Les baby-boomers au Canada

Une hausse marquée du taux de natalité s’est produite au Canada à la fin de la Seconde Guerre mondiale et a duré jusque vers 1965, résultat d’une amélioration des conditions économiques et d’une tendance parallèle aux familles nombreuses au cours de la même période. Ainsi, pendant une vingtaine d'années, la population a rapidement augmenté; c'est ce que l’on appelle le baby boom. Par son influence démographique, la génération du baby-boom a façonné l’économie et la société du Canada, et elle continue de le faire encore aujourd’hui tandis que ses membres vieillissent et atteignent l’âge de la retraite.

Le premier ministre canadien William Lyon Mackenzie King en compagnie du premier ministre britannique Winston Churchill, en 1941

William Lyon Mackenzie King était premier ministre du Canada pendant la Deuxième Guerre mondiale et dans les premiers jours de l’après-guerre (jusqu’à 1948), lorsque la génération du baby-boom a commencé.

Hausse des taux de natalité

Bien qu'il n'existe aucune définition officielle du terme « baby-boom », on entend par là une période de hausse des taux de natalité qui a débuté dans les années 1950 et s'est terminée vers 1965. La crise des années 1930 prolonge le déclin du taux de natalité au Canada (voir Population), comme dans la plupart des pays occidentaux. Au Canada, le taux de natalité brut (nombre annuel de naissances pour 1 000 habitants) atteint un plancher en 1937, à 20,1. L'amélioration de la situation économique entraîne sa remontée, qui s'accélère à compter de la Deuxième Guerre mondiale. Il atteint 24,3 en 1945, grimpe à 27,2 l’année suivante et fluctue entre 27 et 28,5 pour 1 000 habitants jusqu'en 1959, avant de redescendre petit à petit.

Plus de mariages, plus d'enfants

Les naissances reportées à plus tard par la crise des années 1930 déclenchent le baby-boom, mais deux autres facteurs y contribuent.

En premier lieu, la proportion d'adultes mariés augmente et ces nouveaux couples font plus d'enfants. Les femmes nées en 1911 ou en 1912 ont en moyenne 2,9 enfants, tandis que celles qui sont nées entre 1929 et 1933 en ont en moyenne 3,3. Vingt ans séparent ces deux générations, entre lesquelles le nombre d’enfants par femme augmente de 13 p. 100.

En second lieu, plus de la moitié des naissances du baby-boom s’expliquent par ce que les démographes appellent un « phénomène de calendrier ». Les couples se marient plus jeunes (l'âge médian au premier mariage des femmes est de 23,2 ans en 1940 et de 21,1 en 1965) et, de la fin de la Seconde Guerre mondiale à 1965, ils ont leurs enfants assez tôt après le mariage.

Le nombre annuel de naissances au Canada grimpe de 253 000 en 1940 à 479 000 en 1960, avant de redescendre à 419 000 en 1965. Au cours des 25 années du baby-boom, 1,5 million d'enfants de plus voient le jour que si ce phénomène n'avait pas eu lieu (quelque 8,6 millions en tout), soit une hausse de plus de 18 p. 100.

À partir de 1965, cependant, les gens commencent à se marier plus tard et attendent plus longtemps avant de faire des enfants, parce qu'un plus grand nombre de femmes sont actives sur le marché du travail et que l'accès à des méthodes de planification des naissances plus efficaces se généralise (voir Femmes dans la population active).

Hôtesse d’Expo 67 présentant des documents publicitaires

L’exposition universelle de 1967 à Montréal a été un moment charnière dans la vie de nombreux baby-boomers canadiens.

Population vieillissante

Selon Statistique Canada, la population canadienne devrait atteindre entre 40,1 et 47,7 millions de personnes d’ici 2036.

LE SAVIEZ-VOUS? Les premiers baby-boomers ont eu 65 ans en 2011. Le vieillissement de la population a beaucoup accéléré au Canada depuis.

Statistique Canada note que de 2011 à 2016, le Canada a connu la plus forte augmentation dans la proportion d’aînés depuis la Confédération. En effet, dans le recensement de 2016, le nombre de personnes âgées enregistré (5,9 millions) a dépassé le nombre d’enfants de 14 ans et moins (5,8 millions) pour la première fois dans l’histoire du Canada. Autrement dit, la proportion d’aînés (16,9 %), soit la part qu’ils représentent dans l’ensemble de la population canadienne, dépassait celle des enfants (16,6 %).

Cet écart démographique devrait augmenter. D’ici 2031, près d’un Canadien sur quatre (23%) aura 65 ans ou plus, tandis que la proportion d’enfants de 14 ans et moins devrait demeurer sensiblement la même qu’en 2016 (16%).

LE SAVIEZ-VOUS? D’ici 2061, on s’attend à ce qu’il y ait jusqu’à 12 millions d’aînés et moins de 8 millions d’enfants au Canada.

Effets à long terme

Les baby‑boomers ont causé un gonflement de la courbe démographique, qui ressemble à un lapin avalé par un python et qui migrerait le long de son corps. Durant les 20 années qui suivent 1966, ce « lapin » atteint les âges de 20 à 39 ans et entre dans la  population active. En 2011, le « lapin » a 65 ans, le seuil habituel du passage de la vie active à la retraite. D’ici à 2031, le nombre de retraités devrait augmenter considérablement. ( Voir Vieillissement).

Toutefois, les fluctuations économiques, le changement des attitudes et des attentes en matière de style de vie, ainsi qu'une espérance de vie prolongée, redéfinissent la façon dont cette génération envisage le vieillissement et la retraite. À mesure que les baby-boomers prennent leur retraite, un nombre croissant de travailleurs doivent pourvoir les postes devenus vacants, dont beaucoup exigent des compétences spécialisées. Cette situation pourrait mener à l’adoption de mesures de maintien en poste, de report de l'âge de la retraite et de recrutement de travailleurs étrangers.

La population active sera de plus en plus âgée à mesure qu'un nombre croissant de travailleurs de la génération du baby-boom atteindront la soixantaine.

Émergence de la génération X

La génération Nexus, ou génération X (1966 à 1974), est celle qui correspond à la chute du taux de natalité après le baby-boom, conséquence du fait que les baby‑boomers ont moins d’enfants que leurs parents. Les membres de la génération X, un terme popularisé par l'auteur Douglas Coupland, arrivent sur le marché du travail à partir de la fin des années 1980 et se heurtent à un taux de chômage élevé et à une répartition des revenus désavantageuse. Naturellement, ils n'ont aucune envie de refaire un baby-boom. Tout porte à croire que l'ampleur de la dénatalité aurait été plus importante sans l'effet d'écho produit par le baby-boom (naissances ne résultant pas du taux de fécondité des mères, mais du plus grand nombre de mères).

En 2011, les enfants des baby‑boomers (la cohorte alors âgée de 19 à 39 ans) forment 27 p. 100 de la population totale; ce groupe est appelé la génération Y, ou « l’écho du baby‑boom ». Le taux de fécondité des générations qui succèdent aux baby‑boomers diminue sous l’effet de changements dans la société, notamment l’augmentation des taux de séparation et de divorce, la participation accrue des femmes à la population active et l’évolution rapide de la technologie. La génération Z ou de l'Internet, c'est-à-dire les enfants de la génération de l’écho du baby‑boom, comprend tous ceux et celles qui naissent à partir de 1993, ou après l’invention d’Internet. Cette génération est formée de plus de 7,3 millions de personnes nées entre 1993 et 2011.

« La guerre des générations »

La faible activité de la génération X sur le marché du travail à la fin des années 1980 modifie grandement les proportions de la population qui assurent le revenu national, contre celle qui le consomme. À l'avenir, la proportion de retraités ou de pensionnés par rapport à la population active pourrait passer d'un sur cinq à un sur deux. Certains analystes y voient le germe d'une « guerre des générations », donnant entre autres lieu à des conflits quant à la façon de payer les services publics et de faire face à la montée des coûts de l’assistance sociale dans une société de plus en plus vieille. (Voir Marxisme et Économie keynésienne).

Demandes changeantes

La génération des baby-boomers a vieilli : le plafond historique atteint par l'âge médian dans les années 1980 et 1990, 34 ans en 1994, a grimpé à 40 ans en 2012. En 2012, on compte près de 5,2 millions de Canadiens ayant plus de 65 ans, ce qui représente une augmentation de 11,6% par rapport à 1992. En 2016, ce nombre est passé à 5,9 millions.

L’influence démographique du baby-boom continue de façonner l’économie et la société canadiennes à mesure que ses membres vieillissent et prennent leur retraite, mais aussi à mesure qu’ils vivent plus longtemps que les générations précédentes. Alors que les baby-boomers prennent de l’âge, les pressions économiques et sociales sont moins générées par les besoins en matière de scolarisation, par exemple, que par ceux des personnes âgées et les coûts associés à la population vieillissante, comme les pensions de vieillesse, les soins de santé et la sécurité du revenu. Conjointement à ces faits, la proportion de Canadiens qui travaillent et paient de l’impôt sur leurs revenus diminue. Les besoins en matière de logement et de transport changent également, tout comme la consommation, qui se concentre de plus en plus sur les biens et services pour aînés.



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