The Name Debate: Introduction

Alors que s’intensifie le débat en ce qui concerne le retrait des noms et des statues de personnages controversés de l’ère coloniale dans les lieux publics, l’Encyclopédie canadienne a demandé à trois auteurs de partager leur opinion sur le sujet. Dans ce texte, Anthony Wilson-Smith, éditeur de l’Encyclopédie canadienne, présente le débat.

Interprétation de l’histoire

Dans son ensemble, l’histoire est l’étude des événements passés à partir de plusieurs interprétations. La victoire d’un groupe est, après tout, la défaite d’un autre. La joie des uns est donc équivalente à la frustration des autres. La manière dont une personne se rappelle un événement dépend du rôle qu’elle y a joué : un soldat sur la ligne de front ne raconte pas l’événement comme le fait un général qui dirige, cantonné derrière les troupes.

La vision d’un événement change également au fil du temps et selon les comportements et les priorités sociétales. Les monuments commémoratifs érigés, ainsi que les gens et les causes honorés, sont un exemple de la manière dont les interprétations variées de l’histoire peuvent constituer un défi. Le Canada, les États-Unis et bien d’autres pays sont témoins de débats houleux quant aux personnes et aux événements du passé qui devraient être célébrés. Les réflexions soulevées amènent à se demander si l’arrivée de nouveaux faits ou de nouvelles interprétations doit nécessairement impliquer la démolition des monuments commémoratifs déjà en place.

Sir John A. Macdonald

Au Canada, bon nombre de ces débats s’ancrent dans les efforts de réconciliation avec les peuples autochtones. C’est le cas notamment dans la controverse entourant Edward Cornwallis et Jeffery Amherst en Nouvelle-Écosse; Amherst à Montréal, sir Hector-Louis Langevin à Ottawa, Egerton Ryerson à Toronto et Joseph Trutch en Colombie-Britannique. Certains demandent aujourd’hui à ce que ces hommes, autrefois célébrés, voient leurs hommages du passé renommés ou retirés, en raison des mauvais traitements – démontrés ou présumés – infligés aux peuples autochtones. Le débat le plus important concerne sir John A. Macdonald, premier premier ministre canadien au nombre des pères de la Confédération. De récentes réflexions plus poussées à propos de ses politiques portant préjudice aux peuples autochtones, surtout ceux des Prairies, ont mené à des demandes de retrait de son nom dans les écoles publiques et d’autres institutions lui rendant honneur.

Trois opinions, et encore plus

Les débats sont mieux alimentés lorsqu’ils exposent différents points de vue. À cette fin, nous avons invité trois auteurs canadiens à donner leur opinion sur la question : Linda ManyGuns, professeure d’études autochtones à l’Université de Lethbridge, John Geddes, rédacteur pour le magazine Maclean’s et Ken McGoogan, auteur et spécialiste de l’histoire de l’Arctique. Nous espérons que vous lirez chacune des positions, que vous les explorerez et que vous pousserez davantage votre réflexion. Vous pourrez également accéder par le biais de liens hypertextes à des articles et des images connexes de L’Encyclopédie canadienne, où vous découvrirez notamment des biographies des personnages concernés et des textes sur l’histoire coloniale et autochtone.

Faire la lumière sur le passé

Le débat entourant les monuments est plus large que la réputation même des personnages. Certains historiens déplorent le « présentisme », qui consiste à appliquer des standards actuels à des sociétés du passé pour lesquelles ces comportements, aujourd’hui condamnés, étaient la norme. Avec une telle mentalité, chaque génération est à même de poser de durs jugements sur ses prédécesseurs. Portée à l’extrême, elle pourrait signifier que personne ne pourrait jamais être honoré.

Delegates of the Charlottetown Conference, PEI, 1864.
Image: Library and Archives Canada / PA-091061.

Mais encore, il est question d’équilibre entre les accomplissements positifs et les éléments controversés. Est-ce que l’ensemble des réalisations de MacDonald compensent son comportement envers les peuples autochtones? Les premiers ministres qui lui ont succédé ont eux aussi appliqué des politiques semblables, qui ont eu des effets profonds sur les peuples autochtones et d’autres groupes. Comment gérer leur héritage? Devrions-nous retirer les monuments des grandes figures du passé que l’on juge avoir contrevenu à nos standards ou plutôt ériger de nouveaux monuments qui montrent un contexte plus grand, par exemple en présentant des Autochtones qui ont réalisé de grands exploits? Ou encore, devrions-nous laisser ces monuments en place comme symboles, positifs ou négatifs, des valeurs de l’époque où ils ont été érigés?

Selon George Orwell, « l’histoire est écrite par les vainqueurs ». Pourtant, pour comprendre qui nous sommes aujourd’hui, il nous faut bien saisir le passé. Partout dans le monde, des pays ont les mêmes réflexions, et ils en sont à différents degrés de consensus. Les Canadiens ne devraient pas s’attendre à échapper au mouvement. Au contraire, nous devrions être à l’aise de faire la lumière sur notre passé, même si cela met parfois à découvert de sombres réalités.

Élèves d’un pensionnat
Élèves autochtones se tenant sur les marches d’un pensionnat près de Woodstock, au Nouveau-Brunswick (date inconnue).

 (Voir aussi: Débat sur les noms : le nom de sir John A. doit être conservé et Débat sur les noms : changer la signification d’une statue.)

(Anthony Wilson-Smith est PDG d’Historica Canada et éditeur de l’Encyclopédie canadienne.)