John Graves Simcoe

John Graves Simcoe, officier militaire, lieutenant-gouverneur du Haut-Canada (né le 25 février 1752 à Cotterstock, Angleterre ; décédé le 26 octobre 1806 à Exeter, Angleterre). Simcoe a été officier de l’armée britannique pendant la Révolution américaine, mais il est mieux connu au Canada en tant que premier lieutenant-gouverneur de la nouvelle colonie britannique du Haut-Canada, qui deviendra plus tard l’Ontario.

Lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe
Tableau de George Theodore Berthon, vers 1891.

Jeunesse

John Graves Simcoe est le fils du capitaine John Simcoe et de Katherine Stamford. Le capitaine John Simcoe, commandant du vaisseau de guerre britannique HMS Pembroke, fait partie de l’expédition militaire de 1759 vers Québec, qui se terminera par la conquête de la Nouvelle-France. Il meurt de pneumonie près de l’île d’Anticosti en mai, avant que les combats ne commencent. John Graves Simcoe a sept ans à ce moment.

Après la mort de son mari, Katherine Simcoe retourne à Exeter où son fils John fait ses études. Ayant complété ses trimestres au Eton College et au Merton College, à Oxford, John Simcoe décide de poursuivre une carrière militaire. En 1770, il reçoit une commission d’enseigne dans le 35th Regiment of Foot.

Guerre d’indépendance américaine

John Simcoe arrive en Amérique deux jours après la bataille de Bunker Hill, et tente sans succès de lever un corps de Noirs libres. Plus tard, pendant le siège de Boston, il achète un brevet de capitaine dans le 40th Regiment of Foot. Avec ce régiment, il participe à des campagnes à Long Island et New York, dans le New Jersey, et à Brandywine, en Pennsylvanie, où il est blessé.

John Simcoe apprécie l’infanterie légère, particulièrement sur le théâtre américain, s’appuyant sur la forme physique, les mouvements rapides et la discipline sur le champ de bataille. En octobre 1777, il prend les commandes des Queen’s Rangers avec le rang provincial de major. Les Rangers sont actifs dans des campagnes en Pennsylvanie, à Richmond et à Yorktown. John Simcoe obtient un grand succès personnel, et se gagne une réputation de théoricien tactique. Il est rapatrié en 1781, avant la capitulation des Britanniques à Yorktown, avec le rang de lieutenant-colonel.

Lieutenant-gouverneur du Haut-Canada

Pendant sa convalescence en Angleterre, John Simcoe rencontre Elizabeth Posthuma Gwillim. Ils s’épousent le 30 décembre 1782. Après un court mandat au parlement britannique, John Simcoe reçoit une commission le 12 septembre 1791 pour devenir le premier lieutenant-gouverneur du Haut-Canada. John Simcoe souhaite gouverner en toute indépendance et il est déçu de devenir le subordonné de Guy Carleton, lord Dorchester, qui est commissionné gouverneur en chef du Haut et du Bas-Canada le même jour.

York, au Haut-Canada
Aquarelle d'Elizabeth Hale, 1804 (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-40137).
Haut-Canada, carte du
Elizabeth Simcoe, auteure d
Elizabeth Posthuma Simcoe, 1799, aquarelle (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada).

Johns Simcoe arrive à Newark (aujourd’hui Niagara-on-the-Lake) en 1792. Considérant la possibilité que les hostilités reprennent entre l’Angleterre et les États-Unis, John Simcoe juge que Newark, situé sur la frontière entre le Haut-Canada et les États-Unis, est un mauvais choix stratégique pour une capitale provinciale. Il déplace temporairement la capitale à York, sur la rive Nord du lac Ontario. L’emplacement qu’il préfère, London, dans le sud-ouest de la colonie, ne reçoit pas l’assentiment de Guy Carleton. C’est ainsi que York, aujourd’hui Toronto, devient le siège permanent du gouvernement.

Réalisations

John Simcoe obtient quelques victoires législatives, mais connaît surtout des frustrations administratives. Dans sa première session législative, il réussit à faire adopter des projets de lois qui établissent les lois civiles britanniques, le procès par jury, l’utilisation des standards de mesure britanniques Winchester, et des dispositions pour les prisons et les tribunaux.

Plus remarquablement, le 9 juillet 1793, John Simcoe fait adopter l’Act Against Slavery, qui vise à empêcher des Canadiens de vendre des esclaves aux Américains. La loi libère aussi les esclaves qui entrent au Haut-Canada en provenance des États-Unis, mais ne libère pas les esclaves adultes qui s’y trouvent déjà. Cette loi arrive 40 ans avant la loi de l’Abolition de l’esclavage, qui rendra plus tard l’esclavage illégal dans la plus grande partie de l’Empire britannique.

John Simcoe est un fervent partisan des institutions britanniques, bien qu’il admire l’esprit d’entreprise américain, particulièrement en ce qui a trait à l’agriculture et la colonisation. Il donne le coup d’envoi à la politique d’octroi de terres aux colons venus des États-Unis, confiant qu’ils deviendront des sujets loyaux de la colonie, et conscient qu’ils représentent le meilleur espoir de croissance économique rapide. Il est convaincu que leur loyauté sera gagnée d’abord par un système de concession de terres solide. Il se révèle rapidement que John Simcoe est un planificateur passionné, mais un mauvais administrateur. Il concède des cantons entiers à des individus qui joueront le rôle de la noblesse terrienne. La majorité de ses concessions comptent plus de 500 acres, et les meilleurs emplacements sont donnés à des fonctionnaires du gouvernement.

Deux importantes routes construites durant le mandat de John Simcoe sont conçues à des fins militaires et pour diriger les futurs établissements de colons. La rue Dundas part de Burlington Bay jusqu’au site choisi pour la ville de London. La rue Yonge part vers le nord, vers Holland Landing.

Échecs politiques

John Simcoe propose de rétablir le régiment des Queen’s Rangers, mais sur les 12 compagnies qu’il vise, seulement deux compagnies d’infanterie sont créées. Pour sa consternation, Guy Carleton conserve le commandement de leur déploiement. Finalement, les Rangers sont affectés à la construction de routes.

D’autres initiatives pour la croissance économique et sociale de la colonie apportent des résultats décevants. John Simcoe veut attirer le commerce des établissements américains de l’Ouest. Il voit la péninsule du sud-ouest du Haut-Canada comme le futur centre non seulement de la province, mais de tout le commerce à l’intérieur du continent.

Dans son désir de faire de la province un exemple de la supériorité des institutions britanniques, il nomme des lieutenants de comtés et crée une Cour du banc du roi. Il propose des conseils municipaux, et il préconise la création d’une université, avec des écoles préparatoires.

John Simcoe est peu critiqué dans la province, mais il ne réussit pas à convaincre le gouvernement impérial, en Angleterre, de financer ses projets ou de l’exempter de l’autorité militaire de Guy Carleton, basé à Québec.

En 1796, la névralgie et la goutte l’obligent à prendre congé en Angleterre. Il quitte son poste en 1798 et ne revient jamais au Canada.

Saint-Domingue et décès

John Simcoe demeure actif dans l’armée. En 1797, il commande les forces britanniques à Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti). La nomination inclut une promotion au rang de lieutenant-général. À Haïti, John Simcoe doit affronter une révolte d’esclaves soutenue par la République française et l’Espagne. Il donne sa démission après cinq mois, pour cause de maladie. Bien que la situation où il se trouvait était insurmontable, les stigmates de l’échec de sa mission restent accolés à John Simcoe.

De retour en Angleterre, John Simcoe accepte le commandement du Western District, mais ne reçoit aucun commandement actif sur le terrain durant le mandat du premier ministre britannique William Pitt. En 1806, après la mort de Pitt, il est nommé commandant en chef de l’Inde. Cependant, il meurt à Exeter avant de prendre son poste, et est enterré dans la propriété de la famille, près de Honiton.

Postérité

Les traces du passage de John Simcoe au Canada sont encore présentes aujourd’hui en Ontario. La ville de Simcoe porte son nom, tout comme le comté de Simcoe. Le congé civique du mois d’août est appelé à Toronto le jour Simcoe. Partout en Ontario, des écoles et des rues portent son nom, dont les rues John et Simcoe à Toronto. Une statue est érigée en son honneur en 1903 à Queen’s Park.

Toutefois, le lac Simcoe n’a pas été baptisé en l’honneur de John Simcoe. En fait, il a été nommé en l’honneur de son père, le capitaine John Simcoe.


Lecture supplémentaire

  • Elizabeth Simcoe, The Diary of Mrs. John Graves Simcoe; Wife of the First Lieutenant-Governor of the Province of Upper Canada 1792–6 (1911).

  • John Graves Simcoe, A Journal of the Operations of the Queen’s Rangers, from the End of the Year 1777, to the Conclusion of the Late American War (1789).

  • S.R. Mealing, « The Enthusiasms of John Graves Simcoe », Canadian Historical Assn, Report (1958) et « John Graves Simcoe » dans R.L. McDougall, dir., Our Living Tradition, Fourth Series (1962).

Liens externes