Tommy Douglas

Thomas Clement (« Tommy ») Douglas, C.C., premier ministre de la Saskatchewan, premier chef du Nouveau Parti démocratique, pasteur baptiste et homme politique (né le 20 octobre 1904 à Falkirk, en Écosse; mort le 24 février 1986 à Ottawa, en Ontario). Tommy Douglas a dirigé le premier gouvernement socialiste de l’histoire du Canada et est reconnu comme le père de la médecine socialisée au Canada. Il a aussi contribué à mettre en place le socialisme démocratique dans la vie politique canadienne.

Douglas, Tommy
Tommy Douglas, sous un panneau d'affichage de la Co-operative Commonwealth Federation peu de temps après son élection, en compagnie de C.M. Fines et de Clarence Gillis (avec la permission de la Saskatchewan Archives Board).
Douglas, Tommy (1961)
Tommy Douglas, lors de son élection comme chef, au congrès pour le lancement du nouveau Parti démocratique, en 1961 (avec la permission du Bibliothèque et Archives Canada/C36222)
Thérèse Casgrain et Tommy Douglas, 1955

Jeunesse et formation

Thomas Clement Douglas est né à Falkirk, en Écosse, un des trois enfants d’Annie (Clement) et Thomas Douglas. Son père est un mouleur de fonderie, un farouche partisan du Parti travailliste et un admirateur du poète nationaliste écossais Robert Burns. Sa mère, qui est la fille d’un prédicateur baptiste, représente « l’influence religieuse dans notre maison ».

En 1911, la famille Douglas immigre au Canada et s’installe à Winnipeg, au Manitoba. Thomas Douglas est frustré par la lenteur de la réforme gouvernementale et sociale en Angleterre, et envisage un nouveau départ au Canada. Bien qu’il trouve du travail à Winnipeg, les années suivantes sont difficiles pour son jeune fils.

Avant qu’ils ne quittent l’Écosse, Tommy Douglas, âgé de six ans, tombe et se blesse le genou, se coupant sur une roche. La blessure ne guérit pas, et il développe une ostéomyélite, une infection rare mais grave de l’os. Tommy est encore malade quand la famille s’installe à Winnipeg, et il passe beaucoup de temps à l’hôpital. Il subit plusieurs opérations, dont aucune ne l’aide. Finalement, les médecins annoncent à sa famille qu’ils devront amputer sa jambe droite. Heureusement, un chirurgien orthopédiste très connu, le Dr R.J. Smith, s’intéresse à son cas et offre d’opérer Tommy gratuitement, si ses parents permettent aux étudiants en médecine d’assister à son traitement. L’opération est un succès et contribue à instiller à Tommy Douglas la conviction que des soins médicaux de qualité devraient être disponibles pour tous les Canadiens, indépendamment de leur fortune ou leur statut.

Pendant la Première Guerre mondiale, son père se porte volontaire pour le service outremer dans le Royal Canadian Army Medical Corps. Il est un ancien combattant de la guerre des Boers, où il a servi au sein des Argyll and Sutherland Highlanders. Cette fois, cependant, il est inspiré par des réformistes sociaux pacifistes comme J.S. Woodsworth, et il décide qu’il ne servira que s’il n’a pas à porter un fusil. En avril 1916, Thomas Douglas s’enrôle dans le No. 12 Canadian Field Ambulance et est envoyé outre-mer, où il fait son service en France. Le reste de la famille retourne en Écosse et vit avec les parents d’Annie dans un appartement de Glasgow. Le jeune Tommy Douglas fréquente l’école secondaire à Glasgow et paie ses propres frais d’étude en faisant des petits travaux. Toutefois, il quitte l’école en 1918, durant sa deuxième année, et commence à travailler dans le bureau d’une usine de liège.

En 1919, la famille Douglas retourne à Winnipeg, où Tommy se trouve un emploi de messager. Peu après leur retour, il est témoin de la Grève générale de Winnipeg, durant laquelle près de 30 000 travailleurs font la grève. Le 21 juin 1919, Tommy Douglas regarde les membres de la Police à cheval du Nord-Ouest tirer au révolver dans une foule de manifestants, faisant un mort et plusieurs blessés. Ces événements laissent sur lui une impression profonde. La réponse du gouvernement correspond à « une tendance générale » selon lui. « Dès que les puissants ne peuvent obtenir ce qu’ils veulent, ils sont toujours prêts à utiliser la violence ou toute sorte de hooliganisme pour briser les reins d’une opposition organisée. »

Le saviez-vous ?
Tommy Douglas a commencé à pratiquer la boxe à 15 ans dans un gymnase tenu par la One Big Union, un syndicat basé dans l’ouest du Canada. Il a remporté le championnat des poids légers du Manitoba en 1922 et 1923.

Tommy Douglas devient apprenti imprimeur à 14 ans et se qualifie comme compagnon imprimeur cinq ans plus tard. Pendant cette période, il se joint également à l’église de sa mère, l’Église baptiste Beulah, où il commence à donner des sermons. Tommy Douglas est convaincu qu’il pourrait agir sur le monde en tant que pasteur, et commence à mettre de l’argent de côté pour faire des études en théologie. En 1924, il commence ses études au Brandon College, où il passe les six années suivantes pour terminer le programme de secondaire et se qualifier pour le ministère. Ses résultats sont excellents au Brandon College, remportant des médailles d’or et d’autres prix, avant de devenir « senior stick », c’est-à-dire président des associations étudiantes. Pendant ses études, il devient aussi adepte du mouvement Social Gospel, basé sur la croyance que le christianisme est, avant tout, une religion sociale, consacrée tout autant à améliorer ce monde que la vie d’après. Peu après avoir obtenu son diplôme du Brandon College, il épouse Irma Dempsey.

Ministère et politique

Après son ordination de ministre en 1930, Tommy Douglas et son épouse Irma déménagent à Weyburn, en Saskatchewan. Il est consterné par les souffrances dont il est témoin là-bas, car la province est durement touchée par la crise économique et la sécheresse. Beaucoup de cultivateurs se retrouvent sans ressources, incapables de nourrir et de loger leurs familles. Quatre-vingt-dix pour cent des résidents de la région rurale de Weyburn ont reçu une forme d’aide gouvernementale, mais elle est très limitée et n’apporte pas une grande aide. Il n’y a pas d’argent pour les écoles et une absence totale de soins médicaux. Plus tard, Tommy Douglas racontera : « Je me souviens d’avoir enterré une fille de 14 ans morte d’une rupture de l’appendice et d’une péritonite. Il n’y avait aucun doute dans mon esprit que cela était dû uniquement à l’impossibilité de la faire entrer dans un hôpital. J’ai enterré [deux] jeunes hommes dans la trentaine, avec de petites jeunes familles, qui étaient morts parce qu’il n’y avait pas de médecin disponible, et qui n’avaient pas d’argent pour obtenir des soins appropriés. »

Tommy Douglas fait ce qu’il peut pour aider. Il donne la classe dans son église, organise des distributions de nourriture et de vêtements et travaille avec les chefs des syndicats locaux pour faire pression sur le gouvernement afin d’obtenir des emplois et une assistance chômage (voir Sécurité sociale). Il commence aussi à parler avec d’autres ministres, enseignants et chefs ouvriers des moyens d’améliorer la politique et la société du Canada.

Simultanément, Tommy Douglas poursuit ses études. Pendant l’été 1931, il entreprend un doctorat en sociologie à l’Université de Chicago. Toutefois, il est désappointé par l’approche des socialistes américains, qui semblent s’intéresser davantage aux idées qu’à l’action directe. Plutôt que de terminer son doctorat à Chicago, Tommy Douglas décide de compléter une maîtrise en sociologie à l’Université McMaster, affiliée au Brandon College.

Le saviez-vous ?
Dans les années 1930, Tommy Douglas acquiert la conviction que des politiques eugénistes peuvent contribuer à améliorer la société et à réduire les souffrances. En 1933, il reçoit sa maîtrise ès arts en sociologie de l’Université McMaster pour sa thèse intitulée « The Problems of the Subnormal Family » (les problèmes de la famille sous-normale). Dans cette thèse, il recommande plusieurs politiques eugénistes, dont la stérilisation des « déficients mentaux » et des personnes frappées de maladies incurables. Il n’est pas seul à penser ainsi, car deux provinces canadiennes (ainsi que 32 États américains) créent des lois de stérilisation sexuelle dans les années 1920 et 1930. Toutefois, quand Tommy Douglas devient premier ministre de la Saskatchewan, en 1944, il n’appuie plus les politiques eugénistes (voir Tommy Douglas et l’Eugénisme).

À la suite de ses études, et de son expérience durant la Crise des années 1930, Tommy Douglas est convaincu qu’une action politique est nécessaire. Seule une intervention gouvernementale pourrait alléger les souffrances qu’il constate autour de lui, mais les partis traditionnels sont réticents à apporter des changements significatifs au système existant. En 1932, il crée une association locale du Parti travailliste indépendant. Deux ans plus tard, il assiste au congrès national de ce qui deviendra ensuite la Co-operative Commonwealth Federation (CCF). Selon Tommy Douglas et d’autres membres de la CCF, le capitalisme a été un échec pour les Canadiens. Ils croient plutôt que le socialisme est la solution à la pauvreté et aux inégalités.

Député de la CCF

Tommy Douglas se présente à l’élection de 1934 en Saskatchewan, sans succès. Nullement découragé par cette défaite, il décide de se présenter comme candidat de la CCF dans l’élection fédérale de 1935. Cette fois, il est élu, en partie parce qu’il a appris à exploiter un talent particulier : son habilité à faire rire les gens. Ses discours commencent souvent par une blague, qu’il s’agisse d’une longue histoire ou d’une simple boutade. Sa plus célèbre est sans doute son histoire de Mouseland (Le pays des souris).

Mouseland est un endroit où toutes les petites souris vivaient et jouaient, naissaient et mouraient. Et elles vivaient à peu près comme vous et moi. Elles avaient même un Parlement. Et tous les quatre ans, il y avait une élection […] et chaque jour d’élection, toutes les petites souris allaient aux urnes et élisaient un gouvernement. Un gouvernement composé d’énormes chats noirs et joufflus. Si vous trouvez bizarre que des souris élisent un gouvernement composé de chats, vous n’avez qu’à regarder l’histoire du Canada au cours des 90 dernières années, et vous verrez peut-être qu’elles n’étaient pas plus stupides que nous le sommes. Ceci dit, je n’ai rien contre les chats. C’étaient des gens très bien. Ils dirigeaient leur gouvernement avec dignité. Ils votaient de bonnes lois – enfin, des lois bonnes pour les chats. Mais les lois bonnes pour les chats n’étaient pas très bonnes pour les souris […] Actuellement, une petite souris s’est présentée qui avait une idée. Mes amis, prenez garde aux petits qui ont des idées. Et elle a dit aux autres souris : « Regardez, mes amies, pourquoi continuons-nous à élire un gouvernement composé de chats? Pourquoi ne pas élire un gouvernement composé de souris? » « Oh! ont dit les souris, c’est une bolchévique. Il faut l’enfermer! » Alors, ils l’ont mise en prison. Mais je vous préviens : on peut enfermer une souris, ou un homme, mais on ne peut enfermer une idée.

La Deuxième Guerre mondiale ne fait que renforcer chez Tommy Douglas la conviction de la validité du projet socialiste. Bien qu’il ait entendu les députés du Parlement soutenir à répétition qu’il n’y avait pas assez d’argent pour créer des emplois pour les chômeurs, ils n’éprouvent aucune difficulté à trouver les fonds pour financer une guerre. Pendant ses deux mandats au Parlement, Tommy Douglas acquiert une réputation d’orateur habile et spirituel. Il affirme qu’il représente les déshérités et les exploités, et il adopte une position très impopulaire en défendant les libertés civiles.

Malgré ses critiques au Parlement, Tommy Douglas appuie l’engagement du Canada dans la Deuxième Guerre mondiale. Bien que le chef du CCF, J.S. Woodsworth, soit un ardent pacifiste, Tommy Douglas ne l’est pas. « Si vous acceptez la position complètement absolutiste des pacifistes, cela veut dire que vous permettez à d’autres, qui n’ont pas de tels scrupules, de détruire toutes les valeurs que vous avez établies », dit-il. Lors d’une visite en Allemagne en 1936, il est horrifié par le militarisme allemand et convaincu qu’il faut arrêter Hitler. En septembre 1939, la CCF vote en faveur d’un soutien à l’effort de guerre canadien, avec certaines limitations. Après la défaite de la France en 1940, le parti appuie la guerre sans réserve, incluant la conscription, si nécessaire. Tommy Douglas s’enrôle dans l’armée canadienne et se porte volontaire pour une expédition à Hong Kong, mais il est réformé pour le service outremer en raison de sa vieille blessure à la jambe.


Tommy Douglas avec le Saskatoon Light Infantry

L’honorable T.C. Douglas, premier ministre de la Saskatchewan, parlant avec le soldat P. Campbell, du Saskatoon Light Infantry (M.G.), à Barneveld, aux Pays-Bas, le 29 avril 1945.   

(photo par lt. G. Barry Gilroy, avec la permission du ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes/Bibliothèque et Archives Canada / PA-138035)


Premier ministre de la Saskatchewan

En 1944, Tommy Douglas quitte son siège fédéral pour se présenter à l’élection générale de la Saskatchewan. Il conduit la CCF à une victoire décisive, remportant 47 des 53 sièges de la législature provinciale. En tant que premier ministre de la province pendant les 17 années suivantes, il deviendra un symbole des promesses de l’option socialiste. Son gouvernement est innovateur et efficace, et met en place pour la première fois des programmes qui seront ensuite adoptés ailleurs. Ceci comprend la création de plusieurs sociétés de la couronne, comme la Saskatchewan Power Corporation, et de la Saskatchewan Government Insurance, le premier service d’assurance automobile public. Son gouvernement vote également le Saskatchewan Bill of Rights en 1947 (bien avant la Déclaration canadienne des droits de 1960), ainsi qu’une loi autorisant la syndicalisation des employés de la fonction publique

Assurance maladie

L’innovation la plus significative du passage de Tommy Douglas au poste de premier ministre de la Saskatchewan est la création d’une assurance maladie financée par le gouvernement. En 1947, le Saskatchewan Hospital Services Plan entre en vigueur. Il s’agit du premier plan d’assurance hospitalisation au Canada. En 1954, près de 810 000 personnes en Saskatchewan sont couvertes par le plan. L’exemple de la Saskatchewan amène le gouvernement fédéral à créer un plan national qui aidera à financer les services de diagnostic et le coût des chirurgies à l’hôpital, en collaboration avec les provinces.

Toutefois, la Saskatchewan est la première à introduire un système complet d’assurance maladie. Cette approche a été essayée d’abord dans la région sanitaire de Swift Current, avec les encouragements du gouvernement provincial. Dans cette région, les citoyens et les praticiens de santé ont travaillé ensemble pour mettre en place un plan complet de services médicaux. Toutefois, quand la province tente d’étendre le programme à d’autres régions, elle rencontre l’opposition du College of Physicians and Surgeons of Saskatchewan, qui soutient que les plans prépayés existants fonctionnent suffisamment bien.

Le gouvernement de Tommy Douglas est déterminé à offrir un service d’assurance maladie complet à la population de la Saskatchewan. En octobre 1961, le gouvernement vote le Saskatchewan Medical Care Insurance Act. Il est promulgué et reçoit la sanction royale en novembre 1961. Tommy Douglas a joué un rôle central pour développer et promouvoir le plan, mais il quitte son poste de premier ministre quelques jours à peine avant que la loi n’entre en vigueur. Son successeur, Woodrow Lloyd, fait face à une opposition ferme des médecins, qui se mettent en grève pour protester contre la loi. Cependant, les deux parties parviennent à s’entendre le 23 juillet 1962. La Saskatchewan possède alors le premier plan d’assurance maladie complet du pays. En 1966, le gouvernement fédéral emboîte le pas avec la Loi sur les soins médicaux (voir Politique sur la santé).


David Lewis et Tommy Douglas

David Lewis et Tommy Douglas au congrès de formation du Nouveau Parti démocratique (1961).   

(avec la permission de Horst Ehricht / Blibliothèque et Archives Canada / PA-180405)


Chef du Nouveau parti démocratique

Tommy Douglas quitte son poste de premier ministre de la Saskatchewan en 1961 pour devenir chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) fédéral. Le NPD est créé par une alliance officielle entre la CCF et les syndicats. Tommy Douglas est un choix évident pour diriger le nouveau parti, d’abord en raison de son succès en Saskatchewan, mais aussi parce qu’il est universellement considéré comme le plus éloquent porte-parole de la gauche. Il sait inspirer et motiver les travailleurs du parti, et il est capable d’expliquer le socialisme démocratique en termes moraux, éthiques et religieux.

Malgré ces qualités, Tommy Douglas est défait à l’élection fédérale de 1962. Sa défaite est due en grande partie au ressac contre l’introduction de l’assurance maladie par le gouvernement de la Saskatchewan, qui a entraîné une grève longue et dure des médecins de la province (voir Grève des médecins de la Saskatchewan).

Néanmoins, Tommy Douglas remporte un siège dans une élection partielle, plus tard dans l’année, dans la circonscription de BurnabyCoquitlam en Colombie-Britannique. Il demeure chef du NPD jusqu’à sa démission en 1971, quand David Lewis devient le nouveau chef du parti. Tommy Douglas demeure porte-parole de son parti en matière d’énergie jusqu’à sa retraite en 1979. Il est fait Compagnon de l’Ordre du Canada en 1981.

Vie personnelle

Tommy Douglas épouse Irma Dempsey en 1930. Le couple a deux filles : l’actrice Shirley Douglas et l’infirmière Joan Douglas. Parmi leurs petits enfants, on retrouve l’acteur Kiefer Sutherland, le fils de Shirley Douglas et de son deuxième mari, l’acteur Donald Sutherland.

Importance

Bien que Tommy Douglas n’ait pas réalisé son rêve d’un Canada socialiste, lui et ses collègues ont eu une influence considérable sur le gouvernement. Des programmes comme l’Assurance maladie, le Régime de pensions du Canada, ainsi que le droit à la négociation pour les travailleurs de la fonction publique ont été d’abord défendus par Tommy Douglas et son parti, et sont aujourd’hui généralement acceptés au Canada.


Les oeuvres sélectionnées de
Tommy Douglas

Lecture supplémentaire

  • T.C. Douglas, The Making of a Socialist, ed, L.H. Thomas (1982); T.H. McLeod and I. McLeod, Tommy Douglas: The Road to Jerusalem (1987); Doris Shackleton, Tommy Douglas (1975).