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Innu (Montagnais-Naskapi)

Le nom Innu, qui signifie « peuple » en langue innue, est le terme prédominant utilisé pour désigner tous les Innus. Certains groupes continuent d’utiliser l’un des deux termes les plus anciens, soit Montagnais (qui signifie « peuple des montagnes »), qui est généralement appliqué aux groupes vivant dans les communautés forestières plus au sud, et Naskapis, qui désigne les groupes du Grand Nord habitant dans les terres arides de la région subarctique. Lors du recensement de 2021, 18 620 personnes ont déclaré être d’ascendance innue, dont 17 970 personnes ont déclaré avoir des ancêtres innus/montagnais et 735 personnes ont déclaré avoir des ancêtres naskapis.

Population et territoire

Le territoire traditionnel des Innus comprend le vaste territoire boréal de la péninsule du Labrador, connu sous le nom de Nitassinan. Ils sont un peuple distinct, mais étroitement apparenté aux Cris de l’est qui occupent la partie ouest de la péninsule.

Bien que les Innus soient traditionnellement nomades, les communautés contemporaines sont en grande partie sédentaires, une conséquence des politiques du gouvernement visant à intégrer les peuples autochtones à l’économie globale du pays par l’entremise de délocalisations forcées. Les groupes sont largement dispersés sur un très vaste territoire. Plusieurs communautés sont très éloignées, mais relativement accessibles. Par exemple, les réserves Uashat et Mani-utenam sont situées dans Sept-Îles et aux alentours au Québec, le long de la rive nord du Saint-Laurent. D’autres sont encore bien plus isolées, comme les communautés de Matimekush-Lac-John et Kawawachikamach, près de Schefferville au Québec, au nord du Labrador.

Les communautés innues du Québec comprennent Pessamit, Kawawachikamach, Unamen Shipu, Essipit, Uashat mak Mani-utenam (nom qui désigne les deux communautés de Sept-Îles réunies), Mashteuiatsh, Ekuanitshit, Nutashkuan, Pakua Shipu et Matimekush-Lac-John (Schefferville). Les deux plus importantes communautés innues du Labrador sont les Mushuau Innu de Natuashish et les Sheshatshiu Innu de Tshishe-Shastshit.

Vie précoloniale

Traditionnellement, les Innus chassent et pêchent sur le vaste territoire boréal de Nitassian, sur la péninsule du Labrador. Les Innus chassent le gibier, comme le caribou dans les zones de l’est et du nord, l’orignal dans l’ouest, ainsi que le castor et l’ours, et ils pêchent les poissons lacustres et le saumon. En plus de chasser le gibier, les Innus pêchent des anguilles et des poissons, ils font la chasse aux phoques et ils récoltent des racines, des baies et de la sève d’érable. Ils établissent des réseaux de commerce avec d’autres peuples autochtones, comme les Hurons-Wendats.

Les Innus se déplacent sensiblement de la même manière que leurs proches parents algonquiens, soit en canot pendant l’été, et à l’aide de raquettes et de toboggans pendant l’hiver. De plus, ils vivent dans des wigwams faits d’écorce de bouleau au sud, ou de peau de caribou au nord. Les groupes sociaux varient selon les saisons. Plusieurs familles se réunissent pendant l’hiver pour former des campements de chasse, et des groupes plus importants se forment pendant l’été, favorisant les échanges sociaux et les festivités.

Les techniques de chasse traditionnelles permettent d’utiliser toutes les parties d’un caribou; les artisans décorent les peaux de motifs peints ou de dessins de plumes pour en faire des vêtements de toutes sortes et ils fabriquent des tambours pour les célébrations et les chants sacrés. Les fentes et les fissures qui apparaissent sur une omoplate de caribou brûlée auraient le pouvoir de révéler l’emplacement du gibier. Les esprits animaliers occupent d’ailleurs un rôle majeur dans la chasse. Les gens acquièrent leur statut social selon leur capacité à offrir de la viande aux autres. Après la chasse, les communautés organisent un festin cérémonial (un makushan) composé de graisse et de moelle de caribou. Le festin s’accompagne de musique de tambours et de chants destinés aux esprits des animaux. La religion ancestrale est en grande partie consignée dans les légendes et les chansons.

Culture

Les Innus ont une riche culture qui comprend l’art traditionnel, la musique, la danse et les cérémonies sacrées. Bien que la culture innue (et les cultures autochtones de façon générale) ait été menacée par les forces de la colonisation, de nombreux programmes soutiennent aujourd’hui la survie de la vie culturelle innue. Nametau Innu, par exemple, est un projet qui vise à transmettre des compétences et des connaissances traditionnelles des aînés aux jeunes. Les livres de l’autrice innue An Antane Kapesh et les chansons en langue innue du duo pop Kashtin montrent que la culture innue continue à s’adapter et à prospérer. Depuis 1985, Uashat mak Mani-utenam accueille chaque été un festival de musique autochtone appelé Innu Nikamu. Plus de 10 000 festivaliers s’y rendent annuellement pour célébrer la musique traditionnelle et ses artistes. (Voir aussi Art autochtone au Canada.)

Religion

La religion innue précoloniale est une affaire personnelle et elle encourage le respect des animaux. Le caribou est l’animal le plus vénéré, car il fournit tout ce dont les Innus ont besoin. Les chamans pratiquent le rituel de la tente tremblante, et les chasseurs apaisent les esprits des animaux en plaçant des offrandes faites d’os et de crânes dans des arbres ou sur des plateformes surélevées.

L’arrivée de missionnaires européens bouleverse drastiquement le mode de vie des Innus. Très rapidement, des textes chrétiens sont traduits en innu, et les missionnaires s’impliquent activement dans la vie culturelle et spirituelle des Innus. Au 18e siècle, les missionnaires, de concert avec d’autres membres de la communauté, mettent au point une orthographe standardisée pour la langue innu-aimun, en plus de leurs efforts pour convertir la population au christianisme. Bien que plusieurs communautés innues contemporaines retiennent ces affiliations religieuses, les croyances traditionnelles persistent dans certaines communautés.

Langue

L’innu-aimun (la langue innue) fait partie de la famille des langues algonquiennes. L’innu-aimun est parlé traditionnellement par les Montagnais, tandis que l’iyuw iyimuun est le dialecte des Naskapis. L’innu-aimun est largement parlé dans les communautés et est soutenu par des projets comme le Innu Language Project, qui promeut l’innu-aimun et la culture innue au moyen de ressources d’apprentissage. Les deux langues sont semblables, mais il existe des variantes dans les dialectes et l’orthographe. Par exemple, certaines communautés utilisent l’écriture syllabique et d’autres utilisent l’alphabet latin. Les communautés innues contemporaines parlent également couramment le français ou l’anglais. Lors du recensement de 2021, 9405 personnes déclarent l’innu (montagnais) comme étant leur langue maternelle, tandis que 735 autres personnes déclarent le naskapi comme leur langue maternelle. Dans le même recensement, 10 595 personnes déclarent avoir une connaissance de l’innu (montagnais) et 1010 personnes déclarent avoir une connaissance du naskapi. (Voir aussi Langues autochtones au Canada.)

Histoire coloniale

Bien que les Innus combattent brièvement les Inuits, les Haudenosaunee, les Mi’kmaq et les Abénaquis, ils ne sont pas un peuple guerrier, et leur hostilité est en partie un effet secondaire du contact européen. Dans la région de Tadoussac, les Innus sont des alliés militaires des Français dans leurs guerres contre les Britanniques et leurs alliés autochtones. (Voir aussi Guerres iroquoises.) Samuel de Champlain forme une alliance avec un groupe d’Innus et de Montagnais en 1603, jetant les bases des futures relations entre les Autochtones et les Français.

Avant le 19e siècle, la plupart des contacts entre les Innus du nord et les Européens sont indirects, et ils se font généralement par le commerce avec les intermédiaires Cris voisins ou les Innus du sud. La vie dépend des mouvements migratoires des caribous de la toundra. Dès 1830, la Compagnie de la Baie d’Hudson ouvre des postes dans cette région nordique, approvisionnés d’abord par Fort Chimo, et ensuite par North West River, au Labrador. Pendant deux siècles, la traite des fourrures est le centre des relations entre les Innus et les Européens. La traite pratiquée dans les postes du golfe du Saint-Laurent est d’abord le monopole de la France, puis de la Grande-Bretagne, avant de passer aux mains de commerçants privés. Vers le milieu du 19e siècle, la plupart des régions subissent les effets d’une chasse excessive, et les Innus du sud ont besoin du soutien des missionnaires et du gouvernement pour survivre. Bientôt, l’exploitation forestière commerciale augmente leurs difficultés, et ils sont exclus des rivières à saumons qui sont louées par des clubs et des particuliers. La traite des fourrures a des conséquences désastreuses pour les Innus, car leur mode de vie de trappeur ne leur permet pas de suivre les troupeaux nomades de caribous.

Comme pour de nombreux peuples autochtones lors de leurs premiers contacts avec les Européens, la population innue est dévastée par la variole, la grippe espagnole, la tuberculose, la syphilis, la scarlatine, la coqueluche, la rougeole et d’autres maladies. Un grand nombre d’entre eux meurent de faim. L’abandon des modes de vie traditionnels entraîne une dépendance à l’économie basée sur les salaires et à l’intervention gouvernementale. Pour certains, cela signifie une délocalisation forcée vers des réserves où les problèmes sociaux ne font qu’empirer.

Bien que les Innus soient contraints de s’installer dans des communautés, ils ne sont inclus dans les négociations d’aucun traité, et leurs droits ancestraux sur leurs terres ne leur sont pas reconnus. Malgré les fortes pressions exercées sur les Innus pour qu’ils renoncent à leur mode de vie nomade, la chasse et la pêche demeurent des activités importantes au sein de leur communauté. En réponse à leurs délocalisations forcées, plusieurs communautés innues mettent sur pied des organismes visant à défendre leurs droits ancestraux. Dès le milieu du 20e siècle, le gouvernement fédéral force les Innus et les Inuits à s’installer sur des réserves permanentes, ce qui entraîne de nombreuses difficultés sociales et économiques. (Voir aussi Réinstallation d’Inuits dans l’Extrême-Arctique au Canada.)

Organisation politique

Deux conseils tribaux représentent les groupes innus du Québec : le Conseil tribal Mamuitun (constitué en 1991) représente Mashteuiatsh, Essipit, Pessamit, Uashat, Mani-utenam et Matimekush, et le Conseil tribal Mamit Innuat (fondé en 1982, constitué en 1988) représente Ekuanitshit, Nutashkuan, Pakua Shipu et Unamen Shipu. L’organisme Innu Nation représente les deux communautés du Labrador. Ces groupes continuent de faire pression pour que leurs revendications territoriales soient reconnues et qu’ils soient protégés des impacts de l’industrie forestière, des barrages hydroélectriques, des vols militaires à basse altitude et des mines, comme celles de Voisey’s Bay au Labrador.

Traités et autonomie gouvernementale

La nation innue est initialement exclue de l’accord de principe menant à la Convention de la Baie-James en 1975, mais elle négocie un accord indépendant en 1978, connu comme la Convention du Nord-Est québécois, qui procure aux Naskapis de Kawawachikamach (Schefferville) des concessions d’autonomie gouvernementale et 9 millions de dollars répartis sur 20 ans en échange de droits de développement.

Vie contemporaine

Les communautés isolées souffrent de taux élevés d’alcoolisme, de toxicomanie et de suicide. En 1993, les Innus de Davis Inlet (Utshimassits) attirent l’attention médiatique de partout dans le monde lorsque survient une épidémie d’inhalation d’essence. (Voir aussi Inhalation d’essence au Labrador.) Les jeunes impliqués dans l’affaire se rétablissent, mais cet incident est considéré comme étant représentatif des conditions de vie déplorables des communautés autochtones au Canada. En 2001, le gouvernement canadien, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador et les Innus du Labrador mettent sur pied la Stratégie globale à long terme pour la guérison des Innus du Labrador afin de s’attaquer à quelques-uns des problèmes présents dans les communautés innues. En 2002, environ 680 résidents de Davis Inlet se réinstallent à Natuashish, à l’ouest de leur réserve d’origine. En 2008, les résidents de Natuashish votent pour interdire l’alcool sur leur réserve.

En 2002, la nation innue fait pression avec succès auprès du gouvernement fédéral pour que ses membres soient reconnus comme des Indiens inscrits ayant le statut d’Indien, ce qui leur donne accès à plusieurs programmes et services fédéraux disponibles en vertu de la Loi sur les Indiens. Les communautés de Natuashish et de Sheshatshiu, toutes deux situées à Terre-Neuve-et-Labrador, sont constituées en tant que réserves en 2003 et en 2006 respectivement.

Depuis 2005, la compagnie Transport Ferroviaire Tshiuetin Inc. est détenue et exploitée par les communautés innues Takuaikan Uashat Mak Mani-Utenam, Nation naskapi de Kawawachikamach et Nation innue Matimekush. Cette compagnie assure une liaison ferroviaire entre Emeril (Labrador) et Schefferville (Québec).