West Edmonton Mall

Le WEM demeure le plus grand centre commercial en Amérique du Nord. Il a été l'un des premiers à offrir une vaste gamme d'aménagements - des parcs aquatiques aux rues thématiques - attrayants en toute saison, mais plus particulièrement en hiver.

West Edmonton Mall
Vue sur les promenades en sous-marins dans le West Edmonton Mall, à Edmonton (avec la permission d'Economic Development Edmonton).
Boulevard Europa
Boulevard Europa, Centre commercial de West Edmonton (avec la permission du West Edmonton Mall).

West Edmonton Mall

Le West Edmonton Mall (WEM), publicisé autrefois comme « la huitième merveille du monde », est une des principales attractions touristiques du centre de l'Alberta. Inscrit pendant 24 ans dans le Livre Guinness des records comme le plus grand centre commercial du monde, le WEM, situé sur 49 hectares, a une superficie intérieure de 493 000 m2, soit l'équivalent de 104 terrains de football.

Le WEM demeure le plus grand centre commercial en Amérique du Nord. Il a été l'un des premiers à offrir une vaste gamme d'aménagements - des parcs aquatiques aux rues thématiques - attrayants en toute saison, mais plus particulièrement en hiver. Ces aménagements motivent les visiteurs à marcher et à s'émerveiller, puis à s'arrêter et à magasiner. La conception massive et essentiellement anti-urbaine du WEM a suscité chez les citoyens d'Edmonton de vives opinions, positives et négatives, quant à la présence d'un tel mastodonte dans la communauté.

Le centre a été construit par la Triple Five Corporation, qui appartient à la famille Ghermezian, d'Edmonton. Sa construction a attiré l'attention du monde entier sur les frères Ghermezian, des habitués des polémiques locales. Conçu par le bureau d'architectes Maurice Sunderland Architects Inc. et la société de construction Abugov & Associates, le projet a été réalisé en quatre phases, de 1981 à 1998.

L'architecture du WEM est celle des centres commerciaux de l'époque : murs extérieurs orbes en béton préfabriqué faisant face à de vastes terrains de stationnement. Les bâtiments donnent tous sur l'intérieur et seules leurs enseignes sont visibles à l'extérieur. Toute la structure est en acier et le toit, un dôme vitré de 30 m sur 120 m, repose sur deux poutres courbes de 60 cm d'épaisseur recouvertes d'acier.

L'intérieur est aussi, dans l'ensemble, d'un style très répandu à l'époque : de longs passages bordés d'une profusion de magasins de détail. La majorité de ces magasins, dont plusieurs se retrouvent trois ou quatre fois dans le centre, appartiennent à de grandes entreprises nationales. Seul le style des aires de divertissement et de magasinage à thème est différent; ces dernières sont les endroits qui attirent le plus grand nombre de visiteurs.

La phase I, terminée en 1981, consiste en un centre commercial de 106 000 m2 situé sur 25 hectares et abritant trois grands magasins (Eaton, Sears et La Baie), ainsi que 220 magasins de détail et services. Avec la phase II (1983) s'ajoutent des installations de loisirs et de divertissement, ce qui porte la superficie à 32 hectares et le nombre de magasins et services à 460. Parmi ces installations figurent le Galaxyland, le plus grand parc d'attractions intérieur du monde au moment de sa réalisation, et le Ice Palace, patinoire aux dimensions de la LNH et résidence secondaire de l'équipe de hockey des OILERS D'EDMONTON.

La phase III (1985) ajoute un hectare et des installations spécialisées pour le commerce de détail et les divertissements. Les aires de magasinage à thème du Boulevard Europa et de Bourbon Street sont des répliques de grandes rues européennes et du quartier français de La Nouvelle-Orléans. Les aires de divertissement comprennent le World Waterpark, la plus grande piscine à vagues intérieure du monde; le parcours de golf Aventure du Professeur Wem, le plus grand parcours intérieur de golf miniature du monde; Deep Sea Adventure, le plus grand lac intérieur du monde abritant des dauphins vivants (jusqu'à ce que le dernier soit déménagé en 2004), trois sous-marins grandeur nature et la seule réplique grandeur nature sans accès à la mer du bateau historique Santa Maria. En 1986 vient s'ajouter l'hôtel Fantasyland de 354 chambres, dont 118 à thème. En 1998, la phase IV donne au WEM ses dimensions actuelles et ajoute un cinéma IMAX. Le centre commercial continue d'évoluer. Les nouveautés comprennent un marché chinois traditionnel, une initiative de T & T Supermarket. Des fontaines décorent tout le centre commercial (les pièces de monnaie qui y sont lancées sont remises à des organismes caritatifs). Le WEM a aussi commandé de nombreuses œuvres d'art, dont des sculptures.

Le WEM est le premier complexe canadien où le divertissement à grande échelle accompagne le commerce de détail. S'adressant directement à une génération ayant grandi dans une culture de divertissement, le commerce du divertissement est la plus récente innovation dans l'industrie du commerce. Depuis les arcades de jeux électroniques aux magasins conçus comme des décors de films, ces nouveaux magasins de détail vendent à la fois du rêve et des biens matériels.

En plus de contribuer au développement du commerce de détail, le WEM a des répercussions difficilement mesurables sur l'aménagement urbain d'Edmonton, en particulier dans le cœur du centre-ville. Lancé au début comme un centre commercial plutôt traditionnel, il s'est attiré le soutien des politiciens en raison des avantages sur les plans de la construction et des recettes fiscales pour l'économie locale, laquelle doit se remettre de la crise énergétique du début des années 1980. Avec le temps, les autorités municipales ont porté leur attention sur l'Ouest d'Edmonton où les secteurs entourant le centre commercial étaient sous-développés en matière de voies d'accès et de services. Ce déséquilibre dans le développement de ces secteurs, comparativement à d'autres quartiers d'Edmonton, a suscité un débat local sur l'utilisation du sol et remis en question l'appui municipal et provincial aux initiatives du secteur privé.

Le trafic consommateurs s'est aussi déplacé vers l'Ouest, les résidents d'Edmonton préférant les agréments de plus en plus extravagants du WEM aux commerces et divertissements plus modestes du centre-ville. Les clients préfèrent aussi les kilomètres de stationnements gratuits du WEM aux tarifs de stationnement élevés du centre-ville. L'avènement des magasins à prix réduits à la périphérie de la ville a marginalisé encore davantage le centre-ville en tant que destination de loisirs et de divertissements.

Au début des années 2000, l'expansion de centres commerciaux asiatiques menée par de nouveaux géants économiques comme la Chine, la Malaisie, la Turquie et les Philippines a contribué à la construction de plusieurs mégacentres commerciaux multifonctionnels dans ces pays. À la fin de l'année 2007, huit des dix plus grands centres commerciaux du monde sont situés à l'extérieur de l'Amérique du Nord. Le plus grand d'entre eux est le South China Mall, à Dongguan, en Chine, dont la superficie est presque le double de celle du WEM puisqu'il a 660 000 m2 de SBL (surface brute de location : surface intérieure louée à des magasins de détail, des services, des restaurants et des lieux de divertissement comme des boîtes de nuit, des arcades et des cinémas), par rapport aux 350 000 m2 de SBL du WEM.

Le South China Mall, conçu selon la formule développée en Amérique du Nord, est décrit dans les communiqués de presse comme un mariage de Las Vegas et de Disneyland. Il comporte des répliques de monuments célèbres comme l'Arc de triomphe de l'Étoile ainsi que des tronçons de rues d'Amsterdam, de Hollywood et de Paris. En comparaison, le seul centre commercial américain figurant encore sur la liste toujours en évolution des dix plus grands centres commerciaux du monde est le King of Prussia Mall, à Philadelphie, en Pennsylvanie, dont la SBL de 260 000 m2 devance légèrement celle du plus célèbre Mall of America, situé à Bloomington, au Minnesota, qui est le plus grand centre commercial aux États-Unis par sa superficie totale, soit 230 000 m2 de SBL.

Le déplacement de la puissance économique et du triomphalisme architectural vers les nouvelles villes superpuissantes est symptomatique des énormes changements en cours dans l'économie mondiale. Malgré tout, les nouveaux mégacentres commerciaux trouveront difficile d'obtenir la même reconnaissance emblématique et de prendre la même importance historique que le WEM. La récession mondiale de 2008-2010 a ralenti l'expansion de ces mégacentres à l'étranger. Par exemple, le South China Mall souffre de ses ambitions démesurées et connaît des difficultés à louer ses locaux commerciaux depuis son ouverture en 2005, ce qui remet en question sa viabilité à long terme.

Pendant ce temps, le WEM continue d'attirer des clients haut de gamme, notamment Disney Store. D'autres attractions y voient également le jour, dont de nouveaux manèges comme Cosmic Revolution et le parcours à obstacles Rope Quest pour les amateurs de sensations fortes. Le WEM propose des laissez-passer valides de trois mois à un an qui donnent droit à plusieurs activités récréatives. De plus, des forfaits « fête d'anniversaire » pour les enfants ou les adultes permettent aux visiteurs d'essayer une vaste gamme d'activités. Le WEM se réinvente en ciblant les nouvelles générations de consommateurs.

Le WEM n'est plus le centre commercial le plus grand du monde, mais il continue à contribuer considérablement aux avantages économiques de la ville d'Edmonton et de sa région. Par ailleurs, il a suscité un débat sur le bien-fondé de la construction d'édifices d'une aussi grande envergure et il se peut très bien que cela ait favorisé un désintérêt à l'égard du développement de communautés traditionnelles et des expériences de magasinage, bien que la visite de grands centres commerciaux multifonctionnels reste une des principales formes de divertissement pour beaucoup de Canadiens.


Lecture supplémentaire

  • Juliana Mansvelt, "Geographies of Consumption: Citizenship, Space and Practice," Progress in Human Geography, 32(1), 2008.

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