La crise des missiles Bomarc

Le CIM‑10B Bomarc était le premier missile sol-air antiaérien de longue portée à capacité nucléaire au monde. Deux escadrons du missile ont été achetés et déployés par le gouvernement du Canada en 1958. Ceci faisait partie du rôle du Canada pour défendre l’Amérique du Nord d’une éventuelle attaque soviétique, durant la Guerre froide. Le refus du premier ministre John Diefenbaker d’équiper les missiles de têtes nucléaires a entraîné un refroidissement des relations canado-américaines, particulièrement lorsque la crise des missiles cubains a mis cette question à l’avant-plan. La controverse a divisé le cabinet de John Diefenbaker et a contribué à faire perdre l’élection de 1963 à son parti.

Le CIM‑10B Bomarc était le premier missile sol-air antiaérien de longue portée à capacité nucléaire au monde. Deux escadrons du missile ont été achetés et déployés par le gouvernement du Canada en 1958. Ceci faisait partie du rôle du Canada pour défendre l’Amérique du Nord d’une éventuelle attaque soviétique, durant la Guerre froide. Le refus du premier ministre John Diefenbaker d’équiper les missiles de têtes nucléaires a entraîné un refroidissement des relations canado-américaines, particulièrement lorsque la crise des missiles cubains a mis cette question à l’avant-plan. La controverse a divisé le cabinet de John Diefenbaker et a contribué à faire perdre l’élection de 1963 à son parti.


Bomarc Missile

Contexte

Après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en 1945, les États-Unis et l’Union soviétique entrent dans la Guerre froide. L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord(OTAN) est créée le 4avril1949. Il s’agit de la première alliance militaire en temps de paix du Canada. Le Canada entre dans un partenariat de défense et de sécurité avec les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Europe de l’Ouest. En 1957, la crainte d’une attaque nucléaire de l’Amérique du Nord par l’Union soviétique amène le Canada et les États-Unis à créer l’Accord nord-américain de défense aérienne (NORAD). La défense aérienne du continent est désormais placée sous le commandement conjoint du Canada et des États-Unis.

À l’automne1958, le premier ministre John Diefenbaker annonce que dans le cadre des responsabilités découlant de ces alliances, son gouvernement achètera 56missiles CIM‑10B Bomarc. Ceux-ci seront déployés près de LaMacaza, au Québec, et de North Bay, en Ontario. Les deux sites comporteront des installations d’entreposage et de lancement sur mesure et des quartiers pour le personnel états-unien. Les missiles doivent remplacer le chasseur à réaction de fabrication canadienne Avro Arrow, toujours en production, dont le coût explose. Le programme de missiles doit coûter moins de la moitié du programme Arrow. Les économies justifient la décision du gouvernement d’annuler le contrat de l’Avro Arrow. (VoirAnnulation du programme de construction de l’Avro Arrow.)

Spécifications du missile

Le Bomarc est le premier missile sol-air antiaérien de longue portée à capacité nucléaire au monde. Les missiles sont construits aux États-Unis par Boeing Corporation et le Michigan Aeronautical Research Center. Ils font partie de la stratégie de défense de NORAD qui consiste à utiliser des chasseurs et des missiles comme intercepteurs. Ils doivent être alertés par des lignes de stations radar situées dans le nord du Canada et capables de détecter une attaque soviétique. (Voir Ligne de radars avancés.)

La version du missile utilisée au Canada est le CIM‑10B. Il a une portée supérieure, et une tête plus grosse que le BomarcIM‑99A et le IM‑99B Super Bomarc, plus récent et plus rapide. Les missiles doivent être lancés du sol contre un aéronef ennemi. Ils disposent d’un propulseur d’appoint pour le lancement et de deux statoréacteurs Marquardt pour la vitesse. Une petite tête nucléaire est entreposée séparément du missile, qui peut atteindre la vitesse de Mach2,5, une altitude de 30480m et un rayon d’action de 710km. Cette portée est insuffisante pour attaquer des cibles soviétiques. En conséquence, le missile est purement défensif.

Annonce et réactions

Le 20février1959, John Diefenbaker annonce qu’il met fin à la construction de l’Avro Arrow. À la place, il achètera des missiles Bomarc aux États-Unis. La décision est immédiatement critiquée par les partis d’opposition et des Canadiens qui croient que mettre fin au programme de l’Arrow détruira l’industrie aérospatiale du pays. (Voir L’annulation du programme de construction de l’Avro Arrow.)

La réaction négative à la décision d’interrompre le programme Arrow conduit à critiquer les missiles Bomarc. En annonçant leur achat, John Diefenbaker a omis de mentionner qu’ils ne seront efficaces que s’ils disposent de têtes nucléaires; la décision de ne pas les en équiper est rendu publique en 1960. Le gouvernement Diefenbaker est alors attaqué par ceux qui croient que le Canada doit disposer d’armes nucléaires pour remplir ses obligations de défense et assurer la sécurité des Canadiens. D’un autre côté, certains invoquent que des armes nucléaires ne devraient pas être permises au Canada et, en fait, devraient être abolies. Des sondages laissent suggérer que seule une minorité de Canadiens s’opposent aux armes nucléaires. Malgré tout, les manifestations d’opposition aux armes nucléaires deviennent plus fréquentes et déterminées.

A crowd of people gathered on tarmac around the Avro Arrow at its unveiling in 1957.

Controverse

La controverse sur les armes nucléaires divise le cabinet Diefenbaker. Le secrétaire d’État aux Affaires extérieures, Howard Green, s’oppose à l’installation d’armes nucléaires au Canada. D’un autre côté, le ministre de la Défense, Douglas Harkness, préconise d’armer les missiles Bomarc de têtes nucléaires et de permettre aux forces canadiennes déployées en Allemagne d’avoir accès aux armes nucléaires américaines en cas de besoin. Il considère que ces deux éléments sont essentiels à la stratégie de défense du Canada.

John Diefenbaker tente d’apaiser la querelle autour des armes nucléaires. Il déclare que les armes nucléaires américaines ne doivent pas être permises au Canada sans une garantie que leur transport et leur entreposage sont sécuritaires. Il veut l’assurance du gouvernement des États-Unis et des chefs militaires que des armes nucléaires basées au Canada ne pourraient être déclenchées sans l’approbation du Canada. En outre, il craint d’être accusé d’hypocrisie s’il accepte les armes nucléaires américaines alors qu’il milite contre la prolifération des armes nucléaires dans les forums internationaux.

Crise des missiles de Cuba

L’enjeu nucléaire arrive au-devant de la scène le 22octobre1962. Le président des États-Unis JohnF. Kennedy révèle dans un discours télévisé que l’Union soviétique est en train de construire des installations de lancement de missiles à Cuba. Ceux-ci seront en mesure de lancer des armes nucléaires jusqu’au Canada. Le président demande que les installations cubaines soient démantelées. Dans le monde entier, on craint que la crise dégénère en affrontement nucléaire à grande échelle. Toutefois, après 13jours de crise, les Soviétiques acceptent de démanteler leurs installations de Cuba. (Voir Crise des missiles cubains.)

Crise des missiles cubains

Le refus de John Diefenbaker d’annoncer immédiatement son soutien à l’action de JohnF. Kennedy et de mettre rapidement les forces armées canadiennes en état d’alerte complète contribue à diviser encore plus son cabinet. En janvier1963, le commandant suprême des Forces alliées de l’OTAN, le général Lauris Norstad, déclare dans une conférence de presse qu’en refusant de doter ses troupes en Allemagne d’armes nucléaires, et de s’équiper de missiles Bomarc avec des têtes nucléaires, le Canada faillit à ses obligations envers ses alliés. En février1963, le ministre de la Défense Douglas Harkness démissionne.

La crise des missiles cubains et la division au sein du gouvernement Diefenbaker contribuent à mettre au premier plan la question des têtes nucléaires des missiles Bomarc. Celles-ci deviennent un important enjeu de l’élection fédérale d’avril1963. Le Parti libéral, dirigé par Lester Pearson, ne modifie sa position pour appuyer le déploiement d’armes nucléaires au Canada qu’en janvier1963. Lester Pearson fait campagne en annonçant qu’il équipera les missiles Bomarc de têtes nucléaires. Il soutient également que fournir des armes nucléaires américaines aux troupes canadiennes en Europe est une part essentielle des obligations du Canada envers NORAD et l’OTAN. John Diefenbaker soutient que l’installation d’armes nucléaires américaines au Canada serait dangereuse et porterait atteinte à la souveraineté du pays.

La question des armes nucléaires et son traitement par John Diefenbaker sont des facteurs très déterminants de la victoire libérale à cette élection. Devenu premier ministre, Lester Pearson réalise ses engagements de campagne: le 31décembre1963, les missiles Bomarc de l’Ontario et du Québec sont équipés de têtes nucléaires.

Fin des missiles Bomarc

Le 20avril1968, Pierre Trudeau succède à Lester Pearson au poste de premier ministre. Un an plus tard, son gouvernement annonce que les forces canadiennes ne seront plus équipées d’armes nucléaires. Ceci fait partie de la nouvelle politique de défense du Canada et démontre le soutien du Canada au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Toutes les armes nucléaires installées au Canada, incluant celles qui sont spécifiques aux missiles Bomarc, seront retournées aux États-Unis en 1972. Les missiles Bomarc sont déclassés et utilisés comme engins cibles par l’US Air Force. Les bases et sites de lancement du Canada sont démantelés et le métal est vendu pour la récupération.

Voir aussi Le Canada et les armes de destruction massive; Armements; Opération Désarmement; Relations canado-américaines; Relations extérieures du Canada; Moyenne puissance.