Thomas-Louis Tremblay

​Thomas-Louis Tremblay, soldat, commandant et ingénieur civil (né le 16 mai 1886 à Chicoutimi, au Québec; décédé le 28 mars 1951 à Québec).

Bataille de la Somme
Selon les estimations, les pertes alliées sont de 623 907 soldats, dont 24 713 Canadiens et Terre-Neuviens (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/PA-000832).

Thomas-Louis Tremblay, soldat, commandant et ingénieur civil (né le 16 mai 1886 à Chicoutimi, au Québec; décédé le 28 mars 1951 à Québec).Thomas-Louis Tremblaycommande le 22e Bataillon (canadien-français) au cours de laPremière Guerre mondiale. Toujours prêt à mener ses hommes au combat, il se forge une réputation de leader courageux. En tant que commandant de la seule unité de combat de langue française du Corps expéditionnaire canadien (CEC), Tremblay croit que le bataillon n’est pas qu’une simple unité militaire mais également le représentant du Canada français en Europe.

Famille et éducation

Thomas-Louis Tremblay voit le jour le 16 mai 1886 à Chicoutimi, au Québec. Ses parents sont Mathilde Lachance et Thomas Tremblay, un capitaine de navire. Dès un jeune âge, l’armée le fascine, et tout au long de son éducation primaire et secondaire, il sertdans la milice locale (6e de Lévis). En 1904, il quitte la province pour étudier au Collège militaire royal du Canada (CMRC) à Kingston, en Ontario. Thomas-Louis Tremblay fait partie des très rares Canadiens français aspirant à une carrière dans l’armée, alors dominée par les anglophones. En effet, seuls 19 Canadiens français, y compris Tremblay, étudient au CMRC entre 1900 et 1914.

Thomas-Louis Tremblay passe trois ans au CMRC, où il est formé comme officier militaire et ingénieur civil. En 1907, après avoir reçu son diplôme en génie civil, il est embauché par lechemin de fer National Transcontinental. En 1913, il travaille comme arpenteur-géomètre pour la province de Québec. En marge de cette carrière dans le domaine du génie civil, Tremblay sert également au sein du 18e régiment du Saguenay.

La Grande Guerre éclate

En déclarant la guerre à l’Allemagne, le 4 août 1914, la Grande-Bretagne entraîne le Canada dans un conflit armé d’une ampleur jusque-là jamais vue.Au début de la guerre,Thomas-Louis Tremblay est assistant administratif de la 1re colonne de munitions divisionnaire. Alors que beaucoup s’attendent à ce que le conflit prenne fin d’ici Noël 1914, celui-ci dégénère rapidement en guerre de tranchées s’étendant de la Manche à la frontière suisse. L’effort de guerre requérant sans cesse un nombre plus grand d’hommes et de bataillons, les Forces armées canadiennes mettent sur pied de nouvelles unités, dont le 22e Bataillon (canadien-français). Mis sur pied le 15 octobre 1914, il constitue l’unique unité combattante du Corps expéditionnaire canadien (CEC) dont la langue officielle est le français.

Commandant des « Van Doos »

En mars 1915, Thomas-Louis Tremblay s’enrôle officiellement dans le CEC et se joint au 22e Bataillon comme major. (Le 22e est également appelé les « Van Doos » — de la prononciation à l’anglaise de « vingt-deux ». Voir aussi Les Van Doos et la Grande Guerre). Tremblay est commandant en second derrière le colonel Frédéric-Mondelet Gaudet, qui reste à la barre de l’unité jusqu’en janvier 1916. Tremblay est ensuite promu au grade de lieutenant-colonel et prend les commandes. Sous son commandement, l’unité participe à quelques-unes des batailles les plus importantes de la guerre, y compris Courcelette, la crête de Vimy et Passchendaele.

En septembre 1916, Thomas-Louis Tremblay mène l’unité dans sa première offensive de grande envergure : la bataille de Courcelette, dans la région de la Somme. Cette bataille revêt une importance particulièrepour Tremblay. Il ne s’agitpas que d’une question de victoire ou de défaite : l’honneur du Canada français est en jeu. La veille de la bataille, Tremblay note dans son journal qu’il veut prouver que les Canadiens français ne sont pas des « paresseux ». Il est déterminé à capturer le village de Courcelette et à le défendre jusqu’au dernier homme; la réputation du Canada français en dépend.

L’unité atteint son objectif. Thomas-Louis Tremblay est l’incarnation même d’un officier de commandement idéal : il est courageux, prêt à mettre sa vie en danger pour ses hommes et jouit de la confiance totale de son bataillon.Après la guerre,le gouverneur général Georges Vanier, qui avait servi comme officier sous les ordres de Tremblay, déclare que « tant que je le suivais, rien ne m’arriverait ». Même lorsque le bataillon se trouve dans une position difficile, Georges Vanier ne cesse jamais d’avoir confiance en Tremblay, convaincu qu’il « nous ferait passer à travers ». Un autre membre du bataillon, Claudius Corneloup, dit de l’officier de commandement qu’il était « toujours souriant… encourageant… Tous se souviennent encore où, en tête de son bataillon, toujours Tremblay, le bouillant colonel électrisait ses hommes et les conduisait vers les marges infroissables de Courcelette ».

À la nuit tombée, le bataillon prend contrôle du village — un moment déterminant dans l’histoire de l’unité. Cependant, après cette victoire, Thomas-Louis Tremblay doit rentrer en Angleterre en raison d’un problème médical remontant à l’avant-guerre. Son second, le major Arthur-Édouard Dubuc, prend le relais.

Selon Claudius Corneloup, le moral commence à changer à partir de ce moment-là :« lorsque le sublime Tremblay partit, ces grands enfants se regardaient. La douleur était gravée sur leur visage. Une crainte naquit; la confiance s’envola ». Pendant l’absence de Tremblay, le bataillon est frappé d’une indiscipline qui entache sa réputation. À son retour en février 1917, il rétablit une discipline stricte afin de rétablir la réputation du bataillon; de nombreux soldats sont jugés en cour martiale et exécutés. Sa tactique fonctionne juste à temps,puisque peu après il mène ses hommes durant quelques-unes des campagnes les plus importantes de la guerre, y compris la bataille de la crête de Vimy, la bataille de la côte 70 et la bataille de Passchendaele.

Après les offensives allemandes du printemps de 1918, Thomas-Louis Tremblay prépare son bataillon pour l’assaut de la ville d’Amiens. Cependant, étant désigné comme unité de réserve, le 22e Bataillon ne prend pas part à l’attaque initiale. Tremblay est insatisfait de cette situationet va même jusqu’à rencontrer directement le commandant de la 5e Brigade d’infanterie canadienne, le brigadier général J.M. Ross, afin de protester contre le rôle secondaire réservé à son unité. Il veutque son bataillon mène l’attaque. Malgré ses efforts, l’attaque a lieu comme prévu le matin du 8 août et connaît un grand succès, pendant que le 22e bataillon demeure en réserve. Le lendemain, les « Van Doos » mènent avec succès une deuxième attaque sur la ligne allemande à Amiens.

La bataille d’Amiens est la dernière grande offensive de Thomas-Louis Tremblay en tant que commandant des « Van Doos ». En août 1918, il est promu au rang de brigadier général et prend les commandes de la 5e Brigade d’infanterie, une unité plus importante. Il conserve ce poste jusqu’en mai 1919.

Thomas-Louis Tremblay reçoit plusieurs récompenses, décorations et mentions pour son courage et son leadership. Il est nommé Compagnon de l’ordre de Saint-Michel et de Saint-Georges, reçoit l’ordre du Service distingué et la Légion d’honneur – Croix d’Officier, et est cité dans les dépêches de l’armée à quatre occasions différentes.

La vie d’après-guerre

Après la guerre, Thomas-Louis Tremblay revient à Québec, où il reprend sa carrière d’ingénieur civil. En 1922, il est nommé ingénieur en chef et directeur général de la Commission du port de Québec, un poste qu’il conserve jusqu’en 1936. En 1938-1939, Tremblay devient membre de la commission chargée d’évaluer la construction de la Route de l’Alaska, qui s’étend de la Colombie-Britannique à l’Alaska.

Il continue également à évoluer au sein des Forces armées canadiennes. En 1931, il est nommé colonel honoraire du 22e Bataillon, qui est alors connu sous le nom Royal 22e Régiment. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, bien qu’il ne se rende pas sur les lignes de front, il est inspecteur général pour les Forces canadiennes dans l’est du Canada. Il meurt le 28 mars 1951 à Québec.


Lecture supplémentaire

  • Patrick Bouvier, Déserteurs et insoumis : Les Canadiens français et la justice militaire (1914-1918). Outremont, Qué. : Athéna éditions (2003).

    Joseph Chaballe, Histoire du 22e Bataillon canadien-français. Tome 1 : 1914-1919. Montréal : Éditions Chanteclerc (1952).

    Claudius Corneloup, L’épopée du vingt-deuxième Canadien-français. Montréal : La Presse (1919).

    Claudius Corneloup, La Coccinelle du 22e. Montréal : Éditions Beauchemin (1934).

    Maxime Dagenais, "'Une Permission! C’est bon pour une recrue.' Discipline and Illegal Absences in the 22nd (French-Canadian) Battalion, 1915-1919." Canadian Military History vol. 18, no. 4 (automne 2009) : 3-16.

    Jean-Pierre Gagnon. Le 22e batallion (canadien-français), 1914-1919 : étude socio-militaire. Ottawa: Les Presses de l’Université Laval et le Ministère de la Défense Nationale (1986).

    Geoff Keelan, "'Il a bien merité de la Patrie.' The 22nd Battalion and the Memory of Courcelette." Canadian Military History vol. 19, no. 3 (été 2010) : 28-40.

    Thomas-Louis Tremblay, Journal de Guerre (1915-1918), Marcelle Cinq-Mars, éd. Outremont, Qué. : Athena éditions (2006).

Liens externes