Origine et formation

À sa création, en 1976, le TIFF s’appelle le « Festival des Festivals ». En effet, ses fondateurs, Bill Marshall, Dusty Cohl et Henk Van Der Kolk, décident de présenter à Toronto les meilleurs films en provenance d’autres festivals du monde entier en créant un festival de festivals. S’étant rendu compte que les invités étaient traités sans égards particuliers dans les autres festivals, ils s’efforcent d’attirer les principales productions hollywoodiennes en faisant de gros efforts sur l’hospitalité. Ils espèrent qu’une initiative de ce type permettra à la fois de consolider une industrie cinématographique canadienne encore jeune et fragile et de favoriser l’intérêt des professionnels du secteur, aussi bien dans le domaine artistique que dans le domaine commercial.

En 1994, le Festival est renommé Toronto International Film Festival (Festival international du film de Toronto). Cette même année, ses programmes, offerts tout au long de l’année, sont regroupés sous l’égide d’une nouvelle entité, le Toronto International Film Festival Group, officiellement rebaptisée TIFF en 2009.

Gestion

La structure de gestion du Festival connaît une croissance parallèle à son essor commercial et artistique, passant d’une petite équipe à une organisation de grande ampleur employant près de 300 personnes annuellement au sein de 33 départements. On retrouve notamment : le département « programmation », qui prend en charge le processus de sollicitation et d’examen aboutissant à la sélection officielle des films présentés lors du Festival; le département « développement » dont la mission consiste à obtenir les parrainages nécessaires à l’organisation et à au déroulement de cette manifestation de grande ampleur; le département « services au public », qui coordonne la logistique de l’ensemble des projections; le département « communications » responsable de la gestion publicitaire et des relations avec les médias.

Directeurs artistiques

Le titre et les fonctions du directeur artistique du TIFF ont évolué au fur et à mesure de l’essor du Festival lui‑même. À sa création, ce rôle est assumé par ses directeurs, Wayne Clarkson de 1978 à 1986, et Leonard Schein à compter de 1986. Cependant, la manifestation prenant de plus en plus d’ampleur, la structure s’étoffe et de nouveaux titres correspondant à des rôles plus spécialisés apparaissent. Helga Stephenson devient ainsi directrice générale de 1987 à 1994 et Piers Handling directeur de la programmation de 1987 à 1993. Ce dernier succède à Helga Stephenson en tant que directeur général de 1994 à 2018 et codirige le Festival avec Noah Cowan de 2004 à 2008, puis avec Cameron Bailey de 2008 à 2012. En 2012, ce dernier prend le titre de directeur artistique, Piers Handling occupant alors les fonctions de directeur et de président-directeur général. Avant l’édition 2017, Piers Handling annonce qu’il quittera ses fonctions après le Festival 2018.

Historique : le Festival des festivals (1976 à 1993)

Le premier Festival des festivals se déroule du 18 au 24 octobre 1976. Cette année‑là, les organisateurs ont prévu d’ouvrir la manifestation torontoise en présentant, en avant‑première, le film biographique sur Woody Guthrie Bound for Glory; toutefois, United Artists passe outre aux souhaits du réalisateur Hal Ashby et retire le film. Cette situation conduit les organisateurs à choisir, en remplacement, le film français Cousin, Cousine pour la soirée d’ouverture; au fil des ans, ils prennent l’habitude de programmer des films européens, plus faciles à obtenir, les producteurs d’Hollywood ayant toujours peur que Toronto ne « cannibalise » leur public.

Cette première édition donne lieu à des résultats mitigés, Toronto ne réussissant pas à faire venir des célébrités comme Jack Nicholson et Julie Christie. Même les médias locaux restent relativement indifférents. Cependant, le long métrage documentaire de Barbara Kopple, Harlan County, U.S.A., présenté en première devant un public enthousiaste, décrochera, quelques mois plus tard, un oscar, démontrant ainsi, dès sa première édition, que cette manifestation constitue un terrain idéal pour mettre un film à l’essai auprès du public.

Pour sa deuxième édition, le festival torontois est déplacé en septembre et les résultats s’améliorent nettement, les vedettes se faisant plus nombreuses et la presse affichant un intérêt plus marqué. L’année suivante, en 1978, il connaît une première soirée mémorable et controversée, le film du jeune et ambitieux producteur Robert Lantos, In Praise of Older Women, ayant dû, avant même la soirée d’ouverture, faire face aux foudres de la Commission de censure de l’Ontario. Les organisateurs exploitent au mieux cette controverse, et le battage médiatique qui s’ensuit, vendant plus de billets pour cette soirée qu’il n’y a de places disponibles, ce qui débouche pratiquement sur une émeute, des spectateurs munis de billets étant incapables de pénétrer dans la salle. Dès les débuts du Festival, sa composante professionnelle prend également de l’ampleur avec la création, respectivement en 1978 et en 1979, du Symposium et du Trade Forum.

Les premières années, la manifestation torontoise doit faire face à la concurrence du Festival des films du monde de Montréal (FFM), ces deux festivals canadiens se disputant les films, les vedettes et l’attention des médias et du public. La rivalité est si intense que le directeur du FFM, Serge Losique, aurait, dit‑on, retourné un certain nombre de films dans leur pays d’origine à l’issue du festival organisé dans la métropole québécoise, plutôt que de les envoyer immédiatement dans la capitale ontarienne. Cependant, au milieu des années 1990, Toronto a dépassé celui de Montréal, aussi bien sur le plan de son influence que sur celui de son importance.

Le festival torontois prend encore une envergure supplémentaire dans les années 1980, avec des hommages à Martin Scorsese en 1982 et à Robert Duvall en 1983, sous la responsabilité des critiques cinématographiques Roger Ebert et Gene Siskel. En 1981, il acquiert une nouvelle réputation d’endroit où se dessinent les tendances à venir. Diva, le film à suspense de Jean‑Jacques Beineix qui avait été un échec lors de sa sortie initiale en Europe, devient, dans la foulée de réactions et d’un bouche‑à‑oreille extrêmement positifs à Toronto, un immense succès international du cinéma d’art et d’essai. Cette même année, Chariots of Fire remporte le Prix du public avant de décrocher l’Oscar du meilleur film au printemps suivant.

En 1983, un millésime qui va s’avérer constituer, pour le Festival, une année charnière, les organisateurs introduisent le programme Contemporary World Cinema mettant en vedette le cinéma international. Cette édition s’ouvre avec The Big Chill de Lawrence Kasdan, Columbia Pictures, doutant du potentiel du film, choisissant de le projeter à Toronto pour le mettre à l’essai auprès de « vrais » spectateurs. Cette première de la soirée d’ouverture attire des vedettes comme Glenn Close, Kevin Kline et William Hurt, qui choisissent de se rendre dans la salle de projection à pied plutôt que d’utiliser une limousine. The Big Chill remporte le Prix du public et devient l’un des plus grands succès de l’année, décrochant trois sélections pour les Oscars, notamment dans la catégorie Meilleur film.

L’année suivante, le Festival présente un hommage à Warren Beatty et les vedettes s’y pressent de plus en plus nombreuses au fur et à mesure que sa réputation grandit et que l’ampleur de la manifestation s’accroît. Les soirées festives qu’on y organise se font de plus en plus chics et exclusives. Les films, canadiens, étrangers ou indépendants, qui obtiennent un immense succès international après des débuts à Toronto — comme Le déclin de l’empire américain (1986) et Jésus de Montréal (1989) de Denys Arcand ainsi que Mujeres al borde de un ataque de nervios de Pedro Almodóvar en 1988 — se multiplient.

En 1988, le Festival lance le programme Midnight Madness qui propose des projections de fin de soirée pour les amateurs de films d’horreur et de cinéma alternatif. Le programme prend de l’ampleur et finit par devenir un minifestival autonome, rencontrant même un immense succès populaire en 1992, année où Quentin Tarantino aurait assisté à toutes les projections. Toronto organise sa première exposition en 1993 avec The Strange Objects of David Cronenberg’s Desire, qui sera ensuite montrée dans de nombreux musées dans le monde entier.

Toutes ces années ont permis de démontrer la validité de la recette du Festival des festivals. En combinant battage médiatique, attraction exercée par les vedettes internationales et manifestations professionnelles, le Festival de Toronto a prouvé qu’il était en mesure de propulser des films différents, plus marginaux, pour leur faire suivre une trajectoire similaire à celle des superproductions hollywoodiennes.

Historique : le Festival international du film de Toronto (1994 à aujourd’hui)

Le Festival des festivals devient le Festival international du film de Toronto (TIFF) en 1994. Cette même année, le TIFF lance Planet Africa, un programme qui durera jusqu’en 2005 consacré au cinéma et aux films de la diaspora africaine.

Tout au long des années 1990, la réputation du Festival ne fait qu’augmenter, le nombre de réalisateurs, de distributeurs et de producteurs à reconnaître l’intérêt et l’importance d’un festival ouvert au public ne cessant de croître. Son statut évolue à un tel point que le magazine Variety n’hésite pas à écrire, en 1998 : « Seul Cannes peut prétendre dépasser le Festival de Toronto quant à la médiatisation des films qu’on y projette, quant aux vedettes qui s’y pressent et quant à l’activité commerciale qui s’y déroule. » En 1999, le National Post cite le critique de cinéma Roger Ebert qui affirme : « Bien que Cannes soit toujours devant sur le plan de la taille, Toronto est aujourd’hui le plus utile et le plus actif. »

On peut considérer que l’année 1999 constitue, à cet égard, un point de basculement lorsque American Beauty, le film satirique sur la vie d’une famille banlieusarde typiquement américaine du réalisateur Sam Mendes, est projeté en première mondiale lors du Festival et remporte le Prix du public. Positionné d’un point de vue marketing comme le film collant de plus près à l’esprit du temps, il remporte cinq oscars, dont celui du meilleur film. Le rôle et le prestige du TIFF en tant que plateforme idéale de lancement pour les Oscars s’en trouvent définitivement consolidés, sa réputation en la matière ne faisant que s’accroître au cours des cinq années suivantes lorsque d’autres films ayant remporté le Prix du public — Crouching Tiger, Hidden Dragon en 2000, Amélie en 2001, Whale Rider en 2002 et Hotel Rwanda en 2004 — jouent ensuite un rôle important dans la course aux Oscars, se retrouvant sous le feu des projecteurs médiatiques et obtenant, in fine, un grand succès critique et commercial.

La notoriété dont jouit le TIFF en tant que festival axé sur le public en phase avec les goûts des spectateurs du monde entier franchit encore un palier en 2008 avec Slumdog Millionaire de Danny Boyle, une comédie dramatique indépendante sur un ado de Monbaï qui s’efforce de retrouver son amour perdu depuis longtemps. Dans un premier temps, le producteur avait prévu de distribuer Slumdog directement en vidéo avant que le film ne devienne la révélation et le succès surprise de la manifestation torontoise et ne remporte le Prix du public. Finalement, sorti en salle par Fox Searchlight Pictures, il réalise plus de 375 millions de dollars de recettes dans le monde entier et remporte huit oscars.

En 2009, pour la première fois depuis des années, c’est un film non canadien, Creation, la biographie filmée de Charles Darwin du réalisateur britannique Jon Amiel, qui fait l’ouverture du Festival. Depuis, le TIFF s’est souvent ouvert avec des films d’Hollywood, notamment Looper en 2012, The Judge en 2014, The Magnificent Seven en 2016 et Borg/McEnroe en 2017.

À compter de 2014, le Festival transforme une section de la rue King Ouest, à l’extérieur de la TIFF Bell Lightbox, en Festival Street, une promenade piétonnière proposant aux festivaliers de la musique, des activités diverses, des détournements éphémères et impromptus de lieux et des camions de cuisine de rue.

TIFF Bell Lightbox

En 2003, le TIFF dévoile ses plans de construction d’un centre ouvert toute l’année destiné à héberger le Festival et ses programmes affiliés. Le complexe TIFF Bell Lightbox, situé entre les rues King, John et Widmer dans le quartier des divertissements de Toronto, est construit sur un ancien site de lavage de voitures, appartenant aux parents du cinéaste Ivan Reitman et offert par sa famille. La conception architecturale est confiée à Kuwabara Payne McKenna Blumberg et les travaux de construction débutent en 2007. Le TIFF Bell Lightbox ouvre à l’occasion du Festival 2010 avec la première mondiale de Trigger du réalisateur Bruce McDonald.

Outre trois étages de bureaux, ce complexe héberge cinq cinémas publics offrant une programmation à l’année, la Film Reference Library, des galeries, des centres d’apprentissage et deux restaurants au rez-de-chaussée d’un immeuble de logements en copropriété. Le centre accueille également, chaque année, de nombreuses expositions : on a notamment pu y voir des œuvres d’art de Tim Burton, une collection d’œuvres de David Cronenberg, une exposition Federico Fellini et une présentation de souvenirs de James Bond.

Programmation canadienne

C’est une rétrospective consacrée au cinéma québécois qui met, en 1977, pour la première fois plus particulièrement à l’honneur le cinéma canadien, tandis qu’une rétrospective David Cronenberg, en 1983, contribue à mieux faire connaître le travail de ce réalisateur auprès du grand public. En 1984, le Festival lance le programme Perspective Canada qui offre une certaine visibilité aux cinéastes canadiens en leur réservant une section au sein de l’ensemble de la programmation. Perspective Canada permet de favoriser l’éclosion de nombreux réalisateurs locaux tandis que d’autres y voient leur carrière littéralement s’envoler, tout particulièrement Atom Egoyan, mais également Bruce McDonald, Denys Arcand, Jean‑Claude Lauzon, Léa Pool, Don McKellar, Peter Mettler, Patricia Rozema, John Greyson, Clément Virgo, Deepa Mehta et Jeremy Podeswa.

Cette même année 1984, la grande manifestation cinématographique torontoise contribue à la création d’une liste de référence pour le cinéma canadien en demandant à des critiques de voter pour les dix meilleurs films canadiens de tous les temps. Les œuvres choisies s’ajoutent à d’autres classiques canadiens dans le cadre de la rétrospective Northern Lights qui offre, à l’occasion de cette édition, le plus grand nombre de films canadiens jamais présentés en une même occasion. Le TIFF continue à mener, environ tous les dix ans, cette enquête pour établir ce palmarès. À compter de 2001, le Festival lance Canada’s Top Ten, une liste non classée des meilleurs films canadiens de l’année, courts et longs métrages, sélectionnés par un jury indépendant de réalisateurs, de journalistes et de professionnels du secteur.

Certains reprochent toutefois au programme Perspective Canada de « ghettoïser » les artistes canadiens et les organisateurs décident de le dissoudre en 2004 pour intégrer les films canadiens dans le cadre des divers autres programmes. Symboliquement, cette dissolution résonne comme l’affirmation que de nombreux réalisateurs canadiens n’ont rien à envier à leurs homologues étrangers.

D’autres programmes réservés aux œuvres canadiennes comme Canada First!, présentant exclusivement des premiers films, et Short Cuts Canada, consacré aux courts métrages, sont également inclus dans les sections internationales du Festival, respectivement en 2012 et en 2015. Dans le même ordre d’idées, le TIFF programme régulièrement des classiques canadiens, de 2003 à 2007, dans le cadre de la section Canadian Retrospective consacrée à un réalisateur et, de 2000 à 2011, dans la catégorie Canadian Open Vault qui met à l’affiche un film unique. Ces deux programmes seront finalement fusionnés pour constituer la TIFF Cinematheque.

Controverses

Au fil des ans, la croissance du TIFF et son ampleur toujours plus importante donnent lieu à certaines controverses, les critiques lui reprochant de se rapprocher de plus en plus, dans son fonctionnement et dans sa logique, d’un modèle d’entreprise purement commerciale et de « vendre » son âme à Hollywood, oubliant que la projection de films hollywoodiens faisait bien partie de sa mission d’origine. Dans un article virulent publié après l’édition 2016 du Festival, le critique de cinéma du Variety Peter Debruge écrit que « le TIFF est devenu un dépotoir, présentant des centaines de nouveaux films sans conservation apparente ». Il ajoute même que « le directeur artistique Cameron Bailey accepte visiblement n’importe quel film mettant en vedette quelques personnalités connues — à condition qu’elles veuillent bien fouler le tapis rouge, évidemment ». De la même façon, des voix s’élèvent pour pointer du doigt l’envolée du prix des billets et pour critiquer, de façon récurrente, le système de billetterie lui‑même, les accusant de restreindre l’accès du plus grand nombre et de favoriser une certaine forme d’exclusivité. Le TIFF, en réaction à certaines critiques, réduit de 20 % le nombre de films de sa programmation de 2017, et il retranche deux de ses seize programmes et deux de ses onze salles de visionnement.

En 1978, le Festival connaît une première soirée mémorable et controversée, le film du jeune et ambitieux producteur Robert Lantos, In Praise of Older Women, ayant dû, avant même l’ouverture de la manifestation, faire face aux foudres de la Commission de censure de l’Ontario. Les organisateurs exploitent au mieux cette controverse, et le battage médiatique qui s’ensuit, vendant plus de billets pour cette soirée qu’il n’y a de places disponibles, ce qui débouche pratiquement sur une émeute, des spectateurs munis de billets étant incapables de pénétrer dans la salle.

En 2004, des militants des droits des animaux protestent avec colère contre le documentaire Casuistry: The Art of Killing a Cat, présentant le projet artistique de trois Torontois dans le cadre duquel ils avaient torturé et tué un chat, tout en filmant la scène (que l’on ne voit pas dans le film). Les manifestants exigent le retrait du film et, après le refus des organisateurs de céder à leurs injonctions, tentent d’empêcher l’accès des spectateurs aux projections. L’opposition s’avère tellement tapageuse et brutale que le programmateur qui avait sélectionné le film reçoit même des menaces de mort à domicile.

Le Festival suscite également la controverse lors du lancement, en 2009, du programme City to City qui met en vedette Tel‑Aviv en Israël. De nombreux réalisateurs et célébrités signent une pétition contre ce programme en alléguant que le TIFF se montrerait ainsi complice de la propagande israélienne « antiGaza ». En signe de protestation, le cinéaste canadien John Greyson décide de retirer son film de la programmation. (Les programmes City to City et Vanguard sont abandonnés en 2017.)

Sa réaction, en 2014, aux empiétements de plus en plus nombreux du Telluride Film Festival sur le statut de « premières » des films présentés à Toronto place également le Festival sous le feu des projecteurs. Telluride, un festival relativement modeste se tenant dans le Colorado auquel participent, pour l’essentiel, des professionnels, propose régulièrement en avant‑première, sans déclencher de controverses, des films faisant partie de la sélection du TIFF; toutefois, l’attention des médias se faisant de plus en plus marquée, il devient difficile de contenir les réactions avant la première officielle à Toronto. C’est dans ce contexte que, dans un appel à la transparence, le directeur artistique du TIFF, Cameron Bailey, annonce que désormais les films projetés à l’occasion de la première fin de semaine, si recherchée, devront impérativement être des premières mondiales ou nord‑américaines. Certains distributeurs décrivent cette décision comme « impérialiste ». Toronto a depuis assoupli sa position en choisissant plutôt de réserver, durant les quatre premières journées, les salles les plus en vue aux premières des films les plus médiatiques. Les spectateurs se montrent généralement indifférents aux premières présentées à Telluride, The Imitation Game et Room remportant, deux années de suite, respectivement en 2014 et en 2015, le Prix du public du TIFF.

Prix

Le Prix du public constitue la principale récompense, attribuée à la suite d’un vote des spectateurs, à l’occasion du TIFF. Outre les films mentionnés ci‑dessus, de nombreuses œuvres ayant connu par la suite une carrière remarquable ont également décroché ce prix, notamment The Princess Bride de Rob Reiner en 1987, Roger & Me de Michael Moore en 1989, Strictly Ballroom de Baz Luhrmann en 1992 et Amélie de Jean‑Pierre Jeunet en 2001. Trois films canadiens ont également, au cours des différentes éditions, remporté cette récompense : Le Déclin de l’empire américain de Denys Arcand en 1986, Le Jardin suspendu de Thom Fitzgerald en 1997 et Eastern Promises de David Cronenberg en 2007.

Petit à petit, le Prix du public a acquis un statut de « baromètre » pour la saison des prix, de nombreux vainqueurs ayant, par la suite, obtenu plusieurs sélections aux Oscars, notamment Shine en 1996, Life is Beautiful en 1998, Crouching Tiger, Hidden Dragon en 2000, Tsotsi en 2005, Precious: Based on the Novel ‘Push’ by Sapphire en 2009, The King’s Speech en 2010, Silver Linings Playbook en 2012, 12 Years a Slave en 2013, The Imitation Game en 2014, Room en 2015 and La La Land en 2016.

En 2009, les organisateurs ajoutent deux nouveaux prix du public pour les programmes Documentary et Midnight Madness. Le Festival propose également des prix FIPRESCI émanant de jurys de critiques cinématographiques internationaux pour les sections Special Presentations et Discovery.

Toronto attribue également des prix à des œuvres canadiennes, notamment pour le meilleur court métrage et pour le meilleur premier long métrage, des films comme Cube de Vincezo Natali en 1997, Last Night de Don McKellar en 1998 et Marion Bridge de Wiebke von Carolsfeld en 2002 ayant remporté ce dernier. Parmi les vainqueurs du prix décerné au meilleur long métrage canadien, on trouve Roadkill de Wiebke von Carolsfeld en 1989, Kanehsatake : 270 ans de résistance d’Alanis Obamsawin en 1993, Exotica et The Sweet Hereafter d’Atom Egoyan en 1994 et en 1997, Atanarjuat (The Fast Runner) de Zacharias Kunuk en 2001, Les Invasions barbares de Denys Arcand en 2003, C.R.A.Z.Y. de Jean‑Marc Vallée en 2005, My Winnipeg de Guy Maddin en 2007, Incendies de Denis Villeneuveen en 2010, Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau en 2011 et Laurence Anyways de Xavier Dolan en 2012.

En 2015, le TIFF introduit un nouveau programme compétitif, Platform, nommé ainsi d’après le film de Jia Zhangke qui offre un prix de 25 000 $ et cherche à donner un coup de pouce à des réalisateurs du monde entier s’affirmant comme des valeurs montantes du cinéma d’auteur. Le réalisateur canadien Alan Zweig est le premier lauréat de ce nouveau prix pour son documentaire Hurt à propos du coureur canadien Steve Fonyo. Cette même année, le Festival introduit son programme Primetime qui présente six émissions télévisées en provenance des quatre coins du monde.

Programmes annuels affiliés

Le TIFF soutient la culture cinématographique canadienne et internationale dans le cadre de différentes initiatives fonctionnant tout au long de l’année. L’une d’entre elles, Film Circuit est introduite en 1989 pour amener les films du Festival aux collectivités de tout le Canada mal desservies par les petits distributeurs. Le TIFF en prend le contrôle en 1995 et crée le festival Canada’s Top Ten en 2001. En 1990, Toronto reprend l’Ontario Film Institute et lance le projet Cinémathèque Ontario (aujourd’hui TIFF Cinematheque) un programme de recherche, d’organisation et de projection des grands classiques du cinéma mondial. Le Festival met en place la Film Reference Library qui abrite la collection en langue anglaise la plus étendue au monde de documents de recherche et d’objets cinématographiques.

En 1998, le TIFF lance le Festival Sprockets (devenu le TIFF Kids International Film Festival) ciblant un public familial. En 1999, le TIFF débute les projections de la série Talk Cinema (aujourd’hui Reel Talk) qui propose des projections en avant‑première de nouveaux films suivies de débats. Les professionnels organisent également plusieurs initiatives par l’intermédiaire du TIFF, notamment PITCH CE depuis 2000, Talent Lab depuis 2004 et TIFF Rising Stars depuis 2011, qui visent à favoriser l’émergence de projets canadiens et à soutenir les cinéastes et les acteurs locaux.