Sarah Edmonds (Frank Thompson)

La Néo-Brunswickoise Sarah Edmonds (alias Franklin Thompson) a été infirmier, sous un déguisement d’homme, dans l’armée de l’Union nordiste, lors de la guerre de Sécession. D’après son autobiographie, elle a aussi mené un certain nombre de missions d’espionnage sur le territoire de la Confédération sudiste.

Sarah Emma Edmonds (alias Franklin Thompson), infirmière, soldate, maîtresse dans l’art du déguisement (née en décembre 1841 dans l’établissement de Magaguadavic, au Nouveau-Brunswick; décédée le 5 septembre 1898 à LaPorte, au Texas). Sarah Edmonds a été infirmier, sous un déguisement d’homme, dans l’armée de l’Union nordiste, lors de la guerre de Sécession. D’après son autobiographie, elle a aussi mené un certain nombre de missions d’espionnage sur le territoire de la Confédération sudiste.

Jeunesse

Sarah Edmonds naît sur une ferme. Elle est la plus jeune des six enfants d’Isaac et Elizabeth Edmondson. Isaac Edmondson est bien déçu d’avoir cinq filles et un fils épileptique. Dans le futile espoir de se gagner un peu de reconnaissance paternelle, Sarah Edmonds apprend à monter à cheval, à tirer à la carabine et à chasser. Sa mère lui enseigne les rudiments de l’infirmerie. L’amour de Sarah Edmonds pour l’aventure est inspiré par le roman de Maturin Murray Ballou, Fanny Campbell: the Female Pirate Captain (Fanny Campbell : la femme capitaine pirate), dans lequel la principale protagoniste se déguise en homme. À 17 ans, elle fuit la maison familiale pour éviter un mariage, arrangé par son père, avec un homme plus vieux qu’elle. Craignant qu’on ne la recherche, elle endosse une nouvelle identité.

Franklin Thompson

Sarah Edmonds se coupe les cheveux courts. Elle se fait retirer un grain de beauté qu’elle a sur une joue et revêt des vêtements d’homme. Elle prend le nom de Franklin Thompson et devient voyageur de commerce pour un imprimeur. Elle vend des exemplaires de la Bible au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. Suite à une promotion, elle est transférée à Flint, au Michigan. C’est là qu’elle réside quand la guerre de Sécession éclate, le 12 avril 1861.

Elle est antiesclavagiste, mais elle est aussi une chrétienne pacifiste. Cela lui pose donc un dilemme. Se doit-elle d’endosser les objectifs antiesclavagistes des forces de l’Union, même si cela veut aussi dire donner son appui à la guerre? Elle tranche la question en s’enrôlant comme infirmier, dans l’armée nordiste. En mai, toujours dans le rôle de Franklin Thompson, elle se joint à un régiment appelé les Flint Union Grays, qui, lui-même, deviendra la Compagnie F du second bataillon d’infanterie du Michigan. Elle travaille comme infirmier de campagne pendant la première bataille de Bull Run. Elle est ensuite rattachée à l’hôpital Mansion House d’Alexandria, en Virginie. Franklin Thompson se fait une solide réputation de compassion et de dévouement à la tâche.

Postier et espion

En mars 1862, lors de la Campagne de la Péninsule, le colonel Orlando Poe nomme Franklin Thompson postier de régiment. Il va livrer le courrier à cheval dans les différents campements de l’armée nordiste en campagne. Sarah Edmonds devient alors très au fait des détails du terrain, dans la contrée avoisinante.

En avril, les Confédérés démantèlent un réseau d’espions nordistes, à Richmond, en Virginie. Un des personnages clefs de ce réseau est même passé par les armes. Le général George B. McLellan, commandant de l’armée de l’Union sur le Potomac, a besoin de nouveaux volontaires pour des missions d’espionnage, en zone ennemie. Ceci va marquer le début de la portion la plus controversée de la vie de Sarah Edmonds.

D’après l’autobiographie de Sarah Edmonds, le colonel Poe recommande alors Franklin Thompson au général McLellan. Au quartier général des services secrets américains à Washington, Sarah Edmonds, toujours dans le rôle de Franklin Thompson, est reçue en entrevue par le général McLellan et d’autres officiers. On évalue ses aptitudes au maniement des armes à feu. On lui fait même subir un examen phrénologique. Rencontrant toutes les qualifications, elle est envoyée en mission d’espionnage dans la place forte sudiste de Yorktown, en Virginie.

Le récit de Sarah Edmonds relate comment elle a utilisé du nitrate d’argent pour se teindre la peau en noir. Elle aurait ensuite revêtu des vêtements modestes, mis une perruque et aurait traversé les lignes ennemies en se faisant passer pour un esclave. Elle aurait utilisé ce déguisement masculin d’esclave à plusieurs reprises, lors de missions distinctes. Elle se serait aussi fait passer pour une marchande ambulante irlandaise et pour un soldat confédéré. Elle collige habituellement des informations utiles. Une fois, elle aurait même recueilli, et remis à ses supérieurs, une liasse de documents tombée de la poche d’un officier sudiste.

En avril 1863, elle contracte la malaria. Pour éviter que son secret ne soit éventé par un médecin militaire, elle se rend discrètement dans un hôpital privé, sous l’identité d’Emma Edmonds, utilisant alors pour la toute première fois la version tronquée de son nom de famille. Le temps qu’elle guérisse, voici que Franklin Thompson est recherché pour désertion, ce qui l’expose sans équivoque au peloton d’exécution. Pour le reste du conflit, elle va donc conserver son identité féminine et travailler comme infirmière dans un hôpital militaire de Washington.

Vrai ou faux?

L’ouvrage de Sarah Edmonds, intitulé Nurse and Spy in the Union Army (Infirmièr(e) et espion(ne) dans l’armée de l’Union),est paru en 1865. C’est un mélange de faits historiques et de fiction. Les historiens de la guerre de Sécession rejettent bon nombre des affirmations de Sarah Edmonds, par exemple l’épisode où elle est censée avoir abattu un officier de cavalerie sudiste. La documentation historique atteste pourtant bien qu’un Frank Thompson a été infirmier et postier au front, durant la guerre de Sécession. Mais rien dans la documentation historique ne permet de conclure qu’il ait été espion.

Par contre, un certain nombre d’attestations documentées corroborent d’autres éléments du récit de Sarah Edmonds. Ainsi, un ami proche de Franklin Thompson, du nom de Jerome Robbins, écrit dans son journal que « Frank » lui a révélé son secret. D’autres personnes ayant connu Thompson, notamment le colonel Orlando Poe, notent qu’il était « d’allure efféminée ».

Dans la phase initiale de la guerre de Sécession, les opérations d’espionnage n’étaient pas organisées de façon très systématique. Les généraux employaient souvent leurs propres espions personnels et les activités de ceux-ci n’étaient pas documentées. Les registres de campagne montrent que Franklin Thompson est absent du décompte des troupes pendant les périodes correspondant aux séquences où Sarah Edmonds aurait été en mission d’espionnage. Avant la parution de l’autobiographie de Sarah Edmonds, l’adjudant général John Robertson note : « Thompson était régulièrement utilisé comme espion. Il se rendait en zone ennemie et était souvent absent pour plusieurs semaines. On rapporte qu’il a été une précieuse source d’informations. »

Après la guerre, Sarah Edmonds épouse son compatriote néo-brunswickois Linus Seelye et s’établit sur une ferme, au Texas. Elle a requis une attestation de démobilisation honorable en bonne et due forme pour Franklin Thompson et l’a obtenue. Elle a aussi touché une pension d’ancienne combattante. Elle est la seule femme à avoir été admise au sein du Grand Army of the Republic (Grande armée de la République), l’organisation d’anciens combattants de l’armée de l’Union nordiste. En 1992, elle a été intronisée au Michigan Women’s Hall of Fame (panthéon des femmes du Michigan).


Lecture supplémentaire

  • Emma Edmonds, Nurse and Spy in the Union Army (1865).