Scénographie et conception de costumes

 Au cours des années 20 et des années 30, les costumes et les décors de théâtre des troupes canadiennes continuent de refléter les normes et les usages en vigueur à Londres et à New York.


Scénographie et conception de costumes

 Des documents historiques permettent d'avancer que, déjà à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, les troupes de théâtre amateurs et professionnelles canadiennes reconnaissent l'importance d'une conception soignée des décors et des costumes afin d'assurer le succès critique et commercial de leurs productions. Elles consacrent donc une grande part de leur budget à cet aspect de la création théâtrale. Comme il n'existe pas à cette époque de décorateurs professionnels, elles font appel à des peintres paysagistes et à des portraitistes. À la fin du XIXe siècle, les compagnies américaines et les troupes itinérantes britanniques dominent les arts de la scène au Canada, ce qui freine l'épanouissement d'une tradition proprement canadienne dans le domaine de la scénographie. Seule la troupe itinérante canadienne des Marks Brothers représente une exception. Établie à Christie Lake, en Ontario, elle se produit dès les années 1870 et jusqu'aux années 1920. Les Marks Brothers engagent régulièrement des paysagistes pour leurs tournées et, malgré les difficultés engendrées par le transport de l'équipement et des accessoires d'un bout à l'autre du pays, leurs spectacles présentent des décors et des costumes recherchés.

 Au cours des années 20 et des années 30, les costumes et les décors de théâtre des troupes canadiennes continuent de refléter les normes et les usages en vigueur à Londres et à New York. L'influence américaine se transmet à l'occasion de visites à New York, de contacts avec les départements de théâtre des universités américaines et de tournées aux États-Unis. Les normes britanniques sont introduites par des artistes en visite ou établis au Canada. Le FESTIVAL NATIONAL D'ART DRAMATIQUE, concours réservé aux amateurs créé en 1932 et organisé chaque année de 1933 jusque dans les années 70, ne prévoit pas d'indemnités de déplacement pour les scénographes ou les créateurs de costumes, qu'aucun prix ne vient d'ailleurs récompenser. La création d'un prix en l'honneur de Martha Jamieson comblera cette lacune. Toutefois la plaque figurant sur le prix comporte le nom de la compagnie et non celui du scénographe ou du créateur de costumes.

 Les compagnies amateurs bien établies copient les décors des productions originales ou demandent à des artistes locaux de les construire. Dans les années 20 et dans les années 30, des peintres connus, comme ceux du GROUPE DES SEPT, conçoivent des décors et des costumes pour le Hart House Theatre et l'Arts and Letters Club de Toronto. Des compagnies de location d'habits commencent à louer des costumes de scène. C'est ainsi que débute le costumier Mallabar, aujourd'hui d'envergure internationale. À l'époque, les costumes sont l'oeuvre de tailleurs et de créateurs anonymes et non d'artistes.

 La création de troupes professionnelles de théâtre, de ballet et d'opéra et le début de la diffusion d'émissions de télévision par Radio-Canada, dans les années 50, ouvrent des débouchés aux scénographes et aux concepteurs de costumes. Cependant les décorateurs, et surtout les techniciens, sont encore peu nombreux (voir RADIODIFFUSION ET TÉLÉDIFFUSION et PROGRAMMATION TÉLÉVISUELLE). Au début, beaucoup de décorateurs de Radio-Canada sont originaires d'Europe. Les artistes canadiens découvriront les possibilités offertes par la scénographie grâce au FESTIVAL DE STRATFORD et à Tanya Moiseiwitsch, scénographe et conceptrice des costumes pour les premières productions du festival.

De jeunes Canadiens, souvent des étudiants des écoles des beaux-arts ou des universités, sont embauchés comme techniciens. Grâce à la formation qu'ils ont acquise à Stratford, ils deviennent des concepteurs de décors et de costumes très demandés dans les théâtres régionaux et dans les festivals pendant les années 60 et les années 70.

Dans les années 50, le Collège des beaux-arts de l'Ontario, qui enseigne le dessin et la peinture, joue aussi un rôle important dans la formation de la première génération de scénographes et de créateurs de costumes canadiens, parmi lesquels Marie Day, Murray Laufer, Martha Mann et Suzanne Mess. Dans les années 60, des cours de formation professionnelle en scénographie et en création de costumes sont mis en place, d'abord à l'École nationale de théâtre du Canada (1960), puis dans le cadre de programmes universitaires comme le Baccalauréat en beaux-arts d'une durée de quatre ans à l'U. de l'Alberta (1966). Toutefois, de nombreux scénographes et concepteurs de costumes vont encore chercher une formation professionnelle à l'étranger, surtout aux États-Unis et en Europe.

Tanya Moiseiwitsch travaillera à Stratford pendant 30 ans. D'autres créateurs britanniques lui succéderont, comme Leslie Hurry, qui exécute la plupart de ses réalisations importantes dans le cadre du festival et au Canada. Les scénographies de Desmond Heeley, dénudées mais exotiques, font leur marque au pays. Susan Benson, par sa maîtrise des textures et des couleurs, influence de nombreux jeunes créateurs. Dans les années 80, des scénographes et des créateurs de costumes canadiens, éduqués et formés au Canada, jouent un rôle de premier plan au festival. Parmi les plus marquants, citons Michael Eagan, Phillip Silver, Christina Poddubiuk et Debra Hanson.

L'influence de Stratford dépasse les frontières canadiennes. Tyrone GUTHRIE, qui a su prouver l'utilité de l'avant-scène prolongée, sert souvent de modèle au Canada et à l'étranger. Une scénographie comportant des costumes et des décors très détaillés et soigneusement éclairés sur une toile de fond dépouillée offre une séduisante solution de rechange aux décors limités par un arc de scène.

Dans les années 70, la profession de scénographe et de créateur de costumes est désormais bien établie au Canada. L'Association des designers canadiens, fondée en 1965, a pour mandat d'améliorer les conditions de travail des créateurs, de promouvoir leur reconnaissance professionnelle, de les faire connaître au public et de favoriser la communication entre eux. À cette fin, elle réglemente les contrats de travail passés avec l'Association professionnelle des théâtres canadiens et assure une plus grande visibilité aux créations, tant au Canada qu'à l'étranger, en participant à différents concours et expositions. Elle compte actuellement 155 membres qui travaillent dans les domaines du théâtre, de l'opéra, de la danse, de la télévision et du cinéma, ou qui enseignent dans les collèges et universités.

Par ailleurs, un grand nombre de festivals et de théâtres régionaux majeurs, ainsi que d'autres institutions, prennent l'habitude d'embaucher un scénographe invité ou un décorateur en chef pour la saison plutôt que d'en changer à chaque production. Cette habitude permet aux créateurs d'obtenir un revenu stable et de collaborer avec une équipe (metteurs en scène, techniciens, artisans) pendant une longue période. Cela donne naissance à plusieurs collaborations fructueuses entre metteurs en scène et créateurs, notamment entre Cameron PORTEOUS et Christopher Newton. Leur association au Vancouver Playhouse et au Shaw Festival dure plus de 20 ans et aboutit à de nombreux succès auprès du public et de la critique, dont Cyrano de Bergerac (1982-1983) et Cavalcade (1985-1986 et 1995).

Parmi les autres créateurs célèbres de cette génération, citons Murray Laufer, dont les décors architecturaux donnent au St Laurence Centre de Toronto son style; Suzanne Mess, connue comme créatrice de costumes pour le grand opéra en Amérique du Nord; François Barbeau, éminent créateur de costumes montréalais; Philip Silver, l'un des premiers scénographes au CITADEL THEATRE d'Edmonton; et Jack King, célèbre par les décors qu'il crée pour de nouvelles oeuvres canadiennes présentées par le BALLET NATIONAL DU CANADA.

À la fin des années 60 et au cours des années 70, les sentiments nationalistes encouragent l'apparition partout au Canada de troupes de théâtres parallèles (le Tamahnous à Vancouver, le TARRAGON THEATRE, les Toronto Workshop Productions et le THEATRE PASSE MURAILLE à Toronto). Avec les festivals déjà établis et les théâtres régionaux en plein essor, ces compagnies offrent de nouveaux débouchés aux créateurs. Elles se donnent pour mandat d'explorer de nouvelles avenues sur le plan du contenu et de la forme et proposent aux scénographes et aux créateurs de costumes de nouveaux défis. Parmi les scénographes qui collaborent avec ces troupes, Astrid JANSON et Jim Plaxton figurent certainement parmi les plus innovateurs. Tous deux font preuve d'une ingéniosité et d'un talent extraordinaires dans leur utilisation des matériaux et démontrent une grande habileté à exploiter des configurations spatiales non traditionnelles.

Outre l'École nationale de théâtre du Canada, plus de 60 écoles disséminées dans l'ensemble du pays offrent aujourd'hui une formation théâtrale, et plus de 100 troupes professionnelles montent des pièces. Les scénographes ne sont plus cantonnés à des productions isolées et collaborent activement avec les architectes à la conception de nouveaux bâtiments et à la restauration d'édifices anciens. Le Canada est reconnu pour l'ingéniosité avec laquelle ses scénographes et ses architectes ont su transformer des bâtiments industriels et des édifices publics du siècle dernier afin de les réutiliser au XXe siècle.

Dès le début des années 80, les scénographes canadiens établissent une solide présence à la Prague Quadrennial, une exposition dont les prix sont décernés par un jury international. On y présente ce qui se fait de mieux sur le plan international dans les domaines de la scénographie et de l'architecture de théâtre. En 1975, la première soumission présentée par des artistes canadiens vaut une mention honorable à Murray Laufer et à François Barbeau. En 1979, le Canada remporte un prix d'excellence, et, en 1983, Roy Robitschek obtient une « mention spéciale ». Des artistes comme Michael LEVINE, connu pour ses oeuvres provocantes créées en collaboration avec le metteur en scène Robert LEPAGE (Les plaques tectoniques,1988; Bluebeard's Castle et Erwartung, 1993-1995) et qui travaille pour les théâtres, les opéras et les compagnies cinématographiques les plus importantes au monde, continuent de contribuer à la renommée internationale d'excellence du pays.


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