Les zones humides sont des écosystèmes semi-aquatiques périodiquement ou en permanence saturés d'eau, de sorte que les plantes et les animaux qui y vivent se sont adaptés à ces conditions. Les terres humides recouvrent quelque 14 pour cent de la surface terrestre du Canada. En plus d’être l’habitat naturel de plus de 600 espèces de plantes, d’animaux et d’insectes, les terres humides jouent un rôle indispensable dans l’environnement, car elles empêchent les inondations, filtrent les toxines, emmagasinent l’eau de la nappe phréatique et limitent l’érosion. Les habitats de terres humides les plus communs sont les marécages, les marais, les tourbières ombrotrophes, les tourbières minérotrophes et les eaux peu profondes. Même si ces cinq types d’habitats se ressemblent du fait que leur nappe d’eau est au même niveau, près ou au-dessus de la surface du sol, ou au niveau des racines des plantes, ils se distinguent l’un de l’autre par leurs flores et par la quantité d’eau stagnante qu’ils contiennent. Des facteurs supplémentaires tels que le régime d'humidité, la source d'eau, le pH, l'hydrologie, la topographie et la teneur en nutriments peuvent être utilisés pour affiner la classification des zones humides.

Marécages
Un marécage est un milieu qui se caractérise par la présence d’arbres poussant dans un sol vaseux ou organique. On en trouve habituellement dans les plaines inondables des rivières et dans les bassins mal drainés. Les marécages sont souvent sujets à des inondations saisonnières, mais peuvent aussi être inondés en permanence. Au Canada, la plupart des marécages se situent dans la région des Grands Lacs. C’est le cas du marécage de Minesing, en Ontario, par exemple. Minesing est une terre humide de 6 000 hectares (ha) dans le bassin de la rivière Nottawasaga à l’ouest du lac Simcoe. Il est riche en plantes herbacées à fleurs et comporte des espèces d’arbres à feuilles caduques communes à ce type d’habitat, comme l’érable rouge, le frêne noir, l’orme d’amérique et l’érable argenté. Le thuya occidental, un conifère, est aussi courant dans beaucoup de marécages forestiers (voir forêt) et forme des groupements denses sur les sols humides et peu profonds où le calcaire affleure à la surface.

Marais
Un marais est un milieu dépourvu d’arbre où croissent des plantes herbacées en abondance, dont les graminées, le carex, les roseaux et les quenouilles. Les marais se forment habituellement dans les hauts-fonds calmes des étangs, des lacs et des rivières le long des rives abritées où les substances minérales nutritives sont disponibles. Les marais sont des écosystèmes où foisonne la vie.
Les marais d’eau douce sont abondants; on en trouve un peu partout en Amérique du Nord. Au Canada, les plus connus sont ceux qui bordent les lacs Sainte-Claire, Érié et Ontario, et les rives du Haut-Saint-Laurent. On trouve aussi couramment de vastes marais d’eau douce dans le delta de la rivière rouge au Manitoba et dans celui des rivières de la Paix et Athabasca, dans le nord de l’Alberta.
Les îlots de milieux humides des Prairies, au centre de l’Amérique du Nord, constituent une vaste étendue parsemée d’innombrables bourbiers, d’étangs et de lacs, dont la plupart sont riches en végétation des marais. Cette région constitue l’aire de nidification la plus importante pour les oiseaux aquatiques du continent. Au Canada, ce type d’habitat s’étend sur près de 750 000 km2 au sud du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta.
Les marais d’eau salée se situent seulement en régions tempérées. En Amérique du Nord, on les trouve surtout le long des côtes sud et est, du golfe du Mexique jusqu’aux provinces maritimes. Le vaste marais d’eau salée tantramar, près d’Aulac, au Nouveau-Brunswick, a une importance historique. Au Canada, d’autres marais d’importance se trouvent à Kamouraska, au Québec, le long du littoral vaste et bas des baies d’Hudson et James et dans l’estuaire du fleuve Fraser, en Colombie-Britannique. Dans l’ouest de l’Amérique du Nord, de nombreux marais d’eau salée bordent les rives de lacs salés (vestiges de mers anciennes) et d’étangs alcalins.

Tourbières ombrotrophes
Une tourbière ombrotrophe (bog en anglais) est une dépression mal drainée où croît la mousse de sphaigne, des arbustes à feuillage persistant de la famille des bruyères et des conifères tels que l’épinette noire et le mélèze. Les tourbières ombrotrophes ne reçoivent de l'eau que par les précipitations, le brouillard et la fonte des neiges, ce qui les rend acides et pauvres en nutriments. La nappe aquifère, à la surface de la sphaigne ou légèrement en deçà, forme parfois des bassins.
La stagnation de l’eau, qui en empêche l’aération, en affaiblit aussi le taux d’oxygène. De plus, les tourbières ombrotrophes sont relativement froides, car l’effet isolant de la couverture de mousse les empêche de se réchauffer. Par conséquent, la décomposition des déchets organiques est faible et leur accumulation forme de la tourbe. La tourbière ombrotrophe n’est qu’un type de terre humide parmi ceux qui se développent dans les anciennes régions glaciaires, froides et humides de l’hémisphère nord.
Les tourbières ombrotrophes se trouvent communément dans les régions mal drainées de la forêt boréale dans le bouclier précambrien du Nord canadien. Celles qui sont situées au sud de la forêt boréale, comme la mer Bleue, près d’Ottawa, sont des vestiges de la forêt boréale formée après le retrait des couches glaciaires de la dernière époque glaciaire. De telles tourbières ombrotrophes restent confinées aux endroits mal drainés où elles se sont formées.
On trouve aussi des tourbières ombrotrophes un peu partout dans les provinces maritimes du Canada. Elles sont nombreuses à Terre-Neuve, par exemple, et en Nouvelle-Écosse, on en trouve tant au niveau de la mer, sur l’île Briar, à l’extrême ouest de la province, que dans les hautes terres du Cap-Breton.
Dans certains pays, comme l’Irlande, on utilisait autrefois la tourbe séchée comme combustible. Mais la sphaigne est aussi largement utilisée pour amender les sols. Dans certaines régions de la Gaspésie, on peut d’ailleurs facilement observer l’extraction de la tourbe à cette fin le long de la route transcanadienne.

Tourbières minérotrophes
Tout comme les tourbières ombrotrophes, les tourbières minérotrophes (fen en anglais) sont un type de zone tourbeuse. Contrairement aux tourbières ombrotrophes, les tourbières minérotrophes sont alimentées en eau par les nappes phréatiques et/ou les eaux de surface, et non uniquement par les précipitations. De ce fait, ils sont souvent moins acides et plus riches en minéraux dissous que les tourbières. La végétation des tourbières minérotrophes est souvent dominée par les sphaignes, les mousses brunes et les carex. Les tourbières minérotrophes sont souvent méconnues; de nombreuses zones humides qualifiées de tourbières ombrotrophes sont en réalité classées comme tourbières minérotrophes par les écologues des zones humides.
Eaux peu profondes
Les eaux peu profondes sont aussi souvent appelées étangs ou marécages. Ce sont de petites étendues d'eau stagnante qui constituent généralement une étape de transition entre les lacs et les marais.