Sir John Abbott

John Joseph Caldwell Abbott, conseil privé, C.R., KCMG, avocat, professeur, homme d’affaires, politicien et premier ministre (né le 12 mars 1821 à St. Andrews East, Bas-Canada [aujourd’hui Saint-André-d’Argenteuil, Québec]; décédé le 20 octobre 1893 à Montréal). John Joseph Caldwell Abbott est une figure dominante en droit commercial, un fervent défenseur de l’élite commerciale anglophone du Québec et une personnalité influente dans plusieurs organismes sociaux et commerciaux. C’est le premier premier ministre né au Canada ainsi que le premier à occuper le poste depuis le Sénat plutôt que la Chambre des communes. Il sert comme premier ministre du 16 juin 1891 au 24 novembre 1892.



Sir John Abbott
L’honorable sir John Abbott, premier ministre 1891-1892. (Photo par William James Topley, prise à Ottawa, en Ontario, en 1892). (avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/C-000697)

Jeunesse

John Joseph Caldwell Abbott, fils de Joseph Abbott et Harriet Bradford, naît en 1821 à St. Andrews East, dans le Bas-Canada (aujourd’hui Saint-André-d’Argenteuil, Québec). Son père est un missionnaire anglican et un membre de la Society for the Propagation of the Gospel. Il emmène sa femme et son fils aîné dans diverses missions dans le Bas-Canada relevant de sa compétence. Le jeune Abbott passe une bonne partie de son enfance à faire des corvées et à lire les nombreux livres qu’il trouve chez lui. Une fois ses études secondaires complétées, il travaille pour différentes compagnies de marchandises sèches dans le Bas-Canada et le Haut-Canada. En 1843, il déménage à Montréal pour fréquenter le McGill College (aujourd’hui l’Université McGill) où son père travaille comme intendant. À McGill, il suit des cours en droit et aide avec la comptabilité de l’école.

Carrière en droit

En 1847, John Joseph Caldweel Abbott obtient son diplôme de McGill et est admis au barreau. Deux ans plus tard, il s’associe à William Badgley, avocat notoire de Montréal et professeur de droit à McGill. La même année, il épouse Mary Bethune. Le couple a huit enfants. En 1853, il devient professeur de droit à McGill. Bachelier en droit civil en 1854, il devient recteur de la faculté de droit en 1855, un poste qu’il occupe jusqu’en 1880 quand il est nommé professeur émérite de la faculté de droit. Tout au long de sa carrière en enseignement, il enseigne à d’éminents étudiants, incluant Adolphe-Philippe Caron et Wilfrid Laurier.

John Joseph Caldwell Abbott
John Joseph Caldwell Abbott, député (Argenteuil) et doyen de la faculté de droit, Université McGill. (Ottawa, en Ontario, avril 1870). (photo par William James Topley, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada/PA-026320)

John Joseph Caldwell Abbott est fait Conseil de la Reine en 1862, reçoit un doctorat en droit en 1867 et est nommé au conseil des gouverneurs du Royal Institution for the Advancement of Learning de McGill en 1881. Au cours de sa longue carrière juridique à l’extérieur de l’Université, il se spécialise en droit commercial. Sa pratique est parmi les plus prospères du pays. John Thomas Molson, sir Hugh Allan, la Banque de Montréal, la Compagnie de la Baie d’Hudson, Bell Canada, la compagnie d’assurance Standard Life et le Chemin de fer du Canadien Pacifique sont au nombre de ses clients. Dans ce qui est fort probablement sa plus célèbre affaire, John Joseph Caldwell Abbott défend avec succès quatre agents confédérés suite au raid de St. Albans, un événement qui suscite de vives tensions entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, et qui contribue à la Confédération (voir La guerre de Sécession et le Canada).

Entreprises commerciales

John Joseph Caldwell Abbott mène une carrière juridique financièrement lucrative. Il utilise donc sa richesse pour lancer des entreprises commerciales. Il possède des actions et occupe des postes de direction dans un large éventail de compagnies, surtout des banques et des compagnies d’assurance (Merchants’ Bank of Canada, Banque de Montréal) et des compagnies minières (Dominion Mineral Company, Intercolonial Coal Mining Company). Il s’implique activement dans le développement de l’industrie ferroviaire du Canada de la fin du 19e siècle. Il assure la représentation légale et conseille des compagnies de chemins de fer, en plus d’être propriétaire et actionnaire de différentes compagnies, dont la Canada Central Railway, un conglomérat de plusieurs petites lignes.

Compagnie du Canadien Pacifique

Au début des années 1870, John Joseph Caldwell Abbott est entraîné dans le scandale du Pacifique. À titre de conseiller juridique du magnat sir Hugh Allan, il est présent quand une entente est conclue : sir Hugh Allan finance la campagne électorale des conservateurs et, en échange, la compagnie de chemin de fer du Canadien Pacifique (CP) obtient le contrat pour la construction du chemin de fer jusqu’à l’océan Pacifique. De plus, il est l’intermédiaire qui assure la prise d’arrangements et le transfert de fonds. Le scandale coûte le pouvoir aux conservateurs, mais ne freine pas l’intérêt de John Joseph Caldwell Abbott à construire un chemin de fer transcontinental. En 1881, il contribue à l’ébauche du projet d’incorporer le CP et sert à titre d’avocat de la compagnie jusqu’en 1887. Promoteur et lobbyiste de talent, il joue un rôle important dans l’achèvement du chemin de fer transcontinental en 1885. Cette année-là, il devient membre du conseil d’administration du CP et y reste jusqu’en 1891.

Activités sociales et caritatives

En tant qu’avocat, homme d’affaires et politicien prospère, John Joseph Caldwell Abbott fait partie de l’élite sociale de Montréal. Il possède des propriétés et des domaines à Argenteuil, à Montréal et dans les Cantons de l’Est. Il est membre du Rideau Club et du St. James Club à Montréal, en plus d’être le président du Fraser Institute, une bibliothèque publique gratuite (aujourd’hui le Fraser-Hickson Institute). Il est également l’un des fondateurs de l’Art Association de Montréal (qui plus tard devient le Musée des beaux-arts de Montréal) et de la Société canadienne pour la prévention de la cruauté envers les animaux (voir Sociétés pour la protection des animaux). Il encourage les bibliothèques et d’autres institutions à aider les plus démunis, les malentendants et les non-voyants, et agit à titre de premier président du conseil des gouverneurs du Royal Victoria Hospital.

Carrière et implication en politique

La première entreprise politique de John Joseph Caldwell Abbott commence en 1849 quand il signe le manifeste en faveur de l’annexion, un document produit par l’Association pour l’annexion qui promeut l’union politique du Canada et des États-Unis. Signé par 325 hommes d’affaires importants de Montréal, principalement mais non exclusivement anglophones, le manifeste naît de la frustration qu’occasionne la décision de la Grande-Bretagne d’entériner la Loi d’indemnisation pour le Bas-Canada et de mettre un terme à un système d’échange qui accorde une préférence à ses colonies. Pour ce qui est de déterminer si l’appel à l’annexion est une demande sérieuse ou un moyen de mettre de la pression sur le gouvernement britannique pour qu’il maintienne ses droits de douane, la question est discutable. Pour sa part, John Joseph Caldwell Abbott affirme que la majorité des signataires « n’a pas plus l’intention d’obtenir l’annexion aux États-Unis qu’un enfant irritable qui frappe sa gouvernante n’a l’intention de l’assassiner. » Il admet regretter d’avoir signé le manifeste, mais cet épisode continue d’être une source de mépris de la part de ses adversaires politiques pendant des décennies.

De 1860 à 1867, John Joseph Caldwell Abbott représente Argenteuil à titre de député de l’Assemblée législative de la Province du Canada. En 1862, il rejoint le gouvernement réformiste de John Sandfield Macdonald et de Louis-Victor Sicotte et accepte le poste de solliciteur général du Bas-Canada. Au départ, il ne se réjouit pas du projet de confédération : il craint qu’elle empire la position des anglophones du Bas-Canada. Il se joint néanmoins aux conservateurs. Il représente Argenteuil en 1867 et en 1872. Même s’il est destitué en raison du scandale du Pacifique, il reprend son siège en 1881 et le conserve jusqu’en 1887. Tout au long de sa carrière de député, il siège fréquemment au sein de comités qui touchent à l’économie et aux infrastructures, notamment les chemins de fer, les ports, la télégraphie, le secteur bancaire, le commerce et la faillite.

En 1887, le premier ministre sir John A. Macdonald nomme John Joseph Caldwell Abbott au Sénat. En raison de ses talents administratifs et de sa connaissance du parlement, le premier ministre souhaite qu’il fasse partie du cercle rapproché du gouvernement. Par conséquent, il le nomme leader parlementaire du Sénat et membre du Cabinet, sans pour autant lui remettre un portefeuille. Alors qu’il siège au Sénat, John Joseph Caldwell Abbott sert à titre de maire de Montréal pendant deux termes d’un an, soit en 1887 et en 1888, un rare exploit dans l’histoire canadienne.

Sir John D. S. Thompson, Sir John A. Macdonald, Sir John J. C. Abbott.
Sir John D. S. Thompson, sir John A. Macdonald et sir John J. C. Abbott. Lithographie par C.M. Hall, publiée en 1895 à Toronto, en Ontario. (oeuvre d'art par CM Hall, avec la permission de Bibliothèque et Archives Canada, Acc. No. R1300-219)

John Joseph Caldwell Abbott, premier ministre

Quand sir John A. Macdonald meurt en 1891 pendant qu’il est en fonction, le Parti conservateur et le pays ont besoin de quelqu’un pour combler le vide. On considère la candidature de John Sparrow David Thompson, de Charles Tupper et de Mackenzie Bowell, mais John Joseph Caldwell Abbott émerge comme un homme de compromis. Il ne souhaite pas occuper ce poste. Il écrit être le moins répugnant de tous les candidats potentiels. Ironiquement, douze jours avant de devenir premier ministre, il écrit : « Je déteste la politique et ce qu’on juge comme ses méthodes appropriées. Je déteste la notoriété, les réunions publiques, les discours en public, les caucus et toutes les servitudes qui semblent attachées à la politique, sauf l’obligation de servir le public du mieux que je peux. » Malgré ces vues, il devient le premier premier ministre canadien de naissance le 15 juin 1891. Comme il ne siège pas à la Chambre des communes, John Joseph Caldwell Abbott demande à John Sparrow David Thompson d’assumer plusieurs des responsabilités quotidiennes.

À titre de leader, John Joseph Caldwell Abbott doit gérer des querelles internes, comme les divisions ethniques, linguistiques et religieuses. La corruption et la bisbille font rage au sein du Parti conservateur. De plus, les électeurs sont las du Parti conservateur qui est au pouvoir depuis presque la fondation du Canada. Le pays fait face à d’importants problèmes, notamment une crise économique, la question des écoles du Manitoba (au sujet du sort des écoles françaises pour les catholiques dans la province) et le conflit de la mer de Béring entre la Grande-Bretagne et le Canada d’un côté, et les États-Unis de l’autre.

À titre de premier ministre, John Joseph Caldwell Abbott fait preuve de diligence et de diplomatie pour résoudre tous les problèmes. Sous son leadership, le gouvernement met sur pied le premier ministère fédéral du Commerce et entame des négociations préliminaires quant au traité de réciprocité avec les États-Unis (même si les négociations échouent). Il supervise également l’implantation et la révision du Code criminel, et recommande des réformes de la fonction publique. Enfin, il suggère de laisser à la Cour le soin de régler la question des écoles du Manitoba, tout comme l’a fait sir John A. Macdonald avant lui. Ses années de service public et ses contributions à la société canadienne sont reconnues quand il est fait Chevalier Commandeur de l’Ordre de Saint-Michel et Saint-Georges en 1892.

Mort et héritage

En raison de sa santé vacillante, John Joseph Caldwell Abbott est contraint de démissionner le 5 décembre 1892 après seulement 17 mois comme premier ministre. John Thompson prend les rênes et est officiellement assermenté le 7 décembre 1892. John Abbott voyage en Angleterre, en France et en Italie pour reprendre du mieux, mais un cancer du cerveau a raison de lui. Il meurt à Montréal le 30 octobre 1893 à l’âge de 72 ans. Il est enterré dans le cimetière du Mont-Royal.

En 1938, le gouvernement du Canada élève John Joseph Caldwell Abbott au rang de personnage historique national. Le John Abbott College, un CÉGEP anglophone de Montréal fondé en 1970, est nommé en son honneur.


Premiers Ministres du Canada

Nom

Parti

Mandat

Con.

1867-1873

Lib.

1873-1878

Con.

1878-1891

Con.

1891-1892

Con.

1892-1894

Con.

1894-1896

Con.

1896

Lib.

1896-1911

Con.

1911-1917

Unioniste

1917-1920

Con.

1920-1921

Lib.

1921-1926

Con.

1926

Lib.

1926-1930

Con.

1930-1935

Lib.

1935-1948

Lib.

1948-1957

Con.

1957-1963

Lib.

1963-1968

Lib.

1968-1979

Con.

1979-1980

Lib.

1980-1984

Lib.

1984

Con.

1984-1993

Con.

1993

Lib.

1993-2003

Lib.

2003-2006

Con.

2006-2015

Lib.

2015-

En savoir plus

Lecture supplémentaire

  • C. Ondaatje and D. Swainson, The Prime Ministers of Canada 1867-1968 (1968).

Liens externes