Robert Shankland, V.C.

​Robert Shankland, soldat, comptable, récipiendaire de la Croix de Victoria (né le 10 octobre 1887 à Ayr en Écosse; décédé le 20 janvier 1968 à Vancouver en Colombie‑Britannique). Durant la Première Guerre mondiale, le lieutenant Robert Shankland est l’un des trois soldats, habitant tous la même rue à Winnipeg, à recevoir la Croix de Victoria (V.C.), la plus haute distinction récompensant des actes de bravoure accomplis par des militaires au service de l’Empire britannique. Un tel tour de force – trois hommes habitant la même rue, en l’occurrence la rue Pine à Winnipeg rebaptisée chemin Valour en leur honneur, décorés de la V.C. – n’a jamais été réalisé nulle part ailleurs dans tout l’Empire britannique.

Jeunesse

Né à Ayr en Écosse en 1887, Robert Shankland émigre au Canada avec son ami George Ritchie en 1911. Alors qu’il est étudiant, il mène une double vie d’intellectuel et d’athlète de haut niveau, remportant une médaille pour ses réalisations et intervenant comme bénévole dans le cadre de la Scottish Presbyterian Boys’ Brigade, une organisation consacrée à la promotion d’une virilité chrétienne. Formé comme comptable à Ayr, il est employé, après son arrivée à Winnipeg, comme caissier dans une laiterie locale prospère, Crescent Creamery. Il s’installe avec la famille Ritchie au 733, rue Pine où il se bâtit la réputation d’un jeune homme tranquille et sans prétention.

Expérience de la guerre

Quand la Première Guerre mondiale éclate, Robert Shankland tente d’intégrer le régiment de la milice de Winnipeg des 79th Cameron Highlanders, mais, ne trouvant pas de postes vacants lors de l’intense première vague d’enrôlements, il se tourne vers une nouvelle unité, le 43e Bataillon (les Cameron Highlanders of Canada). Là, il excelle et est rapidement promu de simple soldat à sergent de la salle des rapports. Le 43e Bataillon quitte la Grande‑Bretagne en juin 1915 etfinit par intégrer la 3e Division du Corps expéditionnaire canadien.

Comme il s’est fait connaître pour son intelligence et son potentiel de leadership, Robert Shankland est promu au grade de sergent‑major. Il vit sa première véritable expérience de la guerre au début du mois de juin 1916 au mont Sorrel en Belgique, lorsque le 43e Bataillon subit une attaque sur son flanc au bois du Sanctuaire. Dans ces circonstances, il fait preuve de courage et d’initiative dans le cadre d’une contre‑attaque intense conduite le 4 juin, se portant volontaire pour conduire une équipe de brancardiers allant porter secours aux hommes blessés alors que la bataille fait rage. Plusieurs de ces soldats blessés ont été partiellement ensevelis par des explosions d’artillerie. Son leadership et sa bravoure sous le feu de l’ennemi lui valent une Médaille de conduite distinguée et une nomination ultérieure au grade de lieutenant.

Actes de bravoure à Passchendaele

En octobre 1917, à la bataille de Passchendaele, Robert Shankland, alors âgé de 30 ans, démontre encore une fois son immense ténacité au combat. Le 26 octobre, le 43e Bataillon reçoit pour mission de capturer une colline attenante au système de tranchées, l’éperon de Bellevue, considérée comme la principale ligne de défense de la crête de Passchendaele.

Tôt à l’aube, le bataillon avance dans les terribles conditions qui ont fait la réputation de cette bataille : la boue, le froid, les bombardements incessants et un nombre de victimes épouvantable. Face à une résistance allemande déterminée, le bataillon de Robert Shankland doit s’emparer de 14 nids de mitrailleuses en béton pour pouvoir se rendre maître de l’éperon. Ayant reçu l’ordre d’attaquer sans relâche, même sous un feu incessant et intense des mitrailleuses ennemies, les troupes du bataillon ne relâchent pas leur effort. Au début, les Canadiens réalisent des progrès certains, mais ils se retrouvent rapidement pris sous le feu croisé des Allemands. Des dizaines de soldats sont tués ou blessés; toutefois, le peloton commandé par le lieutenant Shankland réussit à conserver ses positions sur une partie de l’éperon Bellevue, en résistant à plusieurs terribles contre‑attaques allemandes qui provoquent de nombreuses victimes.

Après avoir réorganisé ce qui reste de son peloton en vue de ce qui semble bien être une ultime tentative désespérée de résistance, le lieutenant Shankland réussit à faire reculer les Allemands avec une unique mitrailleuse. Il se rend ensuite à l’arrière pour regrouper des renforts du 52e Bataillon. Son rapport au quartier général du bataillon permet de repérer une faiblesse dans la zone couverte par l’artillerie allemande et de déterminer un itinéraire possible le long duquel un groupe improvisé pourrait progresser. Le commandement ordonne sans délai une nouvelle attaque. Au fur et à mesure que le groupe d’assaillants progresse, attaquant des casemates ennemies par le flanc et faisant feu avec des grenades à fusil, des fusils Lewis et des grenades à main, il réussit à mettre effectivement fin à la résistance allemande sur l’éperon de Bellevue.

Du 26 au 29 octobre, on compte près de 2 500 victimes canadiennes à Passchendaele. Lors de cette bataille, les Canadiens réussissent toutefois à défendre leurs positions face à un ennemi qui avait préalablement arrêté les assauts conduits par les forces australiennes et néo‑zélandaises. La bataille de l’éperon de Bellevue permet aux Canadiens d’occuper un terrain situé plus en hauteur et plus au sec, leur offrant une excellente position pour lancer les dernières offensives à Passchendaele.

Croix de Victoria

Pour son leadership inspiré sur l’éperon de Bellevue et pour avoir transformé ce qui semblait être une défaite catastrophique en un succès légendaire, Robert Shankland est nommé comme récipiendaire de la Croix de Victoria. Quelques semaines après la bataille, il reçoit sa décoration personnellement des mains du roi George V. La citation le félicite pour « son courage remarquable et les formidables ressources qu’il a su mobiliser dans l’action dans des circonstances critiques largement défavorables […] Son courage et l’exemple extraordinaire qu’il a su donner, source d’inspiration pour les hommes de tous grades, combinés à un très grand sens de l’honneur et à un savoir‑faire exceptionnel, ont indubitablement permis de sauver une situation extrêmement critique. »

Croix de Victoria
Instituée en 1856 par la Reine Victoria, la Croix de Victoria est la premi\u00e8re décoration militaire du Commonwealth récompensant des actes de courage. Elle honore des actes de bravoure exceptionnels face \u00e0 l'ennemi.

Robert Shankland fait partie, avec le sergent‑major Fred Hall et le caporal Leo Clarke, d’un groupe de trois hommes qui demeuraient rue Pine à Winnipeg à avoir reçu la Croix de Victoria pendant la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, c’est le Musée canadien de la guerre qui détient ces trois V.C. dans ses collections. Il a été le seul de ces trois hommes à survivre à la guerre. En 1925, il assiste à la cérémonie de changement de nom de la rue Pine à Winnipeg qui, en son honneur et en l’honneur de Fred Hall et de Leo Clarke, est renommée « chemin Valour ». Durant la Deuxième Guerre mondiale, il servira comme commandant de camp au quartier général canadien en Angleterre.

Voir aussi :Le soldat canadien de la Grande Guerre; Évolution des troupes de choc canadiennes.


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