Site archéologique de Jemseg

 L'importance archéologique et culturelle de la région de Jemseg est depuis longtemps connue des Premières nations de la région, les Wolastoqiyik (MALÉCITES), qui conservent un riche patrimoine de connaissances traditionnelles à son sujet.

Le projet Jemseg s'est poursuivi au cours de l'automne et l'hiver 1996 et 1997, et les membres de l'équipe ont dû innover et adapter leurs techniques de fouille au dur hiver des Maritimes, en utilisant des tentes et des lampes chauffantes pour dégeler le sol (avec la permission de Susan E. Blair).
Plusieurs milliers d'écoliers ont visité le site avec leurs professeurs pendant le projet, où ils ont appris sur le travail de terrain en archéologie, les modes de vie Wolastoqiyik, et, tel que montré ici, l'analyse en laboratoire (avec la permission de Susan E. Blair)
Les premiers stades du projet Jemseg, avec la rivière Jemseg en arrière-plan (avec la permission de Susan E. Blair)

Site archéologique de Jemseg

Le site archéologique de Jemseg (numéro Borden BkDm-14) est un site important situé dans le centre-sud du NOUVEAU-BRUNSWICK, le long du cours d'eau qui relie le réseau du LAC GRAND au cours inférieur de la RIVIÈRE SAINT JEAN. C'est un environnement riverain très favorable qui donne accès aux ressources abondantes d'un réseau de marécages en bordure de plaines alluviales fertiles, connues sous le nom des Prés du Grand Lac. Les chasseurs-cueilleurs et les colons y avaient accès à de riches pêcheries, à des plantes aquatique et terrestres, à du petit et du gros gibier, de l'ORIGNAL jusqu'au RAT MUSQUÉ, et à des OISEAUX migratoires. C'est pourquoi la région a été un centre d'activité humaine et ce, pendant la majeure partie de ces 10 000 dernières années.

Les fouilles du site archéologique de Jemseg

L'importance archéologique et culturelle de la région de Jemseg est depuis longtemps connue des Premières nations de la région, les Wolastoqiyik (MALÉCITES), qui conservent un riche patrimoine de connaissances traditionnelles à son sujet. Le nom de la région provient du mot Wolastoqiyik pour « rassemblement », faisant référence tant aux ressources qu'aux individus. Une évaluation du patrimoine, effectuée au cours des phases de planification pour le déroutage de l'autoroute TRANSCANADIENNE, a confirmé cette importance. Suite à cette étude, il a été recommandé qu'un projet important soit mis sur pied, d'abord afin d'assurer que l'autoroute n'ait pas d'impact sur des sépultures humaines, ensuite afin de récupérer les vestiges archéologiques du site. C'est ainsi qu'est né le Jemseg Crossing Archaeology Project, projet qui débuta à l'automne 1996 pour se poursuivre en 1997. Ce projet a vu le jour grâce aux efforts collectifs d'individus et de communautés Wolastoqiyik et du gouvernement provincial.

En 1996, des explorations préliminaires révèlent que le site est beaucoup plus complexe qu'on ne le croyait de prime abord. Des artefacts et des aménagements y sont dispersés sur plusieurs larges terrasses qui s'élèvent à partir des berges de la rivière Jemseg; dans la riche alluvion, les archéologues découvrent des surfaces d'habitation avec foyers pour la cuisson, des fragments d'outils en pierre, des débris résultant de leur fabrication et de la poterie. Plusieurs des surfaces d'habitation sont plus anciennes que cette poterie : certaines datent de 6 ou 7 millénaires et contiennent des outils en pierre polie caractéristiques, telles des tiges et des pesées pour la pêche. Toutefois, l'utilisation la plus intensive du site a pris place il y a de cela 3200 à 2200 ans, alors que les occupants fabriquaient de petits outils de pierre sur éclats, dont des pointes de lance et de flèche, à partir de matériaux disponibles localement et d'autres obtenus par le commerce. Une partie de la poterie associée à ces occupations a été décorée d'impressions obtenues en pressant du tissu dans l'argile; elle correspond à la plus ancienne poterie jamais retrouvée à ce jour dans les provinces MARITIMES canadiennes. Bien que l'acidité naturelle élevée des sols ait détruit, avec le temps, presque tous les restes osseux liés à l'alimentation, des coquilles de noyer carbonisées ont été préservées dans les foyers. Leur présence indique qu'au fil du temps, l'utilisation des ressources abondantes des prairies alluviales situées à proximité a sans doute attiré les gens au site.

C'est en novembre que débute la fouille de grande envergure de la partie du site qui sera touchée par la construction de l'autoroute, à un moment où les communautés autochtones se préoccupent de plus en plus de l'archéologie en général et de la nature et du rythme de ce projet archéologique en particulier; de plus, la presse et le grand public y démontrent un intérêt grandissant. Ces préoccupations génèrent, outre des protestations sur le lieu du site, un engagement à haut niveau de la part des membres de la communauté qui soutiennent, et la recherche archéologique et le projet.

En raison de l'implication de membres des Premières nations, les composantes archéologiques se voient enrichies des points de vue et des récits traditionnels fournis par les aînés et autres membres de la communauté. Ceux-ci démontrent le lien étroit que les Wolastoqiyik maintiennent toujours avec le site pour la collecte de PLANTES alimentaires et médicinales ainsi que pour le trappage du rat musqué et de la pêche. Le projet est également rehaussé par un programme d'éducation publique visant à générer une appréciation et un respect pour le riche patrimoine culturel des Wolastoqiyik. Tout au long de ce programme, le site sera visité par des touristes, des membres intéressés du public, des résidents locaux et par d'importants groupes d'étudiants.

Les travaux sur le terrain prennent fin en avril 1997, lorsqu'une petite fosse en forme de cuvette et recouverte d'ocre rouge - pigment rouge traditionnellement utilisé lors de cérémonies - est mise à jour. Bien qu'aucuns restes humains n'y aient été trouvés, la fosse est semblable à des aménagements cérémoniels retrouvés sur d'autres sites de la région. Sur la base de cette découverte, l'équipe de fouilles recommande que le tracé de l'autoroute soit détourné afin d'éviter des impacts additionnels sur des sépultures éventuelles.

L'importance du site archéologique de Jemseg et de la campagne de fouilles

Le Jemseg Crossing Archaeological Project a été l'un des projets archéologiques clés à avoir eu lieu dans les Maritimes canadiennes. Et ce sera la première fois, en vertu de la loi relative aux impacts sur le patrimoine, que des mesures de mitigation seront prises pour protéger un site de la région. Le projet a également permis d'expérimenter des techniques de fouille portant sur la logistique des fouilles hivernales; il a contribué à l'obtention d'information archéologique associée à des périodes temporelles qui étaient auparavant inconnues ou mal comprises (cela est tout particulièrement vrai pour les périodes datant de plus de 5000 ans, et de 3500 et 1500 ans avant aujourd'hui); ce projet a aussi contribué à développer encore davantage les relations formelles de collaboration entre les archéologues, les organisations gouvernementales, les individus et communautés des Premières nations. En 2005, le site de Jemseg a été désigné LIEU HISTORIQUE provincial. Enfin, la répercussion à long-terme de ce projet s'est fait sentir par le nombre de membres de l'équipe venant de communautés autochtones et non-autochtones, qui maintenant travaillent dans la région comme archéologues ou encore dans le cadre de professions reliées au domaine archéologique.


En savoir plus

Lecture supplémentaire

  • Susan Blair, "Mawlukhotepun - Working Together" in World Prehistory and Archaeology: Pathways Through Time (2010)