Réformes urbaines



Réformes urbaines

Les réformes urbaines correspondent à un amalgame d'initiatives prises par des autorités municipales et des groupes de citoyens entre la fin des années 1890 et la fin de la Première Guerre mondiale, puis entre la fin des années 60 et le milieu des années 70, dans le but d'améliorer la qualité de vie en milieu urbain. Les premières réformes ont un caractère politique qui favorise la délégation de pouvoirs à des spécialistes soi-disant apolitiques. Une méfiance envers la démocratie locale, d'une part, et le sentiment que des mesures doivent être prises pour garder au pouvoir les gens ayant fait la preuve de leur talent, d'autre part, sous-tendent la réforme structurelle de l'administration locale.

Parfois, comme on préfère être gouverné par les personnes les plus compétentes, il arrive que les membres d'organismes municipaux soient nommés plutôt qu'élus. Les réformateurs assimilent la compétence reconnue au succès commercial ou, à mesure que de nouvelles professions, notamment dans les domaines de l'urbanisme, de la comptabilité et de la santé publique, prennent de l'essor, à une formation appropriée.

Il arrive rarement que les nouveaux organismes du GOUVERNEMENT MUNICIPAL empiètent sur les pouvoirs du maire et du conseil. Toutefois, l'installation en 1896 d'un bureau de contrôle à Toronto fait une légère entorse à la tradition d'une administration municipale composée d'un conseil et de comités permanents. Les membres de ce bureau finissent par être élus par un vote pris à l'échelle de la ville, ce qui contourne la politique de quartier, et ils disposent de pouvoirs spéciaux en matière de finances. Parmi les grandes villes qui adoptent ce genre de bureau figurent Winnipeg (1906), Ottawa (1907), Montréal (1909), Hamilton (1910) et London (1914). Un changement encore plus radical survient lorsque la direction d'une administration municipale est confiée conjointement à un maire et à un directeur municipal. En 1904, Edmonton embauche un commissaire municipal, poste équivalant à celui de directeur municipal. Des dispositions semblables sont prises à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick (1908), ainsi qu'à Regina, à Saskatoon et à Prince Albert en Saskatchewan (1911 à 1912). Bien après la période de réforme, de nombreuses municipalités québécoises, de même que Halifax et Victoria adoptent ce concept de directeur municipal.

La véritable délégation de pouvoirs à l'échelle municipale par les élus à des bureaucrates se fait pour l'administration de nouveaux services, à mesure que la RÉGIE PUBLIQUE prend de l'ampleur et amène la gestion des services de transport en commun, ainsi que la distribution de l'électricité par des commissions dont les membres sont nommés. D'autres commissions sont mises sur pied pour l'urbanisme et les parcs. La régie municipale n'est pas un concept nouveau. Entre les années 1850 et les années 1870, les grandes villes canadiennes prennent directement en charge des réseaux d'aqueducs ou en retirent le contrôle à des entreprises privées. Les réseaux de tramways des années 1870 et des années 1880, de même que les entreprises de production et de distribution d'électricité des années 1890, signent avec les villes des contrats de franchise leur permettant d'exploiter leurs réseaux. Toutefois, la réputation de ce système de franchise au profit du secteur privé est ternie par les griefs des consommateurs qui se plaignent des tarifs et du service. Dans de nombreuses grandes villes des Prairies, la mise en place de régies municipales est accompagnée de campagnes de publicité. En 1914, la ville d'Edmonton rehausse son image progressiste par la prise en charge de toute une gamme de services urbains : électricité, tramways et téléphone. À Montréal, des hommes d'affaires locaux exploitent des entreprises de services publics qui résistent aux critiques des partisans de la réforme. À Vancouver, les réseaux de tramways et d'électricité de la British Columbia Electric Railway appartiennent à des Britanniques. Même si la régie municipale est une cause défendue partout au Canada, ce qui en découle confirme les diverses identités régionales au pays.

Avant le début de la période de réforme, les préoccupations de SANTÉ PUBLIQUE donnent lieu à des réactions ponctuelles à certaines ÉPIDÉMIES sporadiques. Dans les années 1880, l'évolution des connaissances sur l'origine microbienne de la morbidité et l'expansion de la collecte de statistiques démographiques par le gouvernement contribuent à favoriser de vigoureuses campagnes de santé publique. Jusqu'à la fin des années 20, la plupart des grandes villes sont tributaires d'organismes bénévoles et d'un modeste budget de santé publique. Dans certaines collectivités, les médecins hygiénistes se servent des pouvoirs considérables que leur attribuent la législation provinciale de santé publique et les arrêtés municipaux adoptés entre 1900 et 1920 pour éliminer les toilettes extérieures, les logements surpeuplés, les aliments avariés et les lieux d'approvisionnement en eau contaminés. D'autres réformateurs sont très patriotiques et s'inspirent de la religion pour accomplir de bonnes oeuvres (voir MOUVEMENT SOCIAL GOSPEL). Des mouvements en faveur de terrains de jeux voient le jour pour insuffler aux enfants étrangers le caractère, les vertus et la propreté britanniques. Des centres d'oeuvres sociales administrés par des pionniers en travail social (dont All People's Mission à Winnipeg, dirigée pendant un certain temps par J.S. WOODSWORTH) tentent, de leur côté, d'améliorer les immigrants. Bien que condescendants, ces programmes sociaux ont des objectifs pratiques : le terrain de jeu est plus sûr que la rue et les centres d'oeuvres sociales offrent des cours de conversation anglaise.

L'essor démographique des villes canadiennes entre 1900 et 1920 fait du logement une préoccupation pour les réformateurs. Reconnaissant le besoin de remédier à l'insuffisance des logements, nombre de groupes discutent la faisabilité de la création de sociétés philanthropiques de logement. La plupart des projets sont abandonnés pendant la récession de 1913, puis le fragile mouvement philanthropique reçoit le coup de grâce pendant la Première Guerre mondiale.

L'urbanisme apparaît aussi pendant la première période de réforme urbaine, par suite de préoccupations liées au délabrement des rues et au manque de caractère des aménagements et immeubles municipaux. Des autorités municipales ou des groupes de citoyens chargent des urbanistes de concevoir une belle ville (voir CITY BEAUTIFUL, MOUVEMENT), dotée d'immeubles municipaux néoclassiques, de boulevards, de larges avenues et d'un meilleur tracé des réseaux ferroviaires. La guerre vient toutefois modérer cet optimisme. Vers la fin de la période de réforme, l'intérêt se tourne vers la santé, le logement et la mise en place efficace de services. Thomas ADAMS, embauché en 1914 comme conseiller en planification auprès de la COMMISSION DE LA CONSERVATION (1909), fait campagne en faveur de lois provinciales d'urbanisme qui viendraient étayer les pouvoirs des organismes municipaux d'urbanisme. C'est également lui qui supervise la reconstruction après l'EXPLOSION D'HALIFAX en 1917.

Les changements politiques survenus pendant cette période complexe de réforme augmentent les pouvoirs des experts municipaux, mais il n'est pas certains qu'ils aient réglé tous les problèmes. En effet, les élus et les administrateurs municipaux ne s'entendent pas, tandis que la multiplicité d'organismes sème la confusion dans la population. Malgré les améliorations apportées par les médecins hygiénistes, les urbanistes et les travailleurs sociaux, ces remises en question des décisions politiques prises à l'échelle des quartiers ne suppriment pas entièrement les anciennes pratiques. En outre, même si de nombreuses idées brillantes importées des États-Unis et d'Angleterre influencent les mesures prises au Canada, les réformes canadiennes restent modestes.

La seconde période de réforme a une dimension tout aussi internationale. Elle procède d'une réaction généralisée des démocraties occidentales contre la centralisation bureaucratique des pouvoirs et du rejet des doctrines mégalomanes. Dans les grandes villes canadiennes, des groupes de quartiers se mobilisent pour mettre fin à la construction de voies rapides, à des projets de démolition et de rénovation ainsi qu'à l'invasion du centre-ville par les gratte-ciel. City Magazine est un important porte-parole de ce mouvement dans les années 70. Le style politique fait aussi sa marque. John Sewell, maire de Toronto de 1978 à 1980, a toutes les qualités d'un réformateur : identification avec le militantisme communautaire et méfiance à l'égard des bureaucrates municipaux non élus. Des croisades sont organisées pour sauver des quartiers et contrer les transformations radicales du territoire. Certaines font appel aux intérêts personnels pour protéger les valeurs foncières. Dans de nombreuses grandes villes, les démarches sont entreprises trop tard pour sauvegarder des vieilles structures remarquables ou de vénérables quartiers résidentiels. Néanmoins, malgré sa courte existence, le second mouvement de réforme transforme la perception qu'ont de la ville les politiciens, les urbanistes et la classe moyenne. Il est désormais de bon ton de restaurer plutôt que de démolir, et l'urbanisme n'est plus forcément dominé par les exigences de la circulation automobile. Voir aussi HÉRITAGE CANADA ; LIEU HISTORIQUE ; AMÉNAGEMENT URBAIN ET RÉGIONAL.


Lecture supplémentaire

  • C. Armstrong and and H.V. Nelles, Monopoly's Moment: The Organization and Regulation of Canadian Utilities, 1830-1930 (1986); A.F.J. Artibise and G.A. Stelter, eds, The Usable Urban Past (1979); H. Kaplan, Reform, Planning and City Politics (1982); P. Rutherford, ed, Saving the Canadian City (1974) and "Urban Reform," Urban History Review 2, 76 (1976); John Weaver, Shaping the Canadian City (1977).