Site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha

 Lors de ces campagnes de fouilles, plus de 150 000 fragments de vases en argile, de fourneaux de pipes, d'outils en pierre et en os, de restes culinaires, tels que des ossements de poissons et de mammifères, ainsi que des graines de cultigènes carbonisées ont été mis au jour.

Diverses espèces végétales cultivées et sauvages retrouvées carbonisées sur le site Droulers-Tsiionhiakwatha. Les maïs et les haricots frais sont des espèces amérindiennes modernes. La meule en pierre date de l'époque du site et servait à moudre les cultigènes (avec la permission du Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine \r\nQuébec, photo Pierre Fauteux).
Outils en os découverts sur le site Droulers-Tsiionhiakwatha : pointes de harpons, tube à aiguille, pointe de flèche, broche à cheveux ou décorateur à poterie et divers poinçons (avec la permission du Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine Québec, photo Pierre Fauteux).
Fouilles actuelles du site Droulers-Tsiionhiakwatha par l'École de fouilles de l'Université de Montréal (avec la permission de la MRC du Haut-Saint-Laurent, photo Pierre Corbeil).
Fouilles actuelles du site Droulers-Tsiionhiakwatha par l'École de fouilles de l'Université de Montréal (avec la permission de la MRC du Haut-Saint-Laurent; photo Pierre Corbeil).
Fragments de pipes iroquoiennes retrouvés sur le site Droulers-Tsiionhiakwatha (avec la permission du Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine \r\nQuébec, photo Pierre Fauteux).

Site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha

Le site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha est situé dans l'extrême sud-ouest québécois, à Saint-Anicet, dans la région du Haut-Saint-Laurent. Ayant fait l'objet d'une découverte fortuite, dans les années 1970, par le propriétaire de l'époque, François Droulers, ce n'est qu'en 1993 que le lieu fut l'objet de sondages exploratoires. Ensuite, dans le cadre d'un partenariat entre le Ministère de la Culture et des Communications du Québec et la Municipalité régionale de comté Le Haut-Saint-Laurent, un vaste projet de recherches archéologiques a été entrepris de 1994 à 1999. Durant cette période, une équipe d'archéologues dirigée par Michel Gagné, diplômé de l'Université de Montréal, délimite le site et repère les premières MAISONS LONGUES.

Lors de ces campagnes de fouilles, plus de 150 000 fragments de vases en argile, de fourneaux de pipes, d'outils en pierre et en os, de restes culinaires, tels que des ossements de poissons et de mammifères, ainsi que des graines de cultigènes carbonisées ont été mis au jour. Ce nombre déjà impressionnant d'artéfacts et d'écofacts augmentera puisque l'école de fouilles du département d'anthropologie de l'Université de Montréal s'est installée sur le site depuis 2010. Les connaissances scientifiques tirées de ces témoins archéologiques permettent de mieux comprendre le système adaptatif des peuples semi-sédentaires de la vallée du Saint-Laurent durant le Sylvicole supérieur (de l'an 1000 à 1534 de notre ère).

Le site Droulers-Tsiionhiakwatha est associé à la présence des Iroquoiens du Saint-Laurent. Ceux-ci appartiennent à la grande famille linguistique et culturelle des Iroquoiens (voir AUTOCHTONES : FORÊTS DE L'EST), au même titre que les HURONS-Wendats. Ce site villageois semi-permanent s'avère le plus grand en son genre mis au jour sur le territoire québécois. Daté du XVe siècle, il avait une superficie d'environ 1,3 hectare et pouvait contenir une dizaine de maisons longues regroupant environ 600 personnes.

Une maison longue typique de ce site mesurait environ 30 mètres de long et six de large. Sur l'axe central de celle-ci, directement au sol, s'alignaient cinq ou six foyers partagés par deux familles regroupant jusqu'à six personnes chacune. Ainsi, 50 à 70 personnes occupaient une habitation. Comme le système de parenté iroquoien est matrilinéaire et matrilocal, toutes les femmes d'une maisonnée étaient apparentées, alors que les hommes adultes étaient originaires d'autres clans et d'autres villages.

Le mode de subsistance de ces Iroquoiens villageois reposait principalement sur la production du MAÏS, du HARICOT, de la COURGE et du TOURNESOL. Pratiquant une agriculture sur brûlis, les Iroquoiens exploitaient les champs entourant le village durant une dizaine d'années. En prévision de l'épuisement éventuel des sols réduisant la production, les préparatifs pour l'exploitation d'un nouveau lieu s'amorçaient. La pêche, la chasse ainsi que la cueillette de fruits, de plantes et de noix sauvages jouaient un rôle complémentaire important.

L'emplacement choisi par les Iroquoiens du site Droulers-Tsiionhiakwatha reflète précisément ce mode de vie axé sur l'agriculture. Toutefois, sa localisation dément le schème d'établissement connu des villages iroquoiens : les archéologues cherchaient principalement ceux-ci sur les buttes sablonneuses situées à proximité des cours d'eau d'importance. Or, la mise au jour du site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha, à près de huit kilomètres au sud du fleuve Saint-Laurent et à 10 kilomètres au nord de la rivière Châteauguay, a contribué à modifier cette hypothèse de travail. Depuis cette découverte, les archéologues constatent les avantages de ce type d'emplacement : crête morainique surélevée offrant une position défensive; éloigné des cours d'eau navigables, donc moins vulnérables aux attaques; bien drainé; un terreau fertile pour la culture ainsi que l'accessibilité à l'eau grâce à la présence de la petite rivière La Guerre et d'une source.

Le site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha s'inscrit dans une séquence d'occupation villageoise de la région de Saint-Anicet durant la période du Sylvicole supérieur. Quatre kilomètres au nord, la découverte de la petite communauté iroquoienne du site McDonald, datant du XIVe siècle, témoigne du tout début du développement agricole. C'est le plus ancien hameau connu sur le territoire québécois. Par ailleurs, trois kilomètres plus au sud-est, les archéologues ont mis au jour le site Mailhot-Curran, datant du XVIe siècle. Il s'agit de l'un des plus récents sites villageois recensés au Québec.

Dans la foulée de l'interprétation des données archéologiques, un programme de mise en valeur de ce patrimoine a été initié. Celui-ci avait comme objectif de reconstituer une partie d'un village iroquoien à partir des relevés provenant de la fouille du site Droulers-Tsiionhiakwatha. Basé notamment sur l'expertise de l'archéologue-expérimental Michel Cadieux, quatre maisons longues ceinturées d'une haute palissade ont été construites selon les méthodes et les aménagements de l'époque. Jouxtant l'ancien village, cette reconstitution grandeur nature abrite le Centre d'interprétation du site archéologique Droulers-Tsiionhiakwatha ouvert au public depuis 2000. Des MOHAWKS de la communauté voisine d'Akwesasne participent à la gestion du Centre. Ce sont d'ailleurs ces derniers qui lui ont donné le nom Tsiionhiakwatha, c'est-à-dire «là où l'on cueille les petits fruits».


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