Adélard Godbout

Joseph-Adélard Godbout, agronome, enseignant, chef du Parti libéral du Québec et premier ministre du Québec (né le 24 septembre 1892 à Saint-Éloi au Québec; décédé le 18 septembre 1956 à Montréal).

Senateur Joseph Adélard Godbout
Senateur Joseph Adélard Godbout, 1942 \u2013 1948

Joseph-Adélard Godbout, agronome, enseignant, chef du Parti libéral du Québec et premier ministre du Québec (né le 24 septembre 1892 à Saint-Éloi au Québec; décédé le 18 septembre 1956 à Montréal).

Formation et début de carrière

Après des études classiques au Séminaire de Rimouski, puis d’agronomie à l’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière (une institution affiliée à l’Université Laval), il entre au Amherst Agricultural College de l’État du Massachussetts (voir Enseignement de l’agriculture). À son retour des États-Unis, il enseigne à l’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière (1918–1930) et travaille comme agronome pour le ministère de l’Agriculture (1922–1925). Ses préoccupations professionnelles l'amènent à gérer l'exposition annuelle de chevaux à Sainte-Anne et à conseiller les cultivateurs pour la formation de troupeaux de race. Godbout se démarque de nombreux de ses contemporains par sa vision économique de l’agriculture plutôt qu’idéologique.

Ministre de l’Agriculture

Il participe activement à la vie politique locale, en particulier à partir du moment où son père Eugène Godbout devient député de la circonscription de Témiscouata (1921–1923). Le premier ministre et chef du Parti libéral,Louis-Alexandre Taschereau, apprécie le jeune politicien et l’incite à se présenter comme député de L'Islet en 1929. L'année suivante, Godbout devient ministre de l'Agriculture. À 38 ans, il est le plus jeune membre du cabinet. Après l'élection générale de 1931, le parti décline et, en 1934, de jeunes libéraux éminents fondent un nouveau parti, l'Action libérale nationale. Ces derniers font élire 26 députés lors de l’élection de 1935. La session qui suit est désastreuse pour les troupes libérales. Des scandales éclatent et en juin 1936, Taschereau démissionne. Godbout est alors élu à l'unanimité chef du Parti libéral et devient ainsi premier ministre du Québec. Cette victoire est de courte durée puisqu’il ne reste à ce poste que deux mois.

Louis-Alexandre Taschereau
Le premier ministre du Québec Louis-Alexandre Taschereau entre 1920 et 1936.
Maurice Duplessis, vers 1936
Maurice Duplessis (1890-1959), député et chef de l'Union nationale, avant son accession au poste de Premier ministre du Québec. Pendant la campagne électorale de juillet et août 1936, cette photo fut la photographie utilisée dans le matériel publicitaire de l'Union nationale et distribuée aux médias. Elle fut aussi réutilisée lors de la campagne électorale de 1939.

Maurice Duplessis, à la tête d’un nouveau parti, l’Union nationale (née de la fusion de l’Action libérale nationale et du Parti conservateur), remporte les élections d’août 1936. Godbout, défait dans sa circonscription, consacre les années 1936–1939 à réorganiser son parti. De son côté, Duplessis s'aliène les travailleurs syndiqués et provoque la bisbille au sein de son parti en ne respectant pas certaines promesses concernant l'électricité. La Seconde Guerre mondiale ayant éclaté et le Canada s'y étant engagé, Duplessis profite de la conjoncture pour lancer, à l'improviste, une élection générale qu'il perd.

Premier ministre du Québec

Porté au pouvoir avec l’appui des libéraux fédéraux, dont le lieutenant québécois du gouvernement de Mackenzie King, Ernest Lapointe qui fait campagne à ses côtés, Godbout accompli une œuvre impressionnante. Par les différentes mesures sociales et économiques que son gouvernement met en place, certains historiens ont vu en lui un précurseur de la Révolution tranquille. Ainsi, malgré l'opposition ouverte du cardinal Villeneuve, il accorde en 1940 le droit de vote et d'éligibilité aux femmes, droits qu'elles réclament depuis 20 ans et qu'elles exercent sur la scène fédérale et dans les autres provinces.

Lapointe, Ernest
Ernest Lapointe est le plus important coll\u00e8gue de Mackenzie King au Cabinet; il est représenté ici dans une caricature de Robert Lapalme (avec la permission du Cercle du Livre de France).

Godbout s'attaque aussi au problème de la fréquentation scolaire. Afin de faire obstacle à l’opposition possible du clergé catholique à l’adoption d’une loi sur l’instruction publique obligatoire (universelle et gratuite), le gouvernement de Godbout révèle les conclusions d’un rapport du surintendant du Département de l’instruction publique. Celui-ci souligne l’abandon scolaire massif après la quatrième année du primaire. Devant ces faits, le clergé catholique québécois qui a la mainmise sur le système d’éducation à l’époque, accepte que le gouvernement impose la fréquentation scolaire pour les enfants de 6 à 14 ans. La Loi sur la fréquentation scolaire obligatoire est adoptée le 26 mai 1943.

La question syndicale prend aussi une place importante dans le mandat du gouvernement Godbout. À l’époque, les patrons ne sont pas tenus de négocier avec les employés. En 1943, dans les papeteries de la Price Brothers à Kénogami et à Alma, les syndicats catholiques frustrés déclenchent une grève générale. Une commission d'enquête instituée par Godbout conclut à l'absence de liberté syndicale. Par l’adoption en février 1944 de la Loi des relations ouvrières (considérée comme un code du travail) qui établit clairement les droits de négociation collective et de syndicalisation, le gouvernement oblige les patrons à négocier avec le syndicat majoritaire (voir Histoire des travailleurs du Québec).

Depuis plus de 10 ans, les défenseurs de la municipalisation de l'électricité et de la création d'une entreprise hydroélectrique d'État font campagne et dénoncent les tarifs élevés, l'électrification déficiente des régions rurales et l'absence des francophones dans les postes de décisions des entreprises d’hydroélectricité. Dès 1940, Godbout en fait son cheval de bataille. En 1944, il nationalise la puissante Montreal Light, Heat and Power et sa filiale, la Beauharnois Power. Il met sur pied Hydro-Québec afin d’administrer ces entreprises et adopte une politique d'électrification rurale de 10 millions de dollars par année, ce qui provoque l'ire des financiers anglophones. L'entreprise d'État grandit et bâtit de nouvelles centrales. À l'heure de la Révolution tranquille, elle valait un milliard de dollars.

Par ailleurs, Godbout permet au fédéral d'amender la constitution et d'établir l'assurance-chômage réclamée par les syndiqués depuis le début du siècle et proposée par la Commission des affaires sociales de Québec au début des années 1930. Il ne conteste pas non plus la mise sur pied par le fédéral d’un programme d’allocations familiales en 1944, en dépit du fait que les services sociaux sont une compétence d’exclusivité provinciale.

L’acquiescement du gouvernement de Godbout à ces mesures progressistes du fédéral fut perçu et exploité par ses opposants politiques comme un manque d’autonomie, tout comme sa position dans le dossier de la conscription à la suite des résultats du plébiscite pancanadien en 1942. En dépit de sa promesse électorale, Godbout va défendre le changement de cap du gouvernement de Mackenzie King, considérant que les enjeux en cause et la victoire des Alliés rendent la conscription nécessaire. Par conséquent, ses troupes sont défaites par l’Union nationale de Duplessis en 1944. Godbout demeure néanmoins chef de l’Opposition officielle jusqu’aux élections de 1948, qu’il perd à nouveau. En 1949, il devient sénateur pour Montarville. Il décède des suites d’une chute le 18 septembre 1956.

Un bilan controversé

Malgré sa promesse formelle de 1939 contre l’adoption d’une nouvelle loi conscriptionniste, l’attitude conciliante de Godbout fait l’objet d’un débat dans la communauté historienne. Certains historiens nationalistes l’ont présenté comme un valet du gouvernement fédéral, voire comme un traître. Toutefois, selon l’historien Michel Lévesque, la raison principale de sa subordination réside dans les élections provinciales de 1939. Lors de celle-ci, les libéraux fédéraux auraient acheté la victoire de Godbout sur Duplessis. Pour ce faire, ils ont versé un million de dollars afin d’appuyer sa campagne électorale dans les 86 circonscriptions de la province – une somme colossale pour l’époque. À titre comparatif, lors des élections fédérales de 1940, les libéraux fédéraux ont dépensé un million de dollars pour les 245 circonscriptions du pays. En somme, la liberté décisionnelle d’Adélard Godbout face au gouvernement libéral fédéral a sans doute été réduite par cette importante contribution financière.

Il convient aussi de nuancer le bilan progressiste de son gouvernement. Ainsi, la création en 1943 de la Commission du service civil, qui garantit aux employés de l’État une stabilité d’emploi, survient après le congédiement par le gouvernement de plus de 4 000 fonctionnaires et leur remplacement par des militants libéraux. Quant à l’adoption de la Convention entre le gouvernement du Dominion et celui de la Province de Québec pour la suspension de certaines taxes en temps de guerre, elle ne fut pas à l’avantage du Québec, contrairement à la déclaration de Godbout lors du débat en avril 1942 sur son adoption par l’Assemblée législative. Dans les faits, cette mesure permit au gouvernement fédéral de percevoir en impôts plus de 2,25 milliards de dollars au Québec entre le 1er septembre 1941 et le 1er septembre 1947. En contrepartie, au cours de cette même période, celui-ci n’aura versé à la province que 102 millions de dollars.

Reconnaissance et commémoration

L’importance des mesures progressistes adoptées par le gouvernement d’Adélard Godbout (vote des femmes, instruction obligatoire, code du travail, etc.) qui ont pavé la voie au développement de l’État providence au Québec, est aujourd’hui reconnue par les historiens et sa mémoire commémorée. Une sculpture érigée à proximité de l’hôtel du Parlement rend hommage à ce précurseur de la Révolution tranquille. Dans différentes villes du Québec, plusieurs lieux ou édifices ont été nommés en son honneur. En 2000, le cinéaste Jacques Godbout lui a consacré un documentaire intitulé Traître ou Patriote. L’Ordre des agronomes du Québec remet annuellement le Mérite spécial Adélard-Godbout à une entreprise, un organisme, un individu ou un groupe d’individus non-agronomes qui ont contribué au développement de l’agriculture, de l’agronomie ou du secteur agroalimentaire québécois.

Prix et récompenses

Commandeur de l’Ordre du mérite agricole du Québec (1930)

Doctorat honoris causa (sciences agricoles), Université Laval (1931)

Doctorat honoris causa (médecine vétérinaire), Université de Montréal (1940)

Professeur honoraire, Faculté d’agriculture, Université Laval (1940)

Intronisation au Temple de la renommée de l’Agriculture du Canada (1962)


Lecture supplémentaire

  • Commission de la Capitale nationale, « Dépliant - Joseph-Adélard Godbout » (mise à jour 2008).

    Jean-Guy Genest, Godbout (Sillery : Septentrion, 1996).

    Marcel Labelle, Adélard Godbout, précurseur de la Révolution tranquille (Montréal : Lidec, 2008).

    Vincent Lemieux, Le Parti libéral du Québec. Alliances, rivalités et neutralités (Québec : Les Presses de l’Université Laval, 2008).

    Michel Lévesque, « Pour en finir avec le bon et juste Adélard Godbout », L’Action nationale, 164 (décembre 2006).

    Michel Lévesque, Histoire du Parti libéral du Québec. La nébuleuse politique (Québec : Septentrion, 2013).

    Michel Lévesque et Martin Pelletier, Le Parti libéral du Québec : bibliographie (1867–2006) (Québec : Bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec, 2006).

Liens externes