Article

Quartier chinois de Vancouver

Le quartier chinois de Vancouver abrite l’une des plus grandes et des plus anciennes communautés de Canadiens d’origine chinoise au Canada. Il est l’un des rares quartiers chinois historiques du pays à avoir échappé à la démolition massive de ses bâtiments les plus anciens. Il se distingue par son architecture unique, mélange de styles occidentaux et chinois. Le quartier chinois et le « nouveau quartier chinois » de Richmond comptent parmi les lieux les plus emblématiques de la culture chinoise à Vancouver.


Origines

Pendant des millénaires, les Tsleil-Waututh et les Squamish (voir Salish de la côte centrale) vivent dans la région que l’on appelle aujourd’hui le quartier chinois. Dès 1858, les premiers colons chinois commencent à s’y installer, attirés en Colombie-Britannique par une série de ruées vers l’or. Par la suite, de nombreux migrants chinois s’établissent sur les rives de l’inlet Burrard, dans la nouvelle ville de Granville, une nouvelle colonie axée sur l’industrie du bois. Les travailleurs chinois trouvent notamment du travail dans les scieries et dans les blanchisseries de Granville. En 1884, le Canada prolonge le chemin de fer du Canadien Pacifique (CP) jusqu’à Coal Harbour, ce qui augmente considérablement le peuplement de la région. En 1886, Granville fusionne avec la ville de Vancouver.

Deux hommes munis de pelles dans un fossé, dans une forêt montagneuse.

La communauté chinoise autour de Coal Harbour croît rapidement. Après l’achèvement du chemin de fer en 1885, d’anciens cheminots s’installent dans un camp de fortune près du terminus du CP. Les autorités municipales et de nombreux résidents blancs de Vancouver perçoivent les Chinois et le camp de Coal Harbour comme étant indésirables en raison de leur race. (Voir Racisme anti-asiatique au Canada.) En 1887, une foule composée d’environ 300 hommes blancs attaque le camp chinois de Coal Harbour. Ils saccagent les maisons et les commerces des Chinois pour les forcer à quitter la ville.

Chassés du centre de la ville, de nombreux immigrants d’origine chinoise s’installent sur les terres marécageuses autour de False Creek, à l’est de Vancouver. Ils y construisent des habitations et des commerces, donnant ainsi naissance au quartier chinois. Originaires pour la plupart du sud de la Chine, une région où on parle cantonais, leur influence culturelle contribue fortement à façonner le développement de ce secteur.

Débuts de son histoire

À la fin des années 1800, le quartier chinois de Vancouver connaît une croissance rapide. Après 1901, il devient le plus grand quartier chinois de la Colombie-Britannique, comptant la plus importante communauté chinoise de la province. De nombreux nouveaux immigrants chinois arrivent par le port de Vancouver et choisissent de s’établir dans ce secteur. Comme ils peuvent s’y exprimer dans leur langue, ils y éprouvent un sentiment de sécurité, de solidarité et d’appartenance culturelle. (Voir aussi Les langues chinoises au Canada.) Des entrepreneurs chinois y ouvrent leurs propres commerces. Ils importent et vendent des aliments et des produits chinois courants. Parallèlement, la communauté forme des associations claniques basées sur le nom de famille et le village d’origine en Chine. Ces associations fonctionnent comme des sociétés d’entraide pour soutenir leurs membres dans les moments difficiles.

Magasin de tissus Yick Lung Jin Merchant Tailors (marchand-tailleur)

À l’époque, la population se compose principalement de travailleurs chinois masculins. La plupart vivent dans des maisons de chambres communales avec d’autres hommes. Ils dorment dans des chambres à lits superposés par souci d’économie. Rares sont ceux qui peuvent se permettre d’acheter une propriété ou de louer une chambre individuelle.

La population du quartier chinois est entassée dans des bâtiments exigus, notamment parce que Vancouver rend difficile tout déménagement ailleurs. En effet, les résidents blancs des autres quartiers s’opposent souvent lorsqu’une personne d’origine chinoise tente de s’y installer. Ils négocient également des clauses restrictives en matière de logement, fondées sur des critères raciaux, dans certains secteurs de la ville. Leurs actions limitent aux seuls Blancs l’accès à la propriété. (Voir Ségrégation raciale des Canadiens d’origine asiatique.)

Une nouvelle émeute éclate à Vancouver en 1907, alimentée par la conviction chez les ouvriers blancs que les travailleurs asiatiques leur volent leurs emplois. Des foules furieuses envahissent le quartier chinois, et le quartier japonais voisin, et fracassent des fenêtres. La communauté chinoise réagit pendant les jours suivants. Des travailleurs domestiques, des blanchisseurs, des serveurs et des employés d’hôtels chinois font la grève pendant quelques jours.

La population blanche et les autorités municipales de Vancouver véhiculent souvent des stéréotypes sur le quartier chinois, le décrivant comme insalubre, surpeuplé et corrompu par la drogue et l’immoralité sexuelle. La police effectue des descentes dans les tripots et les fumeries d’opium dans le but de « nettoyer » le quartier chinois. En 1919, la ville interdit aux restaurateurs chinois d’employer des serveuses blanches, sous prétexte de protéger ces dernières de l’immoralité sexuelle des Chinois.

En 1923, le Canada adopte la Loi de l’immigration chinoise. Cette loi empêche pratiquement tous les nouveaux immigrants chinois d’entrer au Canada. (Voir Politiques contre l’immigration chinoise au Canada.) Dans les années difficiles qui suivent 1923, de nombreux Chinois s’installent dans le quartier chinois de Vancouver, ce qui fait augmenter la population chinoise tout au long des années 1920. Cependant, la crise des années 1930 touche durement la communauté chinoise de Vancouver. De nombreux ouvriers se retrouvent au chômage. De plus, les travailleurs chinois sans emploi reçoivent peu d’aide, contrairement à leurs homologues blancs. Pour protester, les résidents du quartier chinois organisent des manifestations et des pétitions contre la ville, demandant l’égalité de traitement. La population du quartier chinois culmine au début des années 1930, puis commence à décliner.

Changements d’après-guerre et activisme

Après la Deuxième Guerre mondiale, Vancouver se montre en apparence moins hostile envers sa population chinoise. L’alliance entre le Canada et la Chine pendant la guerre améliore l’image de la Chine aux yeux de nombreux Canadiens. (Voir aussi Les Sino-Canadiens de la Force 136.) En 1947, le Canada abroge la Loi de l’immigration chinoise.

En 1956, la Chambre immobilière de Vancouver met fin aux dispositions discriminatoires en matière de logement fondées sur des critères raciaux. (Voir Ségrégation raciale des Canadiens d’origine asiatique.) Dans les années 1950 et 1960, de nombreux Chinois réussissent à quitter le quartier chinois. De plus, comme les jeunes générations de la communauté dépendent moins des associations claniques du quartier chinois, plusieurs d’entre eux profitent de l’évolution de la situation pour déménager en banlieue.

À peu près à la même époque, Vancouver lance un projet de rénovation urbaine dans le quartier chinois, ce qui suscite des protestations. En 1949, dans le cadre d’un programme de suppression des bidonvilles, la ville démolit les immeubles bordant l’allée de Canton. Les autorités municipales se tournent ensuite vers Strathcona, un quartier résidentiel situé à l’est du quartier chinois, où résident de nombreuses familles d’origine chinoise. En 1958, la ville suspend les projets de développement à Strathcona. Elle propose plutôt de démolir les habitations existantes et de reloger les résidents dans les années suivantes. Ces plans deviennent une source constante de tension. En 1968, les résidents de Strathcona forment la Strathcona Property Owners and Tenants Association (association des propriétaires et locataires de Strathcona) pour s’opposer au réaménagement et à la démolition des immeubles existants. Grâce à leur plaidoyer, Strathcona échappe à la destruction. Vancouver débloque finalement des fonds pour réhabiliter les bâtiments existants au lieu de les démolir.

En 1967, le conseil municipal vote pour la construction d’une autoroute au-dessus de la rue Carrall, reliant cette dernière au viaduc Georgia. Ce projet aurait entraîné la destruction des commerces chinois sur la rue Carrall, en plus de séparer le quartier chinois du centre commercial du centre-ville de Vancouver. En signe de protestation, un groupe d’étudiants en architecture de l’Université de la Colombie-Britannique défile dans le quartier chinois. En même temps, les commerçants du secteur installent des banderoles noires dans leurs vitrines pour symboliser la mort imminente du quartier chinois, advenant la construction de l’autoroute. Face à cette opposition, le conseil municipal abandonne le projet en 1968. (Voir aussi Quartier chinois de la ville de Québec.)

Dans les années 1970, les résidents du quartier chinois se mobilisent une fois de plus, cette fois-ci au sujet de la viande grillée au barbecue. (Voir aussi Cuisine chinoise au Canada.) Les autorités sanitaires de la ville prétendent que les viandes grillées suspendues dans les vitrines du quartier représentent un danger pour la santé. En 1975, elles ferment les restaurants qui proposent ce type de plats. Les propriétaires forment alors le comité pour la sauvegarde des produits de barbecue chinois, le Committee To Save Chinese Barbecued Products. Ils demandent aux autorités sanitaires de prouver que ces viandes causent des intoxications alimentaires. Le comité engage un microbiologiste pour attester devant les médias que la méthode de cuisson utilisée par les restaurants permet d’éliminer toute bactérie pathogène présente dans la viande. Les autorités sanitaires, ne pouvant fournir aucun cas documenté d’intoxication alimentaire due à la consommation de viande grillée chinoise, reculent.

Nouvelle vague d’immigration chinoise

Le quartier chinois connaît un essor dans les années 1970 et 1980. En 1967, le Canada modifie ses politiques d’immigration afin d’abolir les restrictions fondées sur la race et la nationalité. Cela permet à de nombreux immigrants d’origine chinoise de s’installer au Canada. Plusieurs immigrants originaires de Hong Kong, où l’on parle le cantonais (voir Les langues chinoises au Canada) sont attirés par le quartier chinois, et certains s’établissent dans le secteur. L’investissement de la communauté chinoise de Hong Kong et les efforts de revitalisation soutenus par le gouvernement canadien permettent de financer la construction de nouveaux édifices, comme le Centre culturel chinois et le Jardin chinois classique Dr Sun Yat-sen.

Dans les années 1980, la population du quartier chinois diminue. Ses résidents déménagent vers les banlieues. À leur tour, les nouveaux immigrants chinois commencent à former de nouvelles communautés dans d’autres secteurs de la ville. Dans les années 1990 et au début des années 2000, un grand nombre d’immigrants en provenance de la Chine continentale s’installent au pays. Parlant principalement le mandarin, ils diffèrent culturellement et linguistiquement de l’ancienne communauté cantonaise du quartier chinois. Par conséquent, la plupart d’entre eux choisissent de s’installer dans la banlieue de Richmond. Grâce à leur présence, cette ville devient un « nouveau quartier chinois », profondément marqué par la culture et les coutumes du nord de la Chine et de la Chine continentale.

Un bâtiment de style architectural chinois traditionnel derrière des arbres, des rochers et un étang.

Quartier chinois au 21e siècle

Le quartier chinois traverse une période difficile pendant la pandémie de COVID-19. Celle-ci engendre des tensions économiques et une rhétorique anti-asiatique accusant les Chinois de propager le virus. (Voir Racisme anti-asiatique au Canada.) Ces facteurs entraînent la fermeture de certains commerces du quartier.

Il subit également la pression de l’embourgeoisement, ce qui le rend moins abordable. Il est situé entre des quartiers de plus en plus chers à l’ouest et le Downtown Eastside au nord-est, l’un des quartiers les plus pauvres du Canada. Cette situation entraîne une augmentation des loyers, ce qui incite les résidents et les commerces bien établis à déménager.

En dépit des récentes pressions, l’engagement de la communauté permet de préserver une vie culturelle animée dans le quartier chinois. Des festivals et des défilés communautaires ont lieu tout au long de l’année pour célébrer la culture et le patrimoine chinois. Les célébrations les plus marquantes sont le Nouvel An lunaire et la Fête de la mi-automne. Des sociétés claniques historiques, comme la Wongs' Benevolent Association, une association de bienfaisance chinoise, et des centres culturels participent activement à la préservation de la langue et du patrimoine. De nouveaux musées et espaces d’exposition, comme le Musée canadien chinois et le Chinatown Storytelling Centre, transmettent l’histoire du quartier aux nouvelles générations. La Porte du millénaire et le Jardin chinois classique Dr Sun Yat-sen sont également des destinations touristiques populaires.

Les portes du quartier chinois au dessus d'une route. Plusieurs édifices sont présents le long de la rue.