Musique à Saint-Jean

Dans les débuts de Saint-Jean, la musique enthousiasma particulièrement les Loyalistes cultivés et les officiers britanniques.
Dans les débuts de Saint-Jean, la musique enthousiasma particulièrement les Loyalistes cultivés et les officiers britanniques.


Musique à Saint-Jean

Saint-Jean est une ville au Nouveau-Brunswick sur la baie de Fundy, à l'embouchure de la fleuve Saint-Jean. Érigée sur l'emplacement d'une succession de forts français et anglais remontant à 1631, Saint-Jean devint en 1785 la première ville canadienne à recevoir sa charte. En 1824, sa population comptait 8000 habitants, y compris de nombreux descendants des Loyalistes, adversaires de la Révolution amér. arrivés en 1783. Saint-Jean devint un centre de pêcheries et de construction navale. En 1986, sa population s'élevait à 121 265 âmes.

Dans les débuts de Saint-Jean, la musique enthousiasma particulièrement les Loyalistes cultivés et les officiers britanniques. Le solliciteur général du Nouveau-Brunswick (1784-1808), Ward Chipman père, fut réputé pour les soirées tenues à sa résidence au cours desquelles il divertissait ses invités avec les plus récentes chansons de Londres. En 1783, un remarquable musicien loyaliste, Stephen Humbert, arriva du New Jersey et, en 1796, il ouvrit à Saint-Jean une école de musique vocale sacrée (voir Écoles de chant choral). Fervent méthodiste wesleyen, Humbert compila en 1801 Union Harmony, le premier livre de musique canadien avec texte en anglais, alors que nombre d'églises condamnaient la musique, la jugeant incompatible avec la religion. Quelques diacres qui s'opposaient à la « musique de danse dans la maison de Dieu » acceptèrent après une forte résistance de tolérer le chant d'un « air de cuivre » durant la quête. Encore en 1867, aucun orgue n'avait été autorisé à l'église presbytérienne Saint Andrew's; après cette date, un orgue discret fut autorisé.

Certaines églises ne s'opposaient pas à la musique. En 1802, l'église anglicane Trinity, grâce à un don de 200 livres d'un riche marchand, importa un orgue de Londres. En 1801, Colin Campbell annonçait des violons, des fifres militaires et ordinaires et une harpe éolienne, ainsi que les oeuvres récentes à la mode importées d'Écosse, d'Italie et d'ailleurs. Des établissements d'éducation, comme la Music Academy mise sur pied par l'Irlandais Arthur Corry en 1822, rehaussèrent les critères musicaux et donnèrent aux élèves l'occasion de se produire. Des nombreuses sociétés chorales, la première fut la Phil-Harmonic Society, fondée en 1824. Une autre fut le Catch and Glee Club, formé en 1833 par un immigrant irlandais. En 1837, Alexander Lawrence (membre de l'église Saint Andrew's, mécontent de la décision prise par le pasteur d'y interdire la musique) organisa une Sacred Music Society qui, pendant les huit années suivantes au moins, interpréta des extraits d'oeuvres de Haendel, Haydn et Mozart sous la direction d'un ancien chef de musique régimentaire nommé Weisbecker (voir « Alexander Lawrence », DBC, vol. VII). Une autre Sacred Music Society, fondée par Humbert, se produisit en public pour la première fois en 1840 à l'église baptiste. Un Mechanics' Institute fut construit cette année-là et fournit dès lors une tribune pour l'opérette et les concerts.

En 1832, la troupe Hermann de Munich présenta des oeuvres de Mozart, Beethoven, Rossini et Weber. La famille Saint Luke, lors d'un séjour prolongé au début des années 1840, donna des concerts et fit répéter un choeur local. Pendant la semaine de Noël, en 1841, les Saint Luke donnèrent trois concerts. En mars 1842, avec le concours de ses enfants et d'un orchestre de 22 instrumentistes, Saint Luke présenta un concert comprenant huit extraits de La Création de Haydn et un concerto pour violon de Charles de Bériot. Après un concert d'adieu en 1843, les Saint Luke se rendirent à Halifax. En 1853, le violoniste norvégien Ole Bull visita Saint-Jean.

Parmi les sociétés musicales dont l'existence fut brève figura la Harmonic Society de 23 chanteurs, formée en 1854 sous la direction du chef de choeur et organiste Theodoric Wichtendahl. La société exécuta de la musique profane et sacrée, notamment des extraits d'opéra et d'oratorio (comme Le Messie), et fit salle comble aux quelque sept concerts qu'elle présenta en 1855-56. Au début de 1857, Wichtendahl démissionna de son poste de 75 $ par année à la suite d'un désaccord avec le conseil de la société au sujet de son incapacité à créer un orchestre. Le successeur de Wichtendahl, Signor de Angelis, donna deux concerts, mais la société semble avoir été dissoute en 1857. D'autres organisations suivirent : la Saint John Oratorio Society, organisée par Thomas Morley en 1882 et qui exécuta Le Messie et Samson de Haendel, La Creation et Les Saisons de Haydn, Elijah, Saint Paul et Athalia de Mendelssohn, Last Judgment de Spohr et May Queen de Sterndale Bennett (cette société fit parfois venir des musiciens d'orchestre et des solistes de Boston; elle disparut dans les années 1910); l'Euterpian Club dirigé par James S. Ford (lequel prépara le Festival Chorus de 150 voix au Cycle des festivals de musique qui se tint en avril 1903); la Saint John Choral Society dirigée par Ernest S. Peacock (elle exécuta entre autres Le Messie en 1911, 1912 et 1913, La Création en 1912 et The Rose Maiden de Cowen en 1913).

Saint-Jean fut dotée d'une succession de salles pour la musique mais fut témoin d'incendies destructeurs. Le Mechanics' Institute (1840-1914) survécut plus longtemps que la plupart des autres. L'Academy of Music, érigée sur la rue Germain en 1872, fut détruite dans le grand incendie de 1877. L'Opera House, construite en 1891, utilisée d'abord pour l'opéra-bouffe et l'opérette puis pour le burlesque et, finalement, pour le cinéma, fut incendiée en 1959. Édifié en 1913 pour le vaudeville, l'Imperial Theatre accueillit des interprètes comme Ethel Barrymore, John P. Sousa et sir Harry Lauder. À partir de 1929, Capitol s'en servit comme studio de tournage; il fut fermé en 1957 - Saint-Jean se retrouvait sans grande salle de concert. En 1982, le bâtiment fut racheté. Il s'agissait de le rénover pour le bicentenaire de la ville qui allait être célébré en 1985. À cette fin, tous souscrivirent au Bi-Capitol Project Inc. lancé pour l'occasion. En 1991, on prévoyait ouvrir l'Imperial Performing Arts Centre en 1994. En attendant, tous les grands concerts ont lieu à l'auditorium de la Saint John High School.

La musique vocale à Saint-Jean doit beaucoup à David Thomson, venu d'Écosse en 1914. Après la Première Guerre mondiale, il forma les Brunswick Singers, un quatuor masculin qui se produisit aussi avec Don Messer sous le nom de Lumberjacks Quartet. En 1937, Thomson commença à diriger les populaires soirées de chant collectif au Capitol Theatre et fonda le Carriden Choir de voix mixtes qui se fit entendre dans tout le Nouveau-Brunswick, et au réseau national de la SRC jusqu'en 1967. À titre de superviseur provincial de la musique (1949-65), Thomson apporta d'importantes modifications au programme de musique à l'école partout au Nouveau-Brunswick. En 1991, les choeurs de Saint-Jean incluaient les Men of Fundy, un ensemble « barbershop » fondé par Don Regan, et le Rotary Boys Choir, né en 1965 et dirigé par Kevin Langford - en 1988, il participa à l'International Choral <u>K</u>athaumixw de Powell River, C.-B. Dans les années 1890, le révérend James Anderson, spécialiste du système « tonic sol-fa », donna des cours aux professeurs de Saint-Jean. En 1898, Morton Harrison organisa et dirigea un orchestre d'école secondaire, mais Catherine Robinson, au début des années 1900, fut le premier prof. de musique à l'école à temps plein. L'orchestre de Harrison, dirigé plus tard par William C. Bowden, survécut jusqu'après la Deuxième Guerre mondiale. L'Imperial Theatre Orchestra se produisit durant les années 1920 et eut une durée de vie d'environ 16 ans. Dirigés par Alfie Jones, ses 15 membres donnaient un fonds sonore aux films muets. Avec l'arrivée du cinéma parlant, ils durent se disperser. James Brown, un organiste d'Angleterre, fut superviseur de la musique aux écoles de Saint-Jean de 1923 jusque peu de temps après la Deuxième Guerre mondiale. Il s'intéressa particulièrement aux choeurs de garçons et organisa plusieurs festivals non compétitifs dans les écoles. In 1932, accompagné par le Bruce Holder Orchestra, Fred A. Hazel (né à Saint-Jean; étudia la musique au New England Conservatory de Boston) organisa et dirigea la première de ses nombreuses productions d'opérettes. Les représentations permettaient de recueillir des fonds pour les Chevaliers de Colomb. Jusqu'à sa dernière mise en scène (1956), c'est Hazel en personne qui montrait aux chanteurs et aux danseurs ce qu'ils devaient faire. Il reçut le Canadian Drama Award en 1957, et en 1985, des membres des différentes distributions lui rendirent hommage à Saint-Jean. Après la Deuxième Guerre mondiale, le compositeur Douglas Major (Angleterre, 1902 - Saint-Jean, 1969), qui fut dir. adj. du Carriden Choir, o. m. c. à l'église anglicane Saint Paul's et prof. de musique dans des écoles publiques, écrivit un opéra, The Loyalists (livret de Patricia Collins), exécuté à Saint-Jean en 1967. Dans les années 1950, l'activité orchestrale s'intensifia avec l'apparition de groupes tels que l'OS de Saint-Jean fondé en 1950 par Kelsey Jones, l'Orchestre symphonique du Nouveau-Brunswick, l'Orchestre des jeunes du Nouveau-Brunswick, et l'Orchestre symphonique de l'Atlantique que Saint-Jean a accueilli régulièrement.

Eldon Rathburn, qui passa les premières années de sa carrière dans la ville, composa le concerto Steelhenge, créé par la Lancaster Kiwanis Steel Band de Saint-Jean et l'OS de l'Atlantique en 1974. L'harmonie, formée en 1972 avec des élèves du secondaire et dirigée par Walter Ball, effectua une tournée des Maritimes, se produisit aux Jeux olympiques de Montréal en 1976 et enregistra deux disques chez RCA.

En 1967, les finales nationales des Centenary Festivals of Music se déroulèrent à Saint-Jean et la ville adopta comme chant officiel « My Own Canadian Home », qui avait été publié sur place en 1887.

Les musiciens nés à Saint-Jean incluent Berkley Chadwick, Stompin' Tom Connors, Jane Coop, Bruce Holder, Frances James, l'auteur-compositeur Michael F. Kelly, Ned Landry, le compositeur et professeur Edward Betts Manning, Paul Murray, Catherine McKinnon, Patricia Rideout, Philip Thompson et le ténor et chef de choeur Gordon Wry.

Une version de cet article est parue originalement dans l’Encyclopédie de la musique au Canada.

Voir aussi : Collections d'instruments : Nouveau-Brunswick.


Lecture supplémentaire

  • 'A reverie of Saint John,' Canadian Courier, 12 Oct 1912

    Harper, J. Russell. 'The theatre in Saint John, 1789-1817,' Dalhousie R, Autumn 1954

    'Spring tide: an enquiry into the lives, labours, loves and manners of early New Brunswickers,' unpublished manuscript, National Gallery of Canada (Ottawa)

    Elliott, Carleton. 'Music in New Brunswick,' The Arts in New Brunswick (Fredericton, NB 1967)