Tabac, industrie des produits du

L'industrie canadienne du tabac s'est largement développée au cours de ce siècle, mais la culture du tabac remonte aux premiers jours de la colonie, lorsque les colons installés sur les rives du Saint-Laurent adoptent les habitudes de fumer des peuples indigènes (voir Tabagisme).

Tabac, industrie des produits du

L'industrie canadienne du tabac s'est largement développée au cours de ce siècle, mais la culture du tabac remonte aux premiers jours de la colonie, lorsque les colons installés sur les rives du Saint-Laurent adoptent les habitudes de fumer des peuples indigènes (voir Tabagisme). Les colons français commencent par adopter le modèle de culture propre aux Amérindiens. Quelques années plus tard, une ordonnance de la colonie française interdit la vente au détail de tabac en Nouvelle-France. Les colons perdent alors tout intérêt pour l'amélioration de la qualité des cultures ou des produits. Ils n'en cultivent donc que pour leurs propres besoins en le faisant sécher naturellement à l'air libre. Cette méthode simple de préparation produit un tabac unique en son genre, le « tabac canadien ». Les colons français commencent à en faire le commerce en 1652, mais il faut attendre 1735 pour que le gouvernement français encourage la culture du tabac au Canada; on le cultive régulièrement après cette date. Deux variétés sont indigènes : le « Petit Canadien » et le « Rose Quesnel ». Dans le Haut-Canada, l'industrie de la culture du tabac prend naissance dans les comtés de Kent et d'Essex grâce aux Loyalistes venus du Sud des États-Unis durant la Guerre de l'Indépendance américaine et qui ont apporté avec eux des graines de tabac.

Quand la culture du tabac croît et devient commerciale à la fin du XIXe siècle, la variété principale cultivée au Québec et en Ontario est le Burley, sans compter au Québec quelques autres variétés de tabac à pipe. À cette période-là, le Québec est le premier producteur : en 1870-1871, la production au Canada est de 723 589 kg, dont 181 381 kg sont produits en Ontario et 542 208 kg, au Québec. La production dans les deux provinces s'étend rapidement jusqu'à 7 938 000 kg en 1910; le Québec détient encore le premier rang.

Au début du XXe siècle, l'industrie du tabac subit d'importants changements. Au cours de la Première Guerre mondiale, la popularité des tabacs à chiquer et à pipe diminue, alors que la demande pour les cigarettes augmente rapidement. En même temps, une nouvelle méthode de séchage, le séchage à l'air chaud, produit un tabac de type Virginie qui convient mieux à la fabrication des cigarettes. Ce procédé, mis au point par William T. Gregory et son frère Francis, révolutionne l'industrie canadienne du tabac. En 1900, William arrive au Canada en provenance de la Caroline du Nord pour travailler chez Empire Tobacco Co. (alors une filiale d'American Tobacco Co., plus tard rachetée par Imperial Tobacco Co. of Canada). Il s'installe à Leamington, en Ontario, où on ne cultive alors que la variété de tabac Burley, et décide de planter du tabac de type Virginie. En 1901, Francis arrive au Canada pour superviser ces expériences. L'entreprise encourage les deux frères, qui espèrent remplacer les importations coûteuses de tabac aux États-Unis par du tabac canadien séché à l'air chaud.

William choisit d'implanter ses premières cultures dans la région de Leamington, car la nature du sol est idéale dans cette zone qui profite en outre de la plus longue période sans gel en Ontario. Les résultats sont encourageants et on fait venir des planteurs expérimentés des États-Unis afin d'enseigner aux cultivateurs les méthodes de culture et de séchage. En 1920, 3,6 millions de kilogrammes de tabac séché à l'air chaud sont produits dans la région de Leamington. En 1922, on procède à d'autres essais dans la région du lac Érié, qui offre de grandes parcelles d'une terre sablonneuse idéale pour le tabac. La première récolte se fait en 1925, ce qui marque le début d'une nouvelle ère dans l'histoire du tabac canadien.

À la suite du développement de cette nouvelle zone de culture, l'industrie s'étend finalement dans 12 autres régions de la province. L'Ontario est maintenant la principale productrice de tabac au Canada. Au Québec, les principales zones de culture se trouvent au nord de Montréal, dans les comtés de Montcalm et de Joliette. La production de tabac séché à l'air chaud démarre dans cette province en 1930, puis en 1933 un séchoir à chaleur artificielle est construit dans chacun des deux comtés.

Aujourd'hui, le Canada est considéré comme un acteur important dans le domaine de la culture du tabac et comme un fournisseur de tabac de qualité dont la production dépasse les 69 millions de kilogrammes par an. Alors qu'une grande partie de la récolte est vendue aux fabricants canadiens de produits du tabac, 16,1 millions de kilogrammes d'une valeur de plus de 90 millions de dollars sont exportés en 1995. Les pays de la Communauté européenne, les États-Unis, la Turquie et Hong Kong sont les principaux pays acheteurs de tabac canadien.

En 1995, la production canadienne de produits finis du tabac assure environ 21 000 emplois, dont près de 11 000 emplois directs dans la culture, la fabrication et la transformation du tabac; 10 000 emplois additionnels sont offerts par les fournisseurs de ces secteurs au Canada. En plus des 26 000 emplois directs, la vente en gros et au détail de produits autorisés du tabac au Canada apporte 5 400 emplois supplémentaires.

En 1995, la totalité des expéditions des fabricants canadiens de produits du tabac s'élève à plus de 45,5 milliards de cigarettes sur le marché national et à 5,9 milliards pour l'exportation et le marché en franchise. La même année, les ventes de cigarettes importées totalisent plus de 360 millions de cigarettes. Les ventes intérieures de tabac haché fin s'élèvent à 3,8 millions de kilogrammes, alors que 385 000 kilogrammes additionnels sont expédiés pour l'exportation et le marché en franchise; 750 000 kilogrammes sont importés. En 1995, plus de 130 millions de cigares fabriqués localement sont vendus au Canada alors qu'on en importe plus de 40 millions. Le total des dépenses de consommation intérieure de produits du tabac approche les 8 milliards de dollars en 1995, dont 5 milliards de dollars sont perçus en taxes par les gouvernements provinciaux et fédéral. Parmi les trois principaux fabricants, un appartient à 100 p. 100 à des Américains et deux sont des sociétés à capital dispersé dans le public au Canada.


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