Sociétés de Saint André au Canada

Partout dans leur diaspora, les Écossais sont des organisateurs prolifiques, formant divers types de sociétés nationales ou ethniques dans leurs nouveaux lieux de résidence. Ces associations ont joué un rôle crucial dans le maintien de leur identité, de leur culture et de leur statut social. La création des diverses sociétés de Saint André, de même que les clubs des Highlands, des Calédoniens et des Burns, suit les mêmes étapes et répond aux mêmes besoins culturels et sociaux. À l’exception des premières sociétés Highlands, qui étaient alliées à la Société Highland de Londres, ces associations sont organisées indépendamment les unes des autres et conservent généralement cette indépendance au cours de leur existence, même si plusieurs d’entre elles forgent et maintiennent des liens non officiels qui sont réaffirmés lors d’événements festifs importants. Depuis la fondation de la première société, à Saint John en 1798, les sociétés de Saint André sont une partie importante de la vie associative écossaise au Canada.

Billets pour le bal de la Saint André (St. Andrew
St. Andrew
Voeux adressés en 1984 à la St Andrew's Society of Montreal par les autres sociétés à l'occasion du St Andrew's Day
Fredericton Society of Saint Andrew
Voeux de la Fredericton Society of S. Andrew à l'occasion de son 60e anniversaire, adressés à la St. Andrew's Society of Montreal, 1960.
Jour de la Saint André (St. Andrew
Voeux de la St. Andrew's Society of Cornwall adressés à la St. Andrew's Society of Montreal
Voeux de la St. Andrew

Saint André

En tant que saint patron de l’Écosse, saint André est l’un des principaux symboles utilisés par les immigrants écossais cherchant à s’organiser et à s’identifier. C’est pourquoi la fête de la Saint-André, le 30 novembre, est le jour choisi par plusieurs pour se rassembler et célébrer leurs origines écossaises. La North British Society d’Halifax, en Nouvelle-Écosse (qui existe encore et s’appelle maintenant la Société Scots), est la première société fondée en futur territoire canadien à utiliser le saint patron comme figure centrale lors de ses célébrations en 1768. Cette même année, la société est officiellement fondée et déclare le jour de la Saint-André sa date de célébration annuelle. Cependant, ce n’est pas la première société coloniale à incorporer le saint patron dans ses célébrations : la Société de Saint André de Charleston en 1729, la Société de Saint André de Philadelphie, qui est fondée en 1747, et la Société de Saint André de New York, fondée en 1756, sont toutes nommées en l’honneur de saint André et utilisent son jour de fête comme date de célébration. Le saint est aussi utilisé régulièrement par les presbytériens pour baptiser les premières églises construites après l’arrivée d’une communauté écossaise dans une nouvelle région.

La plupart des communautés en Amérique du Nord britannique abritant des résidents écossais organisaient déjà des célébrations en l’honneur du saint patron plusieurs années avant la création officielle de sociétés écossaises. Ainsi, les banquets tenus en l’honneur du saint en 1795 à Saint John, au Nouveau-Brunswick, ou encore à Montréal en 1816 suivent un modèle semblable. Les hommes (aux XVIIIe et XIXe siècles, ces événements étaient strictement pour les hommes) appartenant à l’élite politique et commerciale de la ville se rassemblent dans une auberge, un hôtel ou un club et consomment des plats traditionnels, notamment du haggis, et boivent des quantités non négligeables de vin et de whisky. Après le repas, les célébrants portent une série de toasts saluant le jour de fête, leurs chefs, la famille royale, l’Écosse, et diverses autres personnalités et institutions importantes aux yeux des invités et du climat politique de l’époque. Une série de chansons étaient aussi jouées entre les toasts, ainsi que de la musique jouée par un groupe ou une cornemuse. Les banquets étaient donc à la fois une occasion sociale et une manière de renforcer l’identité écossaise.

Sociétés

La première société de Saint André du Canada est fondée en 1798 à Saint John, au Nouveau-Brunswick, et est organisée comme un « box », ou société d’aide mutuelle. La société offre divers bénéfices à ses membres en temps de maladie, et participe aussi activement à la planification de leurs funérailles. Plusieurs des premières règles (à part celles concernant le paiement de frais d’adhésion) stipulent que les membres doivent être présents aux funérailles des autres membres et qu’ils marchent en procession lors de ces occasions. La société possède aussi une fonction charitable et offre son aide aux nouveaux arrivants qui débarquent au port.

Hon. Peter McGill
McGill a été le premier président de la St. Andrew's Society of Montreal et maire de la Ville de Montréal de 1840 \u00e0 1842.

Lors du siècle suivant, d’autres sociétés de Saint André sont fondées, particulièrement vers le milieu des années 1830 et le début des années 1840. La Société de Saint André de Montréal est fondée en mars 1835, lors d’une période tumultueuse sur les plans sociaux et politiques, marquée par l’adoption des 92 résolutions par la Chambre d’assemblée du Bas-Canada et le début de l’agitation qui allait culminer par les Rébellions de 1837-1838. Les membres les plus conservateurs parmi l’élite des communautés irlandaises et anglaises de la ville avaient déjà formé respectivement la Société Saint Patrick et la Société Saint George, alors les Écossais sont encouragés d’en faire autant. Même si ces sociétés ne se mêlent généralement pas à la politique, leurs membres sont actifs sur le plan social et, pour la plupart, associés avec les éléments plus conservateurs de la société. Certains occupent un poste politique, par exemple Peter McGill, le premier président de l’association montréalaise (et maire de Montréal de 1840 à 1842). Comme toutes les sociétés de Saint André avant et après elle, la Société de Saint André de Montréal est créée pour des buts caritatifs, et recueille des fonds pour les pauvres, plus précisément les pauvres d’origine écossaise, et plus généralement pour les nouveaux arrivants. La société profite de ses banquets dédiés à saint André pour ramasser des fonds destinés à ses activités charitables, et les officiers élus par la société sont responsables d’administrer à la fois la société elle-même, la charité et la célébration de leur saint patron. En composant leur constitution, la Société de Saint André de Montréal se base sur celle de la Société de Saint André de New York.

St. Andrew
Presidents de la St. Andrew's Society of Ottawa, 1909
Bal de la Saint-André (St. Andrew Ball)
Liste des anciens invités d'honneur au bal de la Saint-André de la St. Andrew's Society of Montréal, 1969

Pendant les dix années qui suivent, plusieurs sociétés de Saint André sont fondées au Haut-Canada et au Bas-Canada (plus tard appelés Canada-Ouest et Canada-Est) : à Hamilton et St. Catharines en 1835, à Toronto en 1836, à la ville de Québec en 1837, à Kingston en 1840 et à Ottawa en 1846. La création d’associations semblables n’est pas un phénomène limité aux Écossais, et cette période est en effet marquée par la fondation de plusieurs groupes « nationaux » dans les colonies, dont les membres partagent la même origine ethnique. On compte notamment la Société Saint George, la Société Saint Patrick et la Société Saint David, fondées respectivement par (et pour) les Anglais, les Irlandais et les Gallois.

En dépit des influences politiques qui ont amené à la formation de plusieurs sociétés de Saint André lors de la période trouble des Rébellions de 1837-1838, la plupart de ces sociétés ont continué d’exister, et sont devenues des organisations communautaires de premier plan pour l’élite écossaise. Les sociétés de Saint André leur permettent de tisser d’importants réseaux d’affaires et des liens sociaux avec des individus partageant leurs valeurs, en plus d’offrir un endroit où les gens peuvent vivre confortablement leur identité écossaise. De nouvelles sociétés de Saint André continuent d’être fondées au courant du XIXe siècle jusqu’aux premières années du XXe siècle alors que les Écossais arrivaient dans de nouvelles régions.

Indépendance

Malgré le fait que ces sociétés ont toutes été créées pour des fins semblables et ont adopté des règles et des méthodes d’organisation semblables, elles sont néanmoins indépendantes les unes des autres. Il n’existe aucune organisation mère pour conseiller ou structurer ces groupes. En fait, ils se basent sur des contacts moins officieux. Cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas conscients les uns des autres. En fait, ils communiquent régulièrement. Les célébrations annuelles de la Saint-André sont utilisées pour célébrer leurs intérêts communs, en tant qu’Écossais et en tant que membres de la haute société, principalement par l’envoi de salutations aux autres sociétés. Lors des banquets (et, plus tard, des bals), des messages et des télégrammes provenant d’autres sociétés de Saint André du Canada, d’ailleurs dans l’Empire britannique ou des États-Unis, sont lus à haute voix aux invités. Plusieurs personnes peuvent aussi joindre plus d’une société, ce qui en résulte de l’« interadhésion ». Le cas le plus marquant est sans doute Donald Alexander Smith, premier baron Strathcona et Mount Royal, fondateur de la Société de Saint André de Winnipeg, et son premier président. Il devient plus tard le président de la Société de Saint André de Montréal de 1888 à 1890.

Donald Alexander Smith, financier des chemins de fer
Smith était un fervent défenseur du Canadian Pacific et son soutien financier a été essentiel \u00e0 son développement (avec la permission des Biblioth\u00e8que et Archives Canada/C-3841).

Sociétés de Saint André – Calédoniennes

Les sociétés de Saint André étaient destinées principalement aux membres de l’élite sociale et commerciale d’une ville donnée. Leur manière de célébrer favorise clairement les classes supérieures, et les frais qu’elles exigent à leurs membres empêchent les membres les moins affluents de la communauté écossaise de les rejoindre. Les société calédoniennes qui commencent à être formées vers les années 1840 attirent un genre d’Écossais moins nanti, avec des intérêts que certains considèrent moins raffinés, notamment les Jeux des Highlands, des concerts de musique pour Halloween et des Burns suppers (un souper annuel en l’honneur du poète écossais Robert Burns). La première société calédonienne est celle de Toronto, fondée en 1839. Dans les régions où les Écossais sont peu nombreux, on voit aussi la création de sociétés amalgames, les sociétés calédoniennes de Saint André, qui organisent non seulement des banquets pour la Saint-André, mais aussi des Jeux des Highlands (ou Jeux calédoniens). La première de ces sociétés est la Société calédonienne de Saint André de Victoria, en 1870, suivie par celle de Vancouver en 1886.

Femmes

La culture associationnelle du XIXe siècle était fondamentalement masculine. Les groupes comme les sociétés de Saint André, les Francs-Maçons et les autres n’acceptaient que des hommes dans leurs rangs. Même s’il existait quelques sociétés féminines à l’époque, la plupart ne comptaient que des femmes parmi leurs membres et étaient dédiées à des causes plus féminines, telles que la charité ou la tempérance. Ce n’est que vers la fin du XIXe siècle que les femmes deviennent visibles lors des célébrations des sociétés, notamment avec le remplacement des banquets des premières années par le bal de la Saint-André. La Société de Saint André de Montréal organise son premier bal de la Saint-André à la place d’un banquet en 1872, et cette tradition du bal annuel continue aujourd’hui. Les femmes deviennent ensuite plus actives dans les sociétés et commencent à célébrer leur identité écossaise dans le cadre des sociétés de Saint André.

 St. Andrew
Le Bal de St. Andrew's, Montréal: La danse des débutantes et leurs accompagnateurs, 1956
St. Andrew
Le bal de la St. Andrew's Society, Montreal: Les débutantes dansent avec leurs accompagnateurs, 1956
St. Andrew
Bal de 1958

Pendant la même période, les sociétés commencent à accepter des femmes, la Société de Saint André de Montréal permettant aux femmes de s’y joindre en 1866. Cependant, la plupart des sociétés séparent leurs membres selon leur sexe jusqu’aux années 1940, instaurant notamment des comités de dames responsables principalement de la distribution et de l’organisation de leurs activités charitables. Certaines sociétés créent le statut de « membre associé » afin de classifier leurs membres selon leurs responsabilités et leurs privilèges. La Société de Saint André de Winnipeg se fait remarquer par son entêtement remarquable : il faut attendre 2015 pour que la société accepte des membres de sexe féminin, et ce, seulement après un conflit juridique.

Activités

Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, les activités des sociétés de Saint André étaient le plus souvent orientées autour des célébrations de la Saint-André. Généralement, le jour de fête est marqué par un banquet, puis, à partir de la fin du XIXe siècle, par un bal. La Société de Saint André de Montréal organise aussi une parade associée avec un service religieux dans une église presbytérienne avant d’abandonner l’idée dans les années 1860. La vie associative est entrée en déclin lors des dernières décennies du XXe siècle et du début du XXIe siècle, et les sociétés de Saint André restantes ont pour la plupart diversifié leurs activités et en ont augmenté le nombre au cours des dernières années. La Société de Saint André de Montréal, par exemple, a pris en charge l’organisation des Burns suppers après la dissolution de la Société calédonienne de Montréal dans les années 1970, ainsi que, plus récemment, des Jeux des Highlands de Montréal. La Société de Saint André de Toronto organise aussi les Burns suppers, le bal de la Saint-André et d’autres activités sociales au cours de l’année. La plupart des sociétés organisent aussi des dégustations de whisky et des activités célébrant le Tartan (le 6 avril), un jour de fête de création récente. Les sociétés de Saint André continuent de profiter de ces événements afin de récolter des fonds pour leurs activités charitables. La Société de Saint André de Montréal et la Société de Saint André de Toronto accordent toutes deux une grande importance à l’éducation dans leurs activités charitables, et elles parrainent des bourses d’études et des événements culturels, en plus de financer le Centre for Scottish Studies, à l’Université Guelph (Toronto), ainsi que la Chaire Études canadiennes-écossaises, à l’Université McGill (Montréal).


Liens externes