sur les manifestations organisées par les étudiants acadiens de l’Université de Moncton.

Les films sur l’Abitibi

Les films politiques sont suivis d’une série de documentaires sur la région de l’Abitibi, tous centrés sur Hauris Lalancette, un agriculteur. Un Royaume vous attend (1975), coréalisé avec Bernard Gosselin, décrit le déclin de l’agriculture dans la région. Dans Le Retour à la terre (1976), le cinéaste insère des extraits des films de Maurice Proulx tournés dans la région dans les années 1930 et y superpose des anecdotes mettant en jeu les habitats contemporains qui relatent leurs souvenirs du tournage du film historique de Proulx. Comme Le Règne du jour, C'était un Québécois en Bretagne, Madame (1977) suit Lalancette alors qu’il se rend en Bretagne, en France, pour y rencontrer les habitants. Le dernier film de la série, Gens d'Abitibi (1980), raconte la campagne de Lalancette alors qu’il se présente comme candidat du Parti Québécois aux élections provinciales de 1973.

La chasse et le milieu sauvage

À cette époque, Perrault réalise deux films poétiques sur les problèmes que rencontrent les peuples autochtones — Le Goût de la farine (1976) et Le Pays de la terre sans arbre ou le Mouchouânipi (1980) — ainsi que La Bête lumineuse (1982), un film sur neuf citadins québécois qui partent chasser l’orignal dans l’arrière-pays. Le film fut projeté au Festival de Cannes et fut à l’origine de débats houleux en France et au Canada.

Découverte du Québec

Perrault se lance ensuite dans la réalisation d’une série de trois films qui retracent la découverte du Québec. Les Voiles bas et en travers (1983), réalisé pour commémorer le 450e anniversaire de la découverte du Canada par Jacques Cartier, est un documentaire d’une heure sur la ville natale de Cartier, Saint-Malo, en France. La Grande allure I (1985) et La Grande allure II (1985) font revivre la traversée de l’Atlantique de Saint-Malo jusqu’au Saint-Laurent.

Le Grand Nord

Dans les années 1990, Perrault tourne son attention vers le Grand Nord du Québec et commence par réaliser L'Oumigmag ou l'Objectif documentaire (1993), un film sur la toundra et les bœufs musqués dans lequel, pour la première fois, il ne filme aucun humain et n’enregistre aucun dialogue. Son commentaire porte sur nature même des documentaires. L'année suivante, il fait du bœuf musqué le seul sujet de son dernier film, Cornouailles (1994). En 1991, il prend part à un voyage de 11 jours de Québec à l’île de Baffin à bord du brise-glace Pierre Radisson. Il basera sa série radiodiffusée en 13 parties L’appel du nord (1992) sur ce périple. En 1994, il produit une série d’émissions radiophoniques basées sur des interviews du critique de film Paul Warren. Perrault se retire de l’ONF en 1996.

Œuvre littéraire

Les écrits de Perrault, qu’il décrit lui-même comme « un inventaire de la parole, cette littérature des pauvres », sont principalement des adaptations de ses émissions radiophoniques et de ses films. Il adapte ainsi ses scripts radiophoniques pour donner forme aux poèmes publiés dans ses deux premiers recueils de poésie — Portulan (1961) et Ballades du temps précieux (1963). De même, un grand nombre de ses poèmes en prose parus dans Toutes Isles : chroniques de terre et de mer (1963) sont construits à partir de commentaires extraits de plusieurs films de la série Neufve-France. Les poèmes du recueil En désespoir de cause: poèmes de circonstances atténuantes (1971) sont tirés des films appartenant à la série de l’île aux Coudres. Les écrits parus dans ces trois recueils forment la base de Chouennes : poèmes, 1961 – 1971 (1975), qui gagne le prix littéraire du gouverneur général du Canada dans la catégorie poésie. En 1968, la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal lui décerne le Prix Ludger-Duvernay pour l’ensemble de son œuvre littéraire.

Pour l’un de ses derniers livres en prose, Le Mal du nord (1991), qui lui vaudra son troisième prix littéraire du gouverneur général du Canada, Perrault s’inspire des notes qu’il a prises durant son voyage sur l’île de Baffin en 1991. Dans Nous autres icitte à l’île (1999), l’auteur se concentre spécifiquement sur les habitants de l’île aux Coudres et sur leur style de vie. Ces deux livres offrent des poèmes reconstitués à partir d’écrits de Jacques Cartier et d’autres explorateurs ainsi que des anecdotes rapportées par les personnes interviewées par Perrault sur plusieurs années. Il publie trois volumes de poésie à la fin des années 1990 – Jusqu’à plus oultre… (1997), Irréconciliabules (1998) et Le visage humain d’un fleuve sans estuaire (1998). Les notes qu’il a rassemblées pour un livre sur le fleuve Saint-Laurent, Partismes, seront publiées après sa mort, en 2001.

Héritage

Perrault joua un rôle clé dans l’évolution du cinéma direct et fut une figure de proue du mouvement qui aspira à définir l’identité nationale du Québec. Son œuvre, riche de plus de 20 films et 600 émissions de radio auxquels il faut ajouter ses contributions dans le domaine du théâtre et de la littérature, a nourri une reconnaissance profonde de la culture, de l’histoire et de la langue du Québec. Comme l’a dit le spécialiste du cinéma David Clandfield, Perrault fut « le poète romantique, le maître de la voix » qui parvint à utiliser « la technologie du cinéma direct pour créer un cinéma du vécu » [Trad. libre].

Le documentaire de Jean-Daniel Lafond sur Perrault, Les traces du rêve, qui sort en 1986, sera nominé aux prix Génie. Après la mort de Perrault en 1999, le Rendez-vous du Cinéma Québécois crée le Prix Yolande et Pierre Perrault pour récompenser le meilleur nouveau réalisateur de documentaires. Son œuvre a fait l’objet de nombreux films, rétrospectives et analyses académiques. Un symposium international portant sur ses films et organisé par l’Université de Montréal, l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris et l’association Balafon s’est tenu à Rio de Janeiro, au Brésil, en mai 2012. Ses écrits sont conservés dans les Archives Pierre Perrault, à l’Université Laval.

Prix

Catégorie Information télévisée (La Traverse d'hiver à l'île aux Coudres), Palmarès du film canadien (1959)

Prix du Grand Jury des lettres canadiennes (Portulan) (1961)

Prix littéraire du gouverneur général du Canada (Au cœur de la rose), catégorie poésie et théâtre (1964)

Film de l’année (Pour la Suite du Monde), Palmarès du film canadien (1964)

Prix spécial (Pour la Suite du Monde), Palmarès du film canadien (1964)

Prix Ludger-Duvernay, Société Saint-Jean Baptiste (1968)

Prix littéraire du gouverneur général du Canada (Chouennes), catégorie poésie et théâtre (1975)

Doctorat honorifique, Université Laval (1986)

Prix Albert-Tessier, Gouvernement du Québec (1994)

Prix Victor-Barbeau (L’oumigmatique ou l’objectif documentaire), Académie des lettres du Québec (1996)

Doctorat honorifique, Université Lumière (1996)

Médaille des Arts et des Lettres, gouvernement français (1996)

Doctorat honorifique, Université de Sherbrooke (1997)

Membre de l’Ordre national du Québec (1998)

Prix littéraire du gouverneur général du Canada (Le Mal du Nord), catégorie études et essais (1999)

Écrits

Poésie

Portulan (Montréal : Beauchemin, 1961).

Ballades du temps précieux (Montréal : Éditions d’Essai, 1963).

En désespoir de cause: poèmes de circonstances atténuantes (Montréal : Éditions Parti Pris, 1971).

Chouennes : poèmes, 1961 – 1971 (Montréal : Éditions de l’Hexagone, 1975).

Gélivures(Montréal : Éditions de l’Hexagone, 1977).

Jusqu’à plus oultre… (Montréal : Comeau & Nadeau, 1997).

Irréconciliabules (Trois-Rivières : Écrits des Forges, 1998).

Le visage humain d’un fleuve sans estuaire (Trois-Rivières : Écrits des Forges, 1998).

Partismes (Montréal : Éditions de l’Hexagone, 2001).

Théâtre

Au cœur de la rose : pièce en trois actes (Montréal: Beauchemin, 1964).

Au cœur de la rose : pièce en trois actes : 2e version (Montréal : Lidec, 1969).

Au cœur de la rose : pièce en trois actes (Montréal : Éditions de l’Hexagone, 1988).

Récits

Toutes Isles: chroniques de terre et de mer (Montréal : Fides, 1963).

Toutes Isles (Montréal : Fides, 1967).

Toutes Isles : récits (Montréal : Éditions de l’Hexagone, 1990).

Le mal du nord : récit(Hull : Vents d’Ouest, 1999).

Essais et interviews

Robert Roussil, Denys Chevalier et Pierre Perrault, L’art et l’État (Montréal : Parti Pris, 1973).

Caméramages (Montréal/Paris : Éditions de l’Hexagone/Edilig, 1983).

Le Saint-Laurent (Montréal : Libre Expression/Art Global, 1984).

De la parole aux actes : essais (Montréal : Éditions de l’Hexagone, 1985).

L’oumigmatique ou l’objectif documentaire : essai (Montréal : Éditions de l’Hexagone, 1995).

Cinéaste de la parole : entretiens avec Paul Warren (Montréal : Éditions de l’Hexagone, 1996).

Nous autres icitte à l’île (Montréal : Éditions de l’Hexagone, 1999).


Lecture supplémentaire

  • Stéphane-Albert Boulais, Le cinéma vécu de l'intérieur. Mon expérience avec Pierre Perrault (1988).

    Paul Warren, éd., Pierre Perrault, cinéaste-poète (Montréal : Éditions de l’Hexagone, 1999)

    Michael Dorland, Seth Feldman et Pierre Véronneau, Dialogue : Canadian and Québec Cinema (1986).

    Paul Warren, Pierre Perrault, cinéaste de la parole (1996).

    David Clandfield, Pierre Perrault and the Poetic Documentary (Toronto International Film Festival/Indiana University Press, 2004).

Liens externes