Fort Saint-Pierre

 Fort Saint-Pierre est établi peu après 1632 par certains actionnaires de la COMPAGNIE DES CENT-ASSOCIÉS. Se voyant accorder tous les droits commerciaux, ceux-ci fondent la Compagnie de Cape Breton.

Fouille du mur nord de Fort Saint-Pierre (avec la permission de S. Powell, Parcs Canada)
Poignard
Poignard avec étui en cuir trouvé à Fort Saint-Pierre (avec la permission de D. Harisson, Parcs Canada)
Vue du site face au nord. La maison de l'éclusier est à droite en arrière-plan, et derrière le mur du fort se trouve une grange qui n'existe plus maintenant (avec la permission de R. Ferguson).
Plancher brûlé à Fort Saint-Pierre (avec la permission de Birgitta Wallace)

Fort Saint-Pierre

Fort Saint-Pierre est un poste de traite français couvrant la période de 1632 à 1669 environ. Il est situé sur la rive sud-est de l'ÎLE DE CAPE-BRETON dans le village de ST. PETER'S, sur la côte atlantique d'un isthme étroit séparant la voie maritime intérieure du lac BRAS D'OR de l'océan. Depuis 1869, le lac et l'océan sont reliés par le canal St. Peters. De la terre retirée du canal fut déversée par-dessus et sur le devant du site, qui se trouve maintenant à 75 m du littoral. Le canal remplace une ancienne route de portage utilisée par les MICMACS de la région. L'existence de ce portage est probablement la raison pour laquelle le poste fut placé à cet endroit.

Historique

Fort Saint-Pierre est établi peu après 1632 par certains actionnaires de la COMPAGNIE DES CENT-ASSOCIÉS. Se voyant accorder tous les droits commerciaux, ceux-ci fondent la Compagnie de Cape Breton. À ces droits s'ajoute aussi la propriété de Fort Sainte-Anne, construit sur la rive nord-ouest du lac Bras d'Or en 1629. On ne sait pas si Fort Saint-Pierre fut construit à cette période ou s'il fut érigé postérieurement par les investisseurs de la Compagnie du Cape Breton. Le poste est d'abord mentionné dans un acte datant du 14 mars 1640.

Il n'existe aucune description de l'aménagement de ce premier Fort Saint-Pierre, mais il était probablement comparable à celui de Fort Sainte-Anne. Tout comme ce dernier, il contenait sans doute des logements pour les travailleurs (les engagés) et les soldats, une chapelle, des cuisines, une boulangerie, des latrines et diverses dépendances. Bien qu'ils aient d'abord été construits comme bases pour la pêche à la MORUE et la TRAITE DES FOURRURES, les deux forts étaient fortifiés, en partie pour prévenir de possibles attaques de la part des Anglais, mais plus encore comme défense contre les compagnies de traite concurrentes. L'emplacement de Fort Saint-Pierre, près de l'Atlantique et sur une route de portage micmac menant vers l'intérieur de Cape Breton et du lac Bras d'Or, était avantageux pour la pêche et le commerce, bien que les bancs et les canaux étroits de son port faisaient en sorte qu'il était difficile pour les gros navires d'y accoster. Malgré tout, le commerce au Cape Breton n'était pas particulièrement rentable, ce qui faisait en sorte que la propriété du poste changeait fréquemment de mains, soit parce qu'elle était achetée ou carrément attaquée.

Le 4 septembre 1647, Charles DE MENOU, sieur d'Aulnay de PORT-ROYAL et alors gouverneur désigné de toute l'ACADIE, ordonne au commandant de Fort Saint-Pierre de lui remettre le poste, incluant tout son contenu. D'Aulnay réussit à garder la main sur le fort jusqu'à sa mort le 24 mai 1650. Les droits commerciaux sur Cape Breton, incluant Fort Saint-Pierre, sont alors loués par Nicolas DENYS (un personnage important de l'HISTOIRE ACADIENNE), de pair avec son frère Simon Denys et J. Gaudin; tous sont largement impliqués dans le commerce acadien français. Nicolas Denys se concentre sur Fort Saint-Pierre, alors que Simon Denys s'établit à Fort Sainte-Anne.

Nicolas Denys construit un « chemin de halage » à travers l'isthme, ce qui permet de transporter les bateaux entre l'Atlantique et le lac Bras d'Or, et d'éviter ainsi la longue route qui longe la côte extérieure. Cette nouvelle route est faite de rondins de bois attachés à la suite l'un de l'autre. Elle fut reconstruite au cours du XIXe siècle, puis supprimée lors du réalignement du canal de 1912 à 1918.

En 1651, Fort Saint-Pierre est attaqué par les soldats de la veuve d'Aulnay, qui prend possession du poste, emprisonnant Nicolas et son frère dans le cachot de son poste de Port-Royal. Le poste est toutefois rendu à Nicolas l'année suivante. Au printemps 1653, le fort est attaqué de nouveau, cette fois par le créancier d'Aulnay, Emmanuel Le Borgne. Le fort est démantelé et deux bateaux sont détruits. Nicolas se plaint à la France et récupère ensuite la propriété du fort, qui est apparemment reconstruit sous la forme d'un carré de terre (mesurant 24 m de côté) avec une, peut-être deux ouvertures. Le fort est recouvert de tourbe et entouré d'un fossé. En 1669, un incendie éclate, ravageant complètement le poste. Le site est abandonné et laissé tel quel jusqu'à ce que la construction du canal de St. Peters débute en 1854. Le remplissage du canal est déversé sur les ruines et devant le site. En 1876, une maison est construite pour le maître-éclusier du canal et détruit le coin nord-ouest du fort.

Travaux archéologiques à Fort Saint-Pierre

En 1985, à la demande de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada, Birgitta Wallace effectue des sondages afin de confirmer la présence du poste et d'évaluer l'importance des vestiges archéologiques. Les vestiges de deux édifices sont mis au jour. Tous deux ont des murs en torchis, mais l'un semble avoir été beaucoup plus élaboré que l'autre. Il possédait des vitraux et des planchers faits de larges et épaisses planches de bois clouées sur des solives, elles-mêmes fixées sur une base de grosses pierres placées à environ 25 cm de distance. La taille de l'édifice n'a pu être déterminée en raison des fouilles limitées, mais celles-ci ont touché à au moins deux pièces. Chacune avait une cheminée encastrée dans le mur avec un foyer s'étendant jusque dans la pièce.

Les artefacts provenant de cette structure montrent que ses habitants avaient un style de vie opulent. On y retrouve des assiettes polychromes moulées en relief et richement décorées, des réchauds pour les aliments, et différents types de faïence stannifère, dont des « pots à pommade », un pot à médicaments orné d'une croix jésuite et des lettres « IHS ». On a aussi retrouvé des fragments de moulures en plâtre (provenant peut-être des moulures de chambre), des pièces décoratives de bronze et de laiton, et un poignard dans une gaine de cuir avec une barre transversale portant des embouts à bille en laiton. Il y avait également des tasses et des bocaux communs en faïence grossière, ainsi que de la poterie rhénane, du verre de bouteille, des pipes à tabac en argile, des pierres à fusil, des fragments de bouilloire en fer, une pièce de monnaie (inidentifiable) et des clous et des boulons de fer. Des cônes de tintement en cuivre roulé, tout comme peut-être les fragments de bouilloire en cuivre, montrent qu'on s'adonnait au commerce avec les Micmacs. Le deuxième édifice était de construction similaire, mais n'avait peut-être pas de cheminées et de plancher. On y a seulement retrouvé quelques d'artefacts sans prétention, dont du verre de bouteille, de la poterie de Saintonge non émaillée, des pierres à fusil et des pipes à tabac en argile.

Une coupe transversale à travers la paroi intérieure du mur du fort a montré que celui-ci était constitué de tourbe avec une forte proportion d'argile, et qu'il mesurait environ 1,5 m d'épaisseur. Lors de la construction du canal, il en subsistait toujours une portion d'environ 50 cm de hauteur. Au cours de la fouille du sous-sol de la maison du maître-éclusier, un squelette humain avec de longs cheveux adhérant au crâne et une bague à un doigt fut mis au jour. On pense qu'il s'agit du squelette d'une femme. Le cimetière se trouvant probablement à l'extérieur du fort, cette sépulture pourrait indiquer l'emplacement de la chapelle du fort, puisque les personnes importantes étaient souvent enterrées en-dessous. Certains pensent qu'un canon ribaudequin ou pierrier trouvé au cours du XIXe siècle date d'avant Fort Saint-Pierre, car ce type de canon a fait son apparition au Moyen Âge. De tels canons étaient néanmoins toujours fabriqués au cours du XVIIe siècle et Denys les utilisaient.

Les vestiges de Fort Saint-Pierre sont particulièrement importants, car celui-ci fut détruit par le feu en une seule nuit, laissant les vestiges là où ils sont tombés. Le matériel archéologique est également bien conservé parce que le site est gorgé d'eau, ce qui contribue à la préservation des matériaux organiques. L'importance patrimoniale de Fort Saint-Pierre fut reconnue en 1929, dans le cadre de la désignation de St. Peters en tant que LIEU HISTORIQUE national.


Lecture supplémentaire

  • Alaric Faulkner and Gretchen Faulkner, The French at Pentagoet 1635-1674: An Archaeological Portrait of the Acadian Frontier (1987); Clarence-Joseph Entremont, Nicolas Denys: Sa vie et son œuvre (1982), Histoire du Cap-Sable de l'an mil au traité de Paris, volumes 1-5 (1763); William F. Ganong, The Description and Natural History of the Coasts of North America (Acadia) (1908); Nicolas Denys, Déscription géographique et historique et historique des costes de l'Amérique et histoire naturelle des peuples, des animaux, des arbres & plantes de l'Amérique Septentrionale & de ses divers climats (1672).