Langue crie

La langue des Cris (aussi appelée « cri-montagnais-naskapi ») est parlée dans de nombreuses régions du Canada, des Rocheuses à l’ouest au Labrador à l’est. La langue crie s’entend également aux États-Unis, plus particulièrement dans le nord de l’État du Montana. Souvent écrit en caractères syllabiques (c’est-à-dire à l’aide de symboles représentant des combinaisons de consonnes et de voyelles, ou seulement une consonne ou une voyelle), le cri est l’une des langues autochtones les plus couramment parlées au Canada. Selon le recensement de 2016, 96 575 personnes ont déclaré parler le cri.

Cree, hymnaire
Le révérend James Evans traduit les hymnes, invente les lettres, en fait lui-m\u00eame la fonte et, finalement, imprime l'hymnaire sur du bouleau (avec la permission de la Victoria University Library, Toronto).

Langue et dialectes

La langue crie est souvent décrite par les linguistes comme un continuum linguistique – une série de dialectes qui changent graduellement sur une région géographique donnée –, parfois désigné sous l’appellation « langues cri-montagnais-naskapi ». Ce continuum appartient à la famille des langues algonquiennes, et est en usage partout au Canada, des Rocheuses jusqu’au  Labrador. (Voir aussi Langues autochtones au Canada.)

Cette carte montre certaines régions où l’on parle la langue crie.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

De l’ouest à l’est, ces dialectes sont :

  • Le cri des plaines, aussi appelé « dialecte en y » (parlé en Alberta, dans le centre de la Saskatchewan et du  Manitoba, ainsi qu’au nord du Montana);
  • Le cri des bois, aussi appelé « dialecte en th » (parlé au nord du Manitoba et de la Saskatchewan);
  • Le moskégon, aussi appelé « dialecte en n » (parlé au nord du Manitoba et en Ontario);
  • Le cri de Moose, aussi appelé « dialecte en l » (parlé dans le nord de l’Ontario);
  • Le cri de l’Est et de la baie James, comprenant un dialecte du sud et un dialecte du nord (parlé principalement au sud de la côte est de la baie d’Hudson et sur la côte est de la baie James);
  • L’attikamek (Atikamekw), aussi appelé « dialecte en r » (parlé dans le centre du Québec);
  • Le montagnais (parlé au centre-nord du Québec, et sur les rives nord du fleuve Saint-Laurent et du  golfe du Saint-Laurent);
  • Le naskapi (parlé au nord-est du Québec et au nord du Labrador).

Certains de ces dialectes, dont le cri des plaines et le cri de l’Est, possèdent leurs sous-dialectes.

Les dialectes cris diffèrent sur les plans de la phonologie et de la grammaire. De façon générale, les dialectes intervertissent les sons – et leurs symboles écrits – dans les mots cris. Par exemple, un locuteur du cri des plaines désigne sa langue à l’aide du mot nehiyawewin (en utilisant la lettre « y »), tandis qu’un locuteur du moskégon dira nehinawewin (remplaçant les « y » par des « n »). Étant donné ces différences, les locuteurs cris d’une région n’arrivent pas toujours à comprendre des Cris provenant d’autres régions.

Le cri a également influencé d’autres langues autochtones, dont l’oji-cri et le michif. Ces langues, si elles contiennent certains éléments du cri, sont néanmoins considérées comme distinctes.

Écriture syllabique

Écriture syllabique crie
Inscription en cri des plaines exposée à la Fourche de Winnipeg, au Manitoba. Le texte signifie : « Ce Mur du temps est offert à la population du Manitoba par la succursale manitobaine de l’International Union of Bricklayers and Allied Craftsmen, afin de commémorer les 100 ans de service des entrepreneurs et des fournisseurs manitobains en maçonnerie. »

À l’ère précoloniale, le cri est transmis par voie orale et ne possède aucun système d’écriture. En 1840, le révérend James Evans, un missionnaire installé sur le territoire aujourd’hui appelé Norway House, au Manitoba, conçoit un alphabet syllabique pour le cri, sans doute en collaboration avec des locuteurs natifs autochtones. Les caractères syllabiques sont des symboles qui représentent une combinaison de consonnes et de voyelles, et, de façon plus rare, une voyelle ou une consonne seule. James Evans fait imprimer un nombre important de documents en alphabet cri, dont des hymnes et certaines portions du Nouveau Testament (voir Christianisme). Si le peuple cri apprend initialement le système syllabique dans les écoles des missions, il finit aussi par le modifier et l’adapter aux variations dialectales pour en augmenter la précision phonétique (c’est-à-dire la correspondance entre le son et son symbole alphabétique).

Les caractères syllabiques sont écrits et lus horizontalement, de gauche à droite. Le son de chaque consonne est représenté par un caractère qui, lorsque pivoté, représente également le son d’une voyelle. Par exemple, dans le dialecte cri de l’Est et de la baie James le caractère pour « p » (ᐯ) est pivoté pour indiquer les syllabes suivantes :

pwe

pe

pi

pii

pu

puu

pa

paa

pwaa

Tous les dialectes cris n’utilisent toutefois pas le système syllabique. L’attikamek, le montagnais et le naskapi, par exemple, utilisent typiquement l’alphabet romain. Le cri des plaines, le cri des bois, le moskégon, le cri de Moose et le cri de l’Est et de la baie James peuvent également être écrits en lettres romaines.

État actuel du cri

Le cri est l’une des langues autochtones canadiennes les plus communément parlées au pays. Selon le recensement de 2016, 96 575 personnes déclarent parler le cri, dont la majorité (27,8 %) vit en Saskatchewan. Quelque 6 600 Canadiens se désignent également comme locuteurs de l’attikamek, et 11 360 personnes se disent des locuteurs de l’innu-montagnais. Bien que Statistique Canada classifie ces langues comme distinctes du cri, beaucoup de linguistes affirment qu’elles font partie du même continuum linguistique.

S’il demeure une des langues autochtones les plus parlées au Canada, le cri fait néanmoins partie, selon Statistique Canada, des langues maternelles qui ont connu un déclin. En 2016, Statistique Canada a indiqué qu’en Saskatchewan (la province où les locuteurs du cri sont les plus nombreux) 28 340 personnes ont déclaré avoir une langue autochtone comme langue maternelle. Ce nombre est inférieur à celui de 2011 (30 895). De nombreuses organisations culturelles et éducatives travaillent actuellement à la promotion et à la préservation de cette langue.