Arnold Walter

Arnold Maria Walter, O.C., est musicologue, éducateur et administrateur (né le 30 août 1902 à Hannsdorf [Hanušovice], en Moravie, et mort le 6 octobre 1973 à Toronto, en Ontario). Après son immigration au Canada, en 1937, il devient un précurseur visionnaire et influent de l’enseignement de la musique au pays.

Arnold Maria Walter, O.C., est musicologue, éducateur et administrateur (né le 30 août 1902 à Hannsdorf [Hanušovice], en Moravie, et mort le 6 octobre 1973 à Toronto, en Ontario). Après son immigration au Canada, en 1937, il devient un précurseur visionnaire et influent de l’enseignement de la musique au pays. Il veille au développement de la relève musicale et aide à bâtir un public qui sait apprécier des prestations musicales. Il introduit la méthode Orff en Amérique du Nord et crée l’école des études supérieures et l’école d’opéra du Conservatoire de musique de Toronto (maintenant le Conservatoire royal de musique de Toronto). Sous sa direction (1952 à 1968), la Faculté de musique de l’Université de Toronto acquiert une renommée internationale grâce au premier studio de musique électronique au Canada et à une des plus grandes bibliothèques de musique en Amérique du Nord. Arnold Walter devient officier de l’Ordre du Canada en 1971.

Jeunesse

Fils et petit-fils d’enseignants (son grand-père était aussi l’organiste et le chef de chœur du village), Arnold Walter reçoit l’enseignement classique à Brno, en Moravie (aujourd’hui République tchèque), et finance ses études de musique privées en donnant des cours de latin et de grec à d’autres élèves. Il étudie l’harmonie et la composition auprès de Bruno Weigl, un élève d’Anton Bruckner, et le droit à l’Université Charles de Prague, sur l’insistance de son père. Il se tourne ensuite vers la musicologie et l’Université de Berlin, où Hermann Abert, Curt Sachs et Johannes Wolf deviennent ses plus importants professeurs. En parallèle, il étudie le piano avec Rudolf Breithaupt et Frederic Lamond et la composition avec Franz Schreker.

Premiers écrits musicaux

Après de brèves études en médecine à l’Université Masaryk, à Brno, Arnold Walter retourne en Allemagne. Incapable de s’y trouver du travail comme pianiste et compositeur, il commence à écrire sur la musique et contribue à la revue musicale Melos. Au début des années 1930, il collabore aux importants périodiques de gauche Die Weltbühne (à titre de rédacteur musical) et Vorwärts (à titre de critique musical). Obligé de quitter Berlin en raison de ses allégeances politiques, Arnold Walter immigre à Majorque, en Espagne, en 1933, où il étudie la musique folklorique, apprend trois langues (il sait parler six langues, dont le latin et le grec) et enseigne. Au déclenchement de la Guerre civile en Espagne en 1936, il fuit en l’Angleterre, où il poursuit des recherches sur la musique folklorique au Cecil Sharp House. Pendant son séjour, il fait la connaissance de Ralph Vaughan Williams, d’Imogen Holst, de Maud Karpeles et d’autres chercheurs éminents dans le domaine de la musique folklorique.

Début de carrière au Canada

En 1937, Arnold Walter accepte une offre pour enseigner au Upper Canada College, à Toronto, où il restera jusqu’en 1943. Il continue à travailler comme pigiste avant de devenir le directeur fondateur de l’école des études supérieures au Conservatoire de musique de Toronto (maintenant le Conservatoire royal de musique de Toronto) en 1945. Un an plus tard, il met sur pied l’école d’opéra du Conservatoire (voir aussi University of Toronto Opera Division, Canadian Opera Company) et établit le premier programme universitaire pour l’enseignement de la musique aux niveaux primaire et secondaire au Canada.

Un échange de lettres intensif avec le compositeur-méthodologiste Carl Orff permet à Arnold Walter de mandater Doreen Hall pour enseigner la méthode Orff au Conservatoire. Les cours, qui visent à développer les affinités innées des étudiants avec le rythme et la mélodie par l’improvisation plutôt que par des exercices répétitifs, sont offerts à partir de 1955, une première en Amérique du Nord. Arnold Walter et Doreen Hall rédigent ensemble les éditions anglaises des manuels d’enseignement de Carl Orff.

Université de Toronto

En 1952, l’Université de Toronto revoit la structure de ses différents départements de musique, et Arnold Walter devient directeur de la Faculté de musique, qui chapeaute tous les programmes d’études, dont le diplôme décerné jusque-là par l’école des études supérieures du Conservatoire. Sous sa direction (de 1952 à 1968), la Faculté vit une période de croissance remarquable. On renforce les programmes d’études existants et en crée de nouveaux, tant au premier cycle qu’aux cycles supérieurs. La bibliothèque de musique devient la plus grande en son genre au Canada et une des mieux équipées en Amérique du Nord, et un studio de musique électronique, le premier au Canada, est inauguré. Ces deux entités sont hébergées sous le toit de l’édifice Edward Johnson, qu’Arnold Walter aide à planifier.

Implication sociale

Pendant ces années, Arnold Walter devient de plus en plus actif sur la scène nationale et internationale. Il agit à titre de président de 1956 à 1962 du comité éditorial de la revue The Canadian Music Journal, 1953 à 1955 de la Société internationale pour l’éducation musicale, du Centre de musique canadienne en 1959 et en 1970, du Conseil canadien de la musique de 1965 à 1966 et du Conseil interaméricain de la musique de 1969 à 1972. Il devient le président fondateur de l’Association canadienne des écoles universitaires de musique (maintenant la Société de musique des universités canadiennes) de 1965 à 1967 et membre fondateur du conseil d’administration du Centre national des arts, à Ottawa.

Après la fin de son mandat à titre de directeur de la Faculté de musique de l’Université de Toronto, il continue à y travailler comme professeur et conférencier spécial.

Compositions

Durant toute sa vie, mais de façon irrégulière, Arnold Walter compose des pièces de musique qui, toutefois, ne connaissent pas beaucoup de succès. Seul le Trio pour violon, violoncelle et piano (1940) en fait exception, pour lequel il gagne le prix de la Société canadienne de perception de la copie privée, en 1943. Il est grandement influencé par l’esthétique européenne d’avant la Première Guerre mondiale et réticent à s’éloigner du style des Mahler, Strauss, Debussy, Scriabin et jeune Schoenberg. Sa musique est démodée, inconnue même à Toronto, et ses compositions surprennent plusieurs par leur manque de dynamisme et de force d’innovation qui, pourtant, font la réputation d’Arnold Walter. Le manque de reconnaissance générale de ses compositions, malgré des efforts de promotion déployés par ses amis et collègues, est une grande déception pour lui.

Héritage

À plusieurs égards, Arnold Walter est en avance sur son temps. À plus d’une reprise, il fait face à une opposition forte et à des ressentiments lorsqu’il tente de transformer ses idées visionnaires en réalité. Ses activités font souvent l’objet de controverses; cependant, ce sont les institutions qu’il aide à créer qui représentent son plus important héritage. Il est pleinement conscient que le développement de talents et le développement de marchés doivent aller de pair. Et pour ce faire, il faut éduquer les musiciens et le public à l’aide de fonds publics et privés et d’institutions fortes.

Son enseignement et ses essais, articles et conférences représentent ce qu’il y a de meilleur de son énergie créative. Ses écrits, dans lesquels il cite délibérément les plus grands auteurs et philosophes, projettent l’image d’un grand érudit. Il compte parmi ses étudiants des personnalités musicales aussi variées que Paul McIntyre, Phil Nimmons, Clermont Pépin et Howard Brown. Par son enseignement, et surtout par ses écrits, Arnold Walter vise à faire valoir l’importance de la musique dans la société et ce que la société doit à la musique. Il travaille à la rédaction d’un livre sur la musique à l’ère technologique lorsqu’il s’éteint, à l’âge de 71 ans.

Distinctions

En 1974, la salle de concert de l’édifice Edward Johnson, à l’Université de Toronto, est nommée « Walter Hall » en mémoire d’Arnold Walter, et l’Université crée le Arnold Walter Memorial Award pour les étudiants en arts de la scène. Le Centre de musique canadienne possède une collection de ses compositions et enregistrements, et ses écrits sont conservés par Bibliothèque et Archives Canada.

Prix

Christian Culture Award, Assumption University (1945)

National Award in Music, Université de l’Alberta (1958)

Grade honorifique, Université Mount Allison (1966)

Award of Merit, corporation de la Ville de Toronto (1971)

Officier, Ordre du Canada (1971)