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Opéra

La majorité des représentations sont données par des troupes itinérantes en provenance des États-Unis.
Vaillancourt, Pauline
Dans \u00ab Les chants du capricorne \u00bb de Giacinto Scelsi (photo d'Yves Dubé).
\u00ab Le château de Barbe-Bleue \u00bb
Victor Braun tenant le rôle de Barbe-Bleue dans la production de La Compagnie d'opéra canadienne de 1993 (photo de Michael Cooper).
Madame Butterfly
Scène tirée de l'opéra de Puccini, production de l'Opéra de Montréal, en 1993 (photo d'Yves Renaud).

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  En 1606, Le Théâtre de Neptune est joué sur des embarcations devant Port Royal, petite colonie éloignée de la Baie de Fundy, pour souligner le retour d'une expédition. Cette œuvre poétique modeste ponctuée d'interpolations musicales est un précurseur du genre théâtre musical dans ce pays qui deviendra le Canada, mais il faudra deux cents ans avant que l'opéra ne s'implante véritablement. Ce n'est qu'en 1783, quand The Padlock, opéra anglais de Charles Dibdin est présenté à Québec qu'on retrace précisément la représentation d'un opéra. En 1787, on joue The Poor Soldier de William Shield à Montréal. Deux ans plus tard, la création du Théâtre de la Société, un établissement de théâtre, permet de présenter des opéras à l'occasion comme Les Deux Chasseurs et la Laitière, d'Egidio-Romualdo Duni, joué en 1789. Richard Cœur-de- Lion, d'André Grétry est présenté à Halifax en 1798.

La majorité des représentations sont données par des troupes itinérantes en provenance des États-Unis. Longeant puis traversant le Lac Ontario et le Saint-Laurent et remontant la rive Est, les compagnies de tournées venant de villes importantes de l'Est des États- Unis touchaient les populations clairsemées des villes canadiennes. Au début du XIXe siècle, les auditoires découvrent des versions des œuvres populaires de Rossini, Donizetti, Bellini, Auber et d'autres compositeurs maintenant oubliés. Ces productions sont des versions invariablement abrégées et arrangées pour faciliter les tournées. C'est en 1853, qu'une compagnie accompagnée d'un orchestre, d'une chorale et de solistes sous la direction de Luigi Arditi se produit à Québec, Montréal et Toronto, offrant ainsi les premières représentations d'opéra complètes à ces villes. Au milieu du siècle, avec le développement du chemin de fer, le circuit de tournée de Windsor à Québec amène de nombreuses compagnies et des chanteurs réputés.

  C'est aussi le train qui amènera l'opéra dans l'Ouest du Canada. La Canadian Pacific Railway Company bâtit l'opéra de Vancouver qui ouvre en 1891 avec une représentation de Lohengrin de Wagner. En 1907,Winnipeg inaugure une grande salle de théâtre élégante avec la première canadienne de Madame Butterfly, opéra créé par Puccini en 1904. En 1909, Edmonton s'initie à l'opéra en accueillant la Boston Grand Opera Company.

  Au début du XXe siècle, la plupart des villes importantes ont accueilli au moins une compagnie modeste d'opéra, mais Montréal et Toronto peuvent se permettre d'accueillir régulièrement des compagnies en tournée aux États-Unis. Nombre de grands chanteurs de l'époque se sont produits au Canada, en concert ou en théâtre lyrique, notamment John Braham, Henrietta Sontag, Adelina Patti, Jenny Lind, Emma Juch, Pasquale Brignoli, Anna Bishop, Teresa Parodi, Johanna Gadski, Lillian Nordica, Marcella Sembrich, Louise Homer et Lilli Lehman. Toutefois, les compagnies locales des arts de la scène sont lentes à se développer.

En 1848, le Canada accueille la Holman Juvenile Opera Troupe, compagnie dirigée par George et Harriet Holman et qui met leurs enfants en scène. Ils reviennent régulièrement au cours des années suivantes et deviennent une compagnie régulière avec leurs filles Julia et Sallie comme principales interprètes. En 1867, George Holman devient locataire et directeur du Royal Lyceum à Toronto, où il installe sa compagnie qui monte des pièces de théâtre et des opéras. Les Holman continuent à effectuer des tournées, mais gardent la compagnie en résidence à Toronto jusqu'en 1873, année où George déménage à London, Ontario, et transforme le London Music Hall en Holman Opera House. En 1888, la compagnie ferme à la suite du décès de Sallie, puis de celui de son père. La Holman Opera Company a inscrit près de trente-cinq opéras à son répertoire très varié, comme Faust de Gounod, Der Freischütz de Weber ou La Belle Hélène d'Offenbach et HMS Pinafore de Gilbert et Sullivan.

À Montréal, une tentative audacieuse de fonder une compagnie de niveau international aboutit à la création de la Montreal Opera Company (1910-1913), puis de la National Opera Company (1913-1914) qui lui succède. De nombreux chanteurs et chefs d'orchestre exceptionnels se font connaître avec la MOC qui effectue des tournées jusqu'à Toronto, Québec, Ottawa et Rochester, N.-Y., mais qui dépend en grande partie du soutien de l'homme d'affaires Frank Meighen. En 1913, à la suite de pertes financières importantes, elle ferme et la NOC ne peut continuer après le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Les tentatives suivantes pour fonder une compagnie à Toronto ou à Montréal n'ont abouti qu'à des représentations sporadiques ou à des compagnies de courte durée. Toutefois, une compagnie fondée par Pauline Donalda en 1941 constitue l'exception, l'Opera Guild of Montreal qui donne 33 productions de 29 œuvres en 28 saisons. Après 1945, les changements économiques et sociaux au Canada permettent l'établissement de compagnies permanentes.

Le ROYAL CONSERVATORY OF MUSIC, connu comme le Toronto Conservatory of Music avant 1947, fonde une école d'opéra en 1946 pour la formation professionnelle des chanteurs, la première école de cette envergure au Canada. L'Opera Festival Association formée ensuite présente une courte saison de trois opéras au Royal Alexandra Theatre en 1950. La compagnie prospère, elle est connue à partir de 1958 sous le nom de COMPAGNIE D'OPÉRA CANADIENNE (COC) quand elle commence à envoyer une petite troupe en tournée, pour faire des tournées au Canada et parfois aux États-Unis. En 1990, quand elle a abandonné ses tournées de grande envergure, elle avait effectué près de 1500 représentations à l'extérieur de Toronto. En 2000, la COC avait produit 119 œuvres de 56 compositeurs à Toronto et était devenue la compagnie d'opéra la plus ancienne et la plus importante au pays. Au cours des ses trente-cinq premières années, la COC est dirigée par Herman Geiger-Torel, personnage le plus influent sur le plan individuel dans l'opéra au Canada à cette période.

En 2000, la majorité des grandes villes ont leur propre compagnie d'opéra : la Vancouver Opera Company (1959); Edmonton Opera Association (1963); la Manitoba Opera Association, à Winnipeg (1969); la Calgary Opera Association (1972); la Pacific Opera Victoria (1978); l' OPÉRA DE MONTRÉAL (1980); l'Opera Hamilton (1980, depuis 1995 l'Opera Ontario en association avec Kitchener-Waterloo); l'Opera Lyra à Ottawa (1984); l'Opéra du Québec (1984). Formé à Toronto en 1985 par Marshall Pynkoski et Jeannette Zingg afin de donner des représentations des opéras du XVIIe et du XVIIIe siècle. L'Opera Atelier s'est produit aux États-Unis, en France et au Japon en plus d'offrir des représentations locales. Créé par Stuart Hamilton, aussi à Toronto, Opera en Concert a présenté depuis 1974 un répertoire d'œuvres rarement présentées, souvent avec un accompagnement au piano. Des festivals d'été importants qui présentent de l'opéra ont lieu à Ottawa, Montréal, Banff, Guelph, Stratford et Vancouver.

Première œuvre originale d'opéra canadienne, Colas et Colinette, opéra comique de Louis-Joseph QUESNEL, est présenté à Montréal en 1790 et en 1805, puis à Québec en 1807. Même si une majeure partie de la partition a été perdue, l'accompagnement orchestral a été reconstitué en 1963 par Godfrey Ridout et cette œuvre rénovée a été enregistrée. Des essais occasionnels de composition de grand opéra au cours du XIXe siècle ont eu peu de succès Par contre, l'opérette Leo, The Royal Cadet, composée par Oscar Telgman est devenue l'œuvre qui a remporté le plus grand succès au Canada. Après la première à Kingston en 1889, elle a été jouée à près de 150 reprises jusqu'en 1925. Elle a été rejouée par le Toronto Operetta Theatre en 1997 et dans une version originale en 2001.

Grâce à l'essor des compagnies d'opéra après 1945, la composition d'opéras est florissante dans le genre traditionnel et classique. Il est impossible d'estimer le nombre d'œuvres de théâtre lyrique composées depuis 1945, mais il en existe au moins 250. Bon nombre des oeuvres sont des petits opéras comiques. Parmi les œuvres représentatives et celles qui ont fait l'objet de nombreuses présentations on retrouve : Night Blooming Cereus de John BECKWITH (1958), An English Lesson de Gabriel CHARPENTIER (1968, l'une de ses œuvres qui dure entre dix et vingt minutes), Le Magicien de Jean VALLERAND (1961), Nigredo Hotel de Nic Gotham (1992) et Beatrice Chancy de James Rolfe (1998). Le premier opéra de grande envergure à succès, composé pour la radio de Radio-Canada en 1946, Deirdre d'Healey WILLAN, est présenté par l'U. de Toronto en 1965, la COC en 1966 et le BANFF CENTRE en 1972. Harry SOMERS a composé six opéras, y compris un destiné à être joué par des enfants, A Midwinter Night's Dream en 1988. Louis Riel, son opéra commandé par la COC remporte un vif succès à sa première à Toronto en 1967, puis à Montréal, Ottawa, Washington, et de nouveau à Toronto ainsi qu'à la radio et à la télévision. Cette œuvre ainsi que Mario and the Magician (1992) ont fait de Somers le plus grand compositeur d'opéra au Canada. Une série d'œuvres de conception et d'exécution novatrices composées par R. Murray SCHAFER ont été créées pour être jouées dans divers endroits allant d'un lac en pleine nature à l'aube, en passant par l'Union Station à Toronto à minuit jusqu'à l'Ontario Science Centre du crépuscule à l'aube. Parmi les oeuvres non traditionnelles, on note Kopernikus, opéra de Claude VIVIER (1980) et Ne blâmez jamais les Bédouins, pièce pour solo soprano d'Alain Thibault (1991). Un style musical franchement populaire est à la base de Nelligan d'André GAGNON (1990; texte de Michel TREMBLAY), une commande de l'Opéra de Montréal. D'un genre musical classique, mais agréable, The Golden Ass de Randolf Peter (1999; texte de Robertson Davies), commande de la COC devient un succès populaire.

La compagnie d'opéra de Radio-Canada a fonctionné de 1948 à 1955 pour les diffusions radiophoniques des opéras en version intégrale à partir du studio, mettant en vedette des chanteurs canadiens dans un répertoire non classique et très apprécié. La radio de Radio- Canada diffuse les représentations du samedi après-midi du Metropolitan House Opera de New-York, ainsi que les représentations de compagnies canadiennes et étrangères. Après l'avènement de la télévision en 1952, les retransmissions d'opéra sont moins régulières, tantôt des productions originales de la SRC, tantôt des productions d'autres compagnies canadiennes, surtout de la COC.

Compte tenu de sa population relativement restreinte, le Canada a connu un nombre incroyable de chanteurs d'opéra, à partir du XIXe siècle avec Emma ALBANI et par la suite au XXe siècle avec Edward JOHNSON, Louise Edvina, Pauline DONALDA, Jeanne Gordon et Raoul JOBIN. De 1950 à nos jours, de nombreux Canadiens se sont produits régulièrement dans les maisons d'opéra importantes du monde ou continuent à se produire, notamment les chanteurs et les chanteuses Léopold SIMONEAU, Pierrette ALARIE, André Turp, Louis QUILICO, Richard Verreau, John VICKERS, Joseph ROULEAU, Maureen FORRESTER, Cornelis Opthof, Bernard Turgeon, Victor Braun, Clarice Carson, Jean Bonhomme, Teresa STRATAS, Ermanno Mauro, Lillian Sukis, Claude Corbeil, Huguette Tourangeau, Paul FREY, Allan MONK, Maria Pellegrini, Judith FORST, Richard MARGISON, Gino QUILICO, Ben HEPPNER, Tracy DAHL, Gerard Finley, Adrianne Pieczonka, Michael Schade, Russel Braun, Gordon Gietz, Brett Polegato et Isabel Bayrakdarian; les chefs d'orchestre Wilfrid PELLETIER, Mario BERNARDI et Yves Abel; et les metteurs en scène Irving Guttman, Sonja Frisell et Robert Carsen.

Voir aussi MUSIQUE, HISTOIRE DE LA.

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