Musique religieuse

On peut dire que la musique religieuse fait son apparition au Canada en même temps que les premiers colons, au XVIe siècle, mais les peuples indigènes accompagnent depuis longtemps leurs rites religieux de musique.


Musique religieuse

On peut dire que la musique religieuse fait son apparition au Canada en même temps que les premiers colons, au XVIe siècle, mais les peuples indigènes accompagnent depuis longtemps leurs rites religieux de musique. Le premier office chrétien dont il est fait mention est une messe chantée à Brest (port de Bonne-Espérance), au Labrador, le 14 juin 1534. Les missionnaires du début du XVIIe siècle se rendent compte que l'amour des Indiens pour la musique peut être un facteur de leur conversion au CHRISTIANISME. Ils leur enseignent aisément les formes simples de la musique sacrée. En 1610, les convertis chantent le Te Deum au baptême du chef micmac Membertou et de sa tribu à PORT-ROYAL. Ce qu'on appelle le « cantique huron » est un vestige de cette époque : il s'agit de paroles huronnes sur l'air d'un noël français. Encore qu'on puisse en contester la date et l'authenticité, la première oeuvre sacrée écrite au Canada serait la Prose de l'office de la Sainte-Famille, attribuée à Charles-Amador Martin et composée vers 1700. Les RELATIONS DES JÉSUITES contiennent plusieurs allusions à la musique sacrée, tant chorale qu'instrumentale. On sait qu'il y a un orgue dans la chapelle des Jésuites à Québec en 1661.

Les références nous font tristement défaut pour la première moitié du XVIIIe siècle, bien qu'il existe dans les bibliothèques de Montréal et de Québec des collections de musique polyphonique datant de cette période. Vers 1775, néanmoins, le tableau se précise. Les colons anglophones ont apporté avec eux les rites de l'Église d'Angleterre et d'autres confessions protestantes, il y a des chorales (par exemple à l'église St. Paul's de Halifax dans les années 1760), et les églises de certaines villes possèdent un orgue (par exemple dans les cathédrales catholiques et anglicanes de Montréal et de Québec et à Halifax). Il est fait état d'une tradition ininterrompue de grands-messes et de vêpres chantées dans l'Église catholique, tandis que l'Église d'Angleterre et d'autres confessions se tournent plutôt vers les psaumes chantés (et très vraisemblablement versifiés), les cantiques et parfois les motets (voir ANGLICANISME; CATHOLICISME).

Dans les premières années du XIXe siècle, le choral prend de l'ampleur dans l'Est et se propage graduellement dans tout le pays, en partie à cause de la vogue de l'école lyrique. Des musiciens d'église de métier se produisent sur scène, mais surtout, on voit se dessiner alors ce qui va devenir, à la fin du siècle, un raz-de-marée de publications consacrées à la musique liturgique. Le Graduel romain est publié à Québec en 1800; l'Union Harmony de Stephen Humbert, à Saint-Jean en 1801; The Colonial Harmonist de Mark Burnham, à Port Hope, en Ontario, en 1832; et A Selection of Psalms and Hymns de William Warren de la cathédrale St. James, à Toronto (l'édition musicale date de 1835). L'accessibilité des partitions encourage la formation de chorales dans les petites localités et facilite l'introduction d'un répertoire essentiellement inspiré du patrimoine européen, en particulier dans l'Église d'Angleterre (qui deviendra l'Église anglicane du Canada en 1955). La cathédrale anglicane de la Sainte-Trinité de Québec possède ses choristes en surplis dès 1804, mais Toronto devra attendre 1868 avant d'en avoir autant à la Holy Trinity Church. Les choeurs anglicans de cette époque aident les fidèles à chanter les psaumes et les cantiques versifiés et chantent souvent en motets des adaptations d'oeuvres de grands compositeurs (par exemple Haendel, Haydn, Mozart, Beethoven et Rossini). L'apparition du Canadian Church Psalmody en 1845 ouvre la voie à la récitation psalmodique du psautier anglican.

La musique liturgique catholique du XIXe siècle reste elle aussi fort attachée à ses racines européennes. Si les témoignages concrets sont difficiles à trouver, il est certain que des chorales chantent Haydn, Beethoven, Rossini et Gounod. Ces maîtrises peuvent aussi puiser dans les oeuvres des compositeurs canadiens J.C. Brauneis, fils, et Antoine DESSANE, qui ne sont peut-être pas connues en dehors du Québec. Dans son motu proprio sur la musique sacrée (1903), le pape Pie X ordonne le retour aux idéaux de la Renaissance et à sa musique polyphonique a cappella et remet le chant grégorien à l'honneur. Dans les églises catholiques du monde entier, cet ordre ouvre une glorieuse période de bonne musique révérencieusement chantée.

Une évolution parallèle, au tout début du XXe siècle, a un effet considérable sur l'Église anglicane. L'apparition d'éditions bon marché des oeuvres liturgiques des grands maîtres du siècle des Tudors et de l'époque de Jacques 1er en Angleterre facilite le retour à une musique simple et dépouillée et encourage un style de composition analogue. Cependant, la musique de Stainer, de Barnby, de Gounod, de Spohr, de Simper et de Maunder est toujours à l'honneur, surtout dans les villages.

 Pendant ce temps, les Églises protestantes se rapprochent lentement d'une forme de culte où la musique, tant congrégationnelle que chorale, acquiert plus d'importance. Les Églises BAPTISTE, MÉTHODISTE et CONGRÉGATIONALISTE ont toujours accepté l'orgue, et l'Église PRESBYTÉRIENNE en vient à lui faire une place. Même les très petites églises se procurent des instruments, se constituent une maîtrise et commencent à chanter des motets. Dans les grandes églises, on met la chorale en évidence, on revêt les membres de la maîtrise d'un surplis et on finit par les rémunérer. Souvent, un quatuor de chanteurs professionnels dirige les choeurs et chante en solo. Ce système gagne aussi les églises anglicanes. En plus de chanter les messes du dimanche, les meilleures chorales se lancent dans des oratorios, sinon au complet du moins sous forme d'extraits. Le premier oratorio interprété dans une église canadienne-anglaise est présenté en 1769 à l'église St. Paul's de Halifax, mais on ignore lequel. Dans les églises protestantes, les maîtrises sont généralement mixtes et souvent accompagnées d'une chorale d'enfants des deux sexes. Les choeurs exclusivement masculins (hommes et jeunes garçons) sont courants dans les grandes églises catholiques et anglicanes.

Au milieu du XXe siècle, les choeurs catholiques sont parfois masculins, mais le plus souvent mixtes. Il arrive que les choristes soient revêtus du surplis, mais ce n'est pas la règle générale, et ils chantent dans les galeries arrières. Leur répertoire, où Palestrina a sa place, est le plus souvent composé d'oeuvres des XVIIIe et XIXe siècles et fait appel au plain-chant avec plus ou moins de bonheur. Ces chorales sont presque toujours bénévoles, et les postes d'organiste et de maître de chapelle sont souvent séparés. Chez les anglicans, les chorales sont soit mixtes, soit exclusivement masculines (ces dernières devenant de plus en plus rares à partir de 1950). Les choristes sont presque toujours revêtus d'une aube et installés dans des stalles, dans la clôture du choeur. Le répertoire est en grande partie d'origine anglaise, mais d'époques très diverses. Il arrive que certains membres de la maîtrise soient rémunérés et que l'organiste-maître de chapelle ait reçu une bonne formation. L'église protestante type possède une chorale mixte d'adultes et une chorale d'enfants, toujours en évidence, souvent installées dans des stalles en hémicycle derrière le pasteur. Son répertoire, difficile à définir, affiche une tendance pour la musique anglaise du XIXe siècle et du début du XXe siècle, avec quelques compositions américaines et canadiennes. Les qualifications du maître de chapelle et de l'organiste varient selon les ressources financières de l'église. L'orgue est souvent imposant.

Dans la seconde moitié du siècle, le profil de la musique religieuse au Canada se modifie. Le deuxième concile du Vatican (1962-1965), plus communément appelé Vatican II, bien qu'il recommande expressément le maintien du chant grégorien, est interprété par beaucoup de membres du clergé catholique comme une invitation à balayer du revers de la main le latin, le chant grégorien et la polyphonie. L'utilisation de textes en langue vernaculaire et un nouvel esprit de recherche liturgique donnent naissance à une musique religieuse de style « populaire ». Les « premiers chanteurs », micro en main, sont maintenant les arbitres de la musique sacrée, malgré des îlots de résistance.

Dans l'Église anglicane, le changement n'est pas si généralisé ni si soudain. Une grande partie du clergé, cependant, s'inspire des réformes catholiques et, fort de nouveaux textes à substituer au Book of Common Prayer, il voit la participation de l'assemblée comme l'objectif unique de la musique d'église. Cette tendance produit dans certaines paroisses des « messes populaires » et des hymnes « pop », ce qui fait perdre de l'importance aux choeurs et aux orgues. Dans certaines régions, le changement est minime. Ailleurs, les pasteurs et les musiciens font des compromis pour exploiter au mieux le vaste répertoire de la musique liturgique.

L'évolution moderne de l'Église presbytérienne et de l'Église unie est plus difficile à décrire. Ces confessions n'ayant jamais fait beaucoup usage des rites et des textes tirés d'un missel ou d'un livre de prières, le désir de modernité ne joue guère chez elles. Néanmoins, les styles de musique liturgique qu'elles acceptent s'inspirent des tendances constatées dans les Églises catholique, anglicane et évangélique.

L'Église LUTHÉRIENNE est active au Canada depuis le XVIIIe siècle. Comme ses membres sont d'origines diverses, il n'y a pas de tradition quant à la forme des offices divins. Les hymnes, la musique liturgique et les cantiques viennent principalement des États-Unis. Les chorales se composent presque exclusivement d'amateurs, et les musiciens sont généralement formés aux États-Unis.

La musique joue un rôle primordial dans le ministère de l'ARMÉE DU SALUT, en particulier les hymnes chantés avec ou sans accompagnement instrumental. On forme des chorales, tant pour les offices divins que pour les concerts.

La musique « gospel » remplit une importante fonction d'enseignement et de prosélytisme dans les églises évangéliques (voir MOUVEMENTS ÉVANGÉLIQUE ET FONDAMENTALISTE). Elle met généralement en vedette un soliste qu'accompagnent un choeur et un groupe instrumental. Le fait que cette confession prévoit des offices télévisés se répercute quelque peu sur le style de présentation.

La musique religieuse juive au Canada se partage entre la psalmodie traditionnelle, dont certaines manifestations remontent à la haute antiquité, entonnée par le chantre ou hazan, et une musique plus moderne (souvent de style fin XIXe siècle) chantée par une chorale, par l'assemblée des fidèles ou par les deux à la fois. Les chantres canadiens étudient auprès de maîtres formés en Europe ou aux États-Unis. Tant chez les orthodoxes que chez les réformistes, la musique fait partie intégrante du culte, mais seuls les derniers admettent l'utilisation de l'orgue.

D'autres confessions chrétiennes ont de fortes traditions de chant congrégationnel d'origine européenne, notamment les diverses églises MENNONITES, l'Église réformée et l'Église orthodoxe grecque.

Toutes les confessions ont leurs compositeurs de musique liturgique. Chez les anglophones, le nom de Healey WILLAN vient aussitôt à l'esprit. Formé en Angleterre, Willan écrit surtout pour l'Église anglicane, dans une grande variété de genres, mais sa musique est chantée dans les églises catholiques, unies, presbytériennes et luthériennes et est utilisée en Angleterre et aux États-Unis. D'autres musiciens ont écrit pour l'Église avant lui, en particulier au Québec pour l'Église catholique, mais leurs oeuvres ne sont sans doute plus guère écoutées. Parmi les autres compositeurs, citons W.H. Anderson, Alfred Whitehead, Bernard Naylor, Keith Bissell, Ben Steinberg, Srul Irving GLICK et Barrie Cabena.

De nouvelles liturgies et de nouveaux textes nécessitent de nouvelles compositions. La plupart des oeuvres nouvelles relèvent d'un style « pop » quelconque et s'inspirent de la musique américaine. De nombreuses églises font essentiellement appel à la musique écrite et publiée aux États-Unis.

La publication de musique religieuse au Canada, dont le volume ne se compare aucunement à celui des États-Unis, se poursuit. Cependant, pour beaucoup d'Églises dont les racines sont anglaises, cette musique est en grande partie importée. Les maisons d'édition Waterloo Music Company, Frederick Harris Music Co. Ltd. et Gordon V. Thompson Ltd. sont particulièrement actives dans le secteur anglophone. La plupart des grandes confessions ont leurs propres livres de chants canadiens (voir HYMNES). Nombre des principales églises du Canada ont enregistré leurs chorales, ce qui leur permet d'atteindre un public plus important. Des associations et des organismes aident les maîtres de chapelle à cultiver leur art, en particulier les diverses fédérations de chorales provinciales, la Royal School of Church Music et le Collège royal canadien des organistes.


Lecture supplémentaire

  • Encyclopedia of Music in Canada (1981); H. Kallmann, A History of Music in Canada, 1834-1914 (1960).

Liens externes