Pour la suite du monde

Premier film canadien à être projeté au Festival de Cannes, Pour la suite du monde (1963), de Pierre Perrault et Michel Brault, est un documentaire révolutionnaire et mélancolique qui marque une étape décisive dans l’histoire du cinéma canadien. Reconstitution d’une chasse traditionnelle aux bélugas sur l’île aux Coudres et portrait intimiste de ses habitants, ce film, devenu un classique, représente le couronnement du mouvement du cinéma direct au Québec et est largement considéré comme l’un des meilleurs films canadiens jamais réalisés.En 2016, le film est classé parmi 150 œuvres essentielles de l’histoire du cinéma canadien dans le cadre d’un sondage mené par le Festival international du film de Toronto (TIFF).

Pierre Perrault (centre gauche) lors du tournage de Pour la suite du monde
Pierre Perrault (centre gauche) lors du tournage de Pour la suite du monde. Premier film canadien \u00e0 \u00eatre présenté au Festival du Film de Cannes, le documentaire Pour la suite du monde, \u00e0 la fois révolutionnaire et empreint de mélancolie, recrée une chasse au béluga traditionnelle sur l'\u00cele aux Coudres.

Contexte

Après avoir soumis à l’Office national du film (ONF) un projet de fiction documentaire scénarisée à propos de la chasse aux bélugas sur l’île aux Coudres, le réalisateur Pierre Perrault est présenté au directeur de la photo Michel Brault qui suggère de réaliser le film dans le style du cinéma direct (voir Cinéma documentaire) dont il a été le pionnier à l’ONF depuis la fin des années 1950. Pour la suite du monde, réalisé avec un budget de 80 000 $, est le résultat de cette collaboration.

Synopsis

Pendant des siècles, les habitants de l’île aux Coudres, une petite île située dans le Saint-Laurent près de Québec, ont chassé les bélugas en plongeant une fascine d’arbrisseaux dans la boue proche du littoral à marée basse. Cette pratique a été abandonnée après 1940. En 1962, une équipe de cinéastes dirigée par Pierre Perrault et Michel Brault, arrive sur l’île pour réaliser un documentaire sur les habitants et leur vie isolée tout en encourageant les insulaires à faire renaître la pratique de la pêche aux bélugas.

Réception critique et commerciale

Le film ainsi produit, intitulé Pour la suite du monde, filmé avec une incroyable sensibilité par Michel Brault, contient un certain nombre d’images absolument étonnantes. Il obtient un immense succès populaire à sa sortie au Québec et reçoit des critiques très élogieuses. La version originale en français de 105 minutes se voit raccourcie à 83 minutes dans sa version en anglais qui est connue sous divers titres : Moontrap, Of Whales, the Moon and Men ou For the Continuation of the World.

Michel Brault (\u00e0 gauche) et Pierre Perrault pendant le tournage de Pour la suite du monde
Michel Brault et Pierre Perrault pendant le tournage de Pour la suite du monde. Tourné avec une grande sensibilité par Michel Brault, Pour la suite du monde présente des images saisissantes et conna\u00eet une grande popularité \u00e0 sa sortie au Québec.

Cycle de l’île aux Coudres

Pierre Perrault réalise par la suite, en 1967, Le Règne du jour, un long métrage centré autour d’Alexis Tremblay et des autres villageois présents dans Pour la suite du monde en visite sur leurs terres d’origine en France, puis, en 1968, un autre long métrage, Les Voitures d’eau, à propos du destin des goélettes vieillissantes utilisées par les pêcheurs et du processus de construction d’un nouveau bateau, enfin, toujours en 1968, Le Beau plaisir, un court métrage qui offre une description détaillée des pièges à bélugas utilisés dans Pour la suite du monde, ces trois films constituant un cycle cinématographique consacré aux habitants de l’île aux Coudres.

Distinctions et héritage

Pour la suite du monde représente une évolution marquante dans le mouvement du cinéma-vérité, s’éloignant de la simple observation pour aller vers une participation plus directe et une importance plus grande accordée au discours des personnes dépeintes. En 1964, le film remporte le prix du Meilleur film de l’année au Palmarès du film canadien et se voit également accorder un prix spécial en reconnaissance de ses qualités visuelles, de son point de vue original et de ses qualités artistiques.

Le film est désormais considéré comme un classique du cinéma canadien. Le film fait régulièrement l’objet d’analyses approfondies et est systématiquement classé par les critiques comme l’un des meilleurs films canadiens jamais réalisés. Il est inscrit, en 1984, dans la liste des dix meilleurs films canadiens de tous les temps à l’occasion d’une enquête menée par le Festival international du film de Toronto. En 1996, le film a l’honneur de faire partie des dix films représentés sur une série de timbres-poste émis par Postes Canada pour célébrer le centième anniversaire du cinéma au Canada.

En 2008, Pour la suite du monde devient le premier film québécois à être désigné comme « chef-d’œuvre » par l’agence de presse québécoise spécialisée dans le cinéma Médiafilm. En 2012, Michel Brault se rend à l’île aux Coudres pour le 50e anniversaire du film où il rencontre les descendants des personnes qu’il a filmées. En octobre 2016, Pour la suite du monde est classé parmi 150 œuvres essentielles de l’histoire du cinéma canadien dans le cadre d’un sondage auprès de 200 professionnels des médias mené par le TIFF, Bibliothèque et Archives Canada, la Cinémathèque québécoise et la Cinematheque de Vancouver en prévision des célébrations entourant le 150e anniversaire du Canada en 2017.

Voir aussi : Longs métrages canadiens; Cinéma québécois.

Récompenses

Golden Mikeldi, Festival international du documentaire et du court métrage de Bilbao (1963)

Meilleur film de l’année, Palmarès du film canadien (1964)

Prix spécial, Palmarès du film canadien (1964)


Lecture supplémentaire

  • Yves Lever, « Pierre Perrault et la construction du Québec libre », Cinéma et société québécoise (Éditions du jour, 1972); Histoire générale du cinéma au Québec (Boréal, 1988); Le cinéma de la Révolution tranquille, de Panoramique à Valérie (Y. Lever, 1991); et Anastasie ou la censure du cinéma au Québec (Septentrion, 2008).

    Michel Brûlé, Pierre Perrault ou Un cinéma national: essai d’analyse socio-cinématographique (Les Presses de l’Université de Montréal, 1974).

    Pierre Perrault, Pour la suite du monde (Les Éditions de l'Hexagone, 1992).

    Pierre Véronneau, Résistance et affirmation: La production francophone à l’ONF 1939–64 (Cinémathèque québécoise, 1987).

    Paul Warren, dir., Pierre Perrault, cinéaste-poète: essais (Éditions de l’Hexagone, 1999).

    Michel Larouche, dir., Cinéma et littérature au Québec: rencontres médiatiques (XYZ, 2003).

    Christian Poirier, Le cinéma québécois. À la recherche d’une identité? (Presses de l’Université du Québec, 2004).

    Michel Coulombe et Marcel Jean, dir., Le dictionnaire du cinéma québécois, 4e édition (2006).

    Gilles Marsolais, Cinéma québécois: de l’industrie à l’artisanat (Éditions Triptyque, 2012).

    Serge Bouchard, Les images que nous sommes. 60 ans de cinéma québécois (Les Éditions de l’Homme, 2013).

    Wyndham Wise, dir., Take One's Essential Guide to Canadian Film (University of Toronto Press, 2001).

Liens externes