Architecture des Hôpitaux

Au cours des 400 dernières années, les sources de financement et la mission sociale des hôpitaux ont beaucoup varié. Au début, il y avait, entre autres, des hôpitaux pour les militaires et les marins de même que des institutions de bienfaisance catholiques puis protestantes.

Halifax Infirmary
Vue extérieure du Halifax Infirmary (avec la permission de WHW Architects, Inc.).
Nightingale, aile
Vue de l'intérieur de l'aile Nightingale, à l'hopital Royal Victoria (collection Notman, avec la permission du Musée McCord).
 Royal Victoria Hospital
Vue du lac sur le Royal Victoria Hospital de Montréal (avec la permission de Marc Grignon).

Architecture des Hôpitaux

Du XVIIe siècle jusqu'en 1900 environ, les hôpitaux du Canada étaient des établissements généralistes à multiples usages destinés aux démunis. Jusqu'aux environs de 1900, les gens ayant les moyens de payer un médecin préféraient se faire soigner à domicile. Les premiers hôpitaux sont apparus à des endroits où il était impossible de se faire soigner chez soi par un médecin.

Au cours des 400 dernières années, les sources de financement et la mission sociale des hôpitaux ont beaucoup varié. Au début, il y avait, entre autres, des hôpitaux pour les militaires et les marins de même que des institutions de bienfaisance catholiques puis protestantes. Au tournant du XXe siècle, les hôpitaux canadiens se consacrent principalement à la médecine scientifique. Depuis 1970 environ, ils se spécialisent de plus en plus. Sur le plan structurel, ils sont désormais flexibles et peuvent prendre de l'expansion.

Nouvelle-France

En NOUVELLE-FRANCE, les établissements urbains de soins logent, au début, dans des bâtiments en bois provisoires. Ainsi, l'Hôtel-Dieu de Montréal est un petit bâtiment (24 pi x 60 pi) construit en 1644 à l'intérieur du fort à VILLE-MARIE. D'après la première annaliste, soeur Morin, il comprend deux salles pour les malades, une cuisine ainsi que des chambres pour les servantes et la fondatrice, Jeanne MANCE.

Dans les premiers hôpitaux, les religieuses infirmières cherchent, outre les soins à donner, à convertir les indigènes. Par la suite, ce seront des édifices généralistes (non spécialisés) en maçonnerie à caractère permanent où l'on acceptera les colons à titre de patients. L'HÔTEL-DIEU de Québec, fondé en 1639 par les soeurs infirmières augustines, aménage dans un premier bâtiment en pierre permanent en 1658. La bâtisse ne compte qu'un seul étage, au toit à pignon, contient une salle de 10 lits reliée à la chapelle, permettant ainsi aux patients de suivre la messe. En 1672, une deuxième salle de 24 lits vient s'ajouter, les patients étant séparés en fonction du sexe. Des hôpitaux de ce type sont reliés aux couvents. Les fenêtres de l'Hôtel-Dieu, qui date de 1672, donnent directement sur la cour du couvent. Ce bâtiment est très avancé techniquement pour son époque, les salles et les latrines étant équipées d'eau courante grâce à un réseau de conduits en plomb et en pierre. Par suite d'incendies en 1725 et 1755, l'Hôtel-Dieu est reconstruit entre 1816 et 1825. D'autres hôpitaux fondés aux premiers temps de la colonie, celui de Trois-Rivières (1697), l'Hôpital général de Québec (1692) et l'Hôpital général de Montréal (1694), prennent soin des vieillards pauvres et des orphelins, en plus des malades.

Partout en Nouvelle-France, on tend à remplacer les bâtiments rudimentaires par des constructions plus solides. À LOUISBOURG, à l'île du Cap-Breton, un hôpital rudimentaire est construit, à l'origine, du côté nord du port. En 1730, on inaugure l'Hôpital du Roi, qui comprend une chapelle, une morgue, une boutique d'apothicaire, une boulangerie, une buanderie, des cuisines, des latrines et des salles pour les Frères de la Charité, la congrégation médicale qui dirige l'établissement. Selon la description d'un soldat anonyme, en 1745, l'Hôpital de Louisbourg est un bâtiment en maçonnerie de deux étages pourvu d'une cour, entouré par un mur imposant d'une hauteur de 12 pi et de 4 pi d'épaisseur.

Côte atlantique

Sur la côte atlantique, on ouvre également des hôpitaux spécialement destinés aux marins malades et incapables de se faire soigner à la maison. La plupart des hôpitaux maritimes sont construits au début des années 1800, puis ferment à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle lorsque d'autres établissements se mettent à recevoir des patients de l'extérieur. Six hôpitaux du genre ouvrent avant la Confédération : cinq au Nouveau-Brunswick et un à Québec. L'Hôpital maritime de Douglastown, au Nouveau-Brunswick, un bâtiment rectangulaire à un seul étage en pierre de grès, est typique du genre. Il comporte un toit bas en croupe recouvert d'ardoises, surmonté d'une coupole, et fonctionne à une échelle relativement petite. À ses débuts, il accueille de 10 à 12 marins, soignés par 3 médecins.

Premiers hôpitaux urbains

Au XIXe siècle, on construit également des hôpitaux généraux laïques beaucoup plus vastes dans les villes canadiennes en pleine expansion, notamment l'Hôpital général de Montréal (HGM, 1821), le Toronto General Hospital (1824), le Victoria General Hospital de Halifax (1859) et le Vancouver General Hospital (1886). Ces institutions de bienfaisance protestantes sont souvent situées à quelque distance du centre-ville (quoique les villes les rejoindront rapidement), afin de protéger à la fois les patients et les citoyens en bonne santé.

Plusieurs de ces établissements du début du XIXe siècle, notamment l'HGM original, le Kingston General Hospital (1835) et celui de Toronto (York), s'apparentent à de grandes villas à la campagne. Ce sont de grandes bâtisses rectangulaires munies d'entrées centrales. L'HGM, conçu par l'architecte Thomas Phillips, est un édifice de trois étages surmonté d'une coupole de style classique éclairant la première salle d'opération. Dans les trois cas, les toits en croupe sont parsemés de nombreuses cheminées.

Tout au long du XIXe siècle, on construit des hôpitaux plus vastes et on agrandit ceux déjà existants. Les ailes Richardson et Reid viennent s'ajouter à l'HGM en 1832 et en 1848 respectivement. Certains nouveaux établissements comme le Royal Victoria Hospital (1894) de Montréal, oeuvre de l'architecte H. Saxon Snell, témoignent d'une influence directe du mode de planification britannique. Le bloc administratif central est flanqué par des ailes longues et étroites, où on se consacre à la pratique de la médecine et de la chirurgie. Les pavillons ouverts, nommés Nightingale, comptent 32 malades et se distinguent par des vérandas et des blocs sanitaires de grande dimension.

On trouve dans ces hôpitaux des chambres pour les élèves-infirmières, des services de pathologie, des amphithéâtres pour les opérations chirurgicales, de petits pavillons et des chambres privées. Durant la plus grande partie du XIXe siècle, les infirmières logeaient dans des chambres éparpillées un peu partout dans l'hôpital, mais au début du XXe siècle, on construit des résidences qui leur sont réservées. Au cours des années 20, on commence à y aménager des salles de classe, en plus des chambres individuelles. Les résidences d'infirmières, conçues pour attirer dans cette profession les femmes de la classe moyenne, ressemblent souvent à de grandes maisons. Leur silhouette proéminente à des emplacements comme ceux des hôpitaux Royal Victoria et Notre-Dame à Montréal, du Kingston General Hospital et de l'Hôpital Civic d'Ottawa montre que les autorités hospitalières reconnaissent le rôle important joué par les infirmières.

Dans les hôpitaux du XIXe siècle, les services de pathologie et les salles d'opération ont aussi une fonction d'enseignement. Le bloc opératoire Fenwick du Kingston General Hospital, inauguré en 1895, passe à l'époque pour « la salle d'opération du genre la mieux équipée en Amérique ». Ces installations reflètent la tendance croissante des hôpitaux canadiens à se tourner vers la chirurgie. Conçue par l'architecte William Newlands, la salle d'opération Fenwick, de forme semi-circulaire, est blanche avec des murs de marbre poli et un plancher en ardoise, conformément à la croyance largement répandue, basée sur la théorie de la propagation des germes, voulant que les matériaux faciles à nettoyer soient aseptiques. Cette fausse conception va de pair avec une propension maniaque à rechercher la lumière du jour et un désir constant d'air frais. Dans cette salle d'opération, la lumière du jour entre par de grands lanterneaux et se diffuse ensuite grâce à un plafond de verre dépoli.

Début du XXe siècle

Au début du XXe siècle, comparativement aux ouvrages précédents, les hôpitaux sont des bâtiments massifs et compacts, caractérisés par des pavillons plus petits et des aires spécialisées disposées sur les deux cotés le long de corridors. À l'époque, la spécialisation croissante de la médecine nécessite des installations sur mesure pour abriter des laboratoires, des salles de radiographie et d'autres fonctions de diagnostic ainsi que des salles de physiothérapie, d'électrothérapie et d'hydrothérapie. De plus, les services de soutien médicaux font alors leur apparition, surtout pour la tenue de livres et la buanderie. Des séries de chambres plus petites servant à des fins chirurgicales, souvent séparées des chambres des malades, viennent remplacer l'amphithéâtre chirurgical devenu désuet.

Au lieu de s'en tenir à l'aspect sévère et sans ornementation du style moderniste international, les hôpitaux canadiens datant d'avant la Deuxième Guerre mondiale reflètent ordinairement les courants architecturaux locaux ou régionaux, ce qui s'expliquerait peut-être par le conservatisme de leurs administrateurs et de leurs protecteurs. Par exemple, les architectes chargés de la modernisation du Kingston General Hospital, entre 1916 et 1931, s'inspirent délibérément du même modèle que le bâtiment principal plus ancien, là où avait eu lieu la première séance de l'Assemblée législative du Canada-Uni durant la période 1841-1844.

L'agrandissement du second hôpital Hôtel-Dieu de Montréal, selon les plans des architectes Dalb, Viau et Alphonse Venne, de 1925 à 1933, témoigne également de ce triomphe des traditions régionales sur le modernisme international. Ces derniers ajoutent alors une aile à l'épreuve des incendies comprenant 60 lits qui rappelle intentionnellement l'imposant édifice classique surmonté d'une coupole conçu par Victor Bourgeau en 1859-1861.

Les hôpitaux du début du XXe siècle répondent également aux besoins des nouveaux bénéficiaires, les malades à l'aise ayant les moyens de payer. Ainsi, les hôpitaux privés, construits avec des matériaux plus luxueux, se vantent d'offrir des pavillons plus petits et des chambres individuelles, des entrées pour les autos et des halls élégants. Le nouveau pavillon de soins privés du Toronto General Hospital datant de 1930, oeuvre de Darling & Pearson, est une tour de neuf étages agencée en forme de T. L'intérieur comprend, entre autres caractéristiques dispendieuses, des panneaux en bois précieux, des tapis persans et des casques radios à chaque lit.

Au XIXe siècle, les femmes et les enfants étaient soignés dans des hôpitaux généralistes. Après la Première Guerre mondiale, on assiste à une multiplication des établissements spécialisés s'adressant directement à ces catégories de malades. Les hôpitaux construits avant la guerre, comme le Montreal Children's Memorial Hospital (1909), sont situés dans un cadre « naturel » romantique et dispensent surtout des soins orthopédiques. L'obstétrique est alors la discipline s'appliquant aux besoins médicaux des femmes. À Toronto, le Women's College Hospital (1911, 1915, 1935), fruit de l'intérêt croissant envers les besoins médicaux spéciaux des femmes, a contribué dans une large mesure à la formation de femmes médecins au Canada.

Période après la Première Guerre mondiale

La période suivant la Première Guerre mondiale marque l'âge d'or des hôpitaux canadiens. La conception d'hôpitaux est alors devenue un domaine très spécialisé du métier d'architecte. Par exemple, le cabinet d'Edward F. Stevens et Frederick C. Lee, implanté à Boston et à Toronto, dessine les plans de plus de 25 p. 100 des établissements accrédités au pays. Parmi les autres architectes canadiens éminents ayant conçu des hôpitaux durant cette période, mentionnons B. Evan Parry, James Govan et J.C. McDougall.

Bien que la conception globale des nouveaux hôpitaux soit souvent confiée à ces experts de réputation internationale, dans presque tous les cas, un architecte local assure la supervision des travaux. Ces experts sont parfois des médecins plutôt que des architectes. On consulte ainsi le new-yorkais S.S. Goldwater pour la construction de l'Hôpital général juif de Montréal, du Vancouver General Hospital, du Toronto Western Hospital et du Hamilton General Hospital.

Beaucoup d'hôpitaux canadiens traînent de l'arrière par rapport à ces normes et se contentent d'installations de fortune. Par exemple, en temps de guerre et en période d'épidémie, les malades sont soignés dans des maisons, des usines, des prisons, des couvents et même des tentes. Durant les années 20 et 30, la Croix-Rouge installe de petits hôpitaux en région éloignée dans des maisons et des wagons. Quant à la plupart des hôpitaux, ils occupent, à leurs débuts, des bâtiments destinés à d'autres fins. On peut citer entre autres le St. Joseph's Hospital de London, en Ontario, représentatif des établissements fondés avant la Deuxième Guerre mondiale, qui, à l'origine, est installé dans une résidence et ne compte que 10 lits.

Période après la Deuxième Guerre mondiale

Après la Deuxième Guerre mondiale, la construction de nouveaux hôpitaux connait un essor sans précédent. Alors qu'en 1945, on compte au Canada 536 hôpitaux généraux publics, 15 ans plus tard, on en retrouve 844. Durant cette même période, le nombre de lits augmente de près de 88 p. 100. Les hôpitaux construits dans les années 50 sont de grands bâtiments individuels en hauteur, souvent entourés d'un stationnement. Le Calgary General Hospital, conçu par W.L. Somerville, McMurrich et Oxley, en est un bon exemple. Les hôpitaux datant de la période d'après-guerre se caractérisent par un plan uniforme des étages, des façades sans ornement, des toits plats, une circulation verticale et une aération contrôlée. Leurs masses se composent souvent de volumes rectangulaires définis qui se joignent à angle droit. Les hôpitaux canadiens de l'époque présentent un aspect lisse et moderne, alors que ceux de l'entre-deux-guerres étaient très ornés, d'un style romantique.

Depuis 1970 environ, la taille des hôpitaux a beaucoup augmenté, et leurs plans deviennent de plus en plus complexes et perfectionnés. Entre autres préoccupations, les architectes s'efforcent de prévoir les éventuels changements de vocation. L'introduction de l'étage technique intercalaire permet de redisposer rapidement des éléments de la structure auparavant inamovibles, une innovation importante pour répondre à ce nouveau besoin. Les étages techniques intercalaires font leur apparition au McMaster Health Sciences Centre en 1972, puis ils trouvent une application plus poussée au Mackenzie Health Sciences Centre à Edmonton, en 1986.

Tendances actuelles

Au début du 21ième siècle, des soi-disant « mégahôpitaux » sont au stade de projet dans plusieurs grandes villes canadiennes. Ces énormes complexes impliquent l'abandon des anciens bâtiments hospitaliers et le regroupement de plusieurs institutions sous un même toit de façon à éviter le chevauchement de services. Le Halifax Infirmary (1997) de la QEII Health Sciences Centre, Halifax, et le Centre hospitalier de l'Université de Montréal sont des exemples de cette tendance.

Beaucoup d'hôpitaux canadiens nouveaux redéfinissent leur vocation en fonction des « soins axés sur les malades », qui consiste à dispenser les services médicaux directement aux patients dans des chambres à un lit à usages multiples, semblables à des foyers, au lieu de les amener dans des unités spécialisées disséminées dans l'établissement. À Toronto, le Hospital for Sick Children, conçu en 1993 par le cabinet ZEIDLER Roberts Partnership, est fondé sur ces principes. Par leur agencement, ces bâtiments ressemblent souvent à des centres commerciaux ou à des tours de bureaux, chacun des services donnant sur de larges corridors ou même sur un atrium aux couleurs vives.

On a ainsi bouclé la boucle. Si les premiers colons européens venus au Canada préféraient être soignés par des médecins à domicile, les réductions draconiennes des budgets consacrés à la santé, partout au pays, entraînent un essor des soins à domicile, le fameux « virage ambulatoire ». Les séjours écourtés et le rôle accru joué par les services de consultation externe font que beaucoup d'hôpitaux se spécialisent désormais dans les soins de courte durée, tandis que d'autres pour éviter de fermer leurs portes, sont rénovés en vue d'assurer d'autres fonctions ou sont carrément abandonnés.

Voir aussi HÔPITAL.


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