Tanya Tagaq

Tanya Tagaq Gillis, C.M., chanteuse de gorge, musicienne expérimentale, peintre, romancière (née le 5 mai 1975 à Cambridge Bay, au Nunavut). Artiste expérimentale ayant atteint un certain succès auprès du grand public avec une musique à la croisée de plusieurs genres, Tanya Tagaq mélange les chants de gorge inuits, traditionnellement chantés en duo, avec de la musique électronique, classique, punk et rock. Le New Yorker a décrit sa voix comme des « soubresauts venus des profondeurs de la gorge, des hurlements tout en vibration et des cris saccadés à glacer le sang » et a salué son travail comme étant marqué par « le courage et l’absence d’inhibition, l’aisance technique et la maîtrise de la tradition ». Lauréate d’un prix Juno, d’un Canadian Aboriginal Music Award et du Prix de musique Polaris, Tanya Tagaq fait partie du mouvement qualifié de « renaissance de la musique autochtone » incarné par une nouvelle génération d’artistes autochtones canadiens. Elle est également une auteure renommée et membre de l’Ordre du Canada.



Tanya Tagaq
Tanya Tagaq à Globalfest, New York, New York (2009)

Jeunes années et carrière

Tanya Tagaq et ses deux frères grandissent à Cambridge Bay dans un foyer essentiellement anglophone. Sa mère est une Inuk élevée sur l’île de Baffin, tandis que son père est d’origine britannique et polonaise. Durant son enfance, elle endure des agressions sexuelles et devient toxicomane, allant jusqu’à effectuer, à l’âge de 15 ans, une tentative de suicide lors de son séjour dans un pensionnat à Yellowknife. Elle termine ses études secondaires par correspondance à Cambridge Bay et obtient un diplôme en beaux-arts du Nova Scotia College of Art and Design (l’une de ses peintures à l’huile est sélectionnée pour la couverture de l’annuaire téléphonique 2003 de la compagnie NorthwesTel).

Au début de la vingtaine, alors qu’elle vit à Halifax, Tanya Tagaq reçoit une cassette de sa mère sur laquelle deux femmes chantent des chants de gorge. Bien qu’elle n’ait jamais eu l’intention de devenir chanteuse professionnelle, elle se perfectionne dans la technique du chant de gorge en imitant la voix de ces femmes et commence à se produire pour des amis à l’occasion de fêtes. En 2000, lors d’une exposition de certaines de ses peintures au Great Northern Arts Festival à Inuvik dans les Territoires du Nord-Ouest, on lui demande de se produire comme chanteuse dans le cadre du festival après qu’elle a chanté de façon impromptue lors d’une soirée autour d’un feu de camp. Des amis de la chanteuse islandaise Björk assistent à sa prestation et cette dernière lui demande de se joindre à elle pour sa tournée mondiale à venir. Toutefois, des problèmes de santé obligent Tanya Tagaq à abandonner la tournée, mais Björk la sollicite à nouveau en 2004 pour chanter sur son album Medúlla.

Sinaa (2005)

Tanya Tagaq sort, en 2005, son premier album intitulé Sinaa, ce qui signifie « bord » en inuktitut, sous le nom de Tanya Tagaq Gillis, un disque qui comprend la chanson « Ancestors », un morceau sensuel et envoûtant fruit d’une collaboration avec Björk, que l’on trouve également sur l’album Medúlla de cette dernière. Sinaa, un disque instrumental extrêmement dépouillé pratiquement sans paroles, est sélectionné pour les prix Juno en 2006 dans la catégorie Enregistrement autochtone de l’année. Grâce à cet album, Tanya Tagaq remporte le prix de la meilleure artiste féminine lors des Canadian Aboriginal Music Awards de 2005 où le disque est également récompensé dans les catégories Meilleur producteur et meilleur ingénieur du son de l’année et Meilleure conception d’album de l’année.

En 2006, Tanya Tagaq collabore avec le Kronos Quartet, un ensemble basé à San Francisco, sur une chanson commandée par le Luminato Festival de Toronto intitulée Nunavut. Cette collaboration fait l’objet d’un documentaire, A String Quartet in Her Throat, sélectionné en 2007 pour un prix Leo dans la catégorie Meilleure musique pour une émission ou une série documentaire. En 2015, elle collabore, toujours en compagnie du Kronos Quartet, avec le compositeur Derek Charke, lauréat d’un prix Juno, pour l’album Tundra Songs.

Tanya Tagaq
Tanya Tagaq au festival SXSW 2015 à Austin, Texas

Auk/Blood (2008) et Anuraaqtuq (2011)

Auk/Blood, le deuxième album de Tanya Tagaq, sorti en 2008, pousse plus avant l’exploration des sons déjà présents sur Sinaa. Il comprend diverses collaborations avec des artistes tels que Mike Patton du groupe Faith No More, le rappeur Buck 65 et le violoniste Jesse Zubot, lauréat d’un prix Juno, qui va poursuivre leur collaboration et produire l’album studio suivant de la chanteuse. Auk/Blood est sélectionné dans les catégories Meilleur album instrumental de l’année et Meilleur enregistrement autochtone de l’année pour les prix Juno 2009, et remporte un prix lors des Canadian Aboriginal Music Awards 2008 dans la catégorie Meilleure conception d’album de l’année.

En 2009, Tanya Tagaq fait équipe avec les cinéastes Félix Lajeunesse et Paul Raphael lors du tournage d’un court métrage pour sa chanson Tungijuq. Le film remporte un prix dans la catégorie Meilleur court métrage dramatique de l’année lors de l’ImagineNATIVE Film + Media Arts Festival en 2009 et un autre dans la catégorie Meilleure œuvre multimédia de l’année aux Western Canadian Music Awards en 2010.

En 2011, Tanya Tagaq sort Anuraaqtuq, un enregistrement en direct de sa prestation improvisée lors du Festival international de musique actuelle de Victoriaville 2010. Jesse Zubot et le percussionniste Jean Martin se joignent à elle, et, avec le DJ Michael Red, forment le groupe qui l’accompagne. En 2012, Tanya Tagaq interprète le leitmotiv de la série Arctic Air diffusée sur CBC de 2012 à 2014 avec en vedette Adam Beach.

Animism (2014)

Sorti en 2014 sous l’étiquette indépendante torontoise Six Shooter Records, l’album Animism constitue le plus grand succès commercial de Tanya Tagaq à ce jour. L’artiste y propose un périple émotionnel en 11 chansons marqué par un mélange audacieux de chants de gorge et de musique contemporaine. L’écrivain et musicien Geoff Berner décrit Animism comme un album « vertigineusement complexe et sophistiqué dans sa structure qui vous prend aux tripes et vous bouleverse l’âme ».

Animisme est sélectionné dans la catégorie Meilleur album alternatif de l’année pour les prix Juno 2015 au cours desquels il remporte le prix de la catégorie Meilleur album autochtone de l’année, tandis que Jesse Zubot y est également sélectionné dans la catégorie Meilleur producteur de l’année pour son travail sur cet album. Animism remporte également en 2014 le Prix de musique Polaris, devançant des vedettes comme Drake et Arcade Fire. La prestation intense et exaltante de Tanya Tagaq lors de la cérémonie du Prix Polaris, avec notamment les noms de 1 200 femmes autochtones assassinées ou disparues au Canada défilant à l’écran, est ovationnée par un public debout.

Animism est également sélectionné pour les Western Canadian Music Awards 2015 dans les catégories Meilleur enregistrement autochtone de l’année, Meilleur enregistrement indépendant de l’année, Meilleur enregistrement spirituel de l’année et Meilleur enregistrement de musique du monde de l’année. Il s’agit du premier album de Tanya Tagaq diffusé aux États-Unis qui lui vaut les éloges du New Yorker saluant son travail comme étant marqué par « le courage et l’absence d’inhibition, l’aisance technique et la maîtrise de la tradition ».


Retribution (2016)

Le quatrième album studio de Tanya Tagak, Retribution, sort le 21 octobre 2016. L’album est conçu avec la participation de Jesse Zubot, avec qui elle collabore fréquemment. On y trouve aussi une chanson enregistrée avec le rappeur Shad. Cet album est célébré presque unanimement. Christopher R. Weingarten de Rolling Stone’s dit que c’est « son album le plus fort jamais sorti, abandonnant les attaches au style pop d’Animism et présentant ses chansons bouleversantes à contracter les poumons et libres à fléchir la gorge. » Sarah Greene, journaliste de la revue Exclaim!, reconnaît que « Tanya Tagaq parvient à offrir une expérience aussi puissante que son spectacle live » et qualifie l’album de « catharsis d’immersion avec potentiel probable de nous transformer ». Ben Beaumont-Thomas, journaliste de The Guardian, le qualifie de « méditation violente et émouvante sur les changements climatiques apocalyptiques » et il écrit : « Tanya Tagaq est fascinante, surtout lorsqu’elle fait des enregistrements multipistes et qu’on lui donne huit minutes environ pour jouer du jazz sur du heavy métal artistique dans l’arrière-plan. » Retribution est sélectionné pour le Prix de musique Polaris 2017 et mis en nomination pour le prix Juno en 2018 dans la catégorie Album de la musique alternative de l’année.

Split Tooth (2018)

Le premier roman de Tanya Tagaq, Split Tooth, est publié par Penguin Random House Canada en octobre 2018. Ouvrage entre mémoire et fiction, Split Tooth raconte l’histoire d’une jeune fille qui grandit au Nunavut dans les années 1970. Cet ouvrage s’inspire des poèmes et des écritures que Tanya Tagaq consigne dans son journal intime dans les 20 dernières années. Dans la recension de Split Tooth pour la revue Quill & Quire, Carleigh Baker écrit : « Split Tooth n’est pas un ouvrage qu’on absorbe entièrement en une seule lecture. On s’enfonce de plus en plus profondément dans le récit à chaque lecture. Comme un adolescent avec un petit sourire au coin, Split Tooth fait un doigt d’honneur aux attentes typiques quant à la littérature, nous mettant au défi de voir et de découvrir la narration chaotique, émotionnelle et instinctive en profondeur. Et il y réussit. » Split Tooth est parmi les 12 ouvrages sélectionnés pour le prestigieux Scotiabank Giller Prize.

Autres projets

La partition Going Home Star : Truth and Reconciliation (2015) pour le Royal Winnipeg Ballet, qui remporte en 2017 le prix Juno dans la catégorie « Album classique de l’année : grand orchestre », est le résultat d’une collaboration de Tanya Tagak avec le compositeur Christos Hatzis, l’auteur Joseph Boyden et l’Orchestre symphonique de Winnipeg.

Tanya Tagaq

Tanya Tagaq avec le collaborateur fréquent Jesse Zubot, 23 avril 2015.

Controverses

Tanya Tagaq défend ardemment la tradition inuite de la chasse au phoque. En mars 2014, Ellen Degeneres fait don d’un million et demi de dollars à la Humane Society of the United States, un organisme qui critique avec virulence la chasse au phoque au Canada. En réaction, certains publient leurs propres égoportraits portant des peaux de phoque ou mangeant de la viande de phoque. Dans le cadre de ce mouvement sur les médias sociaux, Tanya Tagaq publie sur Twitter une photo de sa petite fille allongée à côté d’un phoque mort. L’image indigne certains militants des droits des animaux qui s’en prennent à l’artiste en la menaçant et en l’agressant sur Internet.

Lors de son discours d’acceptation du Prix de musique Polaris, Tanya Tagaq encourage les gens à porter et à manger du phoque et s’écrie « F..k PETA » (PETA est une association de défense des droits des animaux), mettant à nouveau en rage les militants de la cause animale. En réponse à l’indignation soulevée par sa critique de PETA, Tanya Tagaq déclare à Vice Media : « Ce soir-là, j’ai fait défiler le nom de 1 200 femmes autochtones disparues ou assassinées — et encore, ce chiffre ne concerne que le Canada pendant les 30 dernières années — et les gens se déchaînent pour quelques phoques! L’idée que l’on puisse être plus préoccupé par le sort de ces animaux que par celui de ces femmes me donne littéralement la chair de poule. »

Dans une entrevue en 2014 avec le magazine Exclaim!, Tanya Tagaq raconte : « J’ai toujours été en colère. Mais quand on est jeune, on ne sait pas pourquoi on est en colère. Lorsqu’on vieillit et que l’on commence à analyser et à comprendre la situation critique de l’humanité, on réalise ce qui ne va pas. Je suis une femme inuite; ce qui me préoccupe, c’est l’amélioration de la situation pour ma propre fille et pour mon peuple et cet objectif imprègne, jour après jour, la totalité de mes agissements. »

Prix

  • Meilleure artiste féminine, Canadian Aboriginal Music Awards (2005)
  • Meilleur court métrage dramatique (Tungijuq), ImagineNative Film + Media Arts Festival (2009)
  • Meilleure œuvre multimédia (Tungijuq), Western Music Awards (2010)
  • Prix « Repousser les frontières », Canadian Folk Music Awards (2014)
  • Prix de musique Polaris (2014)
  • Meilleur album autochtone de l’année (Animism), Prix Juno (2015)

Music of
Tanya Tagaq

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