Musique à Saint-Jean, T.-N.

Saint-Jean, T.-N. Capitale de Terre-Neuve et du Labrador, située sur la pointe nord-est de la péninsule d'Avalon. Saint-Jean prétend être la plus ancienne localité fondée et habitée sans interruption par des Européens, en Amérique du Nord.

Saint-Jean, T.-N.

Saint-Jean, T.-N. Capitale de Terre-Neuve et du Labrador, située sur la pointe nord-est de la péninsule d'Avalon. Saint-Jean prétend être la plus ancienne localité fondée et habitée sans interruption par des Européens, en Amérique du Nord. Jean Cabot serait passé en 1497 par le site qui allait devenir le port de Saint-Jean, et Sir Humphrey Gilbert y proclama Terre-Neuve possession de la couronne anglaise en 1583, marquant ainsi les débuts de l'empire britannique. Saint-Jean devint le principal centre politique et économique de l'île, avec une économie presque entièrement fondée sur la pêche à la morue et son commerce. Incorporée comme ville en 1888, Saint-Jean demeurait en 1990 le siège non seulement du gouvernement mais aussi des principales entreprises et institutions d'enseignement de la province.

Le premier établissement permanent à Saint-Jean fut construit en 1528, mais il existe des preuves que le site fut utilisé bien avant cette date par des pêcheurs européens en provenance du Portugal, d'Espagne et d'Angleterre. La population passa de 185 colons en 1675, à 1100 en 1766, 19 000 en 1869 et 161 901 pour la région métropolitaine en 1986. La grande majorité des habitants sont d'origine anglaise, irlandaise et écossaise.

Les premiers témoignages que l'on possède au sujet d'une exécution musicale à Terre-Neuve remontent à 1583 alors que l'ensemble de trompettes, tambours, fifres, cornets et « hautboys » de sir Humphrey Gilbert divertit les capitaines des 36 navires alors ancrés dans le port. Les deux siècles qui suivirent connurent peu de musique hormis le folklore, les hymnes et, à l'occasion, les prestations de flûtistes, violoneux ou des tambours et fifres militaires. En 1775, la communauté entretenait un violoneux professionnel. La liste des abonnés à la Royal Gazette pour l'année 1810 contient une note indiquant que la facture d'Augustin MacNamara « serait acquittée en jouant du violon ».

Des auberges publiques comme le Jolly Fisherman, le Royal Standard ou la London Tavern offraient des divertissements musicaux à la fin du XVIe et au début du XIXe siècle; on présenta du théâtre au Globe jusqu'à la construction d'un théâtre d'amateurs en 1822. Le premier opéra présenté à Terre-Neuve, The Duenna; or the Double Elopement de Thomas Linley, fut monté en mai 1820 au profit des victimes du grand incendie de 1817. De plus grandes ambitions apparaissent avec l'émergence en 1838 d'une Saint John's Handel and Haydn Society qui offrit des extraits du Messie et de La Création avec « un goût et un jugement infinis ». Une seconde chorale, la Saint John's Parochial Choral Society, attachée à la cathédrale de l'Église d'Angleterre, fut fondée en 1848 dans le but d'améliorer la qualité de la musique à l'église.

Des professeurs commencèrent à offrir des cours particuliers de musique au début du XIXe siècle, surtout des cours de piano, de flûte et de violon. La musique fit son entrée dans les programmes scolaires par l'intermédiaire des Soeurs de la Présentation (une congrégation venue d'Irlande), qui ouvrirent leur première école en 1833; en 1870, on enseignait le chant et la musique chorale dans la plupart des collèges confessionnels de la ville.

L'armée fut très présente dans la ville durant la plus grande partie du XIXe siècle, mais, pendant les deux premières décennies, son apport du point de vue musical se limita essentiellement à des corps de fifres et de tambours, ou à des soirées musicales données au domicile d'officiers supérieurs. À partir de 1820, de petites fanfares enrichies de bois et de percussion, comme la Royal Newfoundland Company (encore active après 1840), ainsi que les fanfares attachées aux Newfoundland Volunteers et aux Queen's Own Rifles, participèrent à des concerts ou à des défilés militaires. Des fanfares civiles rattachées aux églises étaient chose courante après 1840, et, en 1860, presque toutes les sociétés publiques possédaient leurs propres ensembles.

À Saint-Jean, la musique sacrée était entièrement intégrée au culte au début du XIXe siècle - certaines églises offraient une musique de qualité dès 1789 - et une annonce parue dans la Royal Gazette en 1807 demandait une « personne qualifiée pour enseigner la théorie de la musique sacrée ». La Congregational Meeting House était particulièrement active au plan musical au début du siècle, tout comme la chapelle méthodiste avec son petit ensemble à cordes où plusieurs violons et une viole basse accompagnaient le choeur. Avant 1850, de nombreuses églises de Saint-Jean possédaient des ensembles à cordes, souvent augmentés d'une ou deux flûtes et d'une clarinette, mais ces ensembles furent remplacés à la longue par des harmoniums puis des orgues à tuyaux. À partir de 1875, les grandes églises de la ville rivalisèrent entre elles quant à la qualité de leur musique, notamment en présentant des extraits ou les versions intégrales d'oratorios et de cantates sacrées, bien qu'un esprit oecuménique ait présidé à maintes exécutions en commun par des choeurs de différentes églises et confessions.

La Saint John's Choral Society, un choeur de 200 voix, mobilisa une grande partie de la vie musicale de Saint-Jean à la fin du XIXe siècle. Cette chorale, qui fut active de 1878 à 1888, présenta des oratorios d'envergure et des cantates sacrées, notamment Le Messie (1880, 1884), Judas Maccabeus (1881) et La Création (1882). Elle eut pour directeurs son fondateur Emil Handcock puis, après 1883, George Rowe, également dir. de la Saint John's School of Music de 1887 à 1901. La Saint John's Orchestral Society, fondée en 1890 sous la direction de Charles Hutton, fut suivie au début du XXe siècle de plusieurs sociétés à la fois chorales et orchestrales. L'Athenaeum (1879-1892), un théâtre de 1000 places, centralisait une grande partie de la vie musicale, mais le Star of the Sea et les T.A. Halls servirent de plus en plus les organismes amateurs et professionnels au cours du XIXe siècle.

La présentation à Saint-Jean en 1879 de H.M.S. Pinafore par une compagnie d'opéra amér. marqua le début d'une tradition soutenue par des interprètes amateurs et semi-professionnels. Mlle Clara Fisher, une des vedettes de la Josie Loane Opera Company, vécut à Saint-Jean pendant la décennie suivante et chanta dans des productions locales d'opérettes de Gilbert & Sullivan dirigées par Hutton. Les plus mémorables de ces productions furent Patience en 1883, The Mikado en 1886, The Sorcerer en 1887 et Trial by Jury ainsi que Cox and Box en 1894. De nombreuses opérettes suivirent, plusieurs placées sous la direction du chef anglais Peter LeSueur juste après le début du siècle, ou de Gordon Christian dans les années 1930, mais la majorité d'entre elles furent dirigées par Hutton. Ce mouvement prit fin lorsque Hutton se retira en 1939; son protégé, Ignatius Rumboldt, tenta de maintenir la tradition pendant une autre décennie.

Saint-Jean servit souvent d'escale aux musiciens et acteurs européens et américains pendant une bonne partie du XIXe et au début du XXe siècle. Les plus éminents de ces hôtes inclurent le Coronation Choir de Westminster Abbey en 1902 et Emma Albani en 1903; parmi les troupes d'opéra, signalons la Robinson Opera Company en 1902 - qui présenta 11 opéras différents - la Bandmann Opera Company en 1903 et la Boston Opera Company en 1914.

Les sociétés chorales et orchestrales jouèrent un rôle prépondérant jusque vers 1920. Les plus importantes furent la société chorale et orchestrale de LeSueur, créée en 1904, qui produisit Holy City de Gaul; le Bach Choir de 1906, dirigé par l'organiste et compositeur Alfred Allen, qui présenta l'intégrale de La Passion selon saint Matthieu; la Saint John's Choral and Orchestral Society (178 voix) de 1910, dirigée par Hutton et Moncrieff Mawer, qui donna The Erl King's Daughter de Gade.

Des revers d'ordre politique et économique expliquent le déclin de l'intérêt public pour les activités musicales dans les années 1930. L'apparition du cinéma et de la radio, ainsi que l'absence de relève parmi les leaders musicaux, accentuèrent cette tendance. Alors que Hutton et d'autres impresarios avançaient en âge ou émigraient (LeSueur, par exemple), rares étaient ceux qu'attirait une carrière musicale alors que la Dépression s'intensifiait. Eleanor Mews fut une exception notoire. Après avoir étudié puis enseigné au TCM (RCMT), elle retourna à Saint-Jean pour y diriger le choeur masculin du Memorial Université College (1933-38), et une chorale d'amateurs dans les années 1950. Parmi les musiciens affiliés au Memorial Université College à partir de 1925, citons l'omniprésent Hutton, le compositeur Richard T. Bevan, et Frederick Emerson, avocat, musicien amateur et compositeur qui donna des cours d'appréciation de la musique, de la musique folklorique particulièrement (1940-47).

Le mouvement du retour au folklore atteignit Terre-Neuve dans les années 1920. Grâce essentiellement à Gerald S. Doyle, Bob MacLeod, Fred Emerson et, plus tard, à Rumboldt, les Terre-Neuviens prirent conscience de leur patrimoine. (Voir aussi Ethnomusicologie.)

Les interprètes de folklore et de variétés les plus en vue en 1990 incluaient le violoneux Kelly Russell, le guitariste Jim Payne et les ensembles instrumentaux-vocaux Figgy Duff et Rawlins Cross.

Outre la fondation de la Community Concert Assn en 1946, l'arrivée des forces armées américaines et canadiennes après 1941 constitua un autre chapitre important de l'histoire de la musique à Terre-Neuve avant son entrée dans la Confédération canadienne en 1949. L'armée américaine demeura stationnée à Saint-Jean longtemps après la fin de la Guerre, et la présence de jazzmen et d'instrumentistes à vent américains - ceux qui étaient attachés à la base militaire aussi bien que les artistes qui venaient jouer pour les soldats - eut un impact durable sur la culture musicale de la ville. Plusieurs musiciens, dont le trompettiste Leo Sandoval et le pianiste Ralph Walker, élirent domicile à Saint-Jean où ils contribuèrent à l'épanouissement du jazz et de la musique instrumentale. Parmi les jazzmen canadiens de renom actifs dans les années 1980 et originaires de Saint-Jean figurent le pianiste Jeff Johnston, le contrebassiste Jim Vivian et le saxophoniste John Nugent.

Après l'entrée de Terre-Neuve dans la Confédération en 1949, le Memorial Université College acquit le statut d'université (voir Université Memorial) et, sous la direction d'Ignatius Rumboldt puis de Donald F. Cook, l'intérêt pour la musique se développa au point qu'un dépt de musique vit le jour en 1975. Ce département et son personnel enseignant ont enrichi la vie culturelle de Saint-Jean par une multitude d'événements musicaux. R. Murray Schafer y fut artiste en résidence de 1963 à 1965, et le compositeur néozélandais Douglas Mews (né à Saint-Jean en 1918) y fut professeur invité en 1978.

L'éducation musicale dans le réseau scolaire public s'améliora considérablement après 1960, surtout grâce à la disponibilité croissante de professeurs de musique qualifiés. En 1990, de nombreux choeurs, harmonies de concert, orchestres de jazz et plusieurs ensembles à cordes de haut niveau étaient actifs dans la région métropolitaine de Saint-Jean. Les religieuses de la Présentation et de la Merci ont continué de jouer un rôle de premier plan dans l'enseignement du piano en cours particuliers, et l'arrivée du pianiste de concert et professeur Andreas Barban en 1947 eut des conséquences appréciables.

La Church Lads' Brigade Band (formé en 1896 et toujours en existence en 1990) et d'autres harmonies, calquées sur les harmonies militaires et affiliées à des églises locales, enseignaient la musique instrumentale aux jeunes au début du XXe siècle, tandis que la Gower Street United Church Youth Band a servi de tremplin aux jeunes instrumentistes depuis sa création en 1973. Le Calos Youth Orchestra, fondé en 1968, fut parrainé de 1970 à 1976 par le service de l'éducation des adultes de l'Université Memorial, et fut remplacé en 1981 par le Newfoundland Symphony Youth Orchestra, dirigé par Peter Gardner. Parmi d'autres organismes musicaux s'adressant aux jeunes figurent le Suzuki Talent Education Programme, créé en 1977; le Music for Young Children Programme pour les enfants du pré-scolaire, établi en 1983; et l'Eastern Music Camp pour les cuivres, les bois, les cordes et la percussion, fondé en 1986. Les professeurs de musique particuliers ont formé la Newfoundland Registered Music Teachers' Assn en 1987.

Le Kiwanis Music Festival, fondé en 1952, connut une croissance impressionnante pendant les années 1970, bien qu'on ait critiqué ultérieurement son caractère compétitif. Les Concours de musique du Canada, tenus pour la première fois à Saint-Jean en 1981, et MusicFest Canada constituent deux autres événements de nature compétitive ou semi-compétitive. L'Arts and Culture Centre a accueilli de nombreux événements musicaux depuis son inauguration en 1967.

Les chorales d'église sont restées populaires parmi les musiciens amateurs, et nombreuses sont les petites formations, telles les Canterbury Singers (1961-86) sous la direction d'Eileen Stanbury, et les Chantelles, dirigée par Jacinta Mackey-Graham, qui ont connu un succès enviable. Le Saint John's Choir, sous les auspices du service de l'éducation des adultes de l'Université Memorial de 1960 à 1978, existait toujours en 1990.

L'OS de Terre-Neuve est une institution musicale de premier plan dans la région depuis sa fondation sous le nom de Saint John's Extension Orchestra en 1961. D'abord dirigé par Nigel Wilkins, Zdanek Navratil et Andreas Barban, il fut rebaptisé OS de Saint-Jean en 1970, puis OS de Terre-Neuve en 1978 (voir Orchestres). L'Atlantic String Quartet, dont les membres sont des cordistes professionnels membres de l'orchestre, existe depuis 1945, tout comme la Newfoundland Symphony Orchestra Sinfonia dirigée par Peter Gardner. Le Newfoundland Symphony Orchestra Philharmonic Choir, dirigé par le chef de choeur Douglas Dunsmore, fut constitué en 1986 et présente Le Messie chaque année avec l'orchestre. Un second orchestre, les Terra Nova Chamber Players, dont le dir. mus. est Paul Dingle, fut fondé en 1986 pour répondre aux besoins en matière de musique de chambre.

La musique contemporaine fit un bond en avant en 1978 avec la formation de l'ensemble de chambre Fusion par le clarinettiste Paul Bendzsa et le percussionniste Donald Wherry. En 1983, le festival international de musique contemporaine Sound Symposium, événement multidisciplinaire biennal, fut créé par son dir. artistique Donald Wherry.

Parmi les musiciens de renom nés à Saint-Jean, citons Eric Abbott, le baryton Donald Brian, Roma Butler, la soprano Lynn Channing, la chanteuse pop Mary Lou Collins, la harpiste Carla Emerson (qui retourna à Saint-Jean en 1962 après avoir fait partie du Royal Philharmonic de Londres, et qui commença à enseigner à l'Université Memorial en 1976), la chanteuse pop Mary Lou Farrell, l'organiste Charles Hutton, le compositeur Douglas Mews et la pianiste Karen Quinton. Arthur Scammell, originaire de Terre-Neuve, prit sa retraite à Saint-Jean, et le chanteur de folklore Omar Blondahl y vécut de 1955 à 1964.


Lecture supplémentaire

  • O'Neill, T.H., and Young, R.A. 'Old-time theatricals in St. John's,' The Book of Newfoundland, vol 2, ed J.R. Smallwood (St John's 1937)

    Walker, Ralph. '''Pop'' bands in Newfoundland,' ibid, vol 4 (St John's 1967)

    Withers, J.W. 'Dirty, diseased and dangerous - and always exciting. St. John's in 1807,' ibid, vol 5 (St John's 1975)

    O'Neill, Paul. The Oldest City: The Story of St. John's, Newfoundland (Erin, Ontario, 1975)

    - A Seaport Legacy: The Story of St. John's, Newfoundland (Erin, Ontario, 1976)

    Rowe, Frederick W. Education and Culture in Newfoundland (Toronto 1976)

    Rex, Sr Kathleen. 'A history of music education in Newfoundland,' M MUS thesis, Catholic U of America, Washington, DC 1977

    Woodford, Paul. 'We Love the Place, O Lord,' A History of the Written Musical Tradition of Newfoundland and Labrador to 1949 (St John's1988)