La musique à Victoria

Victoria. Capitale de la Colombie-Britannique. Fondée en 1843 sur la pointe méridionale de l'île de Vancouver comme comptoir de la Compagnie de la Baie d'Hudson appelé Fort Victoria, la ville comptait 148 adultes en 1855.
Victoria. Capitale de la Colombie-Britannique. Fondée en 1843 sur la pointe méridionale de l'île de Vancouver comme comptoir de la Compagnie de la Baie d'Hudson appelé Fort Victoria, la ville comptait 148 adultes en 1855.


Victoria. Capitale de la Colombie-Britannique. Fondée en 1843 sur la pointe méridionale de l'île de Vancouver comme comptoir de la Compagnie de la Baie d'Hudson appelé Fort Victoria, la ville comptait 148 adultes en 1855. Quatre mois après la découverte des gisements d'or du fleuve Fraser en 1858, la population était passée à 20 000 âmes, et la ville prospérait comme centre d'approvisionnement et point de départ d'expéditions vers la terre ferme. Victoria fut incorporée comme cité en 1862 et désignée capitale de la Colombie-Britannique en 1868. La ruée vers l'or du Klondike en 1897 contribua encore à accroître la population de Victoria. En 1986, 255 545 habitants vivaient dans la région de la capitale. L'isolement géographique de Victoria par rapport au continent eut pour effet de limiter sa croissance industrielle et d'inciter les citoyens à se suffire à eux-mêmes, en particulier dans les arts d'interprétation.

On rapporte qu'en 1850, les seuls instruments musicaux existant à Fort Victoria étaient la flûte et le violon du plus gros commerçant, John Tod. Le premier piano arriva d'Europe en 1853, après un long voyage via le cap Horn. On put entendre un premier mélodéon à l'église du district de Victoria en 1858. Un orgue mécanique avec 30 mélodies arriva l'année suivante et un orgue à tuyaux, fabriqué par J.W. Walker and Sons de Londres, fut installé à l'église anglicane Saint John the Divine (plus tard Saint John's). La vague de prospecteurs qui descendirent à Victoria en 1858-59 amena assez d'instrumentistes pour qu'Arthur T. Bushby et le juge Matthew Baillie Begbie (plus tard juge en chef de la Colombie-Britannique) puissent fonder la première Victoria Philharmonic Society, qui donna son premier concert le 6 mai 1859 sous la direction de John Bayley, inspecteur de police, et avec la participation de son fils qui joua un solo de clarinette. Cette société d'amateurs fut éphémère, mais d'autres suivirent bientôt : la Germania Singverein (mai 1861, probablement la première société musicale allemande du Canada), les Enfants de Paris (août 1861), la Victoria Musical Society (1864, fusion de deux fanfares) et un glee club (1866).

La présence d'un établissement naval (d'abord britannique, puis canadien) à Esquimalt, à peu de distance, fut un important facteur de soutien pour les sociétés musicales de Victoria. Dès le début, les officiers navals et les instrumentistes de l'harmonie contribuèrent à des exécutions musicales. William K. Horne, payeur adjoint du HMS Ganges (poste du Pacifique, 1857-60), composa la Vancouver Island Waltz en 1860 qui, à l'exception de « Valentine », pièce inachevée de Bushby (1859), fut probablement la première musique locale. Elle est conservée aux archives provinciales de la Colombie-Britannique.

Au cours des 25 dernières années du XIXe siècle, l'Amateur Dramatic and Operatic Society locale ainsi que des compagnies d'artistes de passage et des troupes d'opéra italiennes et anglaises présentèrent des opéras et d'autres oeuvres. Pour sa première production, la société choisit le pastiche Love in a Village de Thomas Arne, joué le 15 avril puis le 3 juin 1880. Un groupe d'amateurs formé spécialement pour l'occasion inaugura le nouveau Victoria Theatre les 16 et 17 octobre 1885 en présentant The Pirates of Penzance. En 1886, la première Victoria Operatic Society produisit The Chimes of Normandy suivi de Blind Beggars (1886), Erminie (1890), The Pirates of Penzance (1892) et The Mikado (1894). Ensuite la société passa à l'opéra avec Il Trovatore (1895) et Martha (1895) puis enchaîna avec de nombreux autres spectacles jusqu'en 1908. Au nombre des compagnies d'opéra en tournée, il faut citer la Juch Grand English Opera Compagny des É.-U. qui présenta en 1890 Faust, Der Freischütz, The Bohemian Girl et Carmen. Herbert Kent, chroniqueur musical de Victoria, fit remarquer que « le vieux théâtre Royal de la rue Government était très souvent réservé par les compagnies d'opéras et que, contrairement à ce qui s'était passé au cours des dernières années, ces organisations trouvaient profit à tenir l'affiche avec des productions de grand opéra pendant trois ou quatre jours et souvent pendant toute une semaine » (« Musical chronicles of early times », Daily Times, Victoria, 14 décembre 1918). Parmi les productions musicodramatiques présentées à Victoria figurent plus de 30 pantomimes de Noël montées par Reginald Hincks (1909-47). Au cours de la Première Guerre mondiale, Hincks mit aussi en scène des divertissements musicaux mensuels pour venir en aide à la Croix-Rouge. Johanna Gadski chanta le 8 novembre 1912 pour le Victoria Ladies' Musical Club fondé en 1906. Le Princess Theatre, où se produisirent les Dumbells, ouvrit en 1911 mais ferma ses portes en 1961. Le plus vaste auditorium de Victoria, le Royal Theatre de 1450 sièges, fut inauguré le 29 décembre 1913.

La première exécution du Messie de Haendel à Victoria, le lundi de Pâques de 1887, avec un choeur de 102 voix dirigé par Enrico Sorge, fut le point de départ d'une tradition. En 1892, sous la direction de William Greig, se constitua l'Arion Club (voir Arion Male Voice Choir), le plus ancien choeur profane du Canada toujours en activité en 1992, année de son centenaire. George Taylor et Howard Russell firent répéter le choeur de 250 voix qui chanta au Cycle des festivals de musique de 1903. Au cours de sa tournée d'adieu, Emma Albani chanta avec la Victoria Musical Society, choeur dirigé par Gideon Hicks, dans une exécution de The Rose Maiden de Cowen's (mai 1906). La Victoria Choral Society de Hicks donna un premier concert en 1910.

Parmi les premiers facteurs et techniciens d'instruments de Victoria, citons.John Bagnall (reconnu pour avoir construit le premier harmonium en 1872 et deux pianos en 1874); ses successeurs, Charles Goodwin et G.W. Jordan (qui ont construit leur premier piano droit en 1886 et leur premier piano à queue en 1890); et William Seeley (qui modifia en 1860 l'orgue mécanique de la cathédrale Christ Church pour pouvoir le jouer avec un clavier). Un des pianos de Goodwin et Jordan est conservé au musée historique de Craigdarroch Castle. Des recherches systématiques sur la vie musicale de Victoria au XIXe siècle - relevé très poussé des sources dont les données ont été mises sur ordinateur - furent entreprises par Dale McIntosh à l'Université de Victoria à la fin des années 1970.

Victoria s'est distinguée par son caractère britannique et on ne devrait pas s'étonner de ce que toutes les grandes personnalités musicales de la première moitié du XXe siècle énumérées ici furent Anglais de naissance. Jesse A. Longfield fut o. m. c. à l'église presbytérienne Saint Andrew's (1903-39). Stanley Bulley, organiste à la cathédrale Christ Church, dirigea la Victoria Choral and Orchestral Union (fondée en 1934) avec laquelle il présenta des oratorios d'une haute qualité d'exécution. Graham Steed fut organiste à la cathédrale durant les années 1950. George Jennings Burnett, o. m. c. à l'église anglicane Saint John's, fut le compositeur le plus prolifique de la ville. Leslie Grossmith, aussi compositeur, fut davantage connu comme chef d'un orchestre de théâtre et metteur en scène d'opéras. Stanley Shale et Gertrude Huntly Green (seule musicienne d'origine canadienne mentionnée ici) furent de remarquables professeurs de piano. Le célèbre Empress Hotel de Victoria fut l'hôte des festivals du CP en 1929 et 1930. William (Billy) Tickle (qui était attaché au local de l'AF of M à Victoria) dirigea les orchestres de danse de la salle de bal de l'hôtel, et son trio y joua à l'heure du thé durant plus de 30 ans (v. 1927-60).

Le Victoria Ladies' Musical Club (1906-30) et son successeur, la Victoria Musical Art Society, parrainèrent des récitals d'artistes locaux et invités. Plusieurs orchestres furent actifs à Victoria, mais la majorité connurent une existence brève. La première Victoria Amateur Orchestra, créée en 1878 par Coote M. Chambers, ne donnait déjà plus de concerts en 1900. D'autres tentatives pour constituer des orchestres furent réalisées par Frank Watkis (1903-04), Louis Turner (1909-11), Edward George Wickens (1913), Benedict Bantly (1914) et Gertrude Huntly Green (1918), mais toutes furent éphémères. En 1921, un nommé Jose Rodriguez organisa la Victoria Orchestra Society, deuxième organisation à adopter ce nom. Cette société prospéra durant plusieurs années sous la direction de Drury Price (1922-25), Wilfred A. Willett (1926-38) et Alfred Prescott (1938-39). On peut considérer ces orchestres comme les prédécesseurs de l'Orchestre symphonique de Victoria formé en 1941 sous la direction de Melvin Knudsen. L'essor de ce dernier coïncida avec celui d'un orchestre de la marine stationnée sur le HMCS Naden après la Deuxième Guerre mondiale. La Naden Band a joué un rôle de premier ordre lors des célébrations du centenaire de la Colombie-Britannique en 1958 et a assuré l'accompagnement musical de la cérémonie du Coucher de soleil aux édifices législatifs provinciaux.

L'établissement naval à Esquimalt conféra à Victoria un rôle unique dans le domaine de l'éducation musicale après 1954, alors que l'École de musique de la Marine royale du Canada (rebaptisée École de musique des Forces canadiennes en 1968) fut fondée pour les musiciens d'harmonies, à la fois instrumentistes et chefs. La Victoria School of Music (ouverte en 1964 et rebaptisée Victoria Cons. of Music en 1968) et le dépt de musique de l'Université de Victoria (ouvert en 1967) accrurent considérablement les débouchés dans le domaine de l'enseignement. Ces développements, alliés à la croissance artistique et matérielle de l'OS de Victoria, ont attiré à Victoria des musiciens professionnels hautement qualifiés et entraîné la formation de plusieurs ensembles de chambre : le Trio Victoria (trio avec piano), le duo de pianistes Robin Wood et Winifred Scott, le Pacific Wind Quintet, le Baroque Ensemble du corps enseignant du conservatoire, l'Ars Nova Ensemble (formé d'instrumentistes de l'orchestre symphonique), le Chamber Music Victoria, l'Eine Kleine Summer Musik et les Island Chamber Players. Certains de ces groupes se sont produits ailleurs au Canada, aux États-Unis et à la SRC.

La musique chorale est bien représentée par l'Arion Male Voice Choir, les Amity Singers, les Linden Singers, la Victoria Choral Society et plusieurs autres groupes. La Victoria Operatic Society, société d'amateurs, s'est limitée à la présentation de comédies musicales et d'opérettes populaires. Le conservatoire et l'université ont créé des ateliers d'opéra, le premier sous la direction de Catherine Young et Selena James, et la seconde sous celle de Bernard Turgeon (1978-89), Susan Young (1989-91) et Alexandra Browning (à partir de 1991). En 1926, on organisa le Victoria Music Festival qui cessa toute activité en 1939 par manque d'intérêt. Il reprit vie en 1949 sous le nom de Greater Victoria Music Festival, mouvement dirigé par J.F.K. English (alors ministre adj. de l'Éducation pour la Colombie-Britannique) et sa femme Ada. En 1991, ce festival-concours menait toujours une existence florissante.

L'éducation musicale a toujours joué un rôle important dans les écoles de Victoria. Dès 1914, la Victoria High School possédait un orchestre dirigé par E.H. Russell. Les ensembles à cordes de ces écoles ont progressé grâce à Ira Dilworth, Alfred Prescott, Harold Taylor et Dorothy (Hopgood) Evans, et la musique chorale grâce à Fred Waddington, Norma P. Douglas, Lorna Griffiths et Laurie Walker. À partir des années 1950, les ensembles à vent devinrent une force musicale dominante dans les écoles secondaires et furent entretenus surtout par Howard Denike, David Dunnet, Fred Hagen et Tom White. Au milieu des années 1980, le jazz devint une force auxiliaire importante dans les écoles secondaires, dont plusieurs ensembles reçurent une reconnaissance nationale en ce domaine sous la direction d'Eileen Cooper (jazz vocal) et Brian Lillos (jazz instrumental)

Au cours des années 1980, les principales salles de concert étaient le Royal Theatre (acquis par la ville en 1973, et attribué comme salle régulière à l'OS de Victoria) et la McPherson Playhouse de 835 places (également propriété de la ville). Une nouvelle salle de concert et un nouvel auditorium furent ouverts en 1979 sur le campus de l'Université de Victoria. La ville est le site de la Johannesen International School of the Arts et de son pendant, le Festival international de Victoria.

Victoria est la ville natale de John Beckwith, Robert Creech, la soprano Jeannette Dagger, Richard Eaton, David Foster, Hugh Fraser, Phylis Inglis, Pat Patterson, Neil Swainson, Philip Thomas, Dennis Tupman, Ian Tyson, Timothy Vernon, Robin Wood et Nelly Furtado. Parmi les musiciens associés à la vie musicale de Victoria figurent Murray Adaskin, Ian Bradley, John Celona, Frank Churchley, Don Cowan, Anthony Genge, Malcolm Hamilton, Earl Hobsob, Paul Horn, Sydney Humphreys, William Kinderman, Rudolf Komorous, Erika Kurth, Gordana Lazarevich, Stanley McCartney, Peter McCoppin, Ian McDougall, Dale McIntosh, Walter Prossnitz, John Sawyer, Eric Schwandt, Rodney Sharman, Shari Ulrich, Owen Underhill et Valdy.


Lecture supplémentaire

  • 'Victoria Symphony Orchestra,' MCan, vol 5, Dec 1924

    Learoyd, Eileen, 'At 77, Reginald Hincks still giving Victoria Christmas pantomime treat,' Victoria Daily Colonist, 12 Dec 1948

    Nesbitt, James K. 'Old homes and families,' ibid, 25 Sep 1949

    Palmer, Charles. 'Music in Victoria, BC,' MT, Jul 1957

    Salisbury, Dorothy E. 'Music in British Columbia outside Vancouver,' CMJ, vol 2, Summer 1958

    Smith, Dorothy Blakey. 'Music in the furthest west a hundred years ago,' ibid

    Steed, Graham. 'The rebuilding of Christ Church Cathedral organ, Victoria, British Columbia,' ibid

    Johnson, Audrey St Denys. 'Music on Vancouver Island,' PfAC, Winter 1963

    MacMillan, Keith. 'Report from Victoria,' CMB, 2, Spring-Summer 1971

    Garvie, Peter. 'The virtues of limits,' CanComp, 65, Dec 1971

    Gibbard, Donald. 'Music in the early days in Victoria,' British Columbia Music Educator, vol 28, Spring 1975

    Adaskin, Murray. 'Victoria: more beauty than meets the eye,' Mcan, 35, Apr 1978

    Mirtle, Jack. The Naden Band: A History (Victoria 1990)

    Documentary History of Music in Victoria

    History of Music in British Columbia

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