Site archéologique de Mud Lake Stream

 Des fouilles approfondies sont menées à Mud Lake Stream entre 1983 et 1985. Les témoins archéologiques montrent que le site a été visité à partir de la période ARCHAÏQUE tardive (il y a de 5000 à 2500 ans) jusqu'à la période historique.

Artefacts en pierre taillé datant de l'Archaïque récent au site de Mud Lake Stream: pointes de projectiles pédonculées (a-i); pédoncules brisés (n-p); fragment de biface (j) (avec la permission des Services d'archéologie du Nouveau-Brunswick)
Artefacts provenant de l'aménagement No. 20 au site de Mud Lake Stream: grattoirs (a, b, d); pointe de projectile à encoches baso-latérales (c); section d'un gorgerin (d); bifaces et fragments de bifaces (f-j) (avec la permission des Services d'archéologie du Nouveau-Brunswick)
Fouille du site de Mud Lake Stream, 1984 (avec la permission de Michael Deal)
Vue aérienne du site de Mud Lake Stream (avec la permission des Services d'archéologie du Nouveau-Brunswick)

Site archéologique de Mud Lake Stream

Le site archéologique de Mud Lake Stream est situé le long de la frontière canado-américaine, à l'extrémité nord du lac Specnic, dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick. Le lac Spednic est le plus vaste des 61 lacs se déversant dans la rivière STE-CROIX, qui coule vers le sud et se jette dans la baie de PASSAMAQUODDY. Au cours de la période historique, et sans doute auparavant, une route de portage reliait les lacs Grand et Spednic; elle faisait partie d'une voie de déplacement importante qui s'étendait du Maine actuel jusqu'au fleuve Saint-Jean. Le site de Mud Lake Stream a été découvert par un collectionneur de la région nommé Bliss Goodwin, et enregistré en tant que site archéologique par David Sanger, en 1972. En 1981, la voie navigable de la rivière Ste-Croix est désignée aire de loisirs provinciale. On s'attend alors à une augmentation des activités humaines, et plus particulière du camping et du canoë, sur les lacs et rivières. C'est pourquoi on initie, en 1982, un projet exhaustif de reconnaissance archéologique suite auquel on recommande la fouille de deux sites archéologiques autochtones au lac Spednic : les sites DIGGITY et Mud Lake Stream.

Des fouilles approfondies sont menées à Mud Lake Stream entre 1983 et 1985. Les témoins archéologiques montrent que le site a été visité à partir de la période ARCHAÏQUE tardive (il y a de 5000 à 2500 ans) jusqu'à la période historique. Bien que le site révèle principalement des vestiges liés à des occupations s'étendant du Sylvicole moyen (il y a environ 2000 ans) à la période récente, certains aménagements isolés démontrent des associations culturelles plus anciennes liées à l'Archaïque et au Sylvicole inférieur. Des datations au carbone 14 obtenues à partir de deux de ces aménagements indiquent une présence de l'Archaïque récent transitionnel, il y a environ 4000 ans, qu'on associe au mouvement vers le nord et dans la région de gens appartenant à la tradition Susquehanna. L'assemblage archaïque comprend 14 lames ou fragments de lames bifaciales pédonculées (représentant sans doute des pointes ou des couteaux), une base de foret pédonculée et deux pointes de forets, un plomb à pêche et une lame de hache à gorge entière. Des fragments d'ossements calcinés provenant de l'un des aménagements ont été identifiés et appartiennent à la famille du HARENG (probablement le gaspareau ou l'alose), ce qui démontre qu'il y a longtemps déjà, le site était important pour la pêche.

Trois aménagements datant du Sylvicole inférieur (Meadowood) ont également été investigués à Mud Lake Stream. L'un d'entre eux (No. 20) consiste en une fosse de sépulture partiellement érodée du côté de la plage, contenant des restes fauniques de chien, de castor, et d'une espèce de salmonidé. Aucun reste humain ne s'y trouvait, ce qui indique que ce lieu de sépulture pourrait avoir été celui d'un chien. Plusieurs artefacts, parmi lesquels certains ont été intentionnellement brisés, ont été placés dans la fosse, dont un gorgerin en ardoise (un ornement pouvant signifier une appartenance à un groupe), une pointe de projectile à encoches latérales et un biface en dents de scie. Huit tessons de poterie avec des impressions de tissu (Vinette 1) ont également été récupérés dans un rayon d'un mètre autour de la fosse. Un second aménagement consiste en une petite cache contenant neuf pointes de projectile à encoches latérales, de style Meadowood. Enfin, on a obtenu une date au carbone 14 d'environ 2750 ans pour un troisième aménagement qui a seulement révélé le fragment calciné d'une pointe de harpon barbelée.

La composante du Sylvicole moyen est associée à de la poterie portant des motifs dentelés, dentelés par pivotement, et pseudo-coquilles de pétoncle, ainsi que des pointes de projectile à pédoncule divergent. La composante du Sylvicole supérieur est dominée par de la poterie décorée à l'aide d'un bâton entouré d'un cordage et des pointes de projectile à encoches baso-latérales et latérales. Les analyses de résidus sur les tessons de neuf récipients de poterie datant de 1000 à 2000 ans indiquent la consommation de mammifères terrestres (et/ou de plantes), d'oiseaux marins et de poissons. Quarante-deux graines carbonisées récupérées dans des aménagements associés au Sylvicole appartiennent principalement à des espèces de BAIES comestibles (dont les baies de sureau, les mûres ou les framboises, les airelles (pain de perdrix) et les cerises de Pennsylvanie). L'assemblage faunique comprend surtout des restes de CASTOR, ainsi que la mandibule d'une espèce de vison de mer aujourd'hui disparue, la griffe d'un rapace (possiblement un faucon) et une espèce de poisson de la famille des salmonidés (soit l'ouananiche ou la truite). Les restes fauniques démontrent que la chasse et la pêche étaient toutes deux des activités importantes au site pendant la période de pré-contact tardive.

Contexte régional du site archéologique de Mud Lake Stream

Certains chercheurs croient que le bassin hydrographique Chiputneticook/Ste-Croix représentait l'aire de ressources principale des ancêtres des Passamaquoddy, alors que d'autres pensent que la région était occupée par des populations côtières ou de l'intérieur distinctes. Les témoins archéologiques laissent supposer qu'il y avait de vastes zones de peuplement aux extrémités opposées du lac Spednic, tel qu'illustré par le site de Mud Lake Stream au nord et celui de Diggity au sud, qui servaient tous deux de base pour la chasse, la pêche et possiblement la chasse à l'oiseau entre la fin du printemps et l'automne. Il est impossible de démontrer que ces sites ont été occupés pendant l'hiver, mais cette éventualité ne peut toutefois être écartée, puisque les sites dans cette région contiennent l'éventail complet de la culture matérielle que l'on s'attend normalement à retrouver dans les campements multi saisonniers. L'absence de trous de poteaux sur les sites de l'intérieur laisse supposer que les poteaux supportant les structures se situaient en surface, comme dans le cas des WIGWAMS historiques, contrairement aux structures semi-souterraines de la région de la baie de Passamaquoddy. Le territoire entre les régions résidentielles est parsemé de campements logistiques de courte durée. Le site de Mud Lake Stream est important car il est le plus large site relativement non perturbé ayant été fouillé à l'intérieur des terres du bassin hydrographique Chiputneticook/Ste-Croix, et il contient également les meilleurs exemples d'occupations conservées de l'Archaïque récent transitionnel et du Sylvicole inférieur trouvés à ce jour dans les provinces Maritimes.

Voir aussiAUTOCHTONES: LES FORÊTS DE L'EST.


En savoir plus

Lecture supplémentaire

  • Michael Deal and Susan Blair (eds), Prehistoric Archaeology in the Maritime Provinces: Past and Present Research, Council of Maritime Premiers, Fredericton (1991).