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Béothuks

Les Béothuks (qui signifie « le peuple » ou le « vrai peuple » dans leur langue) étaient un peuple autochtone qui habitait traditionnellement Terre-Neuve. À l’époque du contact avec les Européens au 16e siècle, la population des Béothuks comptait probablement environ de 500 à 1000 personnes. Leur population est difficile à estimer en raison de la réduction de leurs nombres durant le début de la période du contact. Cette réduction de la population était due à une variété de facteurs, incluant de violents conflits avec les colons, l’accès réduit au territoire et aux ressources, et les maladies. Bien qu’il ait été dit que les Béothuks sont maintenant disparus, les traditions orales des Mi’kmaq et des Innus réfutent cette affirmation. Les histoires orales autochtones enseignent que les Béothuks se sont intermariés avec d’autres nations autochtones du continent après avoir été chassés de leurs territoires côtiers par les colons. Selon ces points de vue, les descendants des Béothuks vivent aujourd’hui dans d’autres communautés autochtones.

Origines

Les preuves archéologiques, comme les outils, les armes et les articles ménagers, révèlent que les Béothuks habitent Terre-Neuve bien avant la colonisation européenne. On croit qu’ils descendent possiblement d’un peuple plus ancien parfois appelé peuple « Little Passage ». Ce nom fait référence au premier site reconnu à Terre-Neuve appelé « Little Passage ». Le peuple Little Passage occupe l’île pendant plusieurs milliers d’années.

Béothuks, artefacts des

Territoire traditionnel

Au moment de leur contact avec les Européens au début des années 1500, les Béothuks occupent au moins les côtes sud et nord-est de Terre-Neuve. Peu de temps après l’arrivée des Européens, les Béothuks sont forcés de quitter leurs terres côtières et leurs camps de pêche ancestraux pour s’installer à l’intérieur des terres en raison de l’empiètement des colons. De probables affrontements violents avec les Vikings entre les années 800 et 1000 de notre ère incitent possiblement les Béothuks à éviter autant que possible les contacts avec les nouveaux arrivants européens. (Voir aussi Voyages des Norses.)

Vie traditionnelle

Les Béothuks habitent dans des tentes recouvertes d’écorce ou de peaux durant l’été, et dans des maisons semi-souterraines (partiellement enfouies sous la terre) en hiver. (Voir aussi Histoire de l’architecture des peuples autochtones au Canada.) Ils sont principalement un peuple côtier, organisé en petits groupes répartis dans les différentes baies de Terre-Neuve, et ils vivent de la pêche, et de la chasse aux phoques, à d’autres mammifères marins et aux oiseaux. Il est possible qu’ils se rendent également à l’intérieur des terres pour chasser le caribou au passage à gué des rivières, mais il semble qu’ils ne commencent à occuper l’intérieur des terres durant tout l’hiver qu’après leur contact avec les colons. Pour chasser, ils utilisent des arcs, des flèches, des harpons et des lances. La chasse se fait souvent en canots d’écorce qui sont aptes à la navigation.

Mamateek et fumoir

Culture

Les artefacts les plus caractéristiques distinctifs des Béothuks sont des pendentifs faits d’os, de bois de cervidés et d’ivoire, finement ornés de motifs sculptés. À la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, plusieurs de ces objets sont découverts dans des sépultures situées dans des grottes ou des abris sous des rochers. Une autre caractéristique notable de la culture des Béothuks est l’utilisation abondante d’hématite en poudre, ou ocre rouge, avec laquelle ils peignent leurs canots, d’autres objets culturels, et même leur corps. Comme ils sont les premiers peuples autochtones en Amérique du Nord que les Européens rencontrent, il est possible que leur coutume d’utiliser l’ocre rouge soit à l’origine du surnom « Peaux-Rouges », qui est ensuite appliqué à tous les peuples des Premières Nations.

Religion et spiritualité

En tant que peuple algonquien, les Béothuks partagent possiblement des histoires d’origines, des pratiques religieuses et des visions du monde semblables avec d’autres peuples algonquiens, comme les Mi’kmaq, les Wolastoqiyik (Malécites), et les Innus (Montagnais-Naskapi). Une Béothuk capturée, du nom d’Oubee, témoigne un jour que son peuple vénère le soleil et la lune. Shawnadithit, une Beothuk qui consigne l’histoire de son peuple, ajoute que son peuple croit en un monde spirituel avec un esprit suprême (possiblement le Créateur) et avec des monstres ou des esprits maléfiques. (Voir Religion et spiritualité des Autochtones au Canada.)

Langue

Une femme béothuk du nom de Demasduit crée un dictionnaire de la langue des Béothuks dans les années 1800. Demasduit est capturée par des pêcheurs anglais en 1819 et elle est envoyée dans une mission anglicane, où son vocabulaire béothuk est consigné sur papier. Les listes de mots qui sont transcrites par les Européens au 18e siècle ou au début du 19e siècle indiquent que la langue béothuk fait partie de la famille des langues algonquiennes. (Voir aussi Langues autochtones au Canada.)

Contact avec les Européens

La première mention des Béothuks dans les archives européennes remonte possiblement à 1501, lorsque le diplomate italien Alberto Cantino fait état d’environ cinquante femmes et hommes captifs, possiblement des Béothuks, qu’il a vus à Lisbonne au Portugal. À l’époque des premiers contacts, certains explorateurs européens capturent des Autochtones et les envoient en Europe pour en faire des esclaves ou des exemples vivants de l’exotisme du Nouveau-Monde. La plupart de ces prisonniers meurent en route vers l’Europe ou peu de temps après leur arrivée. Cependant, il n’y a aucune confirmation à savoir que les prisonniers aperçus par Alberto Cantino sont des Béothuks. (Voir aussi Esclavage des Autochtones au Canada.)

Au cours des années 1600, les Béothuks rencontrent des pêcheurs européens qui construisent et travaillent durant l’été dans des campements temporaires le long de la côte de Terre-Neuve. Les Béothuks récupèrent et transforment les objets métalliques que les pêcheurs européens laissent derrière eux lorsqu’ils repartent en Europe à l’automne (par exemple, des clous, des hameçons et des morceaux de fer). Ils les transforment en pointes de flèche, en lames et en d’autres outils. Les Béothuks reçoivent ainsi des marchandises européennes sans participer au réseau commercial traditionnel développé entre la plupart des peuples autochtones et les Européens pendant cette période.

L’établissement de colonies européennes permanentes dans les années 1700 modifie considérablement le mode de vie des Béothuks. Lorsque les Français s’établissent à Placentia et les Anglais dans des régions allant de la baie de Conception à la baie de Bonavista, les Béothuks se retirent du contact avec les Européens et deviennent de plus en plus isolés. Vers le milieu des années 1700, la colonisation anglaise à Terre-Neuve augmente. Les Béothuks doivent alors rivaliser avec les trappeurs blancs qui connaissent désormais bien l’intérieur de Terre-Neuve. (Voir aussi Traite des fourrures.) De plus, on leur refuse de plus en plus l’accès aux baies où ils pêchent. Cela crée des tensions, et parfois des conflits, entre les Béothuks et les Européens.

À partir du début des années 1800, la population des Béothuks diminue puisqu’ils sont forcés de vivre le long du réseau fluvial de la rivière des Exploits, et que par conséquent, ils ne peuvent subsister qu’avec les maigres ressources alimentaires et les abris inadéquats de l’intérieur des terres. Certains historiens soutiennent également que les maladies européennes, notamment la tuberculose, contribuent possiblement au déclin de leur population. Pendant ce temps, les Béothuks sont déplacés par les Européens, et certains sont emmenés de force, capturés ou tués.

Dessins béothuks

Perspectives sur les Béothuks dans l’histoire canadienne

En raison de l’empiètement des Européens, des massacres et des maladies contre lesquelles les Béothuks n’ont aucune résistance naturelle, leur nombre diminue rapidement après le contact. Les livres d’histoire canadienne mentionnent souvent qu’ensuite les Béothuks disparaissent, et que Shawnadithit, qui meurt en 1829, est la dernière des Béothuks. Le marchand et naturaliste écossais William Cormack, qui aide Shawnadithit à consigner les aspects de la culture béothuk avant qu’elle meure, croit probablement qu’elle est la seule survivante. À partir de là, les récits occidentaux s’accordent généralement pour dire que les Béothuks sont complètement disparus.

Les approches modernes et nuancées de l’histoire, ainsi que les récits oraux autochtones, remettent en question ce point de vue. Les Mi’kmaq ont toujours maintenu que les Béothuks ne sont pas disparus. Les Mi’kmaq et les Innus affirment tous deux que les Béothuks ont fui les régions côtières après l’intensification de la colonisation européenne et ont trouvé refuge auprès d’autres nations autochtones sur le continent. Certains récits suggèrent que les Béothuks se sont intermariés avec les Vikings, et qu’ils pourraient par conséquent avoir des descendants vivant dans certaines parties de l’Islande actuelle. Ces théories contredisent l’idée selon laquelle les Béothuks ont complètement disparu.

Rapatriement des restes humains de Béothuks

En 1827, William Cormack prend les crânes de deux Béothuks, soit Demasduit et son mari, le chef Nonosbawsut. Il les envoie à son mentor, Robert Jameson, un professeur d’histoire naturelle à l’Université d’Édimbourg en Écosse. Les restes humains sont éventuellement conservés au National Museum of Scotland. En 2015, le chef Mi’sel Joe de la Première Nation Miawpukek de Conne River entame le processus de rapatriement de ces restes. Il se rend en Écosse pour examiner les restes et faire une cérémonie de foin d’odeur pour le peuple béothuk, un rituel de purification spirituel destiné à faire disparaitre les pensées et sentiments négatifs.

En février 2016, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Dwight Ball, écrit officiellement à National Museums Scotland pour demander que les restes humains des Béothuks soient rapatriés au Canada. Cette demande est suivie d’une autre demande semblable de la part de Mélanie Joly, la ministre fédérale du Patrimoine canadien, en novembre 2017. En janvier 2019, Gordon Rintoul, le directeur de National Museums Scotland, annonce qu’un accord a été conclu avec les autorités canadiennes pour que les restes humains soient restitués au Canada.

Le chef Mi’sel Joe croit que le rapatriement des restes de Demasduwit et de Nonosbawsut pourrait aider à atténuer la « sombre histoire » de Terre-Neuve. Dans le passé, les programmes scolaires de Terre-Neuve attribuaient la disparition des Béothuks aux peuples Mi’kmaq. Le curriculum scolaire accusait les Mi’kmaq d’avoir tué les Béothuks à la demande des Français. Le chef Mi'sel Joe estime que ce rapatriement pourrait ouvrir un chapitre de réconciliation entre les peuples autochtones et non autochtones de Terre-Neuve-et-Labrador.

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