Princesse Alice comtesse d'Athlone

Son Altesse Royale la princesse Alice Mary Victoria Augusta Pauline d’Albany, comtesse d’Athlone, consort vice-royale du Canada de 1940 à 1946 (née le 25 février 1883 à Berkshire au Royaume-Uni, décédée le 3 janvier 1981 à Londres au Royaume-Uni). La princesse Alice a fait la promotion de la culture canadienne et des contributions des femmes à la Deuxième Guerre mondiale. Elle est la dernière petite-fille survivante de la reine Victoria et la dernière membre de la famille royale à servir comme consort vice-royale du Canada.

Le comte d
Photo officielle du gouverneur général le comte d'Athlone et de Son Altesse Royale la princesse Alice avant de quitter le Canada \u00e0 la fin du mandat de Son Excellence \u00e0 titre de gouverneur général. Ottawa, 1946.

Jeunesse et famille

La princesse Alice voit le jour au château de Windsor, fille du prince Léopold, duc d’Albany (le fils cadet de la reine Victoria) et de la princesse Hélène de Waldeck-Pyrmont. Elle est nommée en l’honneur de la sœur aînée de son père, la princesse Alice, grande-duchesse de Hesse-Darmstadt, emportée par la diphtérie en 1878. Les parrains et marraines de la princesse Alice sont notamment la reine Victoria, le roi Guillaume III des Pays-Bas et l’impératrice allemande Augusta.

La princesse Alice grandit à Claremont House de Surrey, en Angleterre, une résidence acquise par la reine Victoria comme cadeau de mariage pour le prince Léopold et la princesse Hélène en 1882. Le prince, qui souffre d’hémophilie, décède à l’âge de trente ans en 1884. Son fils, le prince Charles Édouard, voit le jour plus tard cette année-là. En 1899, il devient duc de Saxe-Cobourg et Gotha, et la princesse Alice suit sa mère et son frère en Allemagne, où elle vit jusqu’en 1903.

Mariage et enfants

En 1904, Alice épouse le prince Alexandre de Teck à la chapelle Saint-Georges, au château de Windsor. Alexandre de Teck est le frèrecadet de la princesse de Galles (qui deviendra plus tard la reine Mary, consort du roi George V). L’une des invitées, lady Violet Greville, observe que « contrairement à la plupart des épouses royales, cette mariée semble réellement heureuse ».

En 1917, George V met fin à l’usage de titres allemands au sein de la famille royale, qui devient alors la maison de Windsor. Le prince Alexandre et la princesse Alice adoptent le nom de famille Cambridge, en l’honneur du grand-père maternel d’Alexandre, le prince George, duc de Cambridge. Le 7 novembre 1917, le prince George confère à Alexandre les titres de comte d’Athlone et de vicomte Trematon. Alice est désormaisconnue sous le nom de princesse Alice, comtesse d’Athlone.

Les Athlone ont trois enfants : May Helen Emma, qui deviendra plus tard lady May Abel Smith (1906-1994); Rupert, vicomte Trematon (1907-1928), et Maurice (1910-1910).Comme ses cousines – l’impératrice Alexandra de Russie et la reine Victoria Eugénie d’Espagne – la princesse Alice est atteinte d’hémophilie et transmet la maladie à ses fils. Maurice meurt en bas âge, tandis que Rupert décède des suites d’une hémorragie cérébrale découlant d’un accident de voiture. Au moment de la mort de Rupert, la princesse Alice se trouve en Afrique du Sud, et ne peut donc assister à ses funérailles.

Philanthropie

La princesse Alice s’implique au sein de nombreux organismes de bienfaisance et s’adonne à de nombreuses activités philanthropiques. Comme elle l’expliquera plus tard dans ses mémoires : « Mon travail au service d’œuvres de bienfaisance occupait beaucoup de mon temps. En premier lieu, je me suis jointe à la National Children’s Adoption Association (l’Association nationale pour l’adoption des enfants) après sa fondation en 1917 ». La princesse Alice est également à la tête du comité des finances et du comité des affaires de The Athlone Trust, qui offre une aide financière aux enfants adoptés et à leur famille. En outre, elle est la première membre de la famille royale à se prononcer publiquement en faveur de l’accès aux contraceptifs et de la planification familiale. En 1933, elle soutient le Malthusian Ball, organisé par le mouvement international pour le contrôle des naissances, pour recueillir des fonds pour la diffusion d’informations sur les méthodes de planification familiale. Les membres de ce mouvement sont préoccupés par le fait que les familles les plus riches ont un meilleur accès aux moyens de contraception et que la croissance démographique est plus élevée parmi les pauvres, incapables de subvenir aux besoins matériels de leurs enfants. En plus de « participer à de nombreux événements mis sur pied par des organismes de bienfaisance », la princesse Alice s’engage également au sein du Deptford Fund (aujourd’hui le centre d’arts d’Albany à Londres) et de la Royal School of Needlework.

Afrique du Sud

Le comte d’Athlone est gouverneur général de l’Afrique du Sud de 1924 à 1930. Les Athlone traitent les Sud-Africains de toutes origines avec courtoisie et respect, ce qui leur vaut l’admiration générale. La princesse Alice encourage les visites royales en Afrique du Sud, en écrivant que la visite du roi et de la reine « aurait pu aider à éliminer les absurdes différences raciales », qui selon elle sont « entièrement dues aux rivalités politiqueset à l’opportunisme du parti ».


Photo officielle prise au Rideau Hall du gouverneur général le comte d'Athlone et de la princesse Alice entourés de membres de leur famille. Ottawa.

Le Canada et la Deuxième Guerre mondiale

En février 1940, moins de six mois après le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, le gouverneur général du Canada, lord Tweedsmuir, meurt d’une grave blessure à la tête à la suite d’un accident vasculaire cérébral. Le premier ministre Mackenzie King recommande la nomination du comte d’Athlone pour lui succéder. Après un itinéraire sinueux à travers l’océan Atlantique afin d’éviter les sous-marins allemands (voir aussi Bataille de l’Atlantique), les Athlone arrivent à Halifax le 20 juin et à Ottawa le 21 juin. Les trois petits-enfants du couple vice-royal, Richard, Anne et Elizabeth Abel Smith, résident avec eux au Canada tout au long de la guerre.La princesse Alice se souvient : « Pendant qu’il était avec nous au Canada, nous avons envoyé mon petit-fils Richard dans uneécole bien connue à Port Hope, en Ontario… Anne a aussi fréquenté King’s, une bonne école pour filles située dans la province de Québec, et magnifiquement située… »

Durant le mandat de gouverneur général du compte d’Athlone, la Deuxième Guerre mondiale accapare tout son temps. En 1941, le couple entreprend des tournées pancanadiennes dans le but d’appuyer l’effort de guerre canadien, visitant l’Ouest canadien au printemps et les Maritimes en été. La princesse Alice se souviendra plus tard que la principale préoccupation du couple était les usines de guerres, qu’ils visitent à répétition. Selon elle, « certaines des suggestions que j’avais faites et qui avaient d’abord été ignorées ont fini par être adoptées... Tout le pays s’est lancé tête première dans l’effort de guerreet c’était très inspirant d’y être à ce moment-là. Puis, ils ont décidé qu’ils avaient besoin de femmes dans les forces armées. » La princesse Alice devientcommandante honoraire du Service féminin de la Marine royale du Canada, commandante de l’air honoraire de la Division féminine de l’Aviation royale canadienne et présidente des divisions des soins infirmiers de la Brigade d’ambulance Saint-Jean.

Princesse Alice, 1942
La princesse Alice en uniforme de l'ARC (5 décembre 1942).
Princesse Alice, 1947
Princesse Alice, comtesse d'Athlone, 1947.


En 1943 et 1944, les Athlone accueillent les conférences de Québec lors desquelles se rencontrent les chefs alliés à La Citadelle de Québec. La princesse Alice se rappellera plus tard que « c’était merveilleux de rencontrer tous les hommes qui dirigeaient l’effort de guerre, et le président [Franklin Roosevelt], Winston [Churchill] et leurs dames étaient d’une compagnie fort agréable lorsque nous étions « en famille », alors que nous avons eu beaucoup de conversations confidentielles passionnantes ». En revanche, la princesse Alice ajoute que « le premier ministre Mackenzie King n’était pas toujours facile d’approche. »


Premier ministre King et princesse Alice
Premier ministre King et princesse Alice au Monument commémoratif de guerre avant de déposer une couronne. (Ottawa, mars 1946)

Le mandat de gouverneur général du compte d’Athlone prend fin en 1946. Comme cadeau de départ pour les Canadiens, la princesse Alice crée le Princess Alice Foundation Fund afin de promouvoir le leadership chez les jeunes grâce à l’octroi de bourses. Cairine Wilson, présidente du fonds et première femme sénatrice du Canada,lance une campagne visant à recueillir 50 000 $ pour des bourses destinées à de jeunes leaders prometteurs. Le comte d’Athlone et la princesse Alice reçoivent tous deux un doctorat honorifique en droit de l’Université Queen’s.

La famille royale néerlandaise au Canada

La princesse Alice invite la famille royale néerlandaise, avec laquelle elle a des liens familiaux, à se réfugier au Canada pendant la Deuxième Guerre mondiale. La reine Wilhelmine desPays-Bas est la cousine germaine de la princesse Alice (leurs mères étant sœurs), elle-même étant la marraine de la petite-fille de Wilhelmine, la future reine Beatrix. Au moment de l’invitation, la famille royale néerlandaise se trouve à Londres, après avoir fui les Pays-Bas lors de l’invasion nazie en 1940. La famille accepte l’invitation de la princesse Alice, et la princesse héritière Juliana et ses filles, Beatrix et Irene, viennent vivre à Ottawa de 1940 à 1945; une troisième fille, Margriet, voit le jour à l’Hôpital Civic d’Ottawa en 1943. Dans ses mémoires, la princesse Alice se souvient des moments passés à Rideau Hall : « Nous avions beaucoup de place pour tout le monde et nous nous sommes beaucoup amusés avec les enfants ».

Arts et culture canadiens

Suivant la tradition de sa tante, la princesse Louise, et de sa cousine, la princesse Patricia, la princesse Alice apporte son soutien à la culture et aux arts canadiens.LesAthlone parrainent de nombreux concerts et spectacles durant la guerre. Selon R.H. Hubbard, « [Alice] a démontré son grand intérêt pour les arts en assistant littéralement à tous les concerts et expositions à Ottawa et en recevant tous les artistes ». L’intérêt de la princesse Alice pour les arts ne passe pas inaperçu chez les acteurs, musiciens et artistes canadiens. Dans ses mémoires intituléesLife Before Stratford, Amelia Hall raconte :« La première pièce en trois actes que j’ai mise en scène étaitWhen We Are Married de JB Priestley, pour la [Ligue dramatique d’Ottawa] en 1944. Les 1 908 chapeaux utilisés dans la pièce, fabriqués par ma mère Elizabeth, ont été très appréciés par la princesse Alice, la comtesse d’Athlone et épouse du gouverneur général du Canada durant la guerre, lorsqu’elle nous a rendu visite en coulisses. (C’était un spectacle-bénéfice pour le Corps auxiliaire féminin de la Marine). »

Fin de vie

La princesse Alice continue d’entretenir d’étroits rapports avec le Canada après la fin du mandat du comte d’Athlone. En 1947, la princesse Alice offre ses conseils à Mackenzie Kingau sujet du choix d’un cadeau de mariage (des objets anciens faits en argent) pour la future reine Elizabeth II et le prince Philip, duc d’Édimbourg.

En 1959, la princesse Alice voyage en train pendant près de deux mois au Canada, rendant visite à des amis et pêchant près de Kamloops. À Ottawa, elle visite Rideau Hall comme invitée du gouverneur général Georges Vanier et de Pauline Vanier. À Montréal, la princesse Alice donne un discours en appui au Princess Alice Foundation Fund, mis sur pied en 1945 dans le but d’octroyer des bourses d’études à de jeunes leaders. En 1963, elle se rend à Ottawa pour présenter le drapeau régimentaire aux Princess Louise Dragoon Guards en sa qualité de colonel honoraire.

La princesse Alice est laprésidente de l’Université des Indes occidentales de 1950 à 1971 et visite fréquemment la Jamaïque, amassant des fonds pour l’université. Elle voyage beaucoup jusqu’à la fin de sa vie, célébrant même son 95e anniversaire de naissance en Afrique du Sud. Au moment de sa mort, elle est la membre le plus âgée de la famille royale. Dans une notice nécrologique, leNew York Times souligne qu’elle a pris part autant au défilé du Jubilé de diamant de la reine Victoria en 1897 qu’à celui du Jubilé d’argent de la reine Elizabeth en 1977 ».


Lecture supplémentaire

  • Arthur Bousfield et Garry Toffoli,Royal Tours 1786-2010: Home to Canada(2010).

  • Theo Aronson,Princess Alice, Countess of Athlone(1981).

  • R.H. Hubbard,Rideau-Hall : Histoire illustrée de la résidence du gouverneur-général à Ottawa depuis l’époque victorienne jusqu’à nos jours(1977).

  • Princesse Alice, comtesse d’Athlone,For My Grandchildren: Some Reminiscences of Her Royal Highness Princess Alice(1966).