Thunder Bay

Thunder Bay, ville de l’Ontario constituée en 1970; population de 107 909 (recensement de 2016), 108 359 (recensement de 2011). La ville de Thunder Bay est créée par la fusion des villes de Fort William et de Port Arthur ainsi que des cantons de Neebing et McIntyre. Elle est située au nord-ouest de l’Ontario, sur la rive ouest d’une baie du lac Supérieur qui porte le même nom. Thunder Bay se trouve sur les terres ancestrales des Anishinaabeg et est comprise dans le territoire visé par le traité Robinson-Supérieur. Le port de Thunder Bay constitue le terminus occidental canadien de la voie maritime du Saint-Laurent vers les Grands Lacs. Les rochers, les lacs et les forêts du Bouclier canadien dominent l’aspect géographique de la région. Les communautés environnantes, dont l’économie repose sur le tourisme et sur certains types d’exploitation des ressources, se tournent vers Thunder Bay pour de nombreux services.



Peuplement et croissance

Il y a 10 000 ans, les chasseurs paléoindiens suivent les hardes de caribous, ce qui les mène dans la région de Thunder Bay à la fin de la glaciation wisconsinienne. Des armes et des outils en pierre fabriqués localement, des artéfacts en cuivre et des poteries provenant de ces groupes et de leurs descendants ont été retrouvés sur de nombreux sites archéologiques de la région. À l’époque du premier contact européen, au 17e siècle, la population locale est formée de tribus ojibwées. Le nom de la baie fait référence à l’oiseau-tonnerre (Thunderbird en anglais) qui fait partie de leur folklore.

En 1683, Daniel Dulhut, commerçant de fourrures français, construit le fort Caministigoyan près de la rivière Kaministiquia, qui se jette dans la partie ouest du lac Supérieur. Le fort est alors utilisé par les marchands de fourrures et les explorateurs français comme Jean-Baptiste Gaultier de La Vérendrye. En 1803, les Européens s’installent définitivement à Thunder Bay, lorsque la Compagnie du Nord-Ouest (CNO) construit le fort William.


De 1805 à 1821, le fort William est au centre de l’empire de la traite des fourrures de la CNO. Son importance diminue cependant lorsque l’entreprise fusionne avec la Compagnie de la baie d’Hudson en 1821. Environ à la même époque, la traite de fourrures commence à perdre de la vitesse et les entreprises minières portent un intérêt grandissant envers le cuivre et les autres ressources naturelles de la région de Thunder Bay. Des leaders ojibwés déposent des pétitions auprès du gouvernement pour présenter leurs inquiétudes quant aux permis d’exploitation minière octroyés sur leurs terres. Les négociations entre les chefs autochtones et les commissaires du gouvernement mènent ainsi à la signature du traité Robinson-Supérieur en 1850. Selon les dispositions du traité, une réserve du nom de Première Nation de Fort William est créée en 1853 au sud du fort William et existe encore aujourd’hui en périphérie de la ville de Thunder Bay. En 1870, l’orphelinat Immaculate Conception est bâti dans la réserve de la Première Nation de Fort William pour éduquer les jeunes filles ojibwées. En 1895, l’établissement est ravagé par les flammes, est reconstruit et devient le pensionnat indien St. Joseph.


En 1869, l’ingénieur Simon Dawson dresse un campement au nord du fort William, à l’extrémité est de Dawson Road, une route terrestre et fluviale reliant le lac Supérieur à la rivière Rouge, où se trouve actuellement le Manitoba. L’année suivante, le camp est renommé Prince Arthur’s Landing. Il adopte une fois de plus un nouveau nom en 1883, celui du port Arthur, lorsque le Chemin de fer du Canadien Pacifique (CPR) y installe son premier silo à céréales.

De meilleures installations portuaires et la découverte de mines d’argent permettent au port Arthur de croître plus rapidement que le fort William. Ce dernier connaît cependant un second souffle en 1875 lorsque le CPR y construit une nouvelle station. En 1884, le port devient la ville constituée de Port Arthur et le fort, en 1892, celle de Fort William. Les deux localités reçoivent une charte municipale en 1907.

En 1905, le gouvernement fédéral prend le contrôle de la réserve de la Première Nation de Fort William pour permettre à la Compagnie Grand Trunk Pacific Railway d’y bâtir une station. Les résidents de la réserve sont donc déplacés, mais l’entreprise fait faillite avant de pouvoir terminer la construction de la station. Le pensionnat indien St. Joseph change lui aussi d’emplacement. Quittant la réserve pour s’établir dans la ville de Fort William, il poursuit ses activités jusqu’en 1966.

Fort William et Port Arthur évoluent de manière similaire mais indépendante jusqu’en 1970, où la pression du gouvernement provincial les pousse à se fusionner pour constituer la ville de Thunder Bay.

Paysage urbain


Thunder Bay occupe les plaines inondables du cours inférieur des rivières Kaministiquia, Neebing et McIntyre. Au sud s’élèvent le mont McKay et les Nor’Wester, une chaîne de plateaux aux versants abrupts. À l’est, à environ 25 km de l’autre côté de la baie, se trouve la péninsule de Sibley. On y trouve notamment le Nanibijou (le géant endormi), une formation rocheuse d’environ 33 kilomètres dont les falaises verticales émergent à plus de 300 mètres au-dessus du lac.

Le saviez-vous?
Selon une légende ojibwée, l’esprit de Nanibijou aurait informé la tribu de l’existence d’une mine d’argent à Silver Islet, une petite île à la pointe de la péninsule de Sibley. En échange du renseignement, Nanibijou aurait demandé à ce que l’emplacement de la mine d’argent ne soit jamais divulgué aux hommes blancs. Si ceux-ci en venaient à la découvrir, Nanibijou se transformerait en pierre. Les accessoires en argent des Ojibwés auraient cependant rapidement causé de la jalousie chez les tribus voisines, et un guerrier sioux en serait venu à découvrir l’emplacement de la mine. Sur son chemin du retour, désireux de partager le secret avec son peuple, il aurait rencontré des hommes blancs qui l’auraient convaincu de révéler où se trouvait l’argent. Lorsque les hommes blancs se seraient ensuite approchés de Silver Islet, une tempête se serait manifestée et une formation rocheuse ressemblant à un géant endormi serait apparue.

La fusion de Fort William et de Port Arthur engendre une ville avec deux centres-villes, chacun comprenant de vieux quartiers résidentiels et des banlieues distinctes. La zone industrielle se concentre quant à elle le long de la rive et dans les quartiers de Westfort et d’Intercity. Créé au milieu des années 1970 pour favoriser la mise sur pied de nouvelles industries légères, le parc industriel Balmoral attire plutôt des entreprises commerciales de service et de vente.

Population

La population pionnière de la fin du 19e siècle à Fort William et à Port Arthur est surtout masculine. À l’époque, le nombre de résidents de la région fluctue grandement en fonction du changement des offres d’emplois dans les milieux de la construction de chemins de fer, de la navigation et de l’exploitation des mines d’argent. À la fin des années 1890, les deux villes comptent chacune quelque 3 000 habitants. Elles connaissent ensuite une croissance rapide jusqu’en 1914, et Fort William se retrouve en tête. Lors de la fusion, chacune compte près de 50 000 habitants.


Les premiers colons de la région sont surtout anglo-saxons. C’est donc cette communauté qui détient les pouvoirs économique et politique de la ville jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Bien qu’une grande partie de la population s’identifie encore comme ayant des origines anglaises (27,3 %, selon le recensement de 2016), la ville comprend également une certaine proportion de populations immigrantes italiennes, finlandaises, américaines et polonaises. En 2016, les minorités visibles représentent 4,5 % des résidents de Thunder Bay. Parmi celles-ci, les Sud-Asiatiques, les Chinois et les personnes noires forment les plus grandes communautés. De plus, les populations autochtones représentent 12,8 % de la population.

Enquêtes sur les décès chez les Premières Nations

Parmi les grandes villes du Canada, Thunder Bay possède la plus grande proportion de résidents autochtones. Les données ne comptent probablement pas toutes les personnes autochtones de la ville, puisque plusieurs d’entre elles demeurent seulement à Thunder Bay de manière temporaire, et ne sont donc pas comptabilisées lors du recensement.

Les Autochtones se rendent notamment à Thunder Bay pour avoir accès à des services que leur communauté n’offre pas ou offre de manière insuffisante, par exemple des soins de santé, de l’éducation et des emplois. Puisque la majorité des communautés des Premières Nations du nord-ouest de l’Ontario n’ont pas d’école secondaire, plusieurs élèves autochtones poursuivent leurs études à Thunder Bay, où ils demeurent dans des maisons de pension. Dennis Franklin Cromarty, une école des Premières Nations, est construite à Thunder Bay en 2000.

Entre 2000 et 2015, sept jeunes des Premières Nations perdent la vie pendant leurs études à Thunder Bay. En 2016, le Bureau du coroner en chef conclut une enquête sur les décès de Jethro Anderson, Curran Strang, Paul Panacheese, Robyn Harper, Reggie Bushie, Kyle Morriseau et Jordan Wabasse. On détermine que trois des morts sont accidentelles, sans toutefois pouvoir identifier la cause du décès des quatre autres adolescents.

En 2015, le corps d’un homme autochtone du nom de Stacy DeBungee est retrouvé dans la rivière McIntyre. Quelques heures après la découverte, la police de Thunder Bay classe le décès comme étant non suspect. La mort de Stacy DeBungee et l’enquête policière qui en résulte mènent à des plaintes auprès du Bureau du directeur indépendant de l’examen de la police (BDEP). Le Bureau s’engage donc à réaliser une analyse sur la relation entre le service de police de Thunder Bay et les communautés autochtones. Il en conclut, en 2018, que la police n’a pas su enquêter de manière appropriée sur la mort de l’homme et que le racisme aurait pu avoir influencé les agents, les menant ainsi à conclure à une mort par noyade plutôt qu’à mener une enquête sur un homicide potentiel. Le rapport du BDEP avance également que du racisme systémique au niveau institutionnel est présent dans la ville.

Le racisme à Thunder Bay est exprimé dans divers médias, notamment dans le podcast « Thunder Bay » de Canadaland et dans le livre Seven Fallen Feathers de Tanya Talaga. En 2019, en réaction au rapport du BDEP sur le racisme systémique, le Globe and Mail ouvre un bureau à Thunder Bay.

Économie et main-d’œuvre

L’économie de Thunder Bay repose à ses débuts sur l’exploitation des ressources naturelles, leur transformation et leur transport. L’industrie forestière, qui englobe les usines de pâtes et papiers et les usines de transformation du bois, est alors le secteur qui offre le plus d’emplois. Les industries qui emploient aujourd’hui le plus de résidents de Thunder Bay sont cependant celles des soins de santé, des services sociaux, de la vente au détail, de l’éducation et de la fonction publique.

Transport


Le fort William est jadis une plaque tournante de la route de la traite des fourrures vers le nord-ouest. La ville gagne en importance en 1885 lorsque le Chemin de fer du Canadien Pacifique (CPR) est achevé, ce qui fait augmenter graduellement le volume de grain transitant par la ville pour aller d’ouest en est. Avec l’achèvement de la section du Chemin de fer Canadien du Nord (CNR) reliant le Manitoba et Port Arthur en 1902, Thunder Bay devient l’un des plus grands ports céréaliers au monde. Le port de Thunder Bay profite quant à lui de l’ouverture de la voie maritime du Saint-Laurent (1959) et du terminus Keefer, un quai pour la manutention des marchandises pour le transport océanique (1962). Encore aujourd’hui, c’est l’un des ports les plus achalandés du Canada.

Le CPR et le CNR relient encore Thunder Bay au réseau de chemin de fer national, même si le service passager disparaît en 1990. Comme la Transcanadienne est l’unique route est-ouest qui traverse la région, toute la circulation routière allant d’un côté du Canada à l’autre doit passer par Thunder Bay. Air Canada et WestJet se sont associés à des transporteurs régionaux tels que Bearskin Airlines pour offrir des services aériens régionaux et nationaux. Le transporteur aérien autochtone Wasaya Airways fournit des services importants aux communautés des Premières Nations situées au nord et à l’ouest de Thunder Bay.

Administration et politique

Le gouvernement municipal actuel est dirigé par un conseil élu tous les quatre ans et formé d’un maire (élu par les citoyens) et de douze conseillers (un dans chacune des sept sections électorales et cinq autres parmi toutes les sections).

Vie culturelle

Thunder Bay est devenu le centre régional de la vie culturelle dans le nord-ouest de l’Ontario. Situé au centre-ville, le Thunder Bay Community Auditorium offre une programmation comprenant notamment l’orchestre symphonique de Thunder Bay et la chorale masculine de Fort William. On retrouve dans la ville une compagnie de théâtre professionnelle, le Magnus Theatre, ainsi que diverses troupes amateures. Thunder Bay abrite également un casino de l’entreprise vancouvéroise Gateway Casinos & Entertainment Ltd.

La galerie d’art de Thunder Bay est un centre national d’exposition d’art autochtone. Des œuvres d’art locales sont également exposées dans des galeries privées ou dirigées par des artistes. L’histoire de la région est conservée au musée d’histoire de Thunder Bay, au parc historique de Fort William (une réplique d’un poste de traite des fourrures du 19e siècle), ainsi qu’au Founders’ Museum, qui prend la forme d’un village des pionniers du nord-ouest de l’Ontario au début des années 1900. La diversité culturelle de la ville est soulignée par les activités de divers groupes ethniques et par un festival multiculturel annuel.

Thunder Bay est le domicile des North Stars, une équipe de hockey Junior A de la Superior International Junior Hockey League (ligue internationale supérieure de hockey junior). Les frères Eric, Marc, Jordan et Jared Staal, originaires de Thunder Bay, ont tous les quatre été repêchés dans la Ligue nationale de hockey. La ville accueille également les Border Cats, soit la seule équipe canadienne de baseball dans la ligue d’été Northwoods, formée des meilleurs joueurs universitaires. Réputée également pour ses installations de curling, elle a vu grandir les équipes championnes du monde d’Al Hackner (1982 et 1985) et de Heather Houston (1989). Des athlètes locaux ont remporté des médailles aux Jeux Olympiques, aux Jeux du Commonwealth et aux Jeux panaméricains. Parmi eux, Curt Harnett, qui remporte des médailles en cyclisme lors de trois éditions des Jeux Olympiques. La ville a été l’hôte des Jeux d’hiver de l’Ontario (1976); du championnat de patinage artistique canadien (1980); de plusieurs rencontres de saut à skis pour la Coupe du Monde; des Jeux d’été du Canada (1981); et du championnat féminin de curling du Canada (1996). En 1995, les Jeux nordiques mondiaux ont lieu à Thunder Bay.

L’éducation postsecondaire est offerte par le Confederation College et l’Université Lakehead. Le campus de Lakehead partage une école de médecine avec l’Université Laurentienne de Sudbury.


Lecture supplémentaire

  • E. Arthur, Thunder Bay District, 1821-1902: A Collection of Documents (1973); G. Campbell, Thunder Bay, Ontario (1982); J.M. Mauro, A History of Thunder Bay (1981); T.J. Tronrud and A.E. Epp, eds, Thunder Bay: From Rivalry to Unity (1995).

Liens externes