Littérature orale de langue anglaise

L'expression « littérature orale » est souvent confondue avec « folklore », mais sa portée est généralement plus vaste.

Littérature orale de langue anglaise

L'expression « littérature orale » est souvent confondue avec « folklore », mais sa portée est généralement plus vaste. L'expression peut sembler contradictoire, puisque le terme « littérature » désigne, à proprement parler, ce qui est écrit; mais dans ce contexte, il vise à mettre en relief la créativité et les structures codées qui caractérisent ce genre de discours. La littérature orale, comme la littérature écrite, utilise un niveau de langue élevé et fait référence à plusieurs sortes de récits (narratif, lyrique, épique, etc.). Elle se démarque cependant de la littérature écrite par son actualisation qui se fait uniquement dans un cadre performatif et par le fait que l'artiste peut, et souvent doit, improviser, de sorte que l'interprétation devient un événement en elle-même.

La vie littéraire performative

La littérature orale peut se créer au cours d'un spectacle, être transmise oralement de génération en génération, comme dans le cas de nombreuses ballades écossaises et irlandaises chantées au Canada, ou peut être écrite expressément pour être jouée. Depuis quelques années, sa transmission (souvent au profit de folkloristes et de spécialistes de l'histoire orale) montre qu'elle n'a pas été supplantée par l'omniprésence des livres et des médias électroniques, mais qu'elle subsiste à leurs côtés comme une forme secondaire d'expression orale. En fait, la littérature orale se manifeste chaque fois qu'une histoire de fantômes est racontée autour d'un feu de camp, qu'un chant de protestation ou une berceuse sont chantés, que des devinettes sont posées, que des virelangues, des comptines, des histoires farfelues, des fables ou des proverbes sont récités.

L'attitude des spécialistes et des gens instruits à l'égard de cette littérature s'est formée en grande partie sur les conceptions du mouvement romantique du XIXe siècle. Dans sa préface à Lyrical Ballads (1798), William Wordsworth soutient avoir trouvé dans le discours oral des paysans illettrés la source de la spontanéité, de la sincérité et de l'unité littéraires. À peu près à la même époque, la montée du nationalisme, qui met l'accent sur les particularités régionales, favorise l'étude des « antiquités populaires », c'est-à-dire l'histoire et le récit de tradition orale. Les écrivains canadiens ont fait leur cette tendance, transposant les histoires populaires, légendes, proverbes et anecdotes dans des récits auxquels ils intégrent parfois des personnages de conteurs comme Sam Slick de T.C. HALIBURTON. Ces techniques ont été utilisées par Susanna MOODIE, qui raconte dans ROUGHING IT IN THE BUSH (1852) l'histoire d'une vie qui se veut également une « duperie », récit hyperbolique de la vie infernale au Nouveau Monde, destiné à contrer les tromperies de la compagnie des terres qui faisait du Canada un paradis terrestre. D'autres exemples d'emprunts, tant techniques que de légendes proprement dites (comme les chansons de voyageurs, les récits de rencontres avec le diable, etc.) se trouvent dans la littérature écrite canadienne du XIXe siècle. Leur caractère oral est accentué par l'utilisation de dialectes. À la fin du siècle, « les poètes de la Confédération », comme on les appelle, (Mair, Roberts, Crawford, Johnson, Carman, Lampman) retravaillent considérablement différentes sources de littérature orale telles les histoires de fantômes et les légendes indiennes.

Évolution : la littérature orale devient une source documentaire La littérature orale est surtout étudiée par les folkloristes, qui la perçoivent comme un moyen de retrouver la tradition. Ils recueillent des récits oraux afin de conserver une partie de la culture des groupes ethniques menacés d'assimilation. Cependant, la collecte et la conservation d'un tel matériau ne se font pas sans difficulté. La communication est plus ou moins déformée par les méthodes d'enregistrement. Ainsi, les gestes sont perdus lorsque l'histoire est notée par écrit ou enregistrée sur magnétophone. Même sur une bande vidéo, l'atmosphère d'un événement se perd, bien que le narrateur soit enregistré tant oralement que visuellement. La transposition d'un moment oral en un artefact est encore plus significative, l'essence de la littérature orale reposant en partie sur sa capacité à être transformée au fil des générations et même d'une occasion à l'autre, par les conteurs et les bardes.

Au Canada, les folkloristes se basent sur le système de classification élaboré par Antti Aarne (The Types of the Folktales, traduit en anglais et augmenté par Stith Thompson en 1961) qui est principalement conçu pour les récits. Les folkloristes divisent les récits recueillis en trois grandes catégories : les légendes, les farces et les anecdotes. Les mythes et les màrchen sont rares, mais on en retrouve chez les Amérindiens et, sous forme d'éléments archaïques, dans les régions de descendance celtique ou étroitement liées aux francophones (comme au Nouveau-Brunswick). Les légendes situent le merveilleux : ainsi, le trésor du capitaine Kidd se trouve dans de nombreuses villes de la Nouvelle-Écosse, le diable aurait dansé à Kensington (Île-du-Prince-Édouard) et le navire en feu de la baie des Chaleurs réapparaît périodiquement ailleurs le long de la côte. Au Canada, on a rarement étudié les discours politiques et les sermons en tant que littérature orale.

Héros populaires

Parmi les héros des cycles de fables, des histoires invraisemblables ou anecdotiques, on compte le sorcier de Miramichi et Paul BUNYAN. Les héros mentent parfois grossièrement à leur propre sujet, surtout devant de nouveaux venus. Des fables, comme celle de Joe Mufferaw, de la vallée de l'Outaouais, servent parfois à promouvoir une localité ou à « prouver » sa supériorité par rapport à d'autres. Il arrive parfois que ces récits deviennent la toile de fond d'émissions de radio locales, puisque les médias électroniques assurent la diffusion de la culture orale. Parmi les autres formes de transmission, on note les spectacles hebdomadaires et le festival annuel des Toronto Storytellers, où des narrateurs de diverses cultures en provenance de l'Europe, de l'Asie, des Caraïbes et du Canada racontent leurs récits devant un public.

La littérature orale apparaît souvent sous forme de comptines et de chansons pour enfants, comme celles enregistrées par SHARON, LOIS AND BRAM, RAFFI et d'autres. Même si la légende devient « figée » une fois enregistrée, des variantes comme l'omission d'une rime témoignent de la continuelle évolution et de la santé de la tradition orale. On entend rarement deux versions identiques d'une histoire comme The Cat Came Back. La tradition orale continue des pièces de théâtre des Mummers de Terre-Neuve (voir MUMMING) est moins accessible à la majorité des Canadiens. Ces pièces s'entourent d'un rituel particulier à une grande partie de la littérature orale, dont la performance est liée à un contexte singulier.

Aucune autre intention poétique ne caractérise la littérature orale canadienne. Le lyrisme est prédominent dans les ballades, les complaintes et les chants de travailleurs (les chansons de marins, de bûcherons, de meuniers, etc.). Même si la plupart sont des chansons traditionnelles originaires de l'Europe, d'autres traduisent des réalités sociales et politiques typiquement canadiennes (les élégies gaéliques, les chants d'émigrants, les satires et les chansons humoristiques). Une ballade comme General Wolfe embrasse des thèmes liés à l'histoire du Canada. La contribution de Terre-Neuve aux chansons de marins et aux ballades sur les naufrages constituent une richesse, tout comme sa contribution aux airs de danse (comme I's the B'y that Builds the Boat). Chez les Ukrainiens de l'Ouest, on a recueilli une variété de chants joyeux, de chansons de mariage, de danse, de chansons à répondre et à boire. La majeure partie de la poésie orale est psalmodiée plutôt que chantée, comme les comptines pour enfants et les incantations, les charmes et allitérations puisées chez les germanophones de l'Ontario.

Littérature autochtone

De nombreux chants autochtones ont été enregistrés, mais ce sont surtout leurs récits qui ont retenu l'attention des spécialistes. On trouve, d'un bout à l'autre du continent, deux grands groupes de mythes faisant intervenir des légendes sur les débuts du monde et sur les origines du mode de vie autochtone : les Cowichans dans l'Ouest et les Iroquois dans l'Est racontent des récits sur le grand déluge, tandis que la découverte du feu est attribuée tantôt à NANABOZO chez les Ojibwés, tantôt à Coyote chez les Salish.

Cette littérature autochtone, tout comme celle des troubadours médiévaux et des auteurs d'épopées orales dans les Balkans, a incité de nombreux écrivains contemporains de l'Amérique du Nord à adopter une forme de poésie orale. La « poésie récitative » telle que conçue par Charles Olson et la « prose spontanée » de Jack Kerouac ont trouvé leur prolongement dans les oeuvres de poètes canadiens d'interprétation comme Barrie Phillip NICHOL, les Four Horsemen, Re: Sounding et Owen Sound, lesquels tentent de faire de la littérature à partir de l'éphémère et d'improviser devant public. Bill BISSETT s'emploie à créer, pour lui-même et pour son public, un rituel sacré s'inspirant largement des chants autochtones. Une génération plus jeune, s'inspirant de traditions aussi diverses que le dub, le rap et les performances, a misé sur l'expression parlée (« Spoken words ») non seulement dans les cafés, les lieux traditionnels de présentation de lectures de poésie, mais également dans des capsules pour MuchMusic, des enregistrements sur étiquette Virgin ou au « Wordapalooza », qui se tient lors du « Lollapalooza », une tournée annuelle de groupes de rock. Un grand nombre de ces interprètes évitent l'écrit au profit d'une réponse immédiate du public. Les poètes afro-canadiens Lillian Allen et Clifford Joseph choisissent même de diffuser leurs poèmes dub presque exclusivement sur enregistrement.

Comme les poètes, les auteurs de récits contemporains sont tout aussi attirés par la littérature orale. Ainsi, Robert KROETSCH raconte des « duperies » par l'intermédiaire de ses personnages. Dans The Diviners (1974; trad. Les Oracles, 1979), Margaret LAURENCE trace la généalogie et l'historique de la littérature orale au Canada, à partir des récits héroïques et des légendes improvisés des Écossais et des contes et chants métis à la nouvelle oralité que sont les ballades populaires modernes, en passant par les romans. Elle n'utilise pas le folklore traditionnel, mais s'inspire néanmoins de ses formules et conventions, ce que les folkloristes considèrent comme du « faux folklore ». Ce qu'elle écrit n'est pas non plus improvisé devant public, ni même écrit spécifiquement pour le jeu scénique. Son oeuvre, comme celle d'autres romanciers contemporains, situe plutôt le texte dans un contexte d'interprétation, et analyse la nature et la fonction de son propre récit.

Rôle du théâtre

Dans la survie de la littérature orale au Canada, le rôle du théâtre est perceptible dans les versions théâtrales, signées James REANEY, de deux légendes ontariennes : le mystère des esprits frappeurs et la légende des héros populaires que sont les DONNELLY. Dans ses pièces de théâtre, Reaney recourt à la farce, aux chants, aux histoires et aux proverbes. Sa liberté créatrice est plus étendue que celle de l'artiste traditionnel, mais leurs textes se ressemblent. Les légendes et rites autochtones ont inspiré de nombreuses pièces de théâtre de dramaturges autochtones tels que Tomson Highway (The Rez Sisters et Dry Lips Oughta Move to Kapuskasing) et Joyce B. Joe (Ravens), qui considèrent le théâtre comme une façon de combiner les traditions orales avec les formes théâtrales hautement culturelles. L'évolution contemporaine suggère que le développement d'une littérature écrite ne signifie pas la mort de la littérature orale, mais indique plutôt un changement et un déplacement ou même les deux. Alors que la littérature orale du Canada semble disparaître en milieu rural, une nouvelle littérature orale se crée dans la ville où des événements surnaturels, des histoires de nigauds et des histoires invraisemblables se poursuivent à mesure que les typographes créent leurs genres en milieu de travail et que les groupies de science-fiction composent des chansons pour leurs colloques.

Voir ETHNIES, LITTÉRATURE DES; FOLKLORE; TRADITION ORALE.


Lecture supplémentaire

  • R. Finnegan, Oral Poetry (1977); Edith Fowke, Folkore of Canada (1976); N. Rosenberg, Folklore and Oral History (1978).