Recherche scientifique et développement

L'expression « recherche scientifique et développement », ou « recherche-développement », s'utilise pour regrouper les activités dont l'objectif principal est l'approfondissement de la connaissance et son utilisation.

Recherche scientifique et développement

L'expression « recherche scientifique et développement », ou « recherche-développement », s'utilise pour regrouper les activités dont l'objectif principal est l'approfondissement de la connaissance et son utilisation. Ces activités sont généralement bien organisées et utilisent des méthodes multidisciplinaires et les services de personnel hautement spécialisé. La recherche scientifique et le développement (abrégé en « R-D » dans le présent article) touche aux sciences exactes plutôt qu'aux lettres et aux sciences humaines. La R-D se classe généralement en trois catégories selon ses objectifs : recherche fondamentale, recherche appliquée et développement. La recherche fondamentale est motivée par la curiosité et s'entreprend dans le seul but de faire avancer la connaissance. La recherche appliquée vise à obtenir des résultats utiles à l'avancement de la TECHNOLOGIE. Le développement, quant à lui, s'occupe d'appliquer les connaissances technologiques à la fabrication de matériel opérationnel concret. On peut généralement décrire le processus de la R-D par le lien qui unit ces trois catégories : la recherche appliquée utilise les idées générées par la recherche fondamentale pour créer des inventions qui, à leur tour, deviennent commercialisable grâce au développement. Cette description, bien qu'elle définisse bien le processus de mise en oeuvre de la connaissance, est trop simpliste pour bien rendre compte des efforts de R-D.

La R-D canadienne ressemble beaucoup à celle des autres pays. Pour bien comprendre sa situation au Canada, il est très important d'en connaître les caractéristiques principales et l'évolution générale.

La R-D, en tant qu'activité officielle, apparaît au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle et prend très rapidement de l'ampleur au XXe siècle. Sa montée rapide s'explique par la cadence accélérée de l'industrialisation dans certains pays comme l'Allemagne et les États-Unis et par l'utilité grandissante de la science. La croissance des activités de R-D prend place dans un contexte institutionnel, constitué de l'enseignement supérieur, de l'INDUSTRIE et de l'État. Les universités de nombreux pays s'évertuent à suivre l'exemple de l'Allemagne en mettant sur pied des laboratoires scientifiques et des programmes d'études supérieures en recherche, et vont même jusqu'à percevoir la recherche comme un de leurs devoirs. Certaines industries, dont les meilleurs exemples sont l'industrie de l'ÉLECTRICITÉ et l'INDUSTRIE CHIMIQUE , sont créées ou transformées radicalement par l'amélioration de la connaissance scientifique. Ces industries basées sur la science sont les premières à intégrer des laboratoires de recherche dans leur infrastructure. Leur but est d'institutionnaliser l'innovation. En s'engageant dans la recherche, les firmes veulent s'assurer d'une certaine sécurité face aux changements technologiques, tenir à distance la compétition et contrôler les marchés. L'État s'engage également dans les activités scientifiques d'une façon plus formelle et en suivant les objectifs nationaux tels qu'ils sont perçus. Les agences scientifiques sont mises sur pied afin de s'occuper des domaines comme l'AGRICULTURE ET L'ALIMENTATION, l'armée, la SANTÉ PUBLIQUE, la FABRICATION INDUSTRIELLE et l'exploitation des RESSOURCES naturelles. De plus, les universités, les industries et les gouvernements unissent leurs efforts de recherche scientifique, ce qui reflète bien l'importance que la société accorde à la R-D.

Les pays industrialisés utilisent une bonne proportion de leurs ressources nationales pour la R-D, à un niveau tel que ce financement est devenu une importante question politique. La valeur de la R-D repose principalement sur le fait qu'elle est une source de changements technologiques. Cependant, on connaît peu de chose au sujet du rendement des dépenses liées à la R-D parce que cette dernière couvre un trop grand nombre d'activités diversifiées, qu'elle s'intéresse à de nombreux domaines (p. ex. les domaines médical, militaire et de la TECHNOLOGIE SPACIALE) et qu'elle a de nombreuses raisons d'être (p. ex. la santé et le bien-être, le prestige, la sécurité et l'avancement de la science). Ainsi, il est très difficile d'interpréter les dépenses associées à la R-D, tel que le rapport entre les dépenses brutes et le produit intérieur brut. Nous connaissons d'autre part très mal l'efficacité des systèmes de la R-D. Enfin, l'efficacité de la R-D se mesure en terme de conséquences dans les domaines sociaux et économiques, alors que d'autres facteurs, qui ne sont pas liés à la technologie, ont aussi une influence sur ces domaines. Par exemple, la RECHERCHE ET LE DÉVELOPPEMENT INDUSTRIELS (c'est-à-dire consacrée à des objectifs économiques) est menée dans l'espoir qu'elle contribue à la croissance économique en contribuant à l'amélioration des produits et des processus ou par l'innovation. Il est cependant difficile de déterminer l'influence de la R-D industrielle parce que de nombreux autres facteurs, dont les forces du marché, le degré de qualification de la main d'oeuvre, la gestion et le financement, jouent aussi un rôle important quand vient le temps de déterminer si les résultats de la R-D industrielle favorisent la croissance économique. En fait, les coûts de la R-D ne représentent généralement qu'une petite partie des coûts totaux nécessaires au lancement d'un nouveau produit ou processus.

Bien qu'il reste beaucoup à apprendre sur la R-D, particulièrement sur son fonctionnement économique, on a déjà identifié certaines de ses caractéristiques. Les dépenses consacrées à la R-D sont concentrées dans les pays les plus développés économiquement et les États-Unis sont loin devant pour ce qui est de l'importance des dépenses. Dans tous ces pays, les gouvernements apportent une contribution substantielle et financent non seulement leurs propre travaux, mais aussi une bonne partie de la R-D faite dans les universités, ainsi que la R-D industrielle. Les universités se consacrent davantage à la recherche fondamentale et à la formation des ingénieurs et des scientifiques qu'aux travaux de développement. En raison du haut niveau de risques et des incertitudes associées à la R-D, les industries consacrent principalement leurs efforts au développement et, dans ce domaine, à l'amélioration à court terme. Presque toute la R-D industrielle est consacrée aux biens de production et aux biens intermédiaires et non aux biens de consommation. Les dépenses de la R-D industrielle sont très concentrées dans quelques industries (INDUSTRIE AÉROSPATIALE, les industries du GÉNIE ÉLECTRIQUE, de la chimie, de l'ÉLECTRONIQUE et des instruments scientifiques). Les grandes entreprises font la majorité de la R-D industrielle, mais beaucoup de petites entreprises sont aussi axées intensivement sur la recherche. Il est difficile d'identifier et d'évaluer les déterminants qui indiquent l'intensité de la recherche en raison des différences entre les industries et du manque de données adéquates.

Au Canada, on n'a pas encore vraiment étudié l'histoire de la recherche scientifique et du développement. Quelques études ont été consacrées aux activités du gouvernement fédéral, en particulier à celles du CONSEIL NATIONAL DE RECHERCHES DU CANADA (CNR). Toutefois, peu de travail a été fait du côté de la recherche universitaire et presque rien sur la R-D industrielle. Néanmoins, on peut dégager les grandes lignes de l'historique général. Au XIXe siècle, le gouvernement canadien met sur pied des agences scientifiques pour s'occuper des industries primaires telles que l'EXPLOITATION MINIÈRE, l'agriculture, la FORESTERIE et la PÊCHE. Au Canada, le soutient et l'organisation de la recherche industrielle et scientifique prend de l'ampleur dans les premières décennies du XXe siècle, au moment où un mouvement en faveur des recherches de ce genre prend naissance. Ce mouvement est à la fois une réaction aux efforts similaires des autres pays industrialisés, en particulier après le début de la Première Guerre mondiale, et une réponse aux développements internes du Canada. Beaucoup d'universités canadiennes tentent d'améliorer leurs programmes en sciences et en INGÉNIERIE dans le but d'encourager les études supérieures et de promouvoir l'idéal de la recherche. En 1916, le gouvernement fédéral met sur pied le CNR pour favoriser la R-D au Canada. L'ALBERTA RESEARCH COUNCIL est formé en 1921, la Fondation de recherches de l'Ontario (voir ORTECH INTERNATIONAL), en 1928, suivis par d'autres centres de RECHERCHES, surtout après la Deuxième Guerre mondiale.

Dans l'industrie canadienne, le tournant du siècle est témoin d'une tendance vers la concentration industrielle, la spécialisation et la croissance de la domination des grandes entreprises, tous des facteurs favorables à la croissance de la R-D industrielle. L'ASSOCIATION DES MANUFACTURIERS CANADIENS se révèle un fervent défenseur de la croissance de la R-D au Canada. Plusieurs entreprises se lancent dans la recherche, dont la Shawinigan Chemicals Ltd et la Riordon Pulp and Paper. Le nombre d'entreprises qui s'intéressent à la R-D croît très rapidement après la Première Guerre mondiale. En 1917-1918, environ 37 entreprises canadiennes ont des laboratoires de recherches alors qu'en 1939, on dénombre 998 laboratoires industriels. La croissance exponentielle des dépenses brutes faites en R-D après la Deuxième Guerre mondiale est le reflet du développement rapide des activités en R-D au Canada. En plus de cette croissance de la fin des années 60 et des années 70, on s'inquiète du fait qu'il n'existe aucune POLITIQUE SCIENTIFIQUE explicite et de la performance de l'innovation industrielle au Canada. Cela a pour conséquence la création d'un certain nombre d'études et de groupes conseils par le gouvernement fédéral, dont le CONSEIL DES SCIENCES DU CANADA, créé en 1966, et le ministère d'État chargé des Science et de la Technologie, créé en 1971.

Selon Statistiques Canada, en 1987, environ 7,1 milliards de dollars ont été dépensés au Canada pour la R-D scientifique et environ 860 millions de dollars pour les sciences sociales et les lettres. Le gouvernement fédéral a financé 34 p. 100 de ces 7,1 milliards de dollars. Les gouvernements provinciaux ont fourni 6 p. 100; les entreprises privées, 42 p. 100; l'enseignement supérieur, 9 p. 100; les organismes privés à but non lucratif et les sources étrangère, 9 p. 100. Pour ce qui est des activités, 20 p. 100 des 7,1 milliards de dollars reviennent au gouvernement fédéral, 3,2 p. 100 aux gouvernements provinciaux, 51 p. 100 aux entreprises privées, 24,7 p. 100 à l'enseignement et 1,3 p. 100 aux organismes privés à but non lucratif. Le gouvernement fédéral consacre 66 p. 100 des fonds à ses propres programmes, 15,2 p. 100 aux entreprises et 21,4 p. 100 aux études supérieures.

Du pourcentage de R-D accompli par les entreprises, 69,5 p. 100 est financé par les entreprises elles-mêmes, 10,9 p. 100 par le gouvernement fédéral, 11,1 p. 100 par d'autres sources canadiennes, dont les gouvernements provinciaux, et 8,5 p. 100 par des sources étrangères. Comme c'est le cas dans d'autres pays, la R-D industrielle canadienne se concentre dans le domaine manufacturier, principalement sur les appareils électriques, les produits pétroliers (voir PÉTROLE), la MACHINERIE, les produits chimiques et la chimie, l'équipement de transport (aérospatial), les métaux primaires, ainsi que le papier et ses produits dérivés. Pour la R-D faite par l'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR, 45,1 p. 100 du financement vient du gouvernement fédéral, 11,7 p. 100 des gouvernements provinciaux, 3,5 p. 100 des entreprises, 12,3 p. 100 des organismes privés à but non lucratif, 26,3 p. 100 de l'enseignement supérieur, 1,1 p. 100 des sources étrangères. Par région, en 1985, 52 p. 100 des dépenses liées à la R-D étaient faites en Ontario, 21 p. 100 dans les provinces de l'Ouest, 22 p. 100 au Québec et 5 p. 100 dans les Maritimes.

Les dépenses brutes pour la R-D (DBRD) en science naturelle et en génie au Canada étaient estimées à 1,35 p. 100 du produit intérieur brut (PIB) en 1986, environ la moitié du pourcentage consacré par les États-Unis, le pays en tête dans ce domaine. Après une hausse entre 1979 et 1982, le rapport DBRD/PIB demeure stable. Il n'y a pas de fondement théorique pour déterminer le rapport optimal DBRD/PIB et ce rapport doit être interprété en fonction de la structure et des objectifs scientifiques et économiques de chaque pays. Ainsi, bien que le rapport DBRD/PIB du Canada se maintienne parmi les plus bas comparativement aux autres principaux pays industrialisés, l'Organisation pour la Coopération et le Développement classe le Canada dans la moyenne, dans la même catégorie que d'autres pays qui, eux, ont des rapports élevés. On a longtemps pensé que le financement de la R-D était insuffisant au Canada, même si le gouvernement fédéral s'est engagé en janvier 1988 à fournir des fonds supplémentaires, soit 1,3 milliards de dollars sur 5 ans, pour la science et la technologie.

La préoccupation principale pour la R-D canadienne, à part son financement, est sa distribution. Ici, le problème majeur est la R-D industrielle. Des opposants se sont souvent objectés ,même sans vraiment comprendre le rôle du gouvernement dans la science, au fait que, dans le passé, le gouvernement fédéral ait trop mis l'accent sur la recherche fondamentale au détriment du développement et qu'il ait dépensé trop de ses fonds destinés à la R-D au sein du gouvernement. Les universités ont aussi été critiquées parce qu'elles étaient trop éloignées des besoins des entreprises. À la fin des années 60, et particulièrement dans les années 70, le gouvernement fédéral commence à prendre certaines mesures visant à sous-traiter les activités de R-D, à soutenir la R-D industrielle et à établir des liens favorisant le transfert des idées et de la technologie du gouvernement et des universités vers les industries. Le financement et les performances de la R-D des industries représentent une autre source de malaises. On pense que leur rendement n'est pas suffisant et qu'elles ont donc un effet négatif sur l'économie canadienne. Il y a eu de nombreux débats sur le rôle des INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS dans les coupures affectant la R-D industrielle au Canada. Certains pensent que les filiales étrangères nuisent à la quantité de recherche faite au Canada et augmentent notre dépendance envers la technologie étrangère. D'autres disent qu'il est peu probable que le Canada aurait atteint un tel taux de croissance sans les filiales et que grâce à elles, le Canada a profité d'un afflux invisible de technologie. Les opinions sont mitigées et, bien qu'il ne semble pas que les entreprises appartenant à des Canadiens soient plus axées sur la recherche que celles appartenant à des étrangers, on ne sait pas encore si cette situation est le résultat de la nationalité du propriétaire ou d'autres facteurs tels que les différences structurelles entre les industries. Voir aussi INVENTEURS ET INNOVATIONS.


Lecture supplémentaire

  • G.B. Doern, Science and Politics in Canada (1972); C. Freeman, The Economics of Industrial Innovation (2nd ed, 1982); K. Green and C. Morphet, Research and Technology as Economic Activities (1977).

Liens externes