Reconnaissance du territoire

Les reconnaissances du territoire, aussi connues sous le nom de « reconnaissances territoriales », sont de courtes déclarations qui reconnaissent à la fois les terres et les peuples autochtones ayant vécu – et qui, souvent, continuent de vivre – sur ces terres antérieurement à l’histoire coloniale du Canada. Elles présentent une brève histoire du point de vue des Autochtones qui se sont développés et ont évolué grâce à ces terres. Depuis la publication du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation en 2015, les reconnaissances du territoire sont devenues omniprésentes. Au Canada, elles sont désormais présentées au début d’événements, couramment affichées sur les sites Web institutionnels et souvent présentes dans le profil public des gens, dans les biographies apparaissant sur les médias sociaux et dans les signatures de courriel. En conséquence de leur caractère relativement nouveau, les reconnaissances du territoire font l’objet de nombreuses discussions et critiques. Les Autochtones ne réclament toutefois pas leur disparition. Ils cherchent plutôt à les rendre plus personnelles, chaleureuses et exactes sur le plan historique, c’est-à-dire à leur donner davantage de sens. Certains proposent également qu’elles soient d’une valeur pratique plus importante pour les communautés autochtones, par exemple en faisant en sorte que le Canada partage de façon significative les ressources fournies par les terres et les eaux. D’une manière plus drastique, certains Autochtones préconisent que le Canada leur rende leurs terres.

Les reconnaissances du territoire, aussi connues sous le nom de « reconnaissances territoriales », sont de courtes déclarations qui reconnaissent à la fois les terres et les peuples autochtones ayant vécu – et qui, souvent, continuent de vivre – sur ces terres antérieurement à l’histoire coloniale du Canada. Elles présentent une brève histoire du point de vue des Autochtones qui se sont développés et ont évolué grâce à ces terres. Depuis la publication du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation en 2015, les reconnaissances du territoire sont devenues omniprésentes. Au Canada, elles sont désormais présentées au début d’événements, couramment affichées sur les sites Web institutionnels et souvent présentes dans le profil public des gens, dans les biographies apparaissant sur les médias sociaux et dans les signatures de courriel. En conséquence de leur caractère relativement nouveau, les reconnaissances du territoire font l’objet de nombreuses discussions et critiques. Les Autochtones ne réclament toutefois pas leur disparition. Ils cherchent plutôt à les rendre plus personnelles, chaleureuses et exactes sur le plan historique, c’est-à-dire à leur donner davantage de sens. Certains proposent également qu’elles soient d’une valeur pratique plus importante pour les communautés autochtones, par exemple en faisant en sorte que le Canada partage de façon significative les ressources fournies par les terres et les eaux. D’une manière plus drastique, certains Autochtones préconisent que le Canada leur rende leurs terres.


Akikpautik, 1838

Rapport des peuples à la terre

En tant que peuples, il n’est pas de geste plus important que nous puissions poser à l’égard de notre Terre mère et de nos enfants à venir que celui de préserver la richesse de notre patrimoine et le lien que nous entretenons avec ces terres.
- Robert Whiteduck, chef des Algonquins de la Première Nation de Pikwakanagan, 1998

Les Autochtones partagent la croyance selon laquelle les terres sont tout ce que nous sommes, et que le lien entre la terre et le cosmos – y compris le ciel, le Soleil et les étoiles – est essentiel à façonner les personnes que nous devenons. Fondamentalement, ce que nous faisons sur la terre, et le lien que nous entretenons avec elle, font de nous ce que nous sommes. C’est pourquoi honorer ce lien et s’en souvenir constitue depuis toujours une tradition autochtone. Stryker Calvez et Rose Roberts, enseignants à l’Université de la Saskatchewan, laissent entendre que les reconnaissances du territoire sont également une tradition impérissable à laquelle se conforment les visiteurs afin de reconnaître les Autochtones et les terres sur lesquelles ils vivent.

Les pionniers canadiens accordent également de la valeur aux récits relatifs à la terre, qu’on peut notamment entendre dans l’hymne national chanté dans les écoles et au début d’événements. Pendant de nombreuses générations, ces récits se concentrent toutefois sur les Britanniques et les Français en tant que nations fondatrices du Canada et font abstraction des habitants d’origine.

La Commission de vérité et réconciliation et les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées

En 2015, la Commission de vérité et réconciliation (CVR) dépose son rapport, qui renferme 94 appels à l’action. Si les reconnaissances du territoire ne font pas expressément partie des appels à l’action de la Commission, le premier ministre du Canada, les parlementaires, certaines institutions et certains organismes commencent à les proposer en tant qu’actes de réconciliation. Par exemple, dans son allocution à l’Assemblée des Premières Nations en 2016, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, déclare : « Avant de commencer, j’aimerais reconnaître la Nation algonquine, puisque nous sommes rassemblés sur ses terres ancestrales. Nous les reconnaissons comme les gardiens passés, présents et futurs de ce territoire. »

En plus de la CVR, l’enquête nationale indépendante sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées contribue également à faire des reconnaissances du territoire des occurrences courantes. Le rapport final de cette enquête, déposé en 2019, comprend 231 appels à la justice. L’appel 15.2 demande explicitement aux Canadiens de : « Participer au processus de décolonisation en apprenant la véritable histoire du Canada et l’histoire des Autochtones dans leur région. Découvrir et célébrer l’histoire, les cultures, la fierté et la diversité des peuples autochtones, reconnaître la terre sur laquelle on vit et son importance historique et actuelle pour les communautés autochtones locales. » Compte tenu de cette histoire et de cet élan, les reconnaissances du territoire sont désormais chose courante dans le paysage canadien.

Discussions, regrets et propositions

À l’instar de toutes les nouvelles créations culturelles, les reconnaissances du territoire font l’objet de critiques et de discussions. Il s’agit notamment des regrets de Hayden King, directeur du Yellowhead Institute, pour sa participation à la rédaction d’une reconnaissance du territoire pour l’Université l’Université métropolitaine de Toronto. « Je crois que j’ai commencé à m’apercevoir de la façon dont les reconnaissances territoriales peuvent devenir très superficielles », déclare Hayden King à l’occasion d’une entrevue menée par Rosanna Deerchild, animatrice de l’émission Unreserved, de la CBC. De même, Ovide Mercredi, ancien chef national de l’Assemblée des Premières Nations, déclare en 2019 à La Presse Canadienne : « La réconciliation exige plus qu’une simple expression. Maintenant que vous reconnaissez que c’est notre territoire, quelle est la prochaine étape... Qu’êtes-vous prêts à faire pour que nous devenions propriétaires des terres – et non des personnes sans terre sur notre terre maternelle? »

En dépit de ces critiques, les Autochtones ne réclament pas la disparition des reconnaissances du territoire. Ils demandent plutôt qu’elles évoluent et soient améliorées. Ils demandent aux Canadiens et Canadiennes d’effectuer un cheminement plus en profondeur pour se saisir de la chance d’élaborer une reconnaissance du territoire et d’en faire une occasion d’enseignement, pour eux-mêmes comme pour leur auditoire. Les Canadiens et Canadiennes peuvent notamment s’en acquitter en apprenant à prononcer correctement à la fois le nom des terres et des peuples, ainsi qu’en menant davantage de recherches historiques et d’analyses. Sur le plan des recherches historiques, les reconnaissances du territoire devraient tenir compte des complexités du recoupement des revendications pour un même territoire formulées par des nations autochtones distinctes, ainsi que celles des rapports fondés sur des traités, le cas échéant. Par exemple, les reconnaissances du territoire relatives à la région visée par l’Achat de Crawford, l’Achat Rideau et les traités Williams, qui recouvrent collectivement la plus grande partie de l’est de l’Ontario, pourraient tenir compte du fait que ce territoire comprend des terres ancestrales du peuple algonquin, en dépit du fait que la Couronne ait conclu ces achats et ces traités avec le seul peuple mississauga. Les reconnaissances du territoire peuvent également évoquer les traumatismes et les génocides subis par les Autochtones.

Si l’on se concentre sur Ottawa comme emplacement, un exemple standard de reconnaissance du territoire pourrait être : « Les édifices du Parlement du Canada sont sis sur le territoire non cédé du peuple algonquin. » Pour Lynn Gehl, auteure du présent article, une approche plus chaleureuse et personnalisée pourrait, par contraste, s’exprimer ainsi : « De nos jours, comme durant l’époque préeuropéenne, le peuple algonquin vit de part et d’autre de la Kichisippi ou rivière des Outaouais. Malgré ses revendications répétées depuis des centaines d’années aux Britanniques et aux Français, ce peuple continue de se voir privé de ses terres et des droits qui s’y rattachent. »

En outre, les Autochtones demandent que l’esprit de la réconciliation inhérent aux reconnaissances du territoire s’exprime d’autres manières plus pratiques et significatives. Par exemple, certains Autochtones préconisent de donner des cours obligatoires portant sur les peuples autochtones dans les écoles secondaires et dans les universités, ces établissements étant précisément situés sur les terres de ces peuples et au cœur de ceux-ci. D’autres espèrent que, grâce à une sensibilisation plus importante au sein de la population, le gouvernement fédéral commence à restituer des terres aux peuples autochtones par le biais du processus de traité moderne. Comme Claudette Commanda, une Algonquine de Kitigan Zibi, au Québec, le fait remarquer à l’occasion d’une entrevue sur le sujet accordée à la CBC en 2021 : « Sont-ils prêts à nous rendre nos terres? »