Histoire du mariage et du divorce

Les Canadiens ont toujours suivi le modèle de mariage typique des sociétés occidentales, c'est-à-dire un mariage relativement tardif, l'union de fait et une proportion assez importante de personnes qui restent célibataires.

Les Canadiens ont toujours suivi le modèle de mariage typique des sociétés occidentales, c'est-à-dire un mariage relativement tardif, l'union de fait et une proportion assez importante de personnes qui restent célibataires. Avant la Deuxième Guerre mondiale, il semble que 9 adultes sur 10 au Canada s'étaient mariés au moins une fois au cours de leur vie et que l'âge moyen de l'homme à son premier mariage variait entre 25 et 29 ans et celui de la femme, entre 20 et 25 ans.

Influences fondamentales sur le mariage

À l'époque, tout comme aujourd'hui, trois facteurs fondamentaux influencent les chances et le moment de se marier. Premièrement, il y a le rapport numérique entre les hommes et les femmes susceptibles de se marier. Au Canada, ce rapport s'est considérablement modifié avec le temps. En général, le nombre d'hommes célibataires a été plus ou moins égal à celui des femmes célibataires. Toutefois, durant les périodes de forte immigration et dans les régions frontalières, les hommes ont été plus nombreux que les femmes et, à partir de 1850, les femmes ont été plus nombreuses que les hommes dans les villes industrielles en plein essor du centre du pays. Deuxièmement, la propension qu'ont les hommes à épouser des femmes plus jeunes influe sur les chances de mariage des hommes et des femmes d'une manière assez différente. Les femmes ont toujours plus de choix pour se trouver un époux lorsqu'elles sont jeunes, tandis que les hommes voient leur choix s'élargir à mesure qu'ils vieillissent. Troisièmement, les facteurs économiques ont toujours eu une incidence sur les possibilités de mariage, surtout chez les hommes. Jusqu'à récemment, il était plus difficile pour un homme de se marier s'il ne pouvait pas subvenir aux besoins de son épouse et de ses enfants.

Influence religieuse

Bien avant la fondation du Canada, les Églises catholique et protestante ont établi que le mariage est une union exclusive, devant durer toute une vie, entre un homme et une femme qui ont librement consenti à s'unir en vue de procréer et de se procurer un bien-être mutuel. Cependant, les diverses confessions chrétiennes ne s'entendent pas sur plusieurs questions. L'Église catholique romaine voit le mariage comme un sacrement. Pour les protestants, il est simplement sacré ou béni de Dieu. Les catholiques estiment que les liens du mariage durent jusqu'à la mort, tandis que les protestants acceptent la possibilité du divorce et du remariage dans un nombre limité de circonstances. Même si le catholicisme interdit une vaste gamme d'unions entre personnes apparentées, il permet une certaine marge de manoeuvre dans l'application de ses règlements. Le protestantisme, lui, impose peu de restrictions à cet égard, mais applique toute règle à la lettre. Malgré ces différences, après la Réforme, on s'entend généralement dans toute l'Europe occidentale sur les principes de base du mariage chrétien. (Voir Catholicisme et Protestantisme)

Types de mariage

Depuis le début de la colonisation européenne au Canada, l'institution du mariage témoigne des traditions religieuses. Par conséquent, le concept chrétien du mariage prédomine tout au long de l'histoire du Canada, même si des exceptions notables persistent dans des circonstances particulières, comme le « marriages à la façon du Nord », soit les unions libres entre des Blancs et des Indiennes ou des Métisses dans le Nord-Ouest, au temps de la traite des fourrures. (Voir Métis)

Certains éléments laissent supposer l'existence de mariages arrangés entre les familles bourgeoises en Nouvelle-France. Toutefois, dans la plupart des cas, les hommes et les femmes choisissent toujours eux-mêmes leur conjoint. Indépendamment des considérations d'ordre économique, les Canadiens ont toujours eu tendance à se marier au sein de leur groupe social de sorte que l'appartenance ethnique, la religion et la classe sociale jouent un rôle important dans le processus de sélection d'un partenaire. Que l'on tienne compte de ces critères ou pas, l'attirance personnelle demeure, au Canada, un motif extrêmement important pour se marier.

Historiquement, l'aspect romantique du mariage est envisagé avec ambivalence. Même si l'union fondée sur le choix personnel et la relation affective offre une promesse de bonheur et d'accomplissement personnel grâce au compagnonnage, elle est forcément précédée d'une longue période de fréquentations discrètes et recèle aussi des dangers cachés, comme le risque de choisir imprudemment une épouse en cédant à la voix du coeur plutôt qu'à celle de la raison.

La possibilité d'avoir des rapports sexuels avant le mariage constitue un autre danger. Il s'agit d'un outrage au respect de l'opinion publique et aux enseignements religieux et d'un risque de donner naissance à un enfant hors mariage. L'interdiction des rapports sexuels hors mariage remplit deux importantes fonctions. Elle met de l'avant des idéaux élevés de conduite personnelle, surtout pour la femme, et elle sert à protéger les intérêts de la femme et des enfants, qui trouvent leur meilleure sécurité économique, avant l'avènement de l'État providence, dans les liens du mariage et dans la vie familiale.

Influence de la communauté et de la famille

Au Canada, ces raisons poussent la famille et la communauté à exercer une surveillance sur les fréquentations pratiquement jusqu'à la fin du XIXe siècle. Les couples qui envisagent la possibilité de se marier se fréquentent surtout à la maison, sous le regard vigilant des membres de leur famille. Ils passent aussi beaucoup de temps ensemble chez des parents et des amis, à l'église, dans des événements communautaires et à l'extérieur, à l'occasion de randonnées, de promenades en traîneau et de loisirs divers. Ainsi, les parents peuvent contrôler efficacement les fréquentations, particulièrement celles de leurs filles. Dans les milieux urbains de classe moyenne, où les expressions « en visite » et « à la maison » font partie de la vie sociale courante, la mère n'accueille chez elle que les jeunes garçons qu'elle juge convenables pour sa fille. Les cérémonies annuelles de grande sortie, si minutieusement organisées par les mères, ouvrent officiellement aux jeunes femmes l'accès à un marché du mariage régi par les adultes.

Les familles ouvrières des milieux urbains exercent une influence moindre sur leurs jeunes en âge de se fréquenter car, dans bien des cas, dès l'adolescence, ceux-ci travaillent et vivent en pension loin de chez eux. Ce sont plutôt les familles où ces jeunes habitent qui surveillent leur conduite, même si elles n'y accordent peut-être pas le même soin que les parents. Dans les communautés rurales, les fréquentations prennent également la forme courante de visites, de présence à l'église et d'activités récréatives quotidiennes.

Depuis les années 1880, l'autorité exercée sur les fréquentations et la vie sociale des jeunes s'assouplit au Canada. Les restrictions parentales pendant les dernières années de l'adolescence de leurs enfants s'effectuent de manière indirecte par le truchement des clubs de jeunesse, des écoles, des pensionnats et des groupes religieux et d'autres institutions qui encadrent de plus en plus la vie des jeunes. La révolution des transports du début du XXe siècle contribue aussi à accroître l'indépendance des jeunes. Cette mobilité nouvellement acquise libère ces derniers de la surveillance parentale et communautaire, surtout dans les grandes villes. En général, les jeunes citadins jouissent d'une liberté plus grande et plus précoce que celle dont profitent leurs semblables de la campagne, car l'anonymat qu'offre la ville leur permet pratiquement d'avoir une vie privée. Dans ces circonstances, les fréquentations deviennent une affaire de plus en plus personnelle.

Choix de mariage

Tout au long de l'histoire du mariage au Canada, la décision de se marier appartient toujours au couple. Toutefois, jusque dans les années 1880, le choix d'un époux par une jeune femme requiert encore l'approbation de ses parents. Il arrive à l'occasion que ces derniers lui refusent l'autorisation d'épouser l'homme de son choix, invoquant habituellement que cette alliance n'est pas dans son intérêt véritable. Dans de telles circonstances, la femme peut défier l'autorité de ses parents et se marier contre leur volonté, mais elle risque de perdre tout contact avec sa famille.

Bien que le veto parental conserve une valeur certaine, sa force diminue à mesure que la jeune femme avance en âge, et les parents ne peuvent y recourir plus d'une ou de deux fois sans la mettre au défi. Au cours des années 1880, les femmes commencent à se libérer de cette contrainte comme de plusieurs autres et, aujourd'hui, elles épousent, en général, qui elles veulent. Les hommes, au contraire, ont toujours pu choisir leur épouse sans rencontrer trop de résistance de la part de leurs parents et, dès les premiers temps de la colonie, ils sont pratiquement libres dans leurs démarches sur le marché matrimonial.

Rituel du mariage

Par le passé, le mariage était habituellement un rite religieux au Canada. Même si la possibilité d'un mariage civil a toujours existé, au moins depuis la fin de la domination française, il était, jusqu'à récemment, plutôt rare. La tradition séculière de la lune de miel après le mariage se développe peu à peu au cours du XIXe siècle. Initialement, seuls les biens nantis ont suffisamment de temps et d'argent pour se permettre des vacances après le mariage. Toutefois, après 1850, cette pratique se propage graduellement à toutes les classes de la société. L'objet de la lune de miel change aussi considérablement au fil des ans. Au début, au XIXe siècle, elle a l'allure des simples visites mondaines. Dans bien des cas, les nouveaux mariés voyagent avec des parents pour rendre visite à des amis et à des membres de la famille habitant au loin. Cependant, à la fin du siècle, la lune de miel devient une période de vacances privées pour les nouveaux époux.

Divorce

L'histoire du divorce au Canada tranche radicalement avec celle du mariage car, alors que la plupart des Canadiens se marient, le divorce est très rare jusqu'à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En fait, jusque-là, le taux de divorce au Canada figure parmi les moins élevés de l'Occident. La respectabilité, définie par les chefs sociaux et religieux, condamne le divorce en tant que menace contre la famille, et la force de cette opinion est telle qu'elle empêche le relâchement des lois sur le divorce au Canada. Par conséquent, jusqu'en 1968, l'accès au divorce se révèle des plus limités.

Pendant presque tout le premier siècle d'existence du Canada, en pratique, seul l'adultère peut justifier un divorce. De plus, avant la Première Guerre mondiale, seuls le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique possèdent des tribunaux de divorce. Toutefois, l'Alberta, la Saskatchewan et l'Ontario en établissent durant l'entre-deux-guerres. Dans les provinces dépourvues de mesures juridiques en matière de divorce, il n'existe qu'une solution de rechange qui consiste à interjeter appel auprès du Parlement pour obtenir un divorce légal, démarche coûteuse que seuls les riches peuvent se permettre. Les solutions de rechange les plus fréquentes sont l'abandon du domicile conjugal, la séparation légale et le divorce devant un tribunal américain, qui semble satisfaire l'opinion publique, même s'il n'a aucune valeur légale au Canada.


Lecture supplémentaire

  • Sylvia Van Kirk, Many Tender Ties: Women in Fur Trade Society in Western Canada (1980); Peter Ward, Courtship, Love, and Marriage in Nineteenth-Century English Canada (1990); Serge Gagnon, Mariage et famille au temps de Papineau (1993).