Les mines terrestres

Les mines terrestres, employées dans les zones de conflit pour barrer le passage sont des engins remplis d'explosifs. Habituellement cachés ou enfouis sous terre, ces dispositifs mutilent et tuent, même les personnes innocentes qui les ont fait exploser par inadvertance.

Les mines terrestres

Les mines terrestres, employées dans les zones de conflit pour barrer le passage sont des engins remplis d'explosifs. Habituellement cachés ou enfouis sous terre, ces dispositifs mutilent et tuent, même les personnes innocentes qui les ont fait exploser par inadvertance. Les mines terrestres sont de petite taille, ne coûtent pas cher et sont faciles à déployer. C'est au cours de la Première Guerre mondiale que les premières d'entre elles sont mises au point et utilisées contre les chars d'assaut. Entre 1918 et 1939, le développement et l'utilisation des mines antipersonnel deviennent une priorité pour les stratèges militaires. Ces mines prennent pour cibles les soldats et répondent à des objectifs militaires précis. Dans les années 60 et 70, pendant la Guerre froide, l'utilisation des mines terrestres par les armées gouvernementales et les guérilleros est répandue, et leur dissémination au hasard est chose courante. Un champ rempli de mines à cinq dollars peut stopper les troupes ennemies et répandre la terreur chez les civils.

Mines antipersonnel

Les mines antipersonnel typiques ont un diamètre de moins de 10 cm et sont conçues pour tuer ou mutiler toute personne qui, en entrant en contact avec l'une d'elles, la déclenche. Les mines antichar, au contraire, explosent seulement au contact d'un poids de plusieurs centaines de kilogrammes. Elles sont par conséquent moins dangereuses pour les individus.

Dans plus de 60 pays, des millions de mines antipersonnel ont été laissées dans les zones de combat. Il est difficile d'établir leur nombre exact parce que la majorité des forces armées qui ont posé des mines n'ont conservé que de piètres dossiers sur le sujet. Les mines fabriquées avec du plastique sont difficiles à détecter, et le procédé utilisé pour les enlever à la main requiert beaucoup de temps et des efforts considérables. Dans les zones touchées, les civils sont incapables de cultiver les champs minés et les voies d'accès à l'eau potable ou au bois de chauffage sont supprimées.

Le mouvement de réaction contre ces armes débute aux États-Unis sous l'égide des vétérans de la guerre du Viêt-nam. En 1992, plus de 650 organismes non gouvernementaux représentant plus d'une trentaine de pays se réunissent en coalition sous la coupe de la Campagne internationale contre les mines terrestres pour exiger l'élimination des mines antipersonnel. Ils utilisent une nouvelle technologie, le courrier électronique, pour demeurer en contact les uns avec les autres et exercer des pressions sur les gouvernements.

Interdiction

Les premiers efforts visant l'interdiction des mines terrestres se concentrent sur le système de DÉSARMEMENT des Nations Unies, mais les militants contre les mines sont vite désenchantés par une procédure qu'ils jugent alourdie par la bureaucratie. En 1992, les organismes non gouvernementaux commencent à sensibiliser l'opinion internationale sur l'incidence des mines antipersonnel. En 1994, au Sommet du G7 à Naples, le premier ministre du Canada, Jean CHRÉTIEN, demande l'interdiction des mines terrestres. En janvier 1996, le Canada entreprend des travaux visant l'interdiction des mines en collaboration avec une coalition d'États, d'agences des Nations Unies et d'organismes internationaux et non gouvernementaux. En mai 1996, 51 pays se réunissent pour amender la Convention de 1980 des Nations Unies sur certaines armes classiques. Toutefois, l'augmentation des restrictions sur les mines ne satisfait pas tout le monde. Un petit groupe de pays se réunissent à Genève et prennent la décision qu'il faut interdire complètement les mines. Le gouvernement du Canada, qui croit qu'un engagement seul est insuffisant pour interdire les mines, propose de tenir, en décembre 1996, une conférence internationale à Ottawa.

À compter de ce moment, le mouvement pour l'interdiction des mines terrestres prend rapidement de l'ampleur. Cinquante pays se réunissent à Ottawa pour étudier la possibilité d'une interdiction totale des mines, mais plusieurs émettent des réserves, car les mines terrestres constituent un élément efficace de leur arsenal militaire. Quoique des militaires éminents contestent la validité de cet argument, les États-Unis refusent catégoriquement de participer au mouvement pour l'interdiction des mines terrestres pour cette raison. Au cours de la rencontre, le ministre des Affaires étrangères du Canada, Lloyd AXWORTHY, prend les délégués par surprise lorsqu'il passe outre le protocole pour annoncer que le Canada convoquera une autre assemblée en décembre 1997 afin de conclure une entente visant à interdire l'utilisation, la production ou l'exportation de mines antipersonnel.

En octobre 1997, la coordonnatrice de la Campagne internationale contre les mines terrestres, l'américaine Body Williams, reçoit le prix Nobel de la Paix pour avoir été le fer de lance de l'organisation pendant six ans. Un mois plus tard, le Canada commence à détruire son stock de mines. Le 3 décembre 1997, des délégués de 122 pays se réunissent à Ottawa pour ratifier un traité visant à éliminer du globe toutes les mines antipersonnel. Cette réunion débouche sur la signature d'un traité sur l'interdiction des mines, traité qui entrera en vigueur le 1<SUP>er</SUP> mars 1999. Ce traité prévoit la destruction par les pays membres de tous leurs stocks de mines dans les quatre années suivant la date d'entrée en vigueur. On demande aux délégués d'accepter les termes du traité tels quels. Le Traité d'Ottawa est le premier outil de désarmement de l'Histoire à interdire une arme de guerre dont l'utilisation est répandue. Le Premier ministre Jean Chrétien s'engage à investir 100 millions de dollars sur une période de cinq ans pour le financement des projets liés à l'élimination des mines.

Non-respect

Un an plus tard, 133 pays ont apposé leur signature au bas du traité et se sont engagés à détruire leurs stocks de mines. Toutefois, ceux qui possèdent de puissantes armées et la majorité des mines - soit la Chine, les États-Unis, la Russie et l'Israël - refusent de ratifier le traité. En outre, consécutivement à la signature du traité, l'intensification des efforts pour déminer les champs n'est pas notable, mêmes si des pays investissent de l'argent dans le développement de nouvelles techniques de déminage. Les militants contre les mines antipersonnel se plaignent du fait que la majorité des techniques de déminage coûtent trop cher ou sont inappropriées pour les pays en développement. Ils affirment qu'il serait plus judicieux d'utiliser les fonds pour embaucher des soldats démobilisés qui démineraient les anciennes zones de combat selon des méthodes traditionnelles. Malgré tout, dans certaines parties du globe, le déminage se poursuit et la menace que constituent les mines pour les civils diminue.

Pourtant, il s'en faut de beaucoup pour que les mines terrestres deviennent chose du passé. À partir du mois de décembre 2001, l'Inde et le Pakistan entreprennent la plus importante campagne de pose de mines depuis de nombreuses années, en plaçant des mines antipersonnel le long de leur frontière commune de 2800 km. Dans le Myanmar, le gouvernement et les troupes rebelles continuent leur utilisation considérable des mines et, au Népal, leur emploi par les rebelles a augmenté alors qu'on décèle des signes d'utilisation par le gouvernement. En 2002, l'Inde, le Pakistan et les Philippines continuent de déployer des mines. En 2001 et 2002, les factions belligérantes de l'Afghanistan, continuent d'avoir recours aux mines antipersonnel, malgré des opérations de déminage de grande envergure à la fin des années 1990 et l'adhésion de ce pays au Traité sur l'interdiction des mines le 11 septembre 2002.

Parmi les pays qui continuent d'utiliser ou de stocker des mines terrestres antipersonnel, on compte la Chine, le Pakistan, l'Inde, la Corée du Sud, la Corée du Nord, la République de Singapour et le Vietnam. Au nombre des pays qui ont refusé de devenir membres du Traité sur l'interdiction des mines antipersonnel, on compte des pays très touchés par les mines comme le Laos, le Sri Lanka, le Bhoutan, la Mongolie, le Népal, le Timor-Oriental, les États fédérés de Micronésie, la République des Palaos, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Tonga et le Tuvala. En tout, 146 pays ont adhéré au traité et parmi ce nombre 131 l'ont ratifié.


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