Saint John

Saint John, Nouveau‑Brunswick; constituée en ville en 1785; population de 67 575 personnes (recensement de 2016) et de 70 063 personnes (recensement de 2011). La ville de Saint John, la deuxième plus grande ville du Nouveau‑Brunswick, est située à l’embouchure du fleuve Saint‑Jean, dans la baie de Fundy.



Autochtones

Avant l’arrivée des Européens, les Wolastoqiyik (également connus sous le nom de Malécites) sont les principaux habitants de la région de Saint John. D’autres tribus, notamment les Mi'kmaq à l’est et les Peskotomuhkati (Passamaquoddy) à l’ouest, vivent également dans la région. Pendant l’été, les Wolastoqiqik résident dans des villages le long du fleuve Saint‑Jean, tirant leur subsistance de la pêche des bars, des esturgeons et des saumons, et de la cueillette de racines et de baies sauvages. Ils plantent également du maïs, le récoltant à la fin de l’été avant leur chasse migratoire d’hiver. Pendant les mois les plus froids, le groupe parcourt le Nouveau‑Brunswick, le Maine et la Gaspésie à la recherche d’orignaux et d’ours. L’écorce du bouleau joue un rôle central dans la culture des Wolastoqiyik, qui l’utilisent pour couvrir leurs wigwams et fabriquer leurs canots. Les Wolastoqiyik appellent Menahkwesk le site qui va devenir Saint John. Aujourd’hui, ils continuent d’habiter Saint John et sa région. La réserve la plus proche de la ville est la Première Nation Oromocto, située à environ une heure de route au nord de Saint John. La nation Peskotomuhkati à Skutik, une communauté autonome, se trouve à une heure à l’ouest.

Colonisation

Samuel de Champlain atteint le port de Saint John, à l’embouchure du fleuve Saint‑Jean, le 24 juin 1604, le jour de la Saint‑Jean‑Baptiste. Il baptise alors le fleuve le Saint‑Jean, les Wolastoqiyik l’appelant traditionnellement Wolastoq. En dépit de cette arrivée précoce sur place, la première tentative de fonder un établissement colonial permanent date de 1631, lorsque Charles de la Tour bâtit le fort La Tour sur le site de l’actuelle Saint John.

En 1701, Jacques‑François de Brouillan, gouverneur de l’Acadie, détruit le fort La Tour, et regroupe ses forces de l’autre côté de la baie de Fundy à Port‑Royal. Ce n’est que dans les années 1730 que les Acadiens d’autres régions commencent à se réinstaller le long du Saint‑Jean. En 1749, les Anglais et les Français se disputent la souveraineté sur la région, ce conflit conduisant les Britanniques à déporter les Acadiens qui y sont installés. De tels déplacements forcés prennent place dans toutes les Maritimes, du milieu des années 1750 au début des années 1760 (voir Histoire de l’Acadie). En 1758, le fort La Tour est reconstruit par les Anglais et renommé Fort Frederick, avant d’être détruit en 1775 par les Américains.

Le peuplement anglais permanent de la région commence dans les années 1760. En 1778, les Britanniques construisent le fort Howe du côté est du port de Saint John. James Simonds et James White, des marchands de Boston, construisent leurs demeures au pied de l’actuelle colline du fort Howe. Ils commercent avec les Autochtones et avec la garnison et nouent des liens avec les Britanniques à Halifax.

En 1783, cette communauté portuaire s’est considérablement agrandie avec l’installation des loyalistes à l’est du port à Parr Town, à l’ouest à Carleton et au nord à Portland. En 1785, Carleton et Parr Town sont constituées et prennent le nom de Saint John, qui devient ainsi la toute première municipalité de l’actuel Canada. Les immigrants arrivant au port de la ville nouvellement constituée sont, dans un premier temps, confinés sur l’île Partridge, juste à l’extérieur de Saint John, afin de veiller à ce qu’ils n’introduisent pas de maladie auprès de la population de la ville.

De nombreux loyalistes noirs, soutenant les Britanniques dans leur guerre avec les Américains, s’installent dans la région après la Révolution américaine. À l’instar d’autres loyalistes, on leur avait promis une terre. Cependant, lorsqu’ils en reçoivent effectivement une, ce qui n’est pas toujours le cas, les parcelles qui leur sont attribuées sont inadaptées. La première charte municipale de Saint John interdit aux Noirs d’exercer un métier, de vendre quoi que ce soit et de voter. Ils sont donc nombreux à s’établir à Portland, qui fusionnera ultérieurement avec Saint John et qui est simplement désignée aujourd’hui sous le nom de « quartiers nord ».

En 1784, lorsque le Nouveau‑Brunswick se sépare de Halifax et devient une colonie britannique en lui‑même, Saint John en est brièvement la capitale. Ultérieurement, cette dernière déménage à Fredericton plus en amont du fleuve.

Développement

Navires de Saint-Jean
Le West Side et le quartier Portland juste au nord de la ville abritent les chantiers de construction navale du port. Au milieu du XIXe siècle, la ville est l'un des grands centres de construction navale au monde, avec la construction de plus de 100 vaisseaux par an.
(avec la permission du Musée du Nouveau-Brunswick)


À l’origine, l’économie de la ville s’articule autour du commerce du bois et de la construction navale. Les parcs à bois de Saint John fournissent du bois équarri et, plus tard, du bois de sciage à la Grande‑Bretagne et aux Antilles. Dès 1770, ses chantiers navals construisent des navires, qui finiront eux‑mêmes par devenir des produits d’exportation, transportant des produits forestiers. Saint John devient la plaque tournante de la construction navale dans les Maritimes, et de nombreux navires qui y sont construits, comme le Marco Polo, acquièrent une certaine célébrité. En outre, les quais de Saint John voient naître le plus important syndicat ouvrier de la ville, lequel s’affilie à l’Association internationale des débardeurs dès 1911. La ville reste, encore aujourd’hui, très marquée par un fort esprit syndical.

Au milieu des années 1800, l’économie de la construction navale et du bois de construction de la ville est mise à rude épreuve par des technologies plus récentes comme le moteur à vapeur et l’exploitation du fer. De 1860 à 1880, Saint John est également fortement touchée par la fin du protectionnisme britannique sur le bois des colonies. La situation s’aggrave encore lorsqu’une dépression économique internationale voit le jour au début de l’année 1874. En 1877, la ville subit un incendie catastrophique qui laisse en cendres le quartier des affaires ainsi que la plus grande partie du front de mer et de la zone résidentielle. Cette catastrophe porte un dur coup d’arrêt aux espoirs économiques de Saint John en tant que ville portuaire en plein essor.

En 1876, l’arrivée du chemin de fer Intercolonial Railway met les industries manufacturières de Saint John en concurrence avec celles du centre du Canada, au détriment, à long terme, des premières. Ce désavantage concurrentiel se poursuit de nos jours : après l’effondrement final de l’industrie de la construction navale dans la ville en 2000, de nombreux Saint‑Jeanois n’ont, de nos jours, que peu de possibilités économiques.

Paysage urbain

Saint John, Nouveau-Brunswick

    Le paysage urbain est largement dominé par le port et par le fleuve. Le labyrinthe de rues à sens unique de Saint John finit par converger à l’extrémité sud de la ville pour descendre, en pente douce, vers l’embouchure de la baie. Un tronçon d’une vingtaine d’îlots, connu aujourd’hui sous le nom de Trinity Royal, obtient une désignation patrimoniale dans les années 1980 : une grande partie des bâtiments historiques de Saint John sont ainsi demeurés intacts. Ce quartier et d’autres du centre‑ville abritent de nombreux édifices de l’époque victorienne tardive. Ces bâtiments ont été restaurés et ont retrouvé leur élégance passée, contribuant, ces dernières années, à la popularité croissante de Saint John en tant que destination pour les navires de croisière. Le marché municipal de Saint John est le plus vieux marché construit spécialement à cet effet au pays. Chaque été, les touristes, en quête des fameux petits pains fourrés au homard, se pressent dans ses allées, immortalisant, avec leur appareil photo, le toit de l’édifice en forme, comme il se doit, de coque de navire.

    Le réaménagement du secteur riverain constitue un objectif majeur de la Ville au cours des années 1990 et au début des années 2000, avec pour objectif d’en faire une destination touristique de choix. La présence d’eaux d’égout brutes rend en effet les lieux inexploitables, le nettoyage du port faisant, dès lors, partie intégrante du programme de la municipalité. Ce processus est mené à bien en 2014 et plusieurs entreprises s’installent rapidement dans le secteur, où l’on voit également surgir un certain nombre d’immeubles résidentiels haut de gamme.

    Les célèbres Chutes réversibles sont situées à environ 1 km du centre‑ville, du côté occidental de la ville. À marée haute, les eaux de l’océan se précipitent vers l’amont par un aven étroit, inversant le cours du fleuve, pour être ensuite refoulées au travers d’une gorge.

    Population

    Depuis plus de 150 ans, Saint John lutte pour maintenir sa population. Dès les années 1860, la population de la ville a cessé de croître, puis, au cours des années 1870 et 1880, elle commence à décliner. De nombreux résidents émigrent aux États‑Unis tout proches à la recherche de meilleures possibilités économiques. En outre, la ville est largement délaissée par l’immense afflux d’immigrants au Canada de la fin du 19e siècle. Néanmoins, certains des nouveaux arrivants, notamment des Juifs d’Europe de l’Est et des Libanais, choisissent de rester à Saint John, enrichissant ainsi le profil culturel de la ville.

    En 1901, toutefois, un modeste redressement de cette tendance démographique baissière s’ébauche, notamment en raison de l’arrivée dans la ville de résidents des collectivités implantées le long du fleuve Saint‑Jean. Cependant, à cette époque, la question de savoir s’ils doivent quitter Saint John ou y rester trotte déjà dans la tête de nombreux résidents de la ville. De nos jours, l’exode se poursuit, de nombreux jeunes quittant Saint John, et plus généralement le Nouveau‑Brunswick, pour travailler au Québec, en Ontario ou dans les provinces de l’Ouest.

    Toutefois, la tendance est en train, lentement, de s’inverser, de nombreux immigrants en provenance de Chine, de Syrie, du Liban, de Corée du Sud, des Philippines et d’autres pays arrivant dans la province. Ce mouvement a permis à Saint John de connaître un léger mieux démographique dans les années ayant suivi le déclin constaté dans le Recensement de 2016.

    En dépit de l’évolution de sa composition ethnique, Saint John demeure une ville majoritairement anglophone. Selon le Recensement de 2016, 90,5 % des résidents de la ville ont l’anglais comme langue maternelle. Dans le même ordre d’idées, les origines ethniques les plus souvent citées sont : « Canadien », « Anglais » et « Irlandais ». Les personnes s’identifiant elles‑mêmes comme appartenant à des minorités visibles représentent 5 % de la population, les Noirs, les Chinois et les Arabes constituant les communautés les plus importantes au sein de ce groupe.

    Économie et emploi

    Port de Saint John, Nouveau‑Brunswick

      (gracieuseté de Stephen Downes/Flickr CC)


      Après la Deuxième Guerre mondiale, l’économie de Saint John continue d’être axée sur les industries traditionnelles. Des efforts sont toutefois déployés pour diversifier les marchandises qui arrivent au port et qui en partent, pour agrandir les usines de pâtes et papiers, et pour revitaliser le secteur de la construction navale. Bien que l’industrie de la construction navale n’ait pas pu être sauvée, le secteur des pâtes et papiers constitue toujours aujourd’hui, sous l’impulsion du groupe Irving, une industrie majeure de la ville. Depuis les années 1920, les sociétés de la galaxie Irving jouent un rôle important à Saint John et dans la province dans son ensemble. La famille Irving détient également, via une filiale appelée Brunswick News, le quotidien de langue anglaise de la province, le Telegraph‑Journal. Au milieu des années 2000, on estimait que 8 % de la population active était employée par l’une des sociétés du groupe Irving.

      Ces dernières années, les activités touristiques prennent de l’ampleur dans la ville, des bateaux de croisière y accostant tout au long de l’été et de l’automne. Grâce, notamment, aux financements accordés aux nouvelles entreprises, les quartiers résidentiels connaissent une renaissance pour la première fois depuis les années 1990.

      Le secteur des services est également désormais un élément important de l’économie de Saint John. Dans les années 1990, les efforts conjoints du gouvernement provincial et de l’administration municipale incitent plusieurs centres d’appel à s’installer en ville. Le milieu des années 1950 voit le début d’une évolution du secteur du commerce de détail avec la construction du centre commercial de la place Lansdowne dans le nord de la ville. Avec l’ouverture de nouveaux magasins d’entrepôt à l’est de Saint John, la ville fait acte de candidature pour devenir la destination de magasinage régional par excellence du sud du Nouveau‑Brunswick.

      L’Université du Nouveau‑Brunswick est également un important employeur local. Le campus de Saint John est situé dans le nord de la ville. De nombreux étudiants viennent y étudier les affaires et travaillent ensuite pour le groupe Irving.

      Transports

      Dans les années 1970, la construction d’un réseau routier unifie quelque peu les différents quartiers de Saint John. Le nouveau pont Harbour permet, notamment, d’accéder plus facilement à l’ouest de la ville et d’en sortir plus rapidement. Néanmoins, Saint John poursuit son expansion géographique, de nouveaux parcs industriels et de nouvelles zones de vente au détail venant s’ajouter aux quartiers historiques. Le pont‑jetée Courtney Bay s’étend sur les vasières où les navires étaient construits, reliant l’est aux quartiers sud et nord de la ville et conduisant à un centre commercial. Pour se déplacer localement au sein de ce vaste réseau, la plupart des gens s’en remettent à leur véhicule personnel. De nombreux résidents des banlieues voisines de Rothesay, Quispamsis et Grand Bay‑Westfield travaillent quotidiennement à Saint John.

      Le réseau de transport en commun de la ville, s’étendant jusqu’aux quartiers de banlieue, offre des services fréquents et pratiques. La compagnie Maritime Bus permet d’accéder aux quartiers nord de Saint John et d’en sortir, tout en desservant le restant des Maritimes jusqu’au Québec. Le petit aéroport de Saint John propose principalement des vols locaux, notamment vers les autres provinces de l’Atlantique, vers l’Ontario, vers le Québec et vers l’est des États‑Unis.

      Administration et politique

      En 1967, Saint John s’agrandit et inclut désormais la ville de Lancaster, la paroisse de Lancaster et une partie de la paroisse de Simonds. Le conseil municipal de Saint John est composé d’un maire et de dix conseillers. Deux conseillers représentent la ville dans son ensemble et huit les quatre quartiers qui la composent (deux par quartier). Chaque conseiller, après son élection, accomplit un mandat de quatre ans. Les élections municipales ont lieu le deuxième lundi de mai.

      Vie culturelle

      Le marché municipal de Saint John est le plus vieux marché construit à cet effet au Canada.

        (gracieuseté de Zach Bonnell/Flickr CC)

        La culture de Saint John est essentiellement une culture ouvrière et elle en est fière. En dépit d’une population relativement restreinte, les différentes manifestations et activités spéciales organisées dans la ville attirent de nombreux spectateurs et de nombreux visiteurs. La croissance récente que connaît la ville s’accompagne notamment de diverses initiatives comme des marchés de nuit, où les marchands côtoient des artistes‑interprètes, des fêtes de rue et des marchés agricoles à destination du grand public. Lors de ces manifestations et de ces activités, les rues sont remplies de gens de tous âges.

        Sur la côte est, la nourriture est un sujet important et Saint John ne fait pas exception. Les pubs et les restaurants des quartiers résidentiels huppés sont généralement animés quotidiennement. L’aréna Harbour Station et l’Imperial Theatre, tous deux achevés dans le cadre des efforts de revitalisation de Saint John des années 1990, permettent d’accueillir de nombreuses manifestations culturelles et sportives. Harbour Station a été construit, à l’origine, pour accueillir les Flames de Saint John, une équipe, aujourd’hui disparue, de la Ligue américaine de hockey. Aujourd’hui, ce sont les Seadogs de Saint John, une équipe de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, soutenue avec ferveur par les partisans locaux, qui jouent au Harbour Station.


        Lecture supplémentaire

        • T.W. Acheson, Saint John: The Making of a Colonial Urban Community (1985); Ann Gorman Condon, The Loyalist Dream (1984); D.G. Bell, Early Loyalist Saint John (1983); J. Fingard, Jack in Port (1982); M.A. MacDonald, Rebels and Royalists: The Lives and Material Culture of New Brunswick's Early English-speaking Settlers 1758-1783 (1990); Elizabeth W. McGahan, The Port of Saint John (vol 1, 1982); Gerald R. Wallace, William Higgins and Peter McGahan, The Saint John Police Story (vols 1-6, 1991-96).