Violet King

Violet Pauline King Henry, avocate (née le 18 octobre 1929 à Calgary, en Alberta; décédée le 30 mars 1982 à New York, dans l’État de New York). Violet King est une descendante des premiers colons noirs venus des États-Unis. Sa vie est marquée par plusieurs jalons importants. C’est la première personne noire à obtenir une licence en droit en Alberta et à être admise au barreau en Alberta, ainsi que la première avocate noire au Canada. C’est aussi la première femme à décrocher un poste de haute direction au YMCA aux États-Unis.

Violet King
Violet King est la premi\u00e8re femme Noire admise au barreau de l\u2019Alberta et autoris\u00e9e \u00e0 pratiquer le droit au Canada. E. J. McCormick, aupr\u00e8s de qui elle a fait son stage, lui sert la main, le 2 juin 1954.

Enfance

Violet Pauline King est née le 18 octobre 1929 à Calgary, en Alberta. En 1911, ses grands-parents paternels quittent l’Oklahoma pour s’installer à Keystone (aujourd’hui Breton), en Alberta. Ils répondent à l’appel du gouvernement fédéral qui invite des fermiers américains à immigrer au Canada. Toutefois, le gouvernement canadien ne s’attend pas à recevoir des demandes de fermiers noirs. Rapidement, le gouvernement décourage l’immigration noire et, par conséquent, limite le nombre d’immigrants noirs dans les Prairies canadiennes à seulement 1000 en 1912 (voir Décret C.P. 1911-1934, la proposition d’interdiction de l’immigration noire au Canada).

Les parents de Violet King, John et Stella, déménagent à Calgary en 1919 et vivent dans la communauté de Hillhurst-Sunnyside. John est préposé de voitures-lits pour la compagnie de chemin de fer du Canadien Pacifique, et Stella, couturière. Ensemble, ils ont quatre enfants : deux garçons et deux filles.

Violet King fréquente l’école secondaire Crescent Heights et devient la présidente de l’association des filles en 12e année. Très tôt, elle sait qu’elle veut faire carrière en droit. Dans son album souvenir de fin d’études secondaires, on peut y lire : « Violet souhaite devenir une avocate criminaliste. »

Éducation supérieure

En 1948, Violet King entre à l’Université de l’Alberta. Pour payer ses frais de scolarité, elle enseigne le piano à Edmonton. Des 142 étudiants, Violet King est l’une des trois femmes admises à la faculté de droit. Elle fait partie du Blue Stocking Club : un groupe de discussion pour femmes qui se concentre sur des sujets comme l’histoire et les affaires publiques. Il est probable que le club s’inspire de la Blue Stockings Society, un groupe informel d’intellectuelles qui discutaient de sujets et de problèmes d’actualité en Angleterre au 18e siècle. Elle est vice-présidente du syndicat des étudiants et représentante du syndicat des étudiants à la fédération nationale des étudiants universitaires canadiens.

En 1951-1952, durant ses études de premier cycle, Violet King est élue historienne de classe, et en 1952, elle agit à titre de représentante de l’Alberta lors du colloque international des services étudiants, qui se tient à Hamilton, en Ontario. La même année, elle est l’un des quatre étudiants à recevoir un anneau doré exécutif « A » durant la Colour Night, un événement annuel qui célèbre les contributions étudiantes à l’Université de l’Alberta. Les autres trois étudiants à recevoir cet honneur sont Peter Lougheed, le futur premier ministre de l’Alberta (1971-1985), Ivan Head, le conseiller de Pierre Trudeau, et Garth Fryett, un éminent avocat d’Edmonton.

En 1952, Violet King obtient un baccalauréat en art et reçoit son baccalauréat en droit en 1953. C’est la première personne Noire à être diplômée en droit en Alberta et la seule femme de sa cohorte (voir Femmes et loi).

Carrière en droit

Après l’obtention de son diplôme, Violet King fait un stage dans la firme de Calgary d’Edward J. McCormick, C.R., un célèbre criminaliste (voir Droit criminel). Elle se souvient d’avoir travaillé sur cinq procès pour meurtre durant son année de stage avec Edward J. McCormick, une charge de travail substantielle. Le 2 juin 1954, elle passe son barreau et devient la première avocate noire au Canada. Son admission fait les manchettes dans plusieurs journaux locaux. Deux publications de Calgary décrivent l’événement comme un jalon dans l’histoire du Canada. (Ce n’est que dix ans plus tard, en 1963, que Lionel Jones est admis au barreau de l’Alberta. C’est le second avocat noir dans la province.) Violet King est aussi trésorière d’un syndicat local de travailleurs, le Calgary Brotherhood Council.

Peu de temps après que Violet King soit reçue au barreau, l’International Brotherhood of Sleeping Car Porters and Maids (IBSCP), le premier syndicat d’ouvriers organisé par des Afro-Américains à être affilié à la fédération américaine du travail, reconnaît ses réussites. Le président et le vice-président font le voyage de New York et de Détroit afin de faire une présentation à Violet King à Calgary.

Pr\u00e9sentation des bagagistes de chemin de fer \u00e0 Violet King
Violet King se voit remettre un sac \u00e0 main par la division de Calgary de l\u2019International Brotherhood of Sleeping Car Porters (IBSCP) en juin 1954.\r\nDe gauche \u00e0 droite : Violet King, Philip Randolph (pr\u00e9sident de l\u2019IBSCP), Bennie Smith (second vice-pr\u00e9sident de l\u2019IBSCP) et Roy Williams\r\n

Violet King pratique le droit à Calgary durant plusieurs années. Elle travaille pour une firme dirigée par A. M. (Milt) Harradence, C.R., un criminaliste canadien et plus tard juge à la cour d’appel de l’Alberta (voir Cours de justice).

Violet King parle publiquement du racisme en milieu de travail au moins une fois. Dans un discours donné au banquet de sororité Beta Sigma Phi, à Calgary en novembre 1955, elle mentionne qu’« il est dommage qu’une Japonaise, une Chinoise ou une Noire doive éclipser les autres pour trouver sa place. » Elle décrit également les défis auxquels les femmes doivent faire face dans le milieu du travail, et espère que dans le futur, une plus grande attention sera portée sur les aptitudes d’une personne et moins sur sa race ou son sexe (voir Préjugés et discrimination au Canada).

Banquet de la sororit\u00e9 Beta Sigma Phi
Violet King \u00e9tait une conf\u00e9renci\u00e8re au banquet de serment de Beta Sigma Phi en novembre 1955.

Citoyenneté canadienne et immigration

Éventuellement, Violet King déménage à Ottawa pour travailler avec le département fédéral de la citoyenneté et immigration (voir Citoyenneté). Son rôle avec le département inclut de parcourir le pays pour rencontrer les chefs de différents services et d’associations communautaires. En avril 1956, pour ce poste, elle se voit obligée de changer son statut afin de devenir une membre non pratiquante de la Law Society of Alberta. Elle travaille dans le département durant sept ans. Les rôles qu’elle cumule sont ceux d’adjointe à la direction de la liaison de la citoyenneté canadienne et de l’immigration, et de directrice des programmes du conseil de la citoyenneté canadienne.

YMCA

En 1963, Violet King déménage au New Jersey pour devenir la directrice générale de la succursale communautaire du YMCA de Newark. Ce rôle implique d’aider des Noirs qui souhaitent trouver de l’emploi.

En 1965, Violet King marie Godfrey C. Henry, qui plus tard reçoit une maîtrise en sciences politiques de l’Université Columbia et une licence en droit de Rutgers. En 1966, le couple accueille son seul enfant, Jo-Anne Henry.

En 1969, Violet King déménage à Chicago pour devenir directrice de la planification. Plus tard, elle occupe le poste de directrice de la main-d’œuvre, de la planification et du perfectionnement professionnel du YMCA. En 1976, elle devient directrice générale du Conseil national du groupe de développement organisationnel du YMCA, devenant du coup la première femme à occuper un poste de direction au sein de l’association nationale.

Héritage et importance

Violet King succombe à un cancer à New York. Elle décède le 3 mars 1982 à l’âge de 52 ans.

Violet King fait éclater plusieurs plafonds de verre et élimine les entraves raciales pour mieux paver la voie aux générations futures. Son travail acharné et son désir d’exceller dans toutes les facettes de sa carrière constituent une inspiration pour ceux et celles qui aspirent à faire de grandes choses dans leur domaine.

En 1998, on intronise Violet King au temple de la renommée national du YMCA.