Le Programme d'entraînement aérien du Commonwealth

Le 17 décembre 1939, le Canada, la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande et l'Australie signent une entente créant le Programme d'entraînement aérien du Commonwealth. Il vise à entraîner, en sol canadien, l'ensemble du personnel des aéronefs : pilotes, navigateurs, viseurs de lance-bombes, radiotélégraphistes, mitrailleurs et mécaniciens de bord...



Le 17 décembre 1939, le Canada, la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande et l'Australie signent une entente créant le Programme d'entraînement aérien du Commonwealth. Il vise à entraîner, en sol canadien, l'ensemble du personnel des aéronefs : pilotes, navigateurs, viseurs de lance-bombes, radiotélégraphistes, mitrailleurs et mécaniciens de bord. Le premier ministre Mackenzie King est particulièrement fier de ce qu'il vient d'accomplir, car il est alors convaincu qu'il permet ainsi au Canada d'assumer un rôle capital pendant la Deuxième Guerre mondiale sans avoir à fournir une importante armée de terre. Les premières recrues sont engagées le 29 avril 1940 et le Programme restera en vigueur, à quelques modifications près, jusqu'au 31 mars 1945.

Le Programme divise le pays en quatre régions d'entraînement aérien. Une partie de la Saskatchewan est rattachée au Manitoba pour former la Région no 2, centralisée à Winnipeg. Le reste de la Saskatchewan, l'Alberta et la Colombie-Britannique relèvent de la Région no 4, dont le quartier général de Regina sera transféré à Calgary en septembre 1941. L'Alberta et la Saskatchewan jouent un rôle crucial au sein de ce programme, particulièrement les régions méridionales de ces provinces. En effet, leurs ciels ouverts, leur temps généralement clair et leurs vastes étendues de terre inoccupées ou très peu habitées offrent les conditions idéales pour l'établissement de bases aériennes nécessitant de nombreuses pistes d'atterrissage et un très ample domaine aérien pour entraîner les pilotes débutants.

À l'annonce du programme, villes et villages font pression sur le gouvernement fédéral pour figurer parmi les heureux élus. Une base aérienne représente une véritable manne dans ces régions de l'Ouest durement touchées par la Dépression. La promesse de création d'emplois dans le bâtiment, les passages successifs des stagiaires, la présence d'un personnel à demeure qui dépensera son argent en ville et des emplois pour les civils, tout cela est plus qu'alléchant. Les espoirs se concrétisent. La manchette du Herald de Lethbridge du 24 octobre 1941 se fait l'écho de bien d'autres, et pour cause. Le journal écrit, en parlant de la petite ville voisine : Vulcan en plein essor grâce aux retombées de la base aérienne. Si l'on en croit l'article, il y a plus d'activités à cet endroit que pendant le plus important boom du blé, et cette situation est attribuable à la présence de l'école du Programme d'entraînement.

L'inauguration des bases aériennes intervient ordinairement quelque temps après les débuts de leur fonctionnement, et les festivités se transforment en événements communautaires. Pour satisfaire leur curiosité, les résidents des environs viennent visiter les nouveaux bâtiments pour admirer de plus près les Tiger Moths, Avro Ansons, Fairey Battles et autres Bristol Bolingbrokes qu'ils voient voler au-dessus de leur tête. Le jour de l'inauguration de la base de High River, en Alberta, est sans doute assez typique : discours, visites, vols en formation et vols artistiques avec boucles, vrilles et basculements, tout y est. Un bal et un souper de minuit clôturent les festivités.

Dans le cadre du Programme d'entraînement aérien du Commonwealth, des stagiaires viennent des quatre coins du monde s'installer dans 27 localités de l'Alberta et de la Saskatchewan. Les premiers convois de recrues qui arrivent par le train à Regina sont accueillis par une fanfare; on leur propose un après-midi rempli de manifestations sportives et un bon rôti de bœuf pour le souper. Pendant toute la durée du Programme, les municipalités organisent des activités de loisirs, les gens invitent les stagiaires chez eux et les aident à meubler les salles de jeux et les bibliothèques de la base. De leur côté, les bases organisent des journées d'activités sportives et des fêtes foraines, participent à des campagnes de financement en temps de guerre et des concerts, et leurs stagiaires jouent dans des équipes de sport locales. Cependant, on est bel et bien en temps de guerre, et la mort frappe ici aussi. Plusieurs stagiaires d'équipage aérien perdent la vie pendant leur formation.

L'accélération de l'application du Programme en 1942 donne lieu à un trop-plein de diplômés. À la fin de 1943, il y a une réserve considérable d'hommes entraînés en attente d'affectations opérationnelles. Lorsque les écoles commencent à fermer en 1944, ce qu'elles ont représenté pour de nombreuses localités devient évident. « Au revoir et bonne chance! », titre le Local Press de Claresholm, soulignant l'ironie de la tristesse suscitée par la fermeture de l'école, dans un contexte de liesse générale entourant la fin de la guerre. Des relations d'amitié se sont tissées entre les habitants et les élèves de l'école. Certaines jeunes femmes quittent leurs proches pour commencer une nouvelle vie avec les aviateurs qu'elles ont rencontrés pendant leur formation. D'autres couples restent et s'installent sur place. Le portrait économique local est en passe de devenir résolument différent. La fermeture de l'école de formation sonne également le glas des revenus engendrés par sa création.

De nombreuses localités espèrent que les infrastructures laissées par les écoles leur permettront d'accéder au monde moderne de l'aviation, mais ce ne sera pas le cas. La plupart des bases, notamment celles implantées dans les centres de moindre importance, sont démantelées, leurs aménagements sont vendus aux enchères, les avions sont mis au rebut ou envoyés ailleurs, et certains des bâtiments sont déménagés. Toutefois, certains avantages demeurent. Le conseil municipal de Red Deer organise un souper d'adieu en l'honneur des aviateurs britanniques stationnés à Penhold. Selon un article du journal Advocate de Red Deer, les conseillers municipaux ont constaté que « l'échange de vues s'est avéré fort précieux pour permettre à chacun de mieux connaître l'autre ». Au revoir et bonne chance... en effet.