Conscription au Canada

La conscription, parfois nommée « appel sous les drapeaux, est l’enrôlement obligatoire ou « l’appel » des citoyens pour le service militaire. Le gouvernement fédéral a adopté la conscription lors de la Première Guerre mondiale et de la Deuxième Guerre mondiale. Les deux cas ont créé de nettes divisions entre les Canadiens anglais, qui tendaient à soutenir la pratique, et les Canadiens français qui, de manière générale, ne la soutenaient pas. Actuellement, le Canada n’a pas de service militaire obligatoire. Les Forces armées canadiennes sont un service volontaire.

La conscription, parfois nommée « appel sous les drapeaux, est l’enrôlement obligatoire ou « l’appel » des citoyens pour le service militaire. Le gouvernement fédéral a adopté la conscription lors de la Première Guerre mondiale et de la Deuxième Guerre mondiale. Les deux cas ont créé de nettes divisions entre les Canadiens anglais, qui tendaient à soutenir la pratique, et les Canadiens français qui, de manière générale, ne la soutenaient pas. Actuellement, le Canada n’a pas de service militaire obligatoire. Les Forces armées canadiennes sont un service volontaire.


Comment fonctionne la conscription ?

Sous la conscription, tous les hommes d’un certain âge doivent s’inscrire auprès du gouvernement pour le service militaire. Dans certains pays, les femmes sont également conscrites. Une fois inscrites, ces personnes peuvent être « appelées » au service militaire. Certaines personnes peuvent être exemptées (excusées) du service militaire obligatoire. Ceci peut inclure des personnes exerçant certaines professions, ou des personnes qui souffrent d’une maladie ou d’un handicap physique ou mental.

Le Canada a-t-il la conscription ?
Le Canada n’a pas de conscription actuellement. Certains pays ont un service militaire obligatoire (par exemple, la Suisse, la Suède et Israël). Cependant, il est peu probable que le Canada relance le projet. Pendant la Première et la Deuxième Guerre mondiale, la conscription a créé de profondes divisions au pays. Cette expérience a contribué à un profond malaise par rapport à cette pratique parmi les Canadiens.


Conscription lors de la Première Guerre mondiale

Durant la guerre des Boers (1899-1902), plusieurs milliers de Canadiens se portent volontaires pour combattre pour l’Empire britannique outre-mer. La circonscription pour l’effort de guerre limité du Canada en Afrique du Sud n’est donc pas nécessaire. Il en est également de même pendant les premières années de la Première Guerre mondiale. De 1914 à 1915, environ 330 000 Canadiens s’enrôlent volontairement pour combattre les Allemands en France et en Belgique.

Cependant, à la fin de 1916, les lourdes pertes implacables en vies humaines de la guerre et le nombre horrifiant de victimes commencent à causer des problèmes de renforts pour les commandants canadiens qui sont postés outre-mer. (Voir Commandement canadien pendant la Grande Guerre; Corps expéditionnaire canadien.) Le recrutement au pays ralentit, et les systèmes d’enrôlement et de main-d’œuvre sont désorganisés.

Pour le premier ministre sir Robert Borden, la première nécessité est de porter assistance aux hommes dans les tranchées. En mai 1917, il revient de la Conférence impériale de guerre à Londres et de visites dans les tranchées. Il décide que le service militaire obligatoire est nécessaire et il annonce sa décision au Parlement le 18 mai.

Gouvernement d’union

Sir Robert Borden craint que les opposants à la conscription, incluant le Parti libéral, unissent leurs forces pour vaincre le gouvernement conservateur aux élections générales en décembre. Il décide que la meilleure façon d’induire la conscription, tout en rassurant le Québec où le soutien pour la conscription est faible, est de guider son adversaire francophone vers une coalition de guerre. Le 25 mai, il offre au chef du Parti libéral sir Wilfrid Laurier de former un gouvernement de coalition. Sir Robert Borden promet aux libéraux un nombre égal de sièges au Cabinet en échange de leur soutien à la conscription.

Cependant, après avoir consulté ses partisans, sir Wilfrid Laurier rejette l’offre le 6 juin. Il croit que le Québec n’accepterait jamais la conscription. Il craint que s’il se joint à la coalition proconscription, le Canada français sera livré aux mains de nationalistes québécois comme Henri Bourassa. (Voir aussi Nationalisme francophone au Québec.)

La mère canadienne

Après d’énormes difficultés, la Loi du service militaire est adoptée le 29 août 1917. Elle soumet tous les citoyens masculins âgés de 20 à 45 ans au service militaire jusqu’à la fin de la guerre. Presque tous les députés francophones s’opposent à la conscription; presque tous les députés anglophones la soutiennent. Les huit provinces anglophones endossent également la décision de Robert Borden, tandis que la province du Québec s’y oppose. En octobre, après des mois de manœuvres politiques, Robert Borden annonce la création d’un gouvernement d’union; une coalition de conservateurs loyaux et une poignée de libéraux et de députés indépendants proconscription.

Le saviez-vous ?
La Loi sur le service militaire (LSM) a été adoptée par le Parlement en août 1917. Initialement, elle incluait les Indiens inscrits et les hommes métis âgés de 20 à 45 ans. À cette époque, les « Indiens inscrits » étaient des membres des Premières Nations ayant le statut d’Indien inscrit officiel auprès du ministère des Affaires indiennes. Cependant, certains dirigeants des Premières Nations ont contesté la conscription sous prétexte qu’elle violait les traités entre la Couronne et les peuples autochtones; ils soutenaient également que les hommes autochtones (qui n’avaient pas le droit de voter) ne devraient pas être forcés de combattre dans des guerres à l’étranger. En conséquence, les peuples autochtones (soumis ou non à un traité) ont été exemptés de la LSM en janvier 1918. Mais bien qu’ils n’aient pas été conscrits en 1917 et 1918, plus de 4000 hommes des Premières Nations se sont portés volontaires pour le service outre-mer entre 1914 et 1918. À ces derniers se sont ajoutés de nombreux soldats métis et des Premières nations qui se sont portés volontaires sans s’identifier comme Autochtones. (Voir aussi Les peuples autochtones et les guerres mondiales.)


Loi des élections en temps de guerre

La controversée Loi des élections en temps de guerre est adoptée le 20 septembre 1917. Elle élargit le droit de vote aux élections fédérales aux infirmières militaires (travaillant pour le Service de santé de l’Armée canadienne) et aux proches parentes des hommes militaires. Auparavant, les Canadiennes n’avaient pas le droit de vote aux élections fédérales. (Voir Droit de vote des femmes au Canada.) En élargissant ainsi le droit de vote, la loi cherche à attirer les électeurs qui sont susceptibles de soutenir le développement du gouvernement d’union et la conscription.

Cependant, la Loi des élections en temps de guerre retire également le droit de vote à des milliers de citoyens susceptibles de voter contre la conscription. Ceci comprend les immigrants venant de pays ennemis qui sont devenus citoyens après 1902; mais les citoyens qui ont un fils, un petit-fils ou un frère en service actif dans les forces armées canadiennes sont exemptés. La loi supprime également le droit de vote des objecteurs de conscience, ceux qui refusent d’aller à la guerre parce que c’est contraire à leurs convictions religieuses, morales ou éthiques. (Voir Pacifisme.)

Élections de 1917

Les élections fédérales de 1917 sont divisées. Ni les Canadiens anglais ni les Canadiens français ne sont unanimes dans leurs opinions sur le sujet; mais le Canada anglais, de façon générale, donne à Robert Borden le mandat de mettre la conscription en vigueur. Le gouvernement d’union remporte la majorité avec 153 sièges, incluant seulement 3 au Québec. Les libéraux de sir Wilfrid Laurier obtiennent 82 sièges, dont 62 au Québec.

Le processus d’appels au service militaire commence en janvier 1918. Certaines exemptions sont également levées au printemps de 1918. Cependant, des 401 882 hommes inscrits à la conscription, seuls 124 588 sont ajoutés à l’effectif du Corps expéditionnaire canadien. De ce nombre, à peine 24 132 hommes arrivent en France avant la fin du conflit.

En tant que mesure politique, la conscription est largement responsable de la réélection du gouvernement de Robert Borden. Toutefois, elle laisse le Parti conservateur aux prises avec une lourde responsabilité et de forts sentiments de trahison au Québec et dans les régions rurales de l’Ouest (où la conscription a dérobé des gens des fermes familiales).

Émeutes anti-conscription de 1918

Des émeutes contre la conscription éclatent au Québec. En 1918, afin de réprimer les émeutes anti-conscription de Pâques qui ont lieu à Québec entre le 28 mars et le 1er avril 1918, le gouvernement a recours à la Loi sur les mesures de guerre. La loi martiale est déclarée et plus de 6000 soldats sont déployés. Les émeutiers attaquent les troupes avec des coups de feu et des missiles improvisés, incluant de la glace et des briques. Les émeutes de Pâques deviennent de plus en plus violentes et font jusqu’à 150 victimes. Quatre civils sont tués lorsque les soldats ripostent aux émeutiers armés en retournant le tir.

Conscription lors de la Deuxième Guerre mondiale

Deux décennies plus tard, alors que la menace d’une nouvelle guerre en Europe devient sérieuse, la question de la conscription militaire devient à nouveau l’objet de débats politiques animés. Cependant, en mars 1939, le Parti libéral et le Parti conservateur acceptent tous deux un programme qui rejette la conscription pour un éventuel service outre-mer. Lorsque le Canada déclare la guerre en septembre 1939, le gouvernement renouvelle sa promesse de ne pas conscrire des soldats pour le service outre-mer.

En juin 1940, alors que la Belgique et la France tombent aux mains de l’Allemagne nazie, le public commence à réclamer du Canada un effort de guerre plus concerté. Le gouvernement répond à ces demandes en adoptant la Loi sur la mobilisation des ressources nationales le 21 juin. Cette loi ne prévoit l’enrôlement que pour la défense intérieure. L’inscription se déroule presque sans incident. Une exception notable est l’opposition publique du maire de Montréal Camilien Houde. Il est interné pendant quatre ans après avoir exhorté les électeurs à ignorer les lettres d’appel militaire. (Voir aussi Internement au Canada.)

En 1941, alors que le recrutement progresse lentement, de plus en plus de personnes se prononcent en faveur de la conscription; d’abord au sein du Parti conservateur, et plus tard parmi les Canadiens anglais en général. Afin d’apaiser les partisans de la conscription, le premier ministre William Lyon Mackenzie King décide de tenir un référendum non exécutoire qui demande aux Canadiens de libérer le gouvernement de ses promesses anti-conscription.

Le premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King en compagnie du premier ministre britannique Winston Churchill, en 1941

Au Québec, la Ligue pour la défense du Canada est créée afin de faire campagne pour le camp du « non ». Le 27 avril 1942, 72,9 % des résidents du Québec votent « non ». Dans toutes les autres provinces, le « oui » triomphe à environ 80 %. Le gouvernement adopte alors le projet de loi 80. Ce projet de loi autorise la conscription pour le service outre-mer si cela est jugé nécessaire. Le Bloc populaire du Québec est formé en réponse à la Loi sur la mobilisation. Le parti continue de lutter contre la conscription en présentant des candidats aux élections provinciales d’août 1944 et aux élections fédérales de juin 1945.

Après les opérations du Jour J et la bataille de Normandie en 1944, J. L. Ralston, ministre de la Défense nationale, est convaincu de la nécessité de la conscription outre-mer. Des pertes étonnamment élevées au front, combinées à un engagement important de main-d’œuvre dans l’Aviation royale canadienne et dans la Marine royale canadienne, laissent l’Armée canadienne à court de recrues.

Campagne de recrutement

Mackenzie King, qui espère ne pas avoir à invoquer le projet de loi 80, remplace J.L Ralston par le général A.G.L. McNaughton, qui ne soutient pas la conscription. Le 22 novembre, toutefois, le premier ministre reconnaît les sentiments proconscription de plusieurs de ses ministres de Cabinet anglophones (qui menacent de démissionner en raison de ce sujet) et il revient sur sa décision. Il annonce que les conscrits seront envoyés outre-mer.

Le saviez-vous ?
Après la conscription de la Deuxième Guerre mondiale, le terme zombie a été utilisé pour décrire les 60 000 hommes enrôlés en vertu de la Loi sur la mobilisation des ressources nationales qui ne s’étaient pas portés volontaires pour le service outre-mer. Ce un terme péjoratif a été utilisé pour faire honte aux soldats conscrits.


Seuls 12 908 soldats conscrits, surnommés avec mépris les zombies, sont envoyés pour combattre à l’étranger. C’est un nombre minuscule comparé aux centaines de milliers de Canadiens volontaires, y compris de Canadiens français, qui combattent à l’étranger. De ce nombre, seulement 2463 atteignent les lignes de front avant la capitulation de l’Allemagne en mai 1945. Mais cette deuxième crise de conscription aggrave les relations entre les anglophones et les francophones au Canada, bien que ce soit dans une moindre grande mesure que durant la Première Guerre mondiale.

Voir aussi Recrutement militaire; Les peuples autochtones et la seconde guerre mondiale.


Liens externes