Susan Point

Susan Agnes Point, O.C., ARC, artiste (née le 5 avril 1952 à Alert Bay, en Colombie-Britannique). Susan Point est l’une des premières artistes salish de la côte à jouir d’une reconnaissance accrue. Elle est une personnalité influente dans le monde artistique de la côte du Nord-Ouest. Son œuvre s’inspire de l’art traditionnel des Salish de la côte, mais elle exprime plutôt ses traditions en modes d’expression contemporains. Surtout connue pour la réalisation de commandes publiques monumentales, notamment au Musée d’anthropologie de l’Université de la Colombie-Britannique et à l’Aéroport international de Vancouver, elle crée aussi, en édition limitée, des gravures et des œuvres d’art inspirées des volants de fuseau des Salish de la côte. Officière de l’Ordre du Canada, elle est membre de l’Académie royale des arts du Canada (ARC), et a reçu de nombreux doctorats honorifiques et des prix pour l’ensemble de ses réalisations.

Début de carrière

Susan Point amorce sa carrière artistique dans la confection de bijoux, adoptant des formes d’art de la côte du Nord-Ouest inspirées du style linéaire et figuratif du Nord. En 1981, alors en congé de maternité de son poste de secrétaire juridique, elle suit des cours de fabrication de bijoux offerts aux Autochtones par le Collège communautaire de Vancouver. Selon l’artiste, son exécution des motifs nordiques n’est jamais juste. Son mari, Jeff Cannell, lui demande alors si les Salish de la côte présentent une imagerie traditionnelle qui pourrait l’inspirer. Ainsi, Susan Point et Jeff Cannell se familiarisent avec une série de sérigraphies de l’artiste Stan Greene, un Salish de la côte. (La sérigraphie est un procédé d’impression au moyen d’un grillage à mailles tendu sur un cadre.) Les œuvres en question sont surtout des interprétations du volant de fuseau traditionnel des Salish de la côte, un instrument servant à préparer la laine pour le tissage. L’intervention de son mari et les œuvres de Stan Greene amènent Susan Point à se concentrer exclusivement sur le style des Salish de la côte dans sa confection de bijoux et sa gravure.

Aussi en 1981, Susan Point entame le dessin au crayon sur papier. Après avoir retravaillé une de ses idées à maintes reprises, elle conçoit sa première œuvre graphique originale, qui est reproduite en avril 1981 comme sa première sérigraphie : Salmon. Cette œuvre en noir et blanc illustre quatre saumons entourant un petit cercle. La forme circulaire de la sérigraphie s’inspire du volant de fuseau salish que l’artiste avait beaucoup étudié dans les collections muséales. Elle imprime ses premières images sur sa table à dîner à l’aide de ses enfants qui transportent les impressions et les déposent sur n’importe quelles surfaces libres dans la maison pour qu’elles sèchent.

En juillet 1983, Susan Point avait réalisé Kwantlen, sa première sérigraphie ayant une variété de couleurs. L’œuvre est toutefois aussitôt critiquée, surtout pour son soi-disant manque de représentativité de l’art traditionnel de la côte du Nord-Ouest. « Les gens n’ont pas aimé l’œuvre, affirme Susan Point, parce qu’ils n’y reconnaissaient pas l’art des Salish de la côte. Ils ont mis du temps à l’accepter. »

Traditions artistiques des Salish de la côte

Bien que la créativité et le talent de Susan Point soient criants dans ses premières gravures, les collectionneurs d’œuvres d’art et les galeries d’art ne s’éprennent pas immédiatement de son travail. Dans une certaine mesure, ce démarrage timide est sans doute attribuable au caractère très secret et sacré des formes d’art traditionnel des Salish de la côte. Par le passé, ces derniers ne se démunissaient pas des créations de leur peuple, et les artisans salish n’adaptaient pas leur imagerie pour attirer les touristes. Du coup, puisque peu d’œuvres d’art des Salish de la côte se sont retrouvées dans les musées d’anthropologie, les collectionneurs et les muséologues sont alors plus familiers avec l’art des régions nordiques et centrales de la côte du Nord-Ouest.

Ce n’est qu’au tournant du 20e siècle – lors de l’essor du commerce des paniers faits de racines de cèdre enroulées par les Salish de la côte – que les paniers salish sont exposés dans les musées et peuvent ainsi témoigner de la créativité des femmes salish de la côte qui les ont fabriqués. La mère de Susan Point, Edna Grant, était l’une des dernières Musqueam capables de confectionner ces paniers, une forme d’art traditionnel des Salish de la côte, sous les yeux attentifs de sa fille.

Principales influences

Les œuvres d’art de Susan Point présentent souvent des motifs associés aux travaux artistiques traditionnels des femmes salish de la côte. Ces motifs illustrent notamment des symboles utilisés dans le tissage réalisé par les femmes salish et d’autres gravés sur les outils des femmes, comme le volant de fuseau.

Susan Point emploie fréquemment le volant de fuseau dans son art, que ce soit dans ses gravures en édition limitée ou dans ses sculptures monumentales en techniques mixtes. Petit disque de bois avec un trou au centre à travers lequel on passe un fuseau, le volant de fuseau servait traditionnellement aux femmes salish de la côte pour filer la laine de mouton et de chèvre de montagne avant le tissage de textiles. Les volants de fuseau des Salish de la côte qu’utilisaient alors les femmes ornaient souvent du côté convexe des formes gravées représentant des animaux, des fleurs, des formes géométriques ou des humains. D’autres créations représentaient aussi les pouvoirs spirituels ou les esprits gardiens (voir aussi Autochtones : religion et spiritualité). Tous ces motifs se retrouvent dans l’œuvre de Susan Point.

Susan Point habite à l’embouchure du fleuve Fraser, et elle s’inspire souvent de la nature dans la réalisation de ses gravures. Son imagerie comprend la grenouille, les oiseaux, les graminées, les fleurs, l’esturgeon, l’épaulard, l’ours et le cerf. Elle illustre aussi la coccinelle – son symbole – souvent avec une grenouille, qui symbolise le changement des saisons. Beaucoup d’œuvres de Susan Point sont de nature spirituelle, représentant des guides et d’autres figures de renforcement, comme dans Free Spirit (1995) qui dépeint un oiseau-tonnerre, le plus puissant de tous les esprits de la mythologie de la côte du Nord-Ouest et dont le corps renferme le visage d’une femme.

Commandes importantes

Susan Point publie quelques gravures en édition limitée chaque année, affirmant que celles-ci sont ses œuvres les plus significatives. Toutefois, elle est sans doute surtout connue pour la réalisation de commandes artistiques publiques monumentales qui représentent l’imagerie traditionnelle des Salish de la côte grâce à une composition de divers matériaux non traditionnels (p. ex., fonte, acier inoxydable, bronze, béton, polymères et verre). En fait, elle est la première artiste de la côte du Nord-Ouest à travailler avec le verre. Son premier succès avec ce matériau est l’installation Land, Sea and Sky (1993) à l’Aéroport international de Vancouver. Il s’agit d’une œuvre en techniques mixtes qui célèbre l’interrelation des trois éléments (terre, mer et ciel) à la frontière ouest du delta du fleuve Fraser, où se situe l’aéroport, soit sur les terres les plus fertiles du territoire des Musqueam.

Le travail artistique de Susan Point est toujours convoité par les institutions publiques, surtout à Seattle et en Colombie-Britannique. L’artiste réalise trois commandes pour l’Aéroport international de Vancouver : notamment Flight (Spindle Whorl), un volant de fuseau en cèdre rouge arborant des gravures et mesurant 4,8 m qui agrémente le terminal de l’aéroport, et deux poteaux de maisons inspirés d’originaux du 19e siècle autrefois érigés sur la réserve des Musqueam. Elle exécute aussi une figure d’accueil au Musée d’anthropologiede l’Université de la Colombie-Britannique, une sculpture pour le Victoria Conference Centre, et une sculpture et une installation murale pour le Langara College, à Vancouver.

Sans s’y restreindre, Susan Point commence à utiliser le bois pour réaliser les commandes qu’elle reçoit, et ce, sous la recommandation de son ami et mentor depuis 1981 Bud Mintz, le fondateur de Potlatch Arts, à Vancouver. Pour d’autres conseils, elle consulte aussi John Livingston, un sculpteur et enseignant non autochtone. En 1990, ce dernier l’aide à réaliser un panneau gravé de trois pièces en cèdre rouge pour le théâtre-musée du district de l’administration indienne sechelte, dans le sud de la Colombie-Britannique.

Plus récemment, Susan Point produit A Timeless Circle, une immense sculpture de bronze commandée par la ville de Whistler pour célébrer l’héritage du Parc olympique de Whistler (inauguré en 2010), en Colombie-Britannique.

Expositions et publications importantes

Les œuvres de Susan Point figurent dans de multiples expositions collectives à partir du début des années 1980 et dans quelques expositions personnelles. Sa première exposition, Art of the Northwest Coast, a lieu en 1982 à la London Regional Art Gallery (aujourd’hui Museum London) à London, en Ontario. En 1986, le Musée d’anthropologie de l’Université de la Colombie-Britannique organise et inaugure l’exposition New Visions: Serigraphs by Susan A. Point, Coast Salish Artist. Certaines œuvres de Susan Point figurent dans l’exposition collective du Musée ethnologique de l’Université de Zurich, en Suisse, en 1989. Les expositions personnelles de l’artiste comptent celle à l’Art Space Gallery, à Philadelphie, en Pennsylvanie, en 1990, et celle à la Motherland Gallery, à Fukuoka, au Japon, en 1999.

La Spirit Wrestler Gallery, à Vancouver, présente quelques expositions sur l’œuvre de Susan Point, desquelles découlent des catalogues illustrés d’exposition. Ces catalogues s’articulent d’essais qui éclairent et contextualisent le travail de l’artiste, par exemple Susan Point: Coast Salish Artist (2000) et Susan Point: Works on Paper (2014). La Galerie d’art de Vancouver présente aussi l’exposition d’envergure Susan Point: Spindle Whorl du 18 février au 28 mai 2017.

Reconnaissance et héritage

Susan Point est largement reconnue comme une personne qui influence grandement la génération d’artistes de la côte du Nord-Ouest à venir, en particulier les femmes. Au début de sa carrière d’artiste professionnelle, le monde artistique de la côte du Nord-Ouest est surtout dominé par les hommes. Susan Point reçoit beaucoup de prix et de distinctions, notamment quatre doctorats honorifiques en beaux-arts. Son énorme sculpture The Beaver and the Mink (2004) est une commande par le gouvernement canadien qui l’offre au National Museum of the American Indian, de la Smithsonian Institution, à Washington, D.C., pour sa revitalisation. Elle est nommée membre de l’Académie royale des arts du Canada et élue au Forum international des femmes, puis elle reçoit un prix Femmes de mérite du YMCA. En 2010, elle fait la liste des 100 femmes les plus influentes de la Colombie-Britannique du Vancouver Sun. Enfin, en 2016, elle reçoit le prix du mérite civique de la Ville de Vancouver et deux prix d’excellence pour l’ensemble des réalisations, un de l’Université d’art et design Emily Carr et un autre de la British Columbia Achievement Foundation.

Prix et distinctions

  • Docteure en beaux-arts, Université de Victoria (2000)
  • Docteure en beaux-arts, Université de la Colombie-Britannique (2000)
  • Récipiendaire du Prix national d’excellence décerné aux Autochtones (2004)
  • Membre à vie, Académie royale des arts du Canada (2004)
  • Officière, Ordre du Canada (2005)
  • Docteure honorifique en beaux-arts, Université Simon Fraser (2008)
  • Docteure honorifique en beaux-arts, Université d’art et design Emily Carr (2008)
  • Médaillée du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II (2012)
  • Récipiendaire du prix du mérite civique, prix du maire pour les arts, Vancouver (2016)
  • Récipiendaire du prix d’excellence pour l’ensemble des réalisations, Université d’art et design Emily Carr (2016)
  • Récipiendaire du prix d’excellence pour l’ensemble des réalisations, prix de la Colombie-Britannique pour les réalisations artistiques, British Columbia Achievement Foundation (2016)