Vieillissement

Le vieillissement est un processus biologique, psychologique et social continu qui se produit depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse. Par convention, le terme désigne au sens strict la transition de l'âge adulte à la vieillesse.

Vieillissement

Le vieillissement est un processus biologique, psychologique et social continu qui se produit depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse. Par convention, le terme désigne au sens strict la transition de l'âge adulte à la vieillesse. Le vieillissement de la population réfère à la baisse du nombre relatif des personnes jeunes et à l'accroissement du nombre relatif des personnes âgées. Sauf à quelques courts moments de son histoire, la population canadienne vieillit depuis ses débuts.

Contexte historique

Le caractère social de la vieillesse a connu une remarquable transformation au cours du XXe siècle. Par le passé, les aînés d'une communauté étaient définis moins par leur âge chronologique que par leur ancienneté au sein d'une institution, particulièrement à l'intérieur de la famille. Être âgé signifiait occuper une position particulière dans un système de générations - avoir des enfants d'âge adulte et des petits-enfants - plutôt que d'être membre d'un groupe d'âge défini par l'année de sa naissance. Ainsi, l'âge auquel on était reconnu comme étant vieux variait selon les individus.

La pratique contemporaine qui consiste à considérer comme personnes âgées toutes celles qui dépassent l'âge de 65 ans est historiquement unique. Elle découle d'une autre pratique particulière au XXe siècle : celle de mettre à la retraite à un âge fixe les travailleurs et les travailleuses aînés sans égard à leurs capacités physiques et intellectuelles. Jusqu'à une époque avancée de ce siècle, la plupart des gens continuaient de travailler jusqu'à leur mort ou jusqu'à l'apparition d'une incapacité extrême. La retraite était le privilège des riches. En 1921, 60 p. 100 de tous les hommes âgés de plus de 65 ans faisaient partie de la Population active. En 1951, ce taux était passé à 40 p. 100 et en 1996, à moins de 10 p. 100.

La retraite, en tant que principe général de gestion de la main-d'oeuvre, est rendue possible par la mise en place d'un système de prestations de retraite, tels les régimes de Pension de vieillesse, aussi bien publics que privés. Aujourd'hui, la transition à la vieillesse se définit avant tout par la relation de l'individu avec l'économie. Ce n'est que dans ce contexte que l'on peut comprendre la pratique conventionnelle contemporaine de désigner comme aînés tous ceux et celles qui ont 65 ans et plus.

Il vaut aussi la peine de noter que beaucoup d'hommes et de femmes prennent aujourd'hui leur retraite bien avant l'âge de 65 ans. En effet 38 p. 100 des femmes et 27 p. 100 des hommes quittent maintenant le marché du travail avant l'âge de 60 ans. Parmi ceux et celles qui sont encore employés, moins de 40 p. 100 disent vouloir rester sur le marché du travail jusqu'à l'âge de 65 ans.

Adaptation au vieillissement

Au cours de l'histoire, hommes et femmes ont tenté en vain de percer le secret d'une vieillesse heureuse. Contrairement à la croyance populaire, plusieurs recherches montrent que la retraite ne nuit pas de façon notable au bien-être des aînés. Si elle s'accompagne d'un revenu suffisant pour prévenir une baisse significative du niveau de vie, plusieurs individus la perçoivent comme une libération des conditions de travail pénibles et aliénantes. De fait, ce qui distingue le plus le caractère de la vieillesse contemporaine, c'est qu'il n'est plus nécessaire pour les femmes et les hommes âgés de travailler jusqu'à tomber malade ou mourir. Comme dans le cas des jeunes, cependant, le bien-être et le moral des aînés sont menacés par un mauvais état de santé, un revenu inadéquat et la mort des êtres chers. Ce qui est particulier à la vieillesse, c'est le risque accru de ces trois conditions et l'absence de soutien adéquat de leur communauté lorsque ces conditions se produisent. Et, pour les raisons susmentionnées, ces trois conditions sont davantage susceptibles de frapper les femmes âgées que les hommes âgés.

Vieillissement de la population

En 1851, il y avait au Canada 65 000 personnes âgées de 65 ans ou plus, soit moins de 3 p. 100 de la population. En 1996, ce sont 12 p. 100 de la population qui répondent à cette définition conventionnelle de la vieillesse, et l'on prévoit que cette proportion atteindra 18,7 p. 100 en 2025. En 1996, l'âge moyen des Canadiens est de 35 ans, le plus élevé à ce jour. Le vieillissement de la population commence dès le XIXe siècle dans des pays comme la France et la Suède et, depuis 1900, il est une caractéristique des nations hautement industrialisées. L'augmentation de la longévité se situe cependant dans la proportion des jeunes. Comme leur nombre diminue, la proportion des aînés s'accroît dans l'ensemble de la population. Les deux principales sources contribuant au renouvellement des jeunes sont l'immigration et la fécondité.

Les immigrants internationaux sont plutôt de jeunes adultes qui cherchent à améliorer leur situation économique. Tout accroissement de l'immigration au Canada modifiera considérablement la part relative de la population âgée canadienne au cours du prochain siècle. Le taux de fécondité exceptionnellement élevé qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale explique le nombre relativement important de personnes âgées que l'on prévoit pour le prochain siècle. La génération du Baby-boom, née dans les années 50 et au début des années 60, est comparable à une bulle qui grimpe les échelons de la pyramide des âges. En l'an 2030, les derniers nés de cette génération auront atteint l'âge de 65 ans.

Une conséquence des taux d'immmigration et de fécondité exceptionnellement élevés de l'après-guerre est que le vieillissement de la population a progressé plus lentement au Canada. Dans les pays comme la Suède, l'Autriche et l'Allemagne, les personnes âgées représentent déjà plus de 16 p. 100 de la population. Parmi les nations industrialisées, seul le Japon a une population sensiblement plus jeune que celle du Canada.

Les problèmes que l'on impute souvent à une société vieillissante sont à la fois d'ordre social et économique. Les coûts croissants des mesures destinées à subvenir aux besoins d'une population âgée, les conséquences sur la productivité et les obstacles à la mobilité des jeunes travailleurs au sein des entreprises ne contribueront, affirme-t-on, qu'à générer de nouveaux conflits sociaux entre jeunes et aînés. Néanmoins, l'expérience des nations européennes où ce processus est déjà assez avancé ne confirme pas cette opinion. La Suède, l'Autriche et l'Allemagne rencontrent peu de résistance populaire à l'accroissement des dépenses collectives, même si les pensions de vieillesse y sont considérablement plus généreuses qu'au Canada.

L'un des facteurs expliquant que les pays peuvent s'adapter à une importante population âgée, c'est que le nombre des jeunes de moins de 18 ans diminue. Par conséquent, la proportion de ceux qui ne sont pas en âge de travailler, par rapport à ceux qui sont en âge de travailler, baisse également. L'accroissement des dépenses destinées aux aînés est donc partiellement compensé par la baisse des dépenses destinées aux jeunes. On prévoit une tendance similaire au Canada. En 2031, le rapport entre la population de plus de 65 ans et de moins de 18 ans et celle qui sera en âge de travailler pourrait atteindre 70 p. 100. Ce nombre est passablement plus élevé que les 61 p. 100 enregistrés en 1986, mais considérablement inférieur aux 87 p. 100 de 1961.

Au cours des années 90, plusieurs pays, dont le Canada, commencent à ajuster leurs systèmes de pensions et de soins de santé de façon à prendre en considération la croissance prévue de la population âgée et ses conditions de vie changeantes. Les sondages de l'opinion publique dans les années 90 révèlent que de tels changements entraînent chez les jeunes une baisse de confiance en ces institutions et la crainte que les pensions et les soins de santé ne leur soient plus disponibles quand ils auront atteint la vieillesse. Un examen plus approfondi porte à croire que ces craintes sont largement dénuées de fondement. Les changements législatifs récents et prévus sont surtout des ajustements mineurs visant à tenir compte de la transformation des conditions de vie à la fois des aînés et des jeunes. De nos jours, les individus vivent plus longtemps et en meilleure santé que par le passé, un nombre croissant de personnes âgées disposent de sources de revenu autres que le régime de pension de l'État, et plusieurs jeunes familles sont exposées à des risques économiques différents de ceux des générations précédentes. Un ajustement des politiques, et non une révolution, est la réponse à ces changements.

La vieillesse a longtemps été une source de difficultés personnelles pour les hommes et les femmes. À la fin du XXe siècle, elle est aussi devenue une question d'intérêt public. Les institutions nationales et sociales, qui ont généralement été conçues pour desservir une population jeune, continueront de s'ajuster aux besoins d'une population vieillissante. Mais l'histoire ne s'arrête pas là, et il serait présomptueux de supposer que le caractère et l'expérience de la vieillesse auront la même signification au cours du prochain siècle qu'au cours du siècle actuel. Le groupe social, légal et politique que nous appelons aujourd'hui les personnes âgées a été créé par des forces sociales, politiques et économiques, et il peut se transformer de façon notable sous l'effet de ces mêmes forces.

Composition sociale du groupe des aînés

En 1996, il y a 3 527 845 personnes âgées de 65 ans ou plus au Canada, dont 58 p. 100 sont des femmes. Dès 1961, les femmes âgées commencent à surpasser en nombre les hommes âgés. Cette tendance se poursuit en raison de changements dans la proportion d'hommes et de femmes dus à l'immigration internationale et à l'évolution de l'espérance de vie. Au début du siècle, plus d'hommes que de femmes immigrent au Canada, mais plus de femmes que d'hommes arrivent de 1931 à 1948, nombre d'entre elles venant rejoindre mari et famille. Dans les années 60, hommes et femmes immigrent au Canada en nombre presque égal. À mesure que ces immigrants avancent en âge, les femmes âgées sont de plus en plus visibles parce que même si les hommes comme les femmes ont une espérance de vie accrue, le fossé séparant l'espérance de vie des deux sexes ne cesse de se creuser. Aujourd'hui, l'espérance de vie moyenne pour un homme âgé de 65 ans est de 16 ans; pour une femme, elle est de 20 ans.

La différence de longévité selon le sexe implique que l'expérience sociale du vieillissement diffère beaucoup entre les hommes et les femmes. La majorité des hommes passent leur vie en famille avec une épouse; la majorité des femmes deviennent veuves. En 1994, 77 p. 100 des hommes âgés sont mariés, contre seulement 43 p. 100 des femmes âgées; par contraste, seulement 13 p. 100 des hommes âgés sont veufs, contre 47 p. 100 des femmes âgées. Environ 66 p. 100 de tous les chefs de ménage âgés vivent actuellement dans leur propre maison. Les 34 p. 100 qui restent vivent dans un appartement, une maison de chambres ou un établissement pour personnes âgées. Environ 5 p. 100 de la population âgée vit dans des foyers de soins infirmiers, des foyers pour personnes âgées ou d'autres établissements de santé.

Avec le temps, il s'est développé chez les personnes âgées veuves, divorcées ou célibataires la tendance à vivre seules plutôt qu'avec leur famille ou des amis. On y voit habituellement une conséquence de la hausse du niveau de vie. Les enquêtes et les choix de résidence indiquent tous deux que la plupart des personnes âgées désirent vivre à proximité de leurs enfants, mais pas avec eux.

Statut économique des aînés

Après la Deuxième Guerre mondiale, la situation économique des aînés commence à se détériorer. Au cours des années 50 et 60, le pourcentage d'aînés dans les deux quintiles de revenu inférieurs s'accroît tandis que le pourcentage dans le quintile le plus élevé diminue. Cette situation est due, dans une large mesure, au fait que plus de gens prennent leur retraite sans bénéficier de pension de retraite pour compenser la perte de leur revenu d'emploi. Cette tendance se renverse dans les années 70, avec l'entrée en vigueur des réformes des pensions des années 60. En 1965, avant les réformes, 49 p. 100 des aînés se trouvent dans le quintile de revenu inférieur et 5 p. 100 dans le quintile supérieur. En 1983, les pourcentages sont de 35 et 5,7 p. 100 respectivement. La proportion de couples âgés vivant dans la pauvreté passe de 41,4 p. 100 en 1969, à 11,1 p. 100 en 1983 et à 9,1 p. 100 en 1993. Le renversement historique de la tendance à l'appauvrissement de la vieillesse constitue l'un des plus beaux succès de la politique sociale de l'après-guerre.

En dépit de ce renversement, cependant, les aînés demeurent concentrés dans la moitié inférieure de l'échelle des revenus canadiens. Les problèmes économiques des femmes âgées sont particulièrement aigus : 38 p. 100 des femmes âgées veuves, célibataires, ou divorcées vivent sous le seuil de pauvreté en 1993.

Le système canadien de revenu de retraite (voir Sécurité sociale) continue d'être aux prises avec deux défis de taille : d'une part, assurer un degré de sécurité du revenu permettant aux salariés à revenu moyen de conserver le même niveau de vie après la retraite, et d'autre part, réduire l'incidence de la pauvreté chez les femmes âgées. Les régimes de pension de l'État partent du principe que le gouvernement doit assurer un niveau minimum de sécurité du revenu au-delà duquel les besoins d'un revenu supplémentaire durant la retraite seraient comblés par les régimes privés de pension négociés entre employeurs et employés. Cette protection accrue ne s'est pas produite et ne se produira vraisemblablement pas. Moins de la moitié de la main-d'oeuvre et seulement 35 p. 100 des femmes qui en font partie bénéficient d'un régime de pension conclu avec leur employeur. En outre, la portée des régimes privés de pension diminue, particulièrement chez les travailleurs plus jeunes et moins instruits. Il en résultera pour les générations à venir un écart plus grand entre les aînés qui bénéficieront à la fois d'une pension de l'État et d'une pension privé, et ceux qui dépendront uniquement du régime de pension de l'État.

Santé et services de santé

Les personnes âgées ont tendance à souffrir davantage de maladies, à la fois physiques et mentales. Elles ont aussi plus souvent recours que les jeunes aux professionnels de la santé et aux établissements de santé. Contrairement à ceux-ci, cependant, les aînés souffrent surtout de problèmes chroniques comme les maladies du coeur, l'arthrite et les troubles physiques de diverses natures. Bien que 75 p. 100 des aînés souffrent d'au moins une maladie chronique, 80 p. 100 d'entre eux sont capables de mener une vie autonome.

La pratique médicale traditionnelle, qui met l'accent sur les conditions aiguës et de courte durée que présentent typiquement les jeunes, ne peut s'appliquer adéquatement aux besoins de santé d'un nombre croissant d'aînés. Alors que beaucoup d'aînés requièrent une hospitalisation temporaire, les services de santé consistent surtout à fournir de façon continue des soins et une assistance visant à minimiser les conséquences d'une incapacité de longue durée, voire permanente. Devant l'insuffisance de services communautaires de soins à domicile, plusieurs personnes âgées doivent chercher prématurément un accès auprès d'un établissement de santé. En conséquence, au cours de la dernière décennie, les gouvernements provinciaux insistent sur la fourniture de services ménagers, de services d'une personne à tout faire et de repas à domicile, de centres de soins de jour pour adultes ainsi que d'autres services qui traditionnellement ne font pas partie des services de santé.


Lecture supplémentaire

  • Victor Marshall, Aging in Canada: Social Perspectives, 2nd ed (1987); Grant Schellenberg, The Road to Retirement: Economic and Demographic Changes in the 90s (1994).